Click here to load reader

nécessité, contingence et liberté chez Leibniz (suite)

  • View
    213

  • Download
    0

Embed Size (px)

Text of nécessité, contingence et liberté chez Leibniz (suite)

  • Philosophiedulangageetdelaconnaissance

    M.Jacques Bouveresse, professeur

    A. Cours : Dans le labyrinthe : ncessit, contingence et libert chez Leibniz (suite)

    Le cours de lanne 2009-2010 a t consacr la poursuite et lachvement du travail commenc lanne prcdente sur Leibniz, sous le titre Dans le labyrinthe : ncessit, contingence et libert chez Leibniz . Il a consist en une srie de treize leons consacres au traitement des questions suivantes :

    I. Sellars, Leibniz et SpinozaII. Les trois espces de ncessit : la ncessit logique, la ncessit physique et la

    ncessit moraleIII. Ncessit hypothtique, contingence et libertIV. Le Dieu de Leibniz peut-il avoir encore quelque chose faire dans le gouvernement

    du monde ?V. Le possibilisme, le dterminisme et le problme de la dlibration

    VI. Toutes les propositions vraies sont-elles analytiques ?VII. Le spectre du dterminisme, la finalit et le problme de la libert

    VIII. Causes efficientes et causes finalesIX. Peut-il y avoir une tlologie non mtaphysique ?X. Vrits de raison et vrits de fait

    XI. Comment les propositions contingentes sont-elles possibles ?XII. Le vrai, le possible et le faux

    XIII. La rsolution leibnizienne de laporie de Diodore

    Le but de Wifrid Sellars, dans ses Mditations leibniziennes , une contribution trs importante, mais malheureusement trop peu connue et utilise, aux tudes leibniziennes, laquelle on a accord cette anne une attention particulire, tait de sinterroger sur lide, qui occupe une position centrale dans la philosophie de Leibniz, que le monde dans lequel nous vivons nest quun monde possible parmi une multitude dautres qui auraient pu exister sa place si Dieu navait pas eu des raisons spciales de le prfrer. Les trois questions sur lesquelles il entendait rflchir

  • 778 JACQUES BOUVERESSE

    sont 1)Comment la thse doit-elle tre comprise au juste ? 2)Comment Leibniz la dfend-il ? et 3)Cette thse ou une chose qui lui ressemble de faon raisonnable est-elle vraie ?

    Leibniz, selon Sellars, fait une demande qui est exactement du mme genre que celle de Spinoza et avec exactement le mme rsultat : La ralit fournit le principe et affirme lantcdent dun argument in re, qui dmontre lexistence de tout pisode, quel quil soit, qui appartient lhistoire du monde rel. Mais, la diffrence de Spinoza, il propose une histoire complique qui donne un certain sens lide que cela pourrait tre la manire dont les choses sont alors que Spinoza en dernire analyse se repose dans lassurance que cela ne peut pas ne pas tre ainsi si le monde doit pouvoir tre intelligible1 . Il nest pas difficile de comprendre pourquoi Leibniz fait, sur ce point, un choix diffrent de celui de Spinoza, devant lequel il est assez naturel de reculer. Comme le dit Sellars : [] Bien entendu, lide que le cours rel des vnements est le seul cours des vnements possible est premire vue tellement absurde que le principe de raison suffisante sur lequel elle sappuie naurait pas la moindre plausibilit sil ntait pas possible de donner une certaine signification lide que dautres cours des vnements sont possibles mme si en dernire analyse ils ne sont pas rellement possibles. Leibniz offre une explication de cette sorte (ibid.). Par consquent, dune certaine faon : [] Le possible, le rel et le ncessaire concident en dernire analyse pour Leibniz comme pour Spinoza. En ce sens le monde rel est le seul qui soit rellement possible (ibid., p.51). Mais ce genre daffirmation nest vrai, justement, quen dernire analyse.

    On a suivi de prs lanalyse que Sellars propose de la faon dont Leibniz sapproche certains gards dangereusement de Spinoza et russit nanmoins pour finir viter rellement le spinozisme. Cest ce que conteste catgoriquement Russell, qui soutient que Leibniz aurait d tre spinoziste et lest effectivement quand il consent se comporter de faon la fois logiquement rigoureuse et moralement honnte. On peut cependant rendre assez facilement justice Leibniz si on fait leffort de comprendre correctement ce quil veut dire quand il dit que le meilleur des mondes possibles est dtermin. Il ne veut videmment pas dire quil est dtermin en ce sens quil existera ncessairement si Dieu existe. Il est dtermin uniquement en ce sens que, parmi les mondes possibles, il y a en a un et un seul qui est le meilleur de tous, au sens auquel, parmi tous les angles aigus, il y en a un et un seul qui est le plus droit, ce qui pourrait trs bien ne pas tre le cas. Il pourrait, en effet, y avoir plusieurs mondes possibles qui possdent simultanment la proprit dtre meilleurs que tous les autres ou ny en avoir aucun, si, pour tout monde possible, on pouvait toujours en trouver un qui est encore meilleur. Mais, pour Leibniz, il y en a un et un seul qui rpond lexigence dtre le meilleur de tous et celui qui le fait peut tre dtermin de faon pour ainsi dire mathmatique ou mcanique, au sens de ce quil appelle un mcanisme mtaphysique .

    1. Wilfrid Sellars, Mditations leibniziennes , in Leibniz, Metaphysics and Philosophy of Science, edited by R.S.Woolhouse, Oxford Unversity Press, 1981, p.33.

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 779

    Il reste cependant encore dcider, comme Dieu la fait, de le faire exister et cette dcision na, bien entendu, rien de mathmatique ou de mcanique et nobit qu une ncessit morale. Dans le Discours de mtaphysique, Leibniz dit : On peut mme dire que Dieu, en tant quil est un esprit, est lorigine des existences ; autrement sil manquoit de volont pour choisir le meilleur, il ny aurait aucune raison pour quun possible existt preferablement aux autres (XXXVI). Par consquent, le fait que le concept dun tre possible, considr seulement en tant que possible, soit celui dun tre qui comporte davantage de ralit ou de perfection que dautres ne suffit certainement pas par lui-mme faire quil existe de prfrence eux. Il faut pour cela lintervention dun Esprit qui est le plus grand et le plus sage de tous et qui est anim par la volont de choisir le meilleur. Il y a donc bien, nen dplaise Russell, sur la question du passage des possibles lexistence, une diffrence essentielle entre ce que dit Leibniz et ce que dit Spinoza.

    Dans la confrontation entre le leibnizianisme et le spinozisme, on a accord une importance spciale la rhabilitation par Leibniz des causes finales et la faon dont il pense pouvoir en fin de compte concilier la ralit objective de la finalit avec le mcanisme intgral. Un des points de dsaccord entre Leibniz et Bayle porte sur le fait que, pour le premier, comme en tmoigne lexistence de certains des automates les plus perfectionns que nous sommes capables de construire nous-mmes et qui, comme il le dit, font des choses semblables aux mouvements de la raison, un mcanisme peut avoir un comportement qui prsente toutes les apparences de lorganisation, de lintelligence et de la finalit sans avoir une connaissance quelconque du but quil poursuit et des moyens quil utilise pour latteindre. Cest le cas notamment de tous les mcanismes qui sont pourvus de ce que nous appellerions un dispositif dautorgulation qui leur permet de conserver, par exemple, une vitesse constante ou une direction prescrite, en dpit de tout ce qui, dans lenvironnement et dans les circonstances, est susceptible de les en carter.

    Un des exemples les plus fameux de ces dispositifs, qui permettent un mcanisme dviter ou de corriger par lui-mme, sans quaucune intervention extrieure soit requise pour cela, tout cart ventuel par rapport une norme qui lui a t impose au dpart et quil peut donner limpression davoir en quelque sorte intriorise, est le spiral rglant de Huyghens, que Leibniz connaissait parfaitement et qui est constitu par un petit ressort spiral capable dimposer une frquence constante aux oscillations du balancier dune montre. Cette invention la fois tout fait ingnieuse et remarquablement simple, constitue, explique Canguilhem, le modle dont sest inspir Leibniz pour son systme de rglementation universelle et dfinitive, cest--dire son ide dun univers cr dans lequel tout a t rgl en une seule fois au dpart, dune manire telle quaucune intervention supplmentaire du crateur ne sera plus ncessaire par la suite.

