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Jacques Bouveresse Nécessité, contingence et liberté chez Leibniz

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Text of Jacques Bouveresse Nécessité, contingence et liberté chez Leibniz

  • 2009-2010 (suite et fin)

    Jacques Bouveresse

    Ncessit, contingence et libert chez Leibniz

  • I. Sellars, Leibniz et Spinoza II. Les trois espces de ncessit III. Ncessit hypothtique, contingence et libert IV. Le Dieu de Leibniz peut-il avoir encore quelque chose

    faire dans le gouvernement du monde? V. Le possibilisme, le dterminisme et le problme de la

    dlibration VI. Toutes les propositions vraies sont-elles analytiques? VII. Le spectre du dterminisme, la finalit et le problme de

    la libert VIII. Causes efficientes et causes finales IX. Peut-il y avoir une tlologie non mtaphysique? X. Vrits de raison et vrits de fait XI. Comment les propositions contingentes sont-elles

    possibles? XII. Le vrai, le possible et le faux XIII. La rsolution leibnizienne de laporie de Diodore

  • Comme la notion individuelle de chaque personne enferme une fois pour toutes ce qui lui arrivera jamais, on y voit les preuves a priori de la vrit de chaque vnement, ou pourquoi lun est arriv plutt que lautre. Mais ces vrits, quoique assures, ne laissent pas dtre contingentes, tant fondes sur le libre arbitre de Dieu ou des cratures, dont le choix a toujours ses raisons qui inclinent sans ncessiter[1].

    [1] Correspondance entre Leibniz et Arnauld, in Leibniz, Discours de mtaphysique, Sur la libert, le destin, la grce de Dieu, Correspondance avec Arnauld, Introduction et notes par Jean-Baptiste Rauzy, Pocket, 1993, p. 154.

  • Si cela est, Dieu a t libre de crer ou de ne pas crer Adam ; mais supposant quil lait voulu crer, tout ce qui est depuis arriv au genre humain, et qui lui arrivera jamais, a d et doit arriver par une ncessit plus que fatale. Car la notion individuelle dAdam a enferm quil aurait tant denfants, et la notion individuelle de chacun de ces enfants tout ce quils feraient et tous les enfants quils auraient : et ainsi de suite. Il ny a donc pas plus de libert en Dieu lgard de tout cela, suppos quil ait voulu crer Adam, que de prtendre quil a t libre Dieu, en supposant quil ma voulu crer, de ne point crer de nature capable de penser (ibid., p. 157-158).

  • Tout ce qui sera ne sera pas moins certainement et ncessairement que ce qui est pass nest ncessairement pass. Non pas parce quil est ncessaire par soi, mais parce quil suit des circonstances poses . Tout ce qui sera, il est vrai en tout tat de cause quil sera, tout ce qui est vrai est (pour celui qui sait) certainement vrai. Donc tout ce qui sera, il est certain quil sera. [Tout ce qui est certain, cela est dune certaine faon, soit par soi soit au moins par accident partir des choses poses, ncessaire]. Tout ce qui est certain est invitable, mais de la ncessit par accident ou hypothtique que jai dite, qui a coup sr ne supprime pas la contingence ou la libert du certain.

    Largument o il est question de la prescience revient au mme : [Dieu sait davance ce qui sera]. Tout ce qui sera, Dieu le sait davance ; ce que Dieu sait davance, Dieu le sait davance infailliblement. Ce que Dieu sait davance infailliblement, est infailliblement. Donc tout ce qui sera est ncessaire, mais dune ncessit qui ne supprime pas la libert et la contingence. Car bien que toutes les choses qui seront soient ncessaires, elles ne sont cependant pas ncessaires par soi et absolument, ou encore partir des termes, mais par accident, ou relativement.

    Je ne concde pas dautre ncessit dans les actions libres, que celle que sont contraints de concder ceux qui admettent la prescience divine dans toutes les choses futures contingentes ( De libertate , nov. 1677 ?, p. 274).

  • Parmi les termes complexes [les propositions] toutes les vrits de Mtaphysique, de Gomtrie et toutes les autres qui peuvent tre dmontres partir des termes sont ncessaires par soi ; mais toutes les propositions historiques ou pour ainsi dire de fait, qui peuvent tre sues de nous non par la dmonstration, mais par lexprience, sont contingentes par soi, ncessaires seulement par accident.

