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Dans le labyrinthe: nécessité, contingence et liberté chez Leibniz

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Text of Dans le labyrinthe: nécessité, contingence et liberté chez Leibniz

  • [] Car, dis-tu, pourquoi Dieu ne ma-t-il pas cr meilleur, pourquoi ne ma-t-il pas donn une complexion plus tempre, une autre volont, un entendement plus clair, une ducation plus heureuse, des occasions plus profitables, des parents plus aviss, des matres plus diligents, en un mot une grce plus grande ? Pourquoi dois-je par consquent tre damn, tre dsespr pour lternit, maudit et maudissant ? L, je ne suis pas tenu de te rpondre, il est suffisant que tu naies pas voulu te dfaire de tes pchs et te rapprocher de ta flicit. A la mauvaise volont revient le chtiment, do quil puisse provenir. Sans cela aucune mauvaise action ne pourrait tre punie, il se trouve toujours une cause de la volont en dehors de celui qui veut, et pourtant cest la volont qui fait de nous des hommes et des personnes, des bienheureux ou des damns.

    Nanmoins, bien quelle nait pas ltre auprs de toi, la sagesse de Dieu doit tout de mme tre justifie auprs delle-mme et en elle-mme (Leibniz, Von der Allmacht und Allwissenheit Gottes , p. 186-187).

  • En matire de libert, Leibniz est la fois dterministe et compatibiliste : il ne peroit pas dincompatibilit entre la libert et un certain type spcifique de dterminisme. Je parle dun type spcifique de dterminisme parce quil est naturel dobjecter que son point de vue ressemble beaucoup celui de Spinoza. Mais la rponse de Leibniz est de dire quil est erron dobjecter au dterminisme en tant que tel : ce qui importe, cest la nature des puissances actives qui exercent cette dtermination en ultime instance. Daprs lui, ces puissances actives ultimes sont la sagesse et la perfection morale de Dieu, associes la grandeur de Dieu (sa puissance et son omniscience). Ce qui signifie que ce sont une pense vraie et un jugement sain qui orientent le cours ultime du monde et dterminent sa forme et sa structure. En outre, les esprits rationnels sont spontans et individuels, et ils expriment leur propre forme de vie. Qui plus est, leur pense peut tre dtermine par un raisonnement sain et une dlibration sense (John Rawls, Leons sur lhistoire de la philosophie morale, p. 133).

  • Car nous tenons lunivers, et comme nous agissons, il faut bien que nous ptissions aussi. Nous nous dterminons nous-mmes en tant que nous agissons, et nous sommes dtermins par dehors en tant que nous ptissons. Mais dune manire ou dune autre nous sommes tousjours dtermins au-dedans ou par dehors (Leibniz, Grua II, p. 480).

  • Principe de raison suffisante = le principe qui porte quil ny a point dnonciation vritable dont celui qui aurait toute la connaissance ncessaire pour lentendre parfaitement, ne pourrait voir la raison (Thodice, p. 400)

  • Il y aura [] toujours bien des choses dans lne et hors de lne, quoi quelles ne nous paraissent pas, qui le dtermineront aller dun ct plutt que de lautre ; et quoique lhomme soit libre, ce que lne nest pas, il ne laisse pas dtre vrai par la mme raison, quencore dans lhomme le cas dun quilibre parfait entre deux partis est impossible, et quun ange, ou Dieu au moins, pourrait toujours rendre raison du parti que lhomme a pris, en assignant une cause ou une raison inclinante qui la port vritablement le prendre, quoique cette raison serait souvent bien compose et inconcevable nous-mmes, parce que lenchanement des causes lies les unes avec les autres va loin (Thodice, p. 131).

  • Les objets nagissent point sur les substances intelligentes comme causes efficientes et physiques, mais comme causes finales et morales (Thodice, p. 408).