    Aux yeux de Leibniz, il ny a rien qui dpasse les limites de lexplication mcanique dans lide dun systme qui a t pourvu ds le dbut de toutes les proprits et de toutes les composantes ncessaires pour fonctionner de faon compltement autonome et tre capable dexercer sur lui-mme la fonction dautosurveillance et de dautocorrection requise. Et quand on parle de dispositifs

  • 780 JACQUES BOUVERESSE

    dont le comportement est explicable de faon purement mcanique, il faut comprendre le mot mcanique dans un sens qui est tout fait littral et qui na absolument rien de mystrieux. Leibniz dit que : [] Tout est tellement rgl et li, que ces machines de la nature, qui ne manquent point, quon compare des vaisseaux, qui iroient au port deux-mmes, malgr tous les dtours et toutes les tempestes, ne sauroient estre juges plus estranges, quune fuse qui coule le long dune corde, ou quune liqueur qui coule dans un canal ( Rponse aux rflexions contenues dans la seconde dition du Dictionnaire critique de M. Bayle, article Rorarius, sur le systme de lHarmonie pretablie , Phil. Schr. IV, p. 557). Autrement dit, mme sil est incontestable que le monde rsulte dune dcision intelligente qui a consist choisir le meilleur parmi une infinit de mondes possibles et si ce qui sy passe correspond la poursuite de fins qui font partie de la ralisation du meilleur, rien ninterdit de le concevoir nanmoins comme une machine dans laquelle tout a t agenc au dpart de faon parfaite et jusque dans le moindre dtail.

    Le point sur lequel les conceptions de Leibniz et de Bayle divergent de faon trs significative nest videmment pas sans rapport avec les ides diffrentes quils se font de la nature dune action libre et volontaire. Bayle, dit Leibniz, fait partie des gens qui considrent comme une chose qui devrait aller peu prs de soi que nous ne faisons pas ce que nous ne savons pas comment il se fait (Thodice, p.352). Autrement dit, nous ne pouvons pas tre dits faire une chose, dont nous sommes autoriss nous considrer par consquent comme les auteurs, quand nous ignorons peu prs compltement de quelle faon elle est faite, cest--dire de quelle faon nous la faisons. Or cest un principe que Leibniz nest pas du tout dispos accorder Bayle. Mme une cause intelligente nest pas tenue davoir une connaissance complte de la manire dont elle produit les effets qui lui sont attribus, et elle ne la presque jamais. On ne peut srement pas conclure du fait que la volont est rellement la cause efficiente de certaines de nos actions, savoir celles qui peuvent tre appeles libres , que la faon dont elle opre nous est, de faon gnrale, transparente. Leibniz nest pas du tout convaincu quelle le soit et pas non plus quelle ait besoin de ltre pour que la libert soit relle.

    On a besoin, du point de vue de Leibniz, de la finalit pour parvenir lexplication ultime et complte des phnomnes. Mais il nest pas question de sen servir dans le dtail pour rendre compte deffets particuliers, dont lexplication doit tre et rester mathmatique, au sens le plus strict du terme. On est revenu, ce propos, sur le calcul des variations et sur limpression quil donne dentretenir une relation particulire avec la tlologie et de confrer celle-ci une respectabilit nouvelle. Suzanne Bachelard, dans son article sur Maupertuis et le principe de la moindre action , o est discute la querelle de priorit qui a eu lieu entre les partisans de Maupertuis et ceux de Leibniz propos de la gense du principe, crit que : Lintrt du principe de Fermat [le premier principe que lon saccorde gnralement reconnatre comme un principe variationnel de physique mathmatique (1662)] pour lpistmologue nous semble rsider dans la situation suivante : Fermat na pas peur de proclamer les intentions tlologiques qui

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 781

    dirigeaient son principe dans une poque domine par le mcanisme cartsien. Mais ce qui nous semble nouveau nest pas que Fermat ait fait revivre un principe de finalit de la Nature dj affirm dans lAntiquit, cest le fait que le principe de Fermat est effectivement un principe sur lequel se fonde une explication mathmatique des phnomnes de la nature (p.4).

    Or ce qui pourrait sembler choquant, dun point de vue moderne, dans lintervention dune notion et dun principe de finalit dans lexplication dun processus physique, devient beaucoup plus acceptable quand on se rend compte que le point de vue de la finalit nest en fait rien dautre que le point de vue du tout. Suzanne Bachelard fait sur ce point la mme constatation que Vuillemin propos de la signification relle du principe de Hamilton : Le mouvement rel est un mouvement qui se distingue des mouvements fictifs : il est caractris par le fait que la variation de laction au sens de Hamilton est nulle quand on passe de ce mouvement des mouvements fictifs voisins. Cette rgularit remarquable du mouvement rel se rvle quand des problmes essentiellement globaux sont poss. Cest pourquoi nous pensons que, le finalisme mtaphysique tant rejet, il ne faut pas en conclure quil ne reste dans un principe comme celui de Hamilton quun simple langage finaliste. Le langage finaliste moderne traduit en vrit le sens global des problmes tudis (ibid., p.7-8). On a essay de prolonger un peu la rflexion sur ce point en se demandant quelles conditions une tlologie non mtaphysique peut tre considre comme possible (et peut-tre galement ncessaire).

    Le point de dpart de Sellars, dans ses Mditations leibniziennes , est laffirmation formule par Leibniz et rejete vigoureusement par Arnauld dans sa premire lettre selon laquelle : Comme la notion individuelle de chaque personne enferme une fois pour toutes ce qui lui arrivera jamais, on y voit les preuves a priori de la vrit de chaque vnement, ou pourquoi lun est arriv plutt que lautre. Mais ces vrits, quoique assures, ne laissent pas dtre contingentes, tant fondes sur le libre arbitre de Dieu ou des cratures, dont le choix a toujours ses raisons qui inclinent sans ncessiter 2. Arnauld, qui semble avoir retenu surtout la premire phrase et navoir pas pris trs au srieux la deuxime, proteste dans les termes suivants : Si cela est, Dieu a t libre de crer ou de ne pas crer Adam ; mais supposant quil lait voulu crer, tout ce qui est depuis arriv au genre humain, et qui lui arrivera jamais, a d et doit arriver par une ncessit plus que fatale. Car la notion individuelle dAdam a enferm quil aurait tant denfants, et la notion individuelle de chacun de ces enfants tout ce quils feraient et tous les enfants quils auraient : et ainsi de suite. Il ny a donc pas plus de libert en Dieu lgard de tout cela, suppos quil ait voulu crer Adam, que de prtendre quil a t libre Dieu, en supposant quil ma voulu crer, de ne point crer de nature capable de penser (ibid., p.157-158).

    2. Correspondance entre Leibniz et Arnauld , in Leibniz, Discours de mtaphysique, Sur la libert, le destin, la grce de Dieu, Correspondance avec Arnauld, Introduction et notes par Jean-Baptiste Rauzy, Pocket, 1993, p.154.

  • 782 JACQUES BOUVERESSE

    Autrement dit, si ce quaffirme Leibniz est vrai, Dieu lui-mme, sil a t libre initialement de crer ou de ne pas crer Adam, est, aprs quil la fait et pour tout ce qui concerne la suite, soumis une sorte de destin implacable sur lequel il na aucun contrle et aucune emprise. Leibniz est, comme on pouvait sy attendre, trs surpris de lindignation dArnauld, car il a limpression de stre mis une fois pour toutes labri du genre dobjection que formule son correspondant en insistant sur le fait que la seule forme de ncessit qui pourrait constituer une menace pour la libert, quil sagisse de celle de Dieu ou de la ntre, est la ncessit quil appelle logique , gomtrique ou mtaphysique , qui est une ncessit absolue, et non la ncessit hypothtique, qui est une ncessit seulement relative ou, comme dit aussi Leibniz, une ncessit par accident . Quand Arnauld dit quune fois que Dieu a dcid de crer Adam, il na pas eu plus de libert lgard de tout le reste quil nen a eu de crer ou de ne pas crer un tre pensant, il ignore quen crant Adam il tait logiquement, et donc absolument, impossible de ne pas crer du mme coup un tre pensant, alors que tout ce qui sen est suivi, commencer par le fait quAdam a eu des enfants, a t ncessaire dune ncessit qui tait seulement de consquence.

