Click here to load reader

ÇA BOUGE ! A Sommaire

  • View
    1

  • Download
    0

Embed Size (px)

Text of ÇA BOUGE ! A Sommaire

journal 15Eté 2010 n° 15
A près bien des atermoiements, la municipalité de Lyon a décidé la mise en place d’un « pôle de la Soie et des Canuts », pour, dit-elle « mettre en valeur tout ce que la soierie et les tisseurs ont apporté à notre ville ». L’objectif
annoncé est de mieux valoriser le patrimoine social, politique, in- dustriel et technique lié à la soie et aux canuts. Dans cette perspective elle a réuni le 8 février dernier « un conseil scientifique » de sa composition placé sous l’autorité du Musée de Gadagne.. Il se tiendra quatre fois par an avec pour objectifs : - la collecte des mémoires vivantes des anciens ouvriers tisseurs et des objets, - la création d’un colloque annuel pour mettre en valeur l’héritage de la tradition canut et l’économie de la soie et du textile, - la mise en place de parcours thématiques dans la ville à destina- tion des lyonnais et des touristes. Dans le même temps, conformément à la demande obstinée de notre association, la municipalité a réuni « une Commission des Acteurs » qui s’est répartie en 4 groupes de travail sur les thèmes suivants : les évènements, le parcours, l’état des lieux et la mé- moire. Cette commission regroupe des universitaires, des représentants des différentes associations du quartier, des particuliers, anciens tisseurs ou personnes concernés par les métiers de la soie et du textile, des professeurs des écoles, des commerçants, des artis- tes, des représentants de la mairie… Ainsi quelque chose d’important se construit. Comment « l’Esprit Canut » analyse-t-elle ces initiatives ? Avec espoir puisque nous y participons ! Mais nous resterons at- tentifs quant aux réalisations concrètes. L¹expérience nous a mon- tré que les beaux projets sur le papier se perdent souvent dans les aléas administratifs ou politiques et que les belles promesses ne sont pas toujours tenues. Cela est vrai pour la rénovation du musée Gadagne qui n’a apporté qu’une réponse parcellaire à l’histoire des tisseurs en soie de Lyon où rien n’est dit précisé- ment de leur travail, de leurs révoltes, de leurs inventions et de leur place dans la mémoire collective lyonnaise et universelle. Nous sommes déterminés à faire vivre cet épisode du passé en lien avec notre présent dans un lieu muséal public, accueillant, vivant et enrichissant. Henriette Moissonnier
SommaireSommaireSommaireSommaire
2 : UNE VIE 2 : UNE VIE 2 : UNE VIE 2 : UNE VIE Sur le métier du XIX au XXI siècleSur le métier du XIX au XXI siècleSur le métier du XIX au XXI siècleSur le métier du XIX au XXI siècle 3 : TRAVAIL Ô MA DOULEUR 3 : TRAVAIL Ô MA DOULEUR 3 : TRAVAIL Ô MA DOULEUR 3 : TRAVAIL Ô MA DOULEUR 4 : LA SÉRIGRAPHIE TISSE LA RÉVOLTE 4 : LA SÉRIGRAPHIE TISSE LA RÉVOLTE 4 : LA SÉRIGRAPHIE TISSE LA RÉVOLTE 4 : LA SÉRIGRAPHIE TISSE LA RÉVOLTE 5 : CHRONIQUE DE L’ANDOUILLETTE 2 5 : CHRONIQUE DE L’ANDOUILLETTE 2 5 : CHRONIQUE DE L’ANDOUILLETTE 2 5 : CHRONIQUE DE L’ANDOUILLETTE 2 6 : LE PATRIMOINE EN QUESTION 6 : LE PATRIMOINE EN QUESTION 6 : LE PATRIMOINE EN QUESTION 6 : LE PATRIMOINE EN QUESTION HôtelHôtelHôtelHôtel----Dieu : le temple des marchands ?Dieu : le temple des marchands ?Dieu : le temple des marchands ?Dieu : le temple des marchands ? 7 : UN POINT D’HISTOIRE 7 : UN POINT D’HISTOIRE 7 : UN POINT D’HISTOIRE 7 : UN POINT D’HISTOIRE 13 août 1870… 13 août 1870… 13 août 1870… 13 août 1870… 8 : POÈME 8 : POÈME 8 : POÈME 8 : POÈME ---- Nikos Lygeros Nikos Lygeros Nikos Lygeros Nikos Lygeros