    Parmi les termes incomplexes, seul Dieu est un Etre par soi, ou absolument ncessaire, savoir dont lessence implique lexistence ; toutes les autres choses sont ncessaires par accident, savoir de par la volont de Dieu, si elles sont bonnes, par sa permission si elles sont mauvaises, comme je le dirai plus loin (ibid.).

  • La ncessit de la consquence est celle qui est fonde dans le principe de contradiction, ou dans lHypothse, qui implique dj ce dont on senquiert. Nota bene. Il rsulte de cela que dans les choses factuelles il ne peut y avoir de ncessit sans une hypothse quelconque, car la ncessit ne peut tre dmontre autrement que par le principe de contradiction, cest--dire partir de ce que la chose suppose dj. Mais dans les propositions dune vrit [ncessit] ternelle, cela se passe autrement, car l il nest pas question dexistence, mais seulement de propositions Hypothtiques. Cest pourquoi il faut dire quaucune proposition absolue nest ncessaire en dehors de celle qui suit de la nature de Dieu. Assurment, aucun tre nexiste en vertu de son essence ou ncessairement, en dehors de Dieu (Grua I, p. 386).

  • [] Quand Judas dlibrait pour savoir sil allait trahir le Christ, ou non, il tait djncessaire que Judas [] choist la trahison, sans quoi lcriture aurait t fausse, etc. Dune ncessit, cela sentend, qui vient dune hypothse (ex hypothesi) et non de la chose elle-mme. Cest de ce type quest galement la ncessit qui est induite par moi partir du choix du bien.

    Il y a une ncessit absolue quand la chose ne peut mme pas tre comprise, mais implique une contradiction dans les termes, par exemple trois fois trois font dix.

    Il y a une ncessit hypothtique quand on peut assurment comprendre que la chose soit autrement par soi, mais que, par accident cause dautres choses en dehors delle-mme, elle est telle ncessairement, par exemple, il tait ncessaire que Judas pche, en supposant que DIEU lavait prvu. Ou en supposant que avait pens que ctait le meilleur.

    La srie des choses nest pas ncessaire dune ncessit absolue, il y a en effet plusieurs autres sries possibles, cest--dire intelligibles, mme sil nen rsulte pas en acte leur excution.

    On peut comprendre une srie impossible, en vertu dune ncessit hypothtique, par exemple une srie du Monde telle quil arrive dans elle que tous les pieux soient damns, et tous les impies sauvs. Cette srie peut assurment tre comprise ou conue, mais son existence actuelle [nest en aucune faon possible] est impossible dune impossibilit hypothtique, non pas certes parce que cela implique une contradiction dans les termes, mais parce que cest incompatible avec lexistence prsuppose de Dieu, dont la perfection (do dcoule la justice) ne peut souffrir une chose de cette sorte (Grua I, p. 270-271).

  • On a toujours distingu entre ce que Dieu est libre de faire absolument, et entre ce quil sest oblig de faire en vertu de certaines rsolutions dj prises, et il nen prend gure qui naient dj gard tout. Il est peu digne de Dieu de le concevoir (sous prtexte de maintenir sa libert) la faon de quelques sociniens et comme un homme qui prend des rsolutions selon les occurrences et qui maintenant ne serait plus libre de crer ce quil trouve bon, si ses premires rsolutions lgard dAdam ou dautres renfermaient dj un rapport ce qui touche leur postrit, au lieu que tout le monde demeure daccord que Dieu a rgl de toute ternit toute la suite de lunivers, sans que cela diminue sa libert en aucune manire (Correspondance entre Leibniz et Arnauld, p. 161).

  • Tout homme qui agit sagement considre toutes les circonstances et liaisons de la rsolution quil prend, et cela suivant la mesure de sa capacit. Et Dieu, qui voit tout parfaitement et dune seule vue, peut-il manquer davoir pris ses rsolutions conformment tout ce quil voit ; et peut-il avoir choisi un tel Adam sans considrer et rsoudre aussi tout ce qui a de la connexion avec lui ? Et par consquent, il est ridicule de dire que cette rsolution libre de Dieu lui te sa libert. Autrement, pour tre toujours libre, il faudrait tre toujours irrsolu (ibid., p. 168)

  • Car, comme il y a une infinit de mondes possibles, il y a aussi une infinit de lois, les unes propres lun, les autres lautre, et chaque individu possible de quelque monde enferme dans sa notion les lois de son monde (ibid., p. 186).