    Une proposition absolument ncessaire, comme cest le cas des propositions dont la ncessit est de type logique, gomtrique ou mtaphysique, est, pour Leibniz, une proposition dont la ngation implique contradiction. Dans le cas dune ncessit conditionnelle, o la vrit dune proposition q rsulte comme une consquence ncessaire de la vrit dune proposition p, cest la ngation de la proposition conditionnelle toute entire Si p, alors q , autrement dit la proposition p et non-q qui implique contradiction. Ce qui distingue les propositions absolument ncessaires de celles qui ne le sont que conditionnellement est, dit Leibniz, quelles ne comportent aucune affirmation ou prsupposition dexistence. En ce sens-l, elles peuvent tre considres comme tant elles-mmes des propositions hypothtiques. La proposition Dans tout triangle la somme des angles est gale deux angles droits naffirme ni ne prsuppose lexistence daucun triangle rel, mais affirme seulement que si une figure quelconque est un triangle, alors la somme de ses angles est gale deux angles droits . De mme, la proposition 2 + 2 = 4 naffirme ni ne prsuppose lexistence relle daucune espce dobjets ou densembles dobjets, mais affirme seulement que, si on ajoute deux objets deux autres objets, on obtient comme rsultat quatre objets. Cest le fait que les propositions absolument ncessaires ne formulent aucune assertion dexistence et ne dpendent pour leur vrit daucune assertion de cette sorte qui leur permet de se comporter de la mme faon lgard de tous les mondes possibles, entre lesquels elles ne font pas de diffrence. On peut encore exprimer cela en disant quelles ne traitent que dexistants possibles ou hypothtiques, et non dexistants rels, et formulent des assertions qui sont vraies non seulement de ceux qui existent dans le monde o nous vivons, mais galement de tous ceux qui existeraient dans un monde possible ou dans un autre si celui-ci devenait rel.

    Autrement dit, ni la relation de consquence physique, qui repose sur les lois naturelles qui gouvernent la succession causale des phnomnes, ni celle de consquence morale, qui fait que le plus grand bien apparent sera choisi dans tous

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 783

    les cas ne sont proprement parler ncessitantes. Une question difficile qui se pose ici est la suivante. Faut-il comprendre que la ncessit dont nous parlons nest pas rellement ncessitante essentiellement parce quelle est seulement hypothtique : ce qui, au moment o la dcision va tre prise, se prsente comme le plus grand bien apparent sera ncessairement choisi, mais il ny a pas de ncessit dans le fait quil se prsente au moment dcisif comme le plus grand bien apparent et nous disposons de moyens divers pour faire en sorte que ce ne soit pas le cas ? Ou bien doit-on admettre que cest la relation qui existe entre le fait quune chose se prsente, au moment crucial, sous laspect du plus grand bien apparent et le fait quelle soit choisie qui nest pas ncessitante ? Cest en un sens incontestable si cela signifie simplement que la ncessit en question nest pas logique, et donc pas logiquement contraignante. Mais cela pourrait difficilement suffire rassurer ceux qui pensent que la libert de laction nimplique pas seulement quil tait logiquement, mais galement quil tait possible rellement et concrtement, de faire autrement.

    certains moments, Leibniz semble dire que la liaison des causes et des effets, qui dtermine le choix de lagent, nest mme pas ncessaire dune ncessit seulement hypothtique : Et quant la liaison des causes avec les effets, elle inclinait seulement lagent libre, sans le ncessiter comme nous venons de lexpliquer ; ainsi elle ne fait pas mme une ncessit hypothtique, sinon en y joignant quelque chose de dehors, savoir cette maxime mme que linclination prvalente russit toujours3. Une faon plausible de comprendre cela pourrait tre la suivante. Les lois causales, celles qui gouvernent la liaison des causes avec les effets, ont certes une ncessit simplement hypothtique, puisquelles nont de validit que sous lhypothse du choix que Dieu a fait de crer le meilleur des mondes possibles, et que dautres lois que celles-l seraient probablement en vigueur si Dieu avait choisi de crer un autre monde. Mais les effets qui rsultent de leur action ne sont mme pas ncessaires de faon seulement hypothtique. Dans lordre de la causalit physique, les effets qui devraient rsulter normalement de lexistence des causes peuvent, en effet, ne pas se produire si Dieu a choisi, dans le cas considr, de faire une exception miraculeuse lapplication des lois naturelles. Et dans lordre de la causalit psychique, on peut dire que mme le bien apparent qui est peru comme tant le plus grand de tous nentrane pas par lui-mme ncessairement le choix. Il ne le fait quen vertu dun lment supplmentaire : une inclination dominante, qui pourrait justement ne pas tre dominante ou en tout cas ne pas ltre suffisamment pour entraner invitablement laction.

    La marge de manuvre dont dispose ici Leibniz est videmment troite, pour la raison suivante. Pour que la libert soit possible, il est indispensable que mme les raisons les plus fortes ne ncessitent pas. Mais quelles ne le fassent pas ne peut en aucun cas signifier que nous conservons toujours la possibilit de les ignorer ou de choisir, en connaissance de cause, de nous laisser dterminer par des raisons moins

    3. Essais de thodice sur la bont de Dieu, la libert de lhomme et lorigine du mal, Chronologie et introduction par J.Brunschwig, Garnier-Flammarion, Paris, 1969, p.133.

  • 784 JACQUES BOUVERESSE

    bonnes, puisque cela reviendrait en fin de compte exiger que nous disposions de la possibilit dagir sans raison en dpit des raisons, alors quune raison ne peut jamais tre vince par labsence de raison, mais seulement par une raison encore meilleure, qui incline plus fortement, mais toujours sans ncessiter. En dautres termes, il faut trouver le moyen dviter la fois la ncessit stricte, qui priverait laction de toute valeur morale, et la libert dindiffrence, qui est une absurdit conceptuelle. Certains auteurs, comme par exemple Duns Scot et Molina, ont soutenu que, pour que la libert soit possible, il faut que, mme aprs que la dlibration pratique est arrive son terme et a fait apparatre clairement un objet dtermin comme tant le meilleur de ceux qui se proposent, la volont puisse rester compltement indiffrente et capable aussi bien de choisir lobjet qui a t jug le meilleur quun objet moins bon ou pas dobjet du tout. Autrement dit, il ne peut pas y avoir de libert sil ny a pas la possibilit dune indiffrence complte mme lgard des raisons les meilleures et les plus fortes qui puissent exister, savoir celles qui consistent dans lexistence dun bien qui apparat comme tant indiscutablement le meilleur et par consquent celui qui doit tre choisi. On avait voqu lanne dernire, et on est revenu cette anne nouveau sur elle, la critique formule par Cudworth contre cette ide, que Leibniz rejette, lui aussi, catgoriquement.

    la fin du sicle, sur ce genre de question, il y a avait en gros, dans la tradition de la psychologie des facults scolastique, deux grandes orientations en comptition, que lon peut appeler lintellectualisme et le volontarisme. Les intellectualistes soutenaient que la volont ne peut former une volition que quand elle est mue par quelque chose qui constitue une raison suffisante, en loccurrence, un jugement pratique qui nonce que telle ou telle faon dagir doit tre choisie dans le cas prcis. Les volontaristes affirmaient que la dlibration pratique propose plutt un ventail dactions envisageables, entre lesquelles la volont conserve la possibilit de dcider souverainement en dernire analyse, sans avoir besoin pour cela dtre dtermine par des raisons venues de lextrieur ni mme, en fin de compte, par des raisons quelconques.