  • Il ne sagit [] pas du tout, dans la question de la libert qui doit tre mise au fondement de toutes les lois morales et de la responsabilit qui leur correspond, de savoir si la causalit dtermine daprs une loi naturelle est ncessaire en vertu de dterminants (Bestimmungsgrnde) qui rsident dans le sujet ou en dehors de lui, et dans le premier cas si cest du fait de linstinct ou de dterminants penss avec raison quelle lest ; si ces reprsentations dterminantes [] ont tout de mme le fondement de leur existence dans le temps et plus prcisment dans ltat antrieur, mais celui-ci nouveau dans un tat qui le prcde, etc., alors elles peuvent, ces dterminations, tre toujours intrieures, elles peuvent avoir une causalit psychologique et non pas mcanique, autrement dit, produire laction par des reprsentations et non pas par un mouvement corporel, ce sont nanmoins toujours des dterminants de la causalit dun tre, pour autant que son existence est dterminable dans le temps, elles font partie par consquent des conditions ncessitantes du temps pass, qui donc, si le sujet doit agir, ne sont plus en son pouvoir, qui du coup portent assurment en elles la libert psychologique (si lon veut bien utiliser ce mot pour une concatnation uniquement interne des reprsentations de lme), mais nanmoins la ncessit naturelle, ce qui implique quelles ne laissent subsister aucune libert transcendantale, qui doit tre pense comme une indpendance par rapport tout lempirique et donc par rapport la nature en gnral, quelle soit considre comme objet du sens interne, uniquement dans le temps, ou galement du sens externe, la fois dans lespace et dans le temps, libert (dans cette dernire signification qui est la vraie), qui seule est pratique a priori, sans laquelle aucune loi morale, aucune responsabilit par rapport elle ne sont possibles.

  • Pour cette raison prcisment, on peut appeler galement toute la ncessit des vnements dans le temps, selon la loi naturelle de la causalit, le mcanisme de la nature, bien que lon nentende pas l que les choses qui lui sont soumises doivent tre des machinesmatrielles relles. Ici, on ne regarde que la ncessit de la liaison des vnements dans une suite temporelle, telle quelle se dveloppe selon la loi naturelle, que lon appelle prsent le sujet dans lequel ce droulement a lieu automaton materiale, pour la raison que le systme mcanique est actionn par la matire, ou avec Leibniz automaton spirituale, pour la raison quil est actionn par des reprsentations, et si la libert de notre volont ntait rien dautre que cette dernire (quelque chose comme la libert psychologique et comparative, et non la libert transcendantale, cest--dire absolue en mme temps), alors elle ne serait au fond pas meilleure que la libert dun tournebroche qui, lui aussi, une fois quil a t remont, accomplit son mouvement de lui-mme (Kritik der praktischen Vernunft, A 172-174).

  • Effectivement, si les actions de lhomme, telles quelles font partie de ses dterminations dans le temps, ntaient pas de simples dterminations de lui comme phnomne, mais comme chose en soi elle-mme, alors la libert ne pourrait pas tre sauve. Lhomme serait une marionnette, ou un automate vaucansonien, construit et remont par le matre suprme de toutes de toutes les uvres dart, et la conscience de soi ferait certes de lui un automate pensant, mais dans lequel la conscience de sa spontanit, quand elle est considre comme libert, serait pure illusion, dans la mesure o elle ne mrite dtre appele ainsi que comparativement, parce que les causes dterminantes les plus proches de son mouvement, et une longue srie de celles-ci en remontant jusqu leurs causes dterminantes, sont assurment internes, mais la dernire et la plus haute ne peut malgr tout tre trouve que totalement dans une main trangre ( Kant, ibid., p. 227).

  • Enfin, pour me servir dune comparaison, je dirai qu lgard de cette concomitance que je soutiens, cest comme lgard de plusieurs diffrentes bandes de musiciens ou churs, jouant sparment leurs parties, et placs en sorte quils ne se voient et mme ne sentendent point, qui peuvent nanmoins saccorder parfaitement en suivant leurs notes, chacun les siennes, de sorte que celui qui les coute tous y trouve une harmonie merveilleuse et bien plus surprenante que sil y avait de la connexion entre eux (op. cit., p. 255).