    [] Chaque substance individuelle de cet univers exprime dans sa notion lunivers dans lequel il entre. Et non seulement la supposition que Dieu ait rsolu de crer cet Adam, mais encore celle de quelque autre substance individuelle que ce soit, enferme des rsolutions pour tout le reste, parce que cest la nature dune substance individuelle davoir une telle notion complte do se peut dduire tout ce quon lui peut attribuer et mme tout lunivers cause de la connexion des choses (ibid., p. 187).

  • Ainsi, on peut dire que la ncessit physiqueest fonde dans la ncessit morale, cest--dire sur le choix du sage digne de sa sagesse ; et que lune aussi bien que lautre doit tre distingue de la ncessit gomtrique (Essais de Thodice, p. 51).

  • [] On comprend dj merveilleusement comment, dans lorigine des choses elle-mme, sexerce une certaine Mathesis divine ou un Mcanisme mtaphysique, et a lieu la dtermination du maximum. De la mme faon que parmi tous les angles le plus droit est dtermin en Gomtrie, et que les liquides, placs dans des milieux htrognes, sassemblent en la figure qui a le plus grand contenu, savoir la sphre, mais par-dessus tout de la mme faon que dans la Mcanique ordinaire lorsque plusieurs corps pesants sont en comptition il se produit finalement le mouvement par lequel a lieu la descente la plus grande au total. De mme, en effet, que tous les possibles tendent avec un droit gal lexistence en proportion de leur ralit, de mme tous les poids tendent avec un droit gal la descente en proportion de leur pesanteur, et de mme quici a lieu le mouvement qui produit la plus grande descente des corps pesants, de mme l advient le monde par lequel se fait la plus grande production de possibles ( De rerum originatione radicali , Phil. Schr., VII, p. 304).

  • Et ainsi nous avons dj une Ncessit physique venant dune Ncessit mtaphysique : bien que, en effet, le monde ne soit pas mtaphysiquement ncessaire, de telle sorte que le contraire implique contradiction ou absurdit logique, il est nanmoins ncessaire physiquement ou dtermin dune manire telle que le contraire implique imperfection ou absurdit morale. Et de mme que la possibilit est le principe de lEssence, de mme la perfection ou le degr dEssence (par lequel les compossibles sont en nombre maximum) est le principe de lexistence. Do rsulte galement de faon vidente la manire dont la libert est en lAuteur du Monde, bien quil fasse toutes les choses de faon dtermine parce quil agit selon le principe de sagesse ou de perfection. Il va de soi que lindiffrence nat de lignorance et que chacun est dautant plus dtermin au plus parfait quil est plus sage (ibid.)

  • On peut mme dire, que Dieu en tant quil est un esprit, est lorigine des existences ; autrement sil manquoit de volont pour choisir le meilleur, il ny aurait aucune raison pour quun possible existt preferablement aux autres (Discours de mtaphysique, XXXVI, p. 91).

  • [] Non seulement les vrits contingentes ne sont point ncessaires, mais encore leurs liaisons ne sont pas toujours dune ncessit absolue, car il faut avouer quil y a de la diffrence dans la manire de dterminer entre les consquences qui ont lieu en matire ncessaire et celles qui ont lieu en matire contingente. Les consquences gomtriques et mtaphysiques ncessitent, mais les consquences physiques et morales inclinent sans ncessiter ; le physique mme ayant quelque chose de moral et de volontaire par rapport Dieu, puisque les lois du mouvement nont point dautre ncessit que celle du meilleur (Nouveaux essais sur lentendement humain, II, 21, 13, p. 151).

  • Et quant la liaison des causes avec les effets, elle inclinait seulement lagent libre, sans le ncessiter comme nous venons de lexpliquer ; ainsi elle ne fait pas mme une ncessit hypothtique, sinon en y joignant quelque chose de dehors, savoir cette maxime mme que linclination prvalente russit toujours (Thodice, p. 133).

  • [] Si la volont aveugle non seulement dtermine lentendement son exercice et son objet de manire fortuite, mais galement demeure, aprs que tout cela est fait, indiffrente suivre ou non la dernire injonction de lentendement, et se dtermine fortuitement soit en se conformant celle-ci, soit en sen dtournant, alors la libert de vouloir sera pure irrationalit et folie, agissant ou dterminant elle-mme toutes les actions humaines (Cudworth, ibid., p. 275).

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