    Il nest pas difficile de comprendre que lintellectualisme incline plutt du ct du compatibilisme : il nest pas gn par le fait que la volont ne puisse pas choisir autre chose que le plus grand bien apparent et pas non plus par le fait que ce qui se prsentera, le moment venu, comme le plus grand bien apparent puisse tre dtermin et prdictible, au moins pour un tre omniscient comme Dieu. Le volontarisme a, au contraire, une affinit naturelle avec lincompatibilisme et par consquent avec lindterminisme, autrement dit, du point de vue de Cudworth et de Leibniz, avec une conception irrationaliste du comportement des tres libres. Si ce que disent les philosophes qui dfendent ce genre de conception est vrai, il ny a jamais de raisons dterminantes de laction et le hasard intervient de faon fondamentale dans le comportement, puisque, mme quand une raison est suivie, elle pourrait tout aussi bien ne pas ltre, aussi dterminante quelle puisse tre en apparence, si la volont en dcidait autrement.

    Il y a, crit Leibniz, une indiffrence relative ou limite quand la volont incline certes davantage lune ou lautre des deux choses, mais peut nanmoins

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 785

    encore agir ou ne pas agir, en dpit du fait que peut tre elle agira certainement. Et cest une chose qui appartient lessence de la libert. Jamais en effet il ny a dans un esprit qui agit librement une inclination suffisamment grande pour que laction sensuive ncessairement4. Mais, en disant cela, il nest pas certain que lon rponde rellement la question de quelquun qui se demande sil est ou non toujours possible de rsister la force du dsir ou de la passion. Leibniz soutient que cela reste toujours possible, au moins en principe, parce que la contrainte exerce par eux ne devient jamais suffisamment forte pour se transformer en une ncessit logique. Mais on peut avoir envie dobjecter que ce nest pas ce qui tait demand. Ce quon voulait savoir est si, tant admis que la ncessit, sil y en a une, ne peut tre, de toute faon, quempirique, par exemple physique et/ou psychologique, et non pas logique, il sagit bien ou non dune ncessit relle et effective, cest--dire si les inclinations, quand elles sont suffisamment fortes, ne peuvent pas bel et bien ncessiter (au sens de la ncessit naturelle, bien entendu), au lieu de se contenter simplement, comme leur nom lindique, dincliner.

    On avait dj expos longuement lanne dernire la critique radicale que Leibniz dveloppe contre le volontarisme et sa faon dopter rsolument pour lintellectualisme, en dpit des difficults srieuses quil peut donner premire vue limpression de soulever. Pour la rsumer, on peut se contenter de citer simplement ce quil dit dans sa discussion du livre de William King, De origine mali (De lorigine du mal) propos de la chimre que constitue ce quil appelle le hasard rel imagin dans les mes (Thodice, p.387) et de lide dun choix qui est suppos seffectuer sans cause et sans raison. Le cinquime chapitre du livre, crit-il, tend faire voir (si cela se pouvait) que la vritable libert dpend dune indiffrence dquilibre, vague, entire et absolue ; en sorte quil ny ait aucune raison de se dterminer, antrieure la dtermination, ni dans celui qui choisit, ni dans lobjet, et quon nlise pas ce qui plat, mais quen lisant sans sujet on fasse plaire ce quon lit (ibid.).

    Partant de Leibniz, on a tendu la discussion une confrontation plus gnrale entre les mrites et les difficults respectifs du compatibilisme et de lincompatibilisme, et essay de montrer pourquoi, en dpit de ce que lon croit la plupart du temps, il nest pas forcment beaucoup plus facile de rconcilier la libert avec lindterminisme quavec le dterminisme. On a examin, dans ce contexte, les raisons pour lesquelles il est moins prilleux, selon Russell, de conserver le dterminisme, en dpit de la menace apparente quil reprsente pour la libert, que de consentir labandonner :

    Ce que le dterminisme soutient est que notre volont de choisir cette option-ci ou celle-l est leffet dantcdents ; mais cela nempche pas notre volont dtre elle-mme une cause dautres effets. Et le sens auquel diffrentes dcisions sont possibles semble suffisant pour distinguer certaines actions comme bonnes et certaines autres comme mauvaises, certaines comme morales et certaines autres comme immorales.

    4. Textes indits daprs les manuscrits de la Bibliothque provinciale de Hanovre, publis et annots par Gaston Grua, P. U. F., Paris, 1948, I, p. 385.

  • 786 JACQUES BOUVERESSE

    En liaison avec celui-l il y a un autre sens auquel, quand nous dlibrons, lune ou lautre dcision est possible. Le fait que nous jugions une faon de faire comme objectivement bonne peut tre la cause du fait que nous choisissions cette faon-l : par consquent, avant que nous ayons dcid quelle faon de faire nous croyons tre juste, lune et lautre est possible en ce sens que lune ou lautre rsultera de notre dcision concernant ce que nous croyons tre juste. Ce sens de la possibilit est important pour le moraliste, et illustre le fait que le dterminisme ne rend pas futile la dlibration morale.Le dterminisme, par consquent, ne dtruit pas la distinction du juste et de linjuste ; et nous avons vu auparavant quil ne dtruit pas la distinction du bon et du mauvais : nous continuerons tre en mesure de considrer certaines personnes comme meilleures que dautres, et certaines actions comme plus justes que dautres5.

    Le dterminisme, aux yeux de Russell, est sans danger rel pour la moralit, parce quil nexclut ni lexistence ni lefficience de la volont, mais seulement lexistence de volitions non causes. Cest aussi peu prs ce que dirait Leibniz. Sil pouvait exister des volitions non causes et, de faon gnrale, des vnements sans cause, la situation serait, daprs Russell, beaucoup plus insatisfaisante et inquitante quelle ne lest si lon doit admettre que les volitions ont, elles aussi, des causes. Ce qui est le plus dangereux, notamment pour la morale, nest srement pas le dterminisme, mais une certaine ide absolue de la libert :

    La plus grande partie de la moralit dpend absolument de la supposition que les volitions ont des causes, et rien dans la morale nest dtruit par cette supposition.[]En fait, personne ne croit que les actes bons sont sans causes. Ce serait un paradoxe monstrueux de dire quune dcision dun homme ne doit pas tre influence par sa croyance concernant ce qui constitue son devoir ; cependant, sil sautorise dcider dun acte parce quil croit que cest son devoir de leffectuer, sa dcision un motif, cest--dire une cause, et nest pas libre dans le seul sens dans lequel le dterministe doit nier la libert. Il semblerait, par consquent, que les objections contre le dterminisme doivent tre attribues principalement une incomprhension de ce quil se propose. De sorte que, finalement, ce nest pas le dterminisme, mais la volont libre, qui a des consquences subversives. Il ny a donc pas de raison de regretter que les raisons en faveur du dterminisme soient dune force prdominante (ibid., p.44-45).

    La raison qui dcide en fin de compte de laction qui sera effectue et qui, daprs Leibniz, existe dans tous les cas na pas besoin, bien entendu, dtre une raison rationnelle et souvent elle ne lest pas : Dans les autres substances intelligentes [autres que Dieu ou le sage parfait] les passions souvent tiendront lieu de raison, et on pourra tousjours dire lgard de la volont en gnral : que le choix suit la plus grande inclination sous laquelle je comprends tant passions que raisons vraies ou apparentes (Leibniz, Lettre Coste, 19 dcembre 1707, Phil. Schr. III, p.401-402). Il ne peut pas plus y avoir de hasard rel dans les mes quil ny en a dans les corps. Tout comme les corps ne peuvent tre mis en mouvement que par le mouvement dautres corps, les mes ne peuvent tre mues que par des raisons, mme si lon na pas toujours de celles-ci une connaissance distincte.

    5. Bertrand Russell, The Elements of Ethics (1910), in Philosophical Essays, George Allen & Unwin, London, Simon and Schuster, New York, 1966, p.42.