  • Laffirmation que nous sommes dune certaine faon comme des musiciens clotrs est une rponse une faille dans notre comprhension thorique. Nous ne comprenons pas comment une chose peut en faire mouvoir une autre. Nous ne comprenons pas comment des atomes matriels peuvent produire des expriences dans des esprits. Cela semble compltement impossible. Ainsi ce quil semble nous devons conclure que nous croyons seulement voir ces choses se produire, et concevoir quelles se produisent, alors quen fait il ny a jamais deux choses qui interagissent et rien dextrieur ne produit une exprience interne. Mais on ne peut pas tre pouss la conclusion que, si un processus nest pas intelligible pour lentendement, il ne peut pas avoir lieu, sans tre tir par quelque chose dautre. Et Leibniz est videmment tir par lide que dans lhistoire fondationnelle chaque substance peut tre un monde pour elle-mme, superauditionn et supervis par Dieu seul. Ce qui rend lide sduisante est quelle implique que, bien que nous ayons supporter bien des choses, nous ne sommes pas, comme Spinoza la affirm, assaillis par des forces externes auxquelles aucune crature finie ne peut rsister trs longtemps. Rien nest rellement en dehors de nous, nous sommes par consquent invulnrables la prdation venant des autres. La mtaphysique peut, de ce fait, faonner pour nous une condition moralement idale[1].

    [1] Catherine Wilson, Compossibility, Expression, Accodomation, in Leibniz, Nature and Freedom, p. 118-119.

  • La runion de la causalit, en tant que libert, avec elle, en tant que mcanisme de la nature, dont la premire est tablie par la loi morale, la deuxime par la loi naturelle, et ce dans un seul et mme sujet, lhomme, est impossible sans reprsenter celui-ci en relation la premire comme tre en soi-mme (Wesen an sich selbst), mais en relation la deuxime comme phnomne, celui-l dans la conscience pure, celui-ci dans la conscience empirique. Sans cela la contradiction de la raison avec elle-mme est invitable[1]. [1] Immanuel Kant, Kritik der praktischen Vernunft, Grundlegung zur Metaphysik der Sitten, herausgegeben von Wilhelm Weischedel, Suhrkamp Taschenbuch Wissenschaft, 1956, p. 110.

  • [] Lme et le corps suivent parfaitement leurs loix, chacun les siennes part soy, sans que les loix corporelles soyent troubles par les actions de lme, ny que les corps trouvent des fenestres pour faire entrer leur[s] influences dans les mes (Leibniz, Lettre Lady Masham, dbut mai 1704, Phil. Schr. III, p. 311).

  • [] Je ne fais encor quattribuer aux Ames et aux corps, pour tousjours et par tout ce quon y exprimente toutes les fois que lexprience est distincte, cest--dire les loix mcaniques dans les corps, et les Actions internes dans lAme : le tout ne consistant que dans lestat present joint la tendance aux changemens, qui se font dans le corps suivant les forces mouvantes, et dans lme suivant les perceptions du bien et du mal (ibid.).

  • [] Je dfinis lOrganisme, ou la Machine naturelle, que cest une machine dont chaque partie est machine, et par consquent que la subtilit de son artifice va linfini, rien nestant assez petit pour estre nglig, au lieu que les parties de nos machines artificielles ne sont point des machines (ibid.)

  • [] Je vous diray seulement par rapport de mon systeme, que la libert demandant que nous agissions avec spontaneit et avec choix, mon systeme augmente nostre spontaneit et ne diminue point notre choix (ibid., p. 364)

  • [] Prenant les choses la rigueur, lme a en elle le principe de toutes ses actions et mme de toutes ses passions (Thodice, p. 139).

  • [] Prenant les choses la rigueur, lme a en elle le principe de toutes ses actions et mme de toutes ses passions (Thodice, p. 139).

  • Tout ce qui arrive lme dpend delle, mais il ne dpend pas toujours de sa volont ; ce serait trop. Il nest mme pas toujours connu de son entendement ou aperu avec distinction (Thodice, p. 139).