ÇA BOUGE !
Rentrée : deux dates à retenir pour cet automne : - Le mercredi 20 octobre, une conférence de Jean Butin : « un Lyonnais, Pierre Dupont, chantre du Peuple », cinéma st- Denis 20h30. Cette conférence est organisée conjointement par Soierie Vivante et l’Esprit Canut - Seconde édition de « Novembre des canuts » du 16 au 28 novembre 2010 avec pour thème « la condition ouvrière fémi- nine ».
C ette phrase qu'il aime prononcer illustre bien la vie de Gérard Berliet. A sa façon et pour une part en au- todidacte, ce croix-roussien, né en
1946, a connu toutes les étapes de l'évolution des métiers du tissage, et participé, en pro- fessionnel avisé, à chacun des changements majeurs ayant marqué l'industrie textile contemporaine. UN GONE AUX CANETTES Dans les années cinquante, il demeurait rue Linossier, dans un appartement au premier étage séparé de l'atelier qui se tenait au rez-de-chaussée (signe de moder- nité déjà!). Là où l'arrière grand- père tirait le métier à bras, le grand-père s'était distingué en étant l’un des premiers à travailler sur des métiers mécaniques. Le père de Gérard, quant à lui, prend la relève en tissant surtout du jacquard pour l'habillement et l'ameublement au moment où la viscose et le polyester remplacent de plus en plus les tissus naturels. Gérard Berliet évoque en souriant cette enfance de petit canut : la préparation des canettes pour garnir la navette est presqu'un jeu pour un gone de huit ans et, à dix ou douze ans, mettre en route un métier mécanique est plus excitant encore. Gare cependant à ne pas prendre "un coup de branloire* dans les fesses" en se dépla- çant dans l'atelier ou en travaillant à l'établi ! Cinquante cinq mètres carré pour cinq mé- tiers ne laissent pas trop d'espace pour les figures libres ! A l'ECOLE DU TISSAGE A quatorze ans, Gérard Berliet entre naturel- lement à l'Ecole de Tissage (aujourd'hui Ly- cée Martinière Diderot). Deux classes de quarante élèves pour le tissage, de nombreux métiers, un matériel de pointe, des profes- seurs compétents et passionnés ; l'ancien élève garde en lui les exigences de qualité transmises à cette époque: "A Lyon, on tisse plus serré qu'en Italie ; plus on serre, moins ça va vite mais plus c'est solide". En 1963, Gérard obtient son C.A.P. de ga- reur* puis, deux ans plus tard, un Brevet Pro- fessionnel en suivant des cours le samedi. DE L’ATELIER AU LABO En 1966, le jeune homme prend la suite de son père décédé et fait fonctionner l'atelier avec sa soeur et une ouvrière. Au retour de l'armée, il travaille avec son
frère, Grand'rue de la Croix-Rousse et rue Calas; il aide aussi sa soeur dans l'atelier familial. En 1968, les tisseur sont contraints de suivre le mouvement de protestation et les métiers sont longuement arrêtés (un ate- lier de tissage en fonctionnement n’est pas très discret !). Il ne s'agit pas non plus de "se faire couper les chaînes" lorsqu'on sait qu'une simple remise en place du métier nécessite quinze jours de travail au moins. La crise est là : les « donneurs d'ordres » diminuent leurs commandes et les fabricants