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 787

    Une des erreurs les plus frquemment commises propos du principe de raison suffisante est celle qui consiste croire quil constitue lexpression dun rationalisme exacerb et inacceptable, alors que le principe affirme seulement quil y a toujours des raisons, mais ne dit rien sur la nature des raisons. Cest une question qui a donn lieu de nombreux malentendus et sur laquelle on a jug ncessaire de sattarder un peu. On doit Heidegger une interprtation du principe de raison suffisante daprs laquelle, pour reprendre les termes de Vincent Descombes, dans lnonc du principe, formul comme principium reddendae rationis (principe de la raison rendre), un appel se ferait entendre et qui aurait trait la faon dont nous devons penser ltre. Le principe nous parle pour nous enjoindre de soumettre notre pense la recherche illimite du pourquoi 6. Descombes cite un texte de Derrida qui, dune certaine faon, renchrit encore sur cette interprtation : Outre tous les grands mots de la philosophie qui en gnral mobilisent lattention la raison, la vrit, le principe le principe de raison dit aussi que raison doit tre rendue [] On ne peut pas sparer la question de cette raison de la question portant sur ce il faut et sur le faut rendre. Le il faut semble abriter lessentiel de notre rapport au principe. Il semble marquer pour nous lexigence, la dette, le devoir, la requte, lordre, lobligation, la loi, limpratif. Ds lors que raison peut tre rendue (reddi potest), elle le doit7. En ralit, linjonction que croient reconnatre Heidegger et Derrida napparat tout simplement pas dans les textes de Leibniz. Comme le dit Descombes : Tous les noncs quil [Leibniz] donne du principe [] parlent dune raison qui peut tre rendue. Elle peut ltre en droit, en vertu de la thse ontologique : il nest mme pas sous-entendu que nous puissions, avec nos entendements finis, dcouvrir ces raisons (qui sont pourtant l). Mais la notion dobligation nest-elle pas prsente dans lappellation du grand et puissant principe : principium REDDENDAE rationis ? En effet, ladjectif verbal latin marque laction accomplir, et signifie souvent lobligation ou la tche. Mais on sait quil est galement employ avec le sens plus faible de la simple possibilit (ibid., p.103).

    Heidegger et ses successeurs se sont efforcs avec un succs incontestable de faire apparatre le principe de raison suffisante comme constituant en quelque sorte le symbole de la prtention et de larrogance du rationalisme moderne, qui exige que lon fasse rendre raison la ralit, peu prs comme on parlerait de lui faire rendre gorge. Mais on peut galement interprter le principe de raison comme tant, au contraire, un principe dhumilit. Ce que nous dit Leibniz peut tre peru comme une injonction bien diffrente de celle que Heidegger a cru y trouver et qui pourrait tre formule ainsi : Ce nest pas parce que vous navez pas trouv de raison ou seulement des raisons insuffisantes que vous devez vous considrer comme autoriss croire quil ny a pas de raison. Or il nous est, daprs Leibniz,

    6. Vincent Descombes, Philosophie par gros temps, ditions de Minuit, 1989, p.102.7. Jacques Derrida, Les pupilles de lUniversit (le principe de raison et lide de lUniversit) ,

    Cahier du Collge international de philosophie, 1986, n2, p.15-16.

  • 788 JACQUES BOUVERESSE

    impossible, par exemple, de trouver la raison complte dune proposition contingente quelconque. Et ce que nous ne pouvons pas, nous ne le devons srement pas non plus.

    On peut se demander, cependant, si la palme de lincomprhension, en ce qui concerne la signification relle du principe de raison suffisante, ne revient pas finalement Popper, qui crit, dans La Connaissance objective : Si lon prend conscience que toute connaissance est hypothtique, on est conduit rejeter le principe de raison suffisante, que ce soit sous la forme : on peut donner une raison pour toute vrit (Leibniz) ou sous la forme plus forte que lon trouve chez Berkeley et chez Hume, qui suggrent tous deux, que, si nous ne voyons pas de raison [suffisante] de croire, cest une raison suffisante de ne pas croire8. Popper suggre quun philosophe comme Leibniz, qui accepte le principe de raison suffisante, est oblig du mme coup de nier la ralit et la lgitimit de la connaissance hypothtique, ce que ne fait videmment en aucune faon Leibniz. Voir par exemple, sur ce point, ce quil dit, dans les Cogitationes de Physica Nova Instauranda (1678-1682) (Akademie Verlag, VI, 4, p.633), propos de lusage de la mthode conjecturale dans les sciences :

    Certaines hypothses peuvent satisfaire tant de phnomnes et si facilement quelles peuvent tre tenues pour certaines. Parmi dautres possibles il faut choisir celles qui sont plus simples et les utiliser en attendant la place des vraies causes.

    La mthode conjecturale a priori procde par des hypothses, en supposant certaines causes sans aucune preuve, et en montrant que, si elles sont poses, on peut en dduire que les choses qui arrivent en ce moment arriveront. Une telle hypothse est semblable une cl cryptographique, et elle est dautant plus probable quelle est plus simple et quun nombre plus grands de choses peuvent tre expliques par elle. De mme cependant quil est possible dcrire une lettre dlibrment dune manire telle quelle puisse tre explique par plusieurs cls diverses, dont une seule est vraie, de mme le mme effet peut avoir plusieurs causes. Cest pourquoi du succs de lhypothse on ne peut tirer aucune dmonstration ferme. Bien que je ne nie pas quil puisse y avoir un si grand nombre de phnomnes qui sont expliqus avec succs par une hypothse quelle peut tre tenue pour moralement certaine. Et des hypothses de cette sorte suffisent assurment pour lusage : il est nanmoins utile den employer galement de moins parfaites, comme remplaantes de la vraie science, jusqu ce quil sen prsente une meilleure, savoir qui explique avec plus de succs les mmes phnomnes, ou qui explique un plus grand nombre dentre eux avec autant de succs. En quoi il ny a aucun danger pourvu que nous distinguions nous-mmes soigneusement les choses certaines des choses probables. Mais utiliser des hypothses dont il est tabli quelles sont fictives nest certes pas utile la science, mais quelquefois la mmoire, de la mme faon que les tymologies fictives laide desquelles certains drivent des racines hbraques de mots allemands pour quelles soient plus facilement retenues par les Allemands qui apprennent. Or les phnomnes sont contenus en puissance dans lhypothse dont il peuvent tre dduits, cest pourquoi celui qui retiendra lhypothse fera revenir facilement quand il le voudra ces phnomnes son esprit; bien quil sache que lhypothse est fausse, et que lon peut trouver dautres phnomnes qui sont en conflit avec lhypothse. Et ainsi lhypothse ptolmaque peut

    8. Karl R. Popper, La Connaissance objective, traduit de langlais par Jean-Jacques Rosat, Aubier, Paris, 1991, p.77.

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 789

    suffire aux novices en astronomie, ceux du moins qui veulent se contenter dune connaissance vulgaire des choses clestes. Mais mon avis il est prfrable dtre instruit de lhypothse vraie, quand elle est connue.

    La question que lon sest pose pour finir, dans un dernier retour sur laporie de Diodore et sur le genre de solution que lui apportent respectivement Aristote et Leibniz, a t justement celle du statut exact de la probabilit chez le deuxime. On peut dire dAristote, si on suit Leibniz, quayant commis sans sen rendre compte le sophisme du glissement de loprateur modal, qui oblige apparemment attribuer aux propositions dcrivant des vnements futurs contingents une ncessit absolue et accepter le fatalisme, partir du moment o on a admis la proposition Ou bien il est vrai quil y aura demain une bataille navale ou bien il est vrai quil ny aura pas de bataille navale demain , il sest trouv contraint de mettre en question cette dernire proposition et daccepter lide que ni la proposition Il y aura demain une bataillenavale ni sa ngation Il ny aura pas de bataille navale demain ne sont vraies. Le sophisme du glissement abusif de loprateur modal, que, comme beaucoup dautres commentateurs, Leibniz souponne Aristote davoir commis, repose sur la mconnaissance du fait que :

    De (1) Ncessairement (sil est vrai aujourdhui quil y aura une bataille navale demain, alors il y aura une bataille navale demain), qui est une affirmation vraie, on peut dduire logiquement ;

    (2) Sil est vrai aujourdhui quil y aura une bataille navale demain, alors il y aura une bataille navale demain, mais srement pas :

    (3) Sil est vrai aujourdhui quil y aura une bataille navale demain, alors il y aura ncessairement une bataille navale demain.