  • "Cest la question fondamentale de la morale, cest un problme vital pour la religion, et cest le thme dune recherche active dans les sciences : lhomme est-il un agent libre ? Si () les atomes de nos corps obissent des lois physiques aussi immuables que les mouvements des plantes, pourquoi entreprendre ? Quel sens y a-t-il faire plus ou moins defforts si nous actions sont dj dtermines par des lois mcaniques () ?" (The Freedom of Man, p. 1)

    Compton dcrit ici ce que jappellerai le cauchemar du dterminisme physique. Un mcanisme dhorloge soumis au dterminisme physique est, avant tout, compltement clos : dans le monde physique parfaitement dterministe, il nexiste tout simplement aucune place pour une quelconque intervention extrieure. Tout ce qui arrive dans un tel monde est physiquement prdtermin, y compris tous nos mouvements et, par consquent, toutes nos actions. Si bien que toutes nos penses, tous nos sentiments ne sauraient avoir aucune influence pratique sur ce qui se passe dans le monde physique : si ce ne sont pas de pures illusions, ce sont, tout au mieux, les sous-produits superftatoires (les "piphnomnes") des vnements physiques[1].

    [1] Karl Popper, Sur les nuages et les horloges , in La Connaissance objective, traduit de langlais par Jean-Jacques Rosat, Aubier, 1991, p. 333-334.

  • Lindterminisme, tenu jusquen 1927 pour un quivalent de lobscurantisme, devint la mode dominante ; et de grands savants, comme Max Planck, Erwin Schrdinger et Albert Einstein, qui hsitaient abandonner le dterminisme, furent considrs comme de vieilles badernes, bien quils aient t mon avis lavant-garde du dveloppement de la thorie quantique. Jai moi-mme entendu un jour un jeune et brillant physicien qualifier Einstein, alors encore vivant et en pleine activit, d"antdiluvien". Le dluge qui avait prtendument emport Einstein, ctait la nouvelle thorie quantique, qui a pris son essor entre 1925 et 1927, et laquelle sept personnes tout au plus ont autant contribu quEinstein (Popper, ibid., p. 329-330).

  • De toute vidence, ce que nous voulons, cest comprendre comment des choses non physiques comme les projets, les dlibrations, les plans, les dcisions, les thories, les intentions et les valeurs peuvent jouer un rle en provoquant des changements physiques dans le monde physique. Quils en provoquent, cela saute aux yeux, semble-t-il, nen dplaise Hume, Laplace et Schlick. Il est manifestement faux que ces normes changements physiques continuellement provoqus par nos stylos, crayons ou bulldozers, puissent tre expliqus en termes purement physiques soit par une thorie physique dterministe, soit par une thorie stochastique) comme fruits du hasard (Popper, ibid., p. 348-349).

  • Il y a quelque temps, jai crit au secrtaire de lUniversit de Yale que jacceptais de donner une confrence el 10 novembre 5 heures de laprs-midi. Il a eu une telle confiance en moi quil a annonc publiquement que je serai l, et le public a eu une telle confiance dans sa parole quil est venu dans la salle lheure dite. Mais considrez lnorme improbabilit physique quil y avait ce que leur confiance ft justifie. Dans lintervalle, mon travail mavait appel dans les Montagnes Rocheuses puis travers lOcan pour le soleil dItalie. Un organisme phototropique (il se trouve que jen suis un) ne devrait pas pouvoir facilement () sarracher de l pour gagner les froidures de New Haven. Il y avait un nombre infini de possibilits qu lheure dite je me trouve ailleurs. Considr comme un vnement physique, lacquittement de ma promesse aurait eu une probabilit extrmement faible. Pourquoi alors la confiance de mes auditeurs tait-elle justifie ? () Cest quils connaissaient mon projet, et cest mon projet qui a dtermin que je devais tre l (Arthur Compton, The Freedom of Man, p. 53 sq.).

  • Quand les gens parlent de la possibilit dune prescience du futur, ils oublient toujours le fait de la prdiction des mouvements volontaires (Wittgenstein, Philosophische Untersuchungen, 629).

    Nous pouvons frquemment, partir de lexpression de la dcision prdire laction dun homme. Un jeu de langage important (ibid., 632).

  • Le problme de Compton : comment des contenus de sens, qui sont des ralits abstraites, par exemple le contenu de projets, de dlibrations, de plans, de dcisions, de thories, etc., sont-ils en mesure de provoquer des changements physiques dans le monde physique ?

    Le problme de Descartes : Comment est-il possible que des choses comme les tats mentaux volitions, sentiments, attentes influencent ou contrlent les mouvements physiques de nos membres ? (Popper, La Connaissance objective, p. 351).