    Il peut tre utile de rappeler ici la faon dont Aristote argumente dans le texte du chapitre9 du De interpretatione auquel nous nous rfrons. Vuillemin la rsume de la manire suivante : Il [le texte] se rduit une chane dimplications : si lon admet le principe de non-contradiction les deux noncs ne sont pas vrais , alors si lon admet le principe du tiers exclu les deux noncs ne sont pas faux, on ne peut, au cas o lon admette encore la validit universelle du principe de bivalence lun des noncs est vrai, lautre est faux actuellement viter de tenir pour ncessaires tous les noncs portant sur le futur. Par contraposition, lexistence de futurs contingents exigera, si lon conserve la non-contradiction et le tiers exclu, quon mette en question la bivalence et que, par consquent, lun des noncs soit vrai et lautre faux mais seulement en puissance (Jules Vuillemin, Ncessit ou contingence, p.153). La solution consiste donc rejeter la conception selon laquelle toute affirmation ou ngation portant sur le futur est vraie ou fausse (ibid., p.163). Or, daprs Leibniz, si on vite le sophisme du glissement de loprateur modal, il ny a plus aucune raison de se sentir oblig de sacrifier luniversalit du principe de bivalence.

    De son point de vue, il est, par consquent, tout aussi lgitime de dire de la proposition Il y aura une bataille navale demain quelle est vraie ou fausse que de le dire de la proposition Il y aura une clipse de soleil demain . Le fait que nous ne connaissions pas et ne puissions pas connatre avec certitude la valeur de

  • 790 JACQUES BOUVERESSE

    vrit de la proposition dans le premier cas, alors que nous avons les moyens de la connatre dans le deuxime, est tout fait dpourvu de pertinence pour ce dont il sagit. Le point crucial est donc quon ne peut en aucun cas, selon Leibniz, infrer de la difficult ou de limpossibilit de connatre la valeur de vrit labsence de valeur de vrit. Ces deux choses doivent rester compltement distinctes et lincertitude ne peut exister que dans la connaissance et non dans la ralit.

    Leibniz rcuse le genre de diffrence quAristote cherche tablir entre le cas de lclipse et celui de la bataille navale, parce quil pense que la question de savoir si une proposition est ncessaire ou contingente ne peut en aucun cas tre lie celle de la connaissance que nous avons ou de lignorance dans laquelle nous nous trouvons des causes de lvnement quelle dcrit et au fait que nous soyons ou ne soyons pas en mesure de dterminer ds prsent si elles sont ou non ralises. Sinon, il faudrait admettre quune proposition qui tait contingente peut changer de statut modal et devenir ncessaire lorsque nous russissons acqurir une connaissance des causes qui, le moment venu, produiront inluctablement lvnement concern. Voir sur ce point la faon dont Jacques Bernoulli prsente les choses dans lArs Conjectandi 9 :

    Est ncessaire ce qui ne peut pas ne pas tre, devoir tre ou avoir t (quod non potest non esse, fore aut fuisse); et cela dune ncessit ou bien physique : de cette manire il est ncessaire que le feu brle, que le triangle ait trois angles gaux deux droits, que la pleine lune, qui, la Lune tant leve, arrive dans les nuds, soit sujette des clipses: ou bien hypothtique, en vertu de quoi une chose quelconque, aussi longtemps quelle est ou a t, ou est suppose tre ou avoir t, ne peut pas ne pas tre ou avoir t; en ce sens-l il est ncessaire que Pierre, que je sais et pose tre en train dcrire, crive : ou enfin dune ncessit de convention ou dinstitution, en vertu de laquelle le joueur de ds qui a obtenu un six avec le d est dit ncessairement gagner, sil a t antrieurement convenu entre les joueurs que le gain consistait faire six en lanant le d.

    Le contingent (tant le libre, qui dpend de larbitre de la crature rationnelle, que le fortuit et laccidentel [casuale], qui dpend de laccident [casus] ou de la fortune) est ce qui pourrait ne pas tre, devoir tre ou avoir t; comprenez, dune puissance loigne, et non dune puissance prochaine : car la contingence nexclut pas toujours toute espce de ncessit, mme pour ce qui est des causes secondes ; ce que je vais expliquer par des exemples. Il est tout fait certain qutant donn la position du d, la vitesse et la distance par rapport la table de jeu, au moment o il quitte la main de celui qui le lance, il ne peut pas tomber autrement que de la faon dont il tombe rellement : de mme qutant donn la constitution prsente de lair et tant donn la masse, la position, le mouvement, la vitesse des vents, des vapeurs, des nuages et les lois du mcanisme, en vertu duquel toutes ces choses agissent les unes sur les autres, le temps quil fera demain ne pourrait pas tre autre que ce quil sera rellement; de sorte que ces effets ne suivent pas moins ncessairement de leurs causes prochaines que les phnomnes des clipses du mouvement des astres: et cependant lusage sest tabli de compter uniquement les clipses au nombre des choses ncessaires, et en revanche la faon dont le d tombe et le temps quil fera au nombre des choses contingentes ; ce pour quoi il ny a pas dautre raison que le fait que

    9. Jacques Bernoulli, Ars Conjectandi (1713), in Die Werke von Jakob Bernoulli, Band 3, herausgegeben von Der Naturforschenden Gesellschaft in Basel, Birkhuser Verlag, Basel, 1975, p.240.

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 791

    les choses qui sont supposes tre donnes pour dterminer les effets ultrieurs, et qui sont telles galement dans la nature, ne sont cependant pas suffisamment connues de nous ; quoi sajoute le fait que, mme si elles ltaient, ltude de la Gomtrie et de la Physique nest pas suffisamment perfectionne pour qu partir des donnes ces effets puissent tre soumis au calcul ; de la mme faon qu partir des principes bien connus de lAstronomie les clipses peuvent tre calcules et prdites : lesquelles pour cette raison, elles aussi, avant que lAstronomie ait t avance ce degr de perfection, navaient pas moins besoin que les deux autres dtre rapportes aux choses futures contingentes. Il rsulte de cela qu lun et un moment donn peut sembler contingent ce qui devient le ncessaire de lautre (voire du mme) un autre moment, une fois que ses causes sont connues ; de sorte que la contingence concerne mme principalement notre connaissance, dans la mesure o nous ne voyons pas dans lobjet de rpugnance quelconque ne pas tre ou devoir tre, bien quil soit ou ait lieu ncessairement ici et maintenant en vertu de sa cause prochaine mais inconnue de nous.

    La conclusion laquelle aboutit Bernoulli fait justement partie de celles que Leibniz tient par-dessus tout viter. Pour lui, la distinction entre le ncessaire et le contingent a une ralit objective, qui est et doit rester indpendante de ltat de nos connaissances aussi bien collectives que personnelles.

    Pour rsoudre son problme, Aristote devait, semble-t-il, pouvoir disposer dun systme qui vrifie le principe de ncessit conditionnelle et le principe du tiers exclu, mais sans valider le principe de bivalence. Cette exigence semble impossible satisfaire si lon accepte une conception de la vrit telle quil y a quivalence entre lassertion dun nonc et lassertion de la vrit de cet nonc (conformment ce quon appelle le schma (T) de Tarski : V(p) p). Par consquent, il semblerait que, si le systme aristotlicien admet la validit universelle du tiers exclu et, au moins implicitement, le schma (T), il doit admettre galement la validit universelle du principe de bivalence.

    Vuillemin estime quil y trois hypothses interprtatives possibles concernant la position adopte par Aristote : (1) le systme dAristote demande la construction dune logique plus de deux valeurs de vrit ; (2)il implique que lon modifie la dfinition canonique de la vrit ; (3) il suggre lintroduction des probabilits et la rhabilitation de la connaissance probable. Faute de temps, on ne sest pas attard sur la faon dont Vuillemin carte la possibilit (1) ni sur celle dont il rsout le problme que soulve la possibilit(2), celui des modifications quAristote pourrait se trouver contraint dintroduire dans la conception classique de la vrit, du fait de sa dcision de soustraire certaines propositions lapplication du principe de bivalence. On sest born, en conclusion, dire simplement quelques mots propos de loption(3), celle qui fait dAristote un dfenseur rsolu de la connaissance probable, Comme le dit Vuillemin : Il est vident que ni Aristote ni laristotlisme nont labor un concept clair et distinct de la probabilit et quils nont pas mme aperu les questions qui se posent propos de sa mesure. Il nen reste pas moins, comme le dit Cournot, que lattention quils ont porte aux dterminations imparfaites du monde sensible et laccident a d comme il est arriv avec le chap.IX du De Interpretatione susciter des thmes qui entrent en conflit avec la logique si lon ne fait pas sa place, dans le systme, une thorie primitive des probabilits (Ncessit ou contingence, p.181, note53).

  • 792 JACQUES BOUVERESSE

    La situation change videmment du tout au tout avec Leibniz, qui est, comme le souligne Hacking, sinon un acteur principal, du moins un tmoin essentiel dans ce quon peut appeler lmergence de la probabilit comme concept clair et distinct. Leibniz a beau tre convaincu, la diffrence dAristote, que la ralit, y compris celle du futur, ne comporte aucune espce dindtermination, on ne trouve, chez lui, contrairement ce que lon croit souvent, certainement aucune tendance sous-estimer lintrt et limportance de la connaissance simplement probable. Couturat remarque ce propos que : La Logique des probabilits sert dj dans les sciences mathmatiques et rationnelles ; mais cest surtout dans les sciences naturelles et exprimentales quelle trouve son application : elle est mme leur mthode propre []10 .

    la diffrence des vrits de raison, les vrits de fait, pour Leibniz, ne sont jamais que probables. Nous ne pouvons pas en avoir une connaissance dmonstrative, cest--dire une connaissance complte par les raisons, puisque ce qui caractrise la vrit quelles possdent est que celle-ci fait intervenir ce quil appelle linfini dans les raisons . Mais il ne faudrait surtout pas en conclure que nous ne pouvons en acqurir quune connaissance qui est affecte dune incertitude fcheuse et est par consquent dune importance qui reste relativement subalterne. Ce nest pas du tout ce que pense Leibniz, pour qui il est tout fait possible, mme dans les sciences naturelles et exprimentales, de parvenir une certitude qui en pratique ne se distingue pas vraiment de celle des propositions mathmatiques elles-mmes. Nous pouvons connatre une proposition avec une certitude qui est tout fait suffisante, mme quand nous ne connaissons que partiellement les raisons de sa vrit, ce qui est le cas pour toutes les propositions dont la connaissance repose, directement ou indirectement, sur lexprience.

    Quand nous ne sommes pas en mesure de connatre la vrit elle-mme, nous pouvons nanmoins, dans un bon nombre de cas, valuer les apparences de vrit, cest--dire, les probabilits, en relation avec les donnes dont nous disposons. Les probabilits, au sens o les comprend Leibniz, doivent tre values et compares, autant que possible, en fonction de leur degr de ressemblance avec la vrit, ce que signifie prcisment le mot vraisemblance . Et on se tromperait lourdement si lon croyait qu dfaut de vrit, une proposition peut avoir une probabilit, qui en quelque sorte la remplace. Car la probabilit, quelle que soit la source dont elle provient et quelle soit subjective ou objective, ne peut jamais tre autre chose que la probabilit de la vrit. Leibniz parle, dans les Nouveaux Essais, dune similitude du probable avec le vrai , qui peut tre plus ou moins grande ; mais les apparences de vrit sont et restent par essence sous la dpendance de la ralit laquelle elles ressemblent. Pour pouvoir accorder la notion de probabilit toute limportance quelle mrite, il nest, cela va sans dire, en aucune faon ncessaire de croire la ralit du hasard, que, comme on a eu loccasion de le

    10. Louis Couturat, La Logique de Leibniz daprs des documents indits, Georg Olms, Hildesheim, 1969, p. 255.

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 793

    souligner maintes reprises, Leibniz rejette catgoriquement, aussi bien dans la vie mentale que dans les vnements du monde physique.

    Si lon en croit Hacking : La philosophie de Leibniz constitue lune des dernires dfenses dsespres de lancienne catgorie de connaissance. [] De nombreuses ides humiennes sont prsentes chez Leibniz, mais il en manque une. Pour Leibniz, la catgorie de la connaissance est encore sacro-sainte. La vrit consiste, en fin de compte, en une dmonstration11 . Leibniz pense, effectivement, que toute proposition vraie est dmontrable (cest ce quaffirme le principe de raison suffisante) et que la connatre, au sens propre du terme, veut dire tre capable de la dmontrer. Mais il faut remarquer quil ne dit pas et ne pourrait pas dire que la vrit consiste dans ou est constitue par la dmonstration. La vrit dune proposition consiste comme il le dit, a parte rei, dans le fait que le concept du prdicat est contenu dans le concept du sujet et la dmonstration constitue seulement le moyen dont on se sert pour rendre manifeste cette inclusion. La faon dont sexprime, sur ce point, Hacking nest sans doute que le reflet de la difficult de plus en plus grande que nous prouvons, pour notre part, et que Leibniz navait pas distinguer nettement entre ce qui est vrai et ce qui, pour une raison ou pour une autre et par un moyen ou par un autre, est reconnu ou en tout cas accept un moment donn comme tel. La dfense de cette distinction semble, il est vrai, aux yeux dun bon nombre de philosophes daujourdhui, peu prs aussi dsespre que celle de lancienne catgorie de connaissance. Mais cest justement une des raisons pour lesquelles Leibniz est un philosophe dont nous navons probablement jamais eu autant de choses importantes apprendre.

    Sminaire : Georg Christoph Lichtenberg et la physionomie du monde : philosophie, physique, littrature, critique

    Le sminaire de lanne 2009-2010 a eu lieu sous la forme dun colloque international de trois journes organis en commun avec la chaire dHistoire de lart europen mdival et moderne de Roland Recht et consacr Georg-Christoph Lichtenberg et la physionomie du monde : philosophie, physique, littrature, critique . Le programme du colloque, qui a t dun niveau et dune qualit rellement exceptionnels et a apport une contribution de tout premier ordre la dcouverte dun auteur dont on peut constater malheureusement quen dpit de son importance considrable, il reste encore aujourdhui largement inconnu, tait le suivant.

    Premirejourne:vendredi2avril2010

    Roland Recht (Collge de France), lments pour une biographie de Georg Christoph Lichtenberg.

    11. Ian Hacking, Lmergence de la probabilit, traduit de langlais par Michel Dufour, ditions du Seuil, 2002, p.250.

  • 794 JACQUES BOUVERESSE

    Sigurd Paul Scheichl (universit dInnsbruck), Quelques observations sur le style de Lichtenberg.

    Pascal Griener (universit de Neuchtel), Shakespeare, Garrick, Hogarth. Lichtenberg et la rvlation de lAngleterre.

    Gerald Stieg (universit Paris III), Canetti lecteur de Lichtenberg.Jacques Bouveresse (Collge de France), Forces et faiblesses de lAufklrung : le rationalisme

    sceptique de Lichtenberg (I).

    Deuximejourne:jeudi24juin2010

    Jacques Bouveresse et Roland Recht, Rcapitulation de la premire journe du sminaire du 2avril et introduction.

    Ernst Osterkamp (Berlin et Hamburg, Warburg Haus), Le bourreau et la putain. Les obsessions de Lichtenberg.

    Rolf Wintermeyer (universit ParisIII), Se penser soi-mme et penser le langage : le dilemme de Lichtenberg.

    Roland Recht (Collge de France), Les yeux de Lichtenberg.

    Troisimejourne:vendredi25juin2010

    Hans-Georg von Arburg (universit de Lausanne), Anamorphoses. Lichtenberg interprte de Hogarth.

    Thomas Kirchner (Johann Wolfgang Goethe-Universitt. Frankfurt), Les problmes dun illustrateur, Daniel Chodowiecki : entre Lavater et Lichtenberg.

    Sgolne Le Men (universit Paris X, Nanterre), Gombrich lecteur de Lichtenberg.Florence Vatan (University of Wisconsin, Milwaukee), Lichtenberg et Musil.Jacques Bouveresse (Collge de France), Forces et faiblesses de lAufklrung : le rationalisme

    sceptique de Lichtenberg (II).

    Autres activits de la chaire

    Colloque:Rationalit,vritetdmocratie:BertrandRussell,GeorgeOrwell,NoamChomsky

    Le colloque sest tenu le 28mai 2010 au Collge de France.Jean-Jacques Rosat, matre de confrences au Collge de France : Russell, Orwell, Chomsky :

    une famille de pense et daction.Pascal Engel, professeur luniversit de Genve : La vrit peut-elle survivre la

    dmocratie ?Thierry Discepolo, directeur de la revue et des ditions Agone : Tout a nest pas seulement

    thorique. Notes sur la pratique dune ligne ditoriale.Jacques Bouveresse, professeur au Collge de France : Bertrand Russell, la science, la

    dmocratie et la poursuite de la vrit.John Newsinger, professeur Bath Spa University : George Orwell and Democratic

    Socialism.Noam Chomsky, professeur au MIT : Power-hunger tempered by self-deception.Les actes de ce colloque ont t publis dans la revue Agone, n45 (octobre 2010), dans

    un dossier intitul Rationalit, vrit et dmocratie .

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 795

    Confrence

    Lundi 31 mai 2010 : Noam Chomsky, professeur au MIT : Understanding and Interpreting : Language and Beyond.

    Jean-MathiasFleury

    Jean-Mathias Fleury, matre de confrences associ la chaire, a poursuivi, au cours de lanne 2009-2010, avec une nergie et une efficacit remarquables, ses recherches sur les thmes suivants : thories de la causalit dans les sciences de la nature et dans les sciences sociales, traitement logique et interprtation des modalits, applications pratiques la recherche en histoire, mise en perspective historique partir de la philosophie leibnizienne.

    Participation des colloques, communications diverses

    Septembre 2009 : Participation au colloque international triennal de la Socit de philosophie analytique Genve. Communication sur Forces ou dispositions : une interprtation leibnizienne de la causalit .

    Mars 2010 : Intervention au sminaire consacr lhistoire contrefactuelle de lcole des Hautes tudes en Sciences Sociales. Communication sur Lanalyse contrefactuelle de la causalit en histoire : de Weber David Lewis .

    Organisation de colloques, sminaires

    2010 : Organisation et animation dun sminaire consacr aux Analyses modales de la causalit (Collge de France, chaire de Philosophie du langage et de la connaissance), avec le programme suivant :

    20 janvier : Les analyses modales de la causalit : enjeux conceptuels et perspectives historiques , Jean-Matthias Fleury (Collge de France).

    3 fvrier : Interventionnisme, piphnomnalisme et faire une diffrence , Max Kistler (Universit de Grenoble).

    17 fvrier : La causation : contrefactuels ou connexion ? , Frdric Nef (EHESS).

    3 mars : Leibniz et la rationalit des causes : la causalit comme inclination , Jean-Matthias Fleury (Collge de France).

    17 mars : Contrefactuels : une approche historienne , Pierre Singaravelou (Paris1) et Quentin Deluermoz (ParisXIII).

    31 mars : Mthodes didentification de la causalit en pidmiologie : entre thorie et pragmatisme , Stphane Legleye (INED).

    2010 : Coorganisation du colloque international Rationalit, vrit et dmocratie : Russell, Orwell, Chomsky , linitiative de la chaire de philosophie du langage et de la connaissance du Collge de France le 28mai 2010.

    dition

    Projet ddition en ligne des actes du sminaire consacr aux analyses modales de la causalit.

  • 796 JACQUES BOUVERESSE

    GroupederecherchesurPhilosophieetlittrature

    Le groupe a poursuivi ses travaux au cours de lanne 2009-2010, sous la forme de quatre sances consacres des exposs suivis de discussion sur les thmes suivants :

    18janvier, Sophie Djigo (professeur de philosophie au lyce de Saint-Omer), Robert Musil : de la tentation romantique au perfectionnisme moral .

    2 mars : Anne-lisabeth Halpern (matre de confrences luniversit de Reims), Wcomme vrit (Perec, W ou Le souvenir denfance) .

    16 avril : Jean-Jacques Rosat (matre de confrences au Collge de France), La littrarisation de la prose dides et le problme du lyrisme idologique .

    19mai : Grard Malkassian (professeur de philosophie aux lyces Montaigne et Paul Valry, Paris) : La littrature entre histoire et tmoignage : le thme de la Catastrophe dans les uvres armniennes et franaises de Chahan Chahnour (Armen Lubin, 1903-1974) .

    Publications

    Ouvrages

    Bouveresse J., Que peut-on faire de la religion ?, paratre, ditions Agone, Marseille, fvrier 2011.

    Articles

    Bouveresse J., Les Lumires et la raison , Manire de voir (Le Monde diplomatique), aot-septembre 2009, p.6-9.

    Bouveresse J., Prface Noam Chomsky, Raison et libert, ditions Agone, 2010, p.VII-XXXV.

    Bouveresse J., Bertrand Russell, la science, la dmocratie et la poursuite de la vrit , contribution au Colloque Rationalit, vrit et dmocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky , Collge de France, 28 mai 2010, publi dans Agone, n 44 (2010), p.73-106.

    Jacques Bouveresse, Noam Chomsky et Daniel Mermet, Dialogue sur la science et la politique , Agone, n44, 2010, p.123-148.

    Bouveresse J., Prface Hubert Krivine, La Terre, des mythes au savoir, Cassini, 2011 ( paratre).

    Confrences

    La chaleur de la foi et la lumire de la raison , contribution au colloque Wissen, Erkennen, Zeigen, Das Projekt einer integrativen Anthropologie , en hommage Gunther Gebauer, Harnack-Haus, Berlin , 8-10octobre 2009.

    Science et religion , dbat avec Hlne Langevin et Guillaume Lecointre, Salon du livre de sciences humaines, 15 novembre 2009.

    Peut-on ne pas croire ? , confrence donne au forum universitaire de lOuest parisien, 9dcembre 2009.

    Martial Guroult et la philosophie de lhistoire de la philosophie , Journe Jules Vuillemin, universit de NancyII, 12dcembre 2009.

    Littrature et politique , Thtre Saint-Gervais, Genve, 5fvrier 2010.

  • PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE LA CONNAISSANCE 797

    Les intellectuels, lobjectivit, la propagande et le contrle de lesprit public (Kraus, Orwell) , contribution La pense et laction , Colloque international de Thorie politique, Universit de Lausanne, 23avril 2010.

    Mythologie et ralit : Wittgenstein et la critique de lide de progrs , Journe Wittgenstein, Maison Heine, 19mars 2010.

    Force et faiblesses de lAufklrung : le rationalisme sceptique de Georg Christoph Lichtenberg , contribution au colloque sur Georg Christoph Lichtenberg et la physionomie du monde : philosophie, physique, littrature, critique , Collge de France, 2avril 2010.

    La tradition philosophique autrichienne , confrence au dpartement dtudes germaniques, Universit de la Sorbonne Nouvelle (ParisIII), 21mai 2010.

    Force et faiblesses de lAufklrung : le rationalisme sceptique de Lichtenberg (II), colloque sur Georg Christoph Lichtenberg et la physionomie du monde , Collge de France, 25juin 2010.

    Ironie de lhistoire , entretien avec Nicolas Truong, Festival dAvignon, Le Thtre des Ides, 20juillet 2010.

    Promesses et dangers de la socit scientifique : les inquitudes de Bertrand Russell , confrence donne luniversit dt de lIHEST, Saline Royale dArc et Senans, 25aot 2010.

    Robert Musil, la science, la littrature et la philosophie , colloque international Musil et Wittgenstein : La philosophie, lart et la vie , 24-25septembre 2010, universit Paris1 (Panthon-Sorbonne).