en profitent pour baisser leurs tarifs. Une certaine anarchie préside désormais aux destinées des métiers. On relève des diffé- rences énormes dans les tarifs proposés qui s'échelonnent, pour un même travail, de 72 centimes à 10 francs au mètre ! Paradoxale- ment, les fabricants les plus "généreux" sont ceux qui se sont maintenus, leur devise étant "ne pas perdre le bon tisseur". Malgré tout, l'avenir des petits ateliers semble incertain. A la fin de l'année 1969, Gérard Berliet décide de mettre un terme à sa carrière de tisseur et commence la deuxième étape de sa vie pro- fessionnelle en entrant comme salarié à La Condition des Soies, rue Saint Polycarpe. LE LABORATOIRE AU SERVICE DU TISSU Gérard Berliet travaille alors dans un atelier d'expérimentation ; il s'agit d’un travail de re- cherche appliquée pour tester, aux niveaux physique et chimique, les tissus traditionnels ou contemporains. L'ancien gareur reprend la route de l'école à raison de trois soirées par semaine. Il attendra d'avoir quarante cinq ans pour rendre enfin sa carte d'étudiant : il a dé- sormais en mains un diplôme d'Ingénieur en Textiles. En 1973 le Centre de Recherche de la Soierie et de l'Industrie Textile, installé à Ecully, est englobé dans l'Institut Textile de
France dont le siège parisien compte égale- ment des laboratoires à Troyes, Mazamet, Mulhouse et Lille. Il s'agit de confronter les études pour faire progresser les applications les plus pointues de la recherche dans le do- maine des matériaux composites et des nou- veaux supports. De nombreux secteurs sont concernés : l’habillement bien sûr avec les vêtements intelligents, mais aussi l’aéronauti- que et la médecine avec par exemple les tis- sus thermochromes qui changent de teinte en fonction de la température du corps humain…
Des plus belles heures de la soierie jusqu'aux matériaux composites les plus perfor- mants du 21ème siècle, une réelle continuité dans l'excel- lence technologique s'affirme dans la région Rhône-Alpes. LA TRANSMISSION Les six dernières années de sa carrière professionnelle, Gérard Berliet les consacre à la formation. Lui qui s'est formé toute sa vie devient formateur. Il parcourt le monde pour communiquer ses connaissances et son expérience dans de nom- breux pays. De la Thaïlande, il garde l'image d'un ensem- ble de mille métiers gérés par
dix personnes dans un espace si vaste que l'on ne se voit pas d'un bout à l'autre de l'ate- lier. Un autre monde ! Ce croix-roussien ne semble pas regretter l'abandon des métiers familiaux de la rue Linossier où il habite toujours ; au contraire, il évalue avec satisfaction le chemin parcouru. Dans une période difficile pour le tissage tradi- tionnel, il pense avoir choisi un créneau por- teur de progrès, sans pour autant renier ses premiers engagements. Gérard Berliet porte un regard mi-nostalgique, mi-amusé sur la fin brutale du système Jacquard, victime de l'infor- matique, après cent cinquante ans de « bons et loyaux services ». Le vieil inventeur n'aurait pas compris comment plusieurs mètres cube de carton perforé pouvaient être remplacés par une simple clé USB ! Ou comment une erreur, entraînant un retard de deux ou trois semaines sur son métier, allait pouvoir se réparer en une seconde ! RETOUR AUX SOURCES Dans le tissage, on évite avant tout les ruptu- res de chaîne. Dorénavant retraité, Gérard Berliet sait ce qu'il doit à ses premiers métiers et n'oublie pas son premier diplôme : un C.A.P. de gareur.
UNE VIE : SUR LE METIER DU XIX AU XXI SIECLE 2
« Il ne s'est pas passé une seule journée sans que j'apprenne quelque chose »
Très vite, les vieux réflexes lui reviennent pour remettre en état de marche chacune des ma- chines exposées. La passion est toujours là quand l'association acquièrt un nouveau métier à tisser à Chevrières, près de Saint-Etienne. C'est un métier de passementerie (le métier Dumas) capable de reproduire simultanément quatre « images tissées », pour réaliser des foulards, des tableaux, des bandes de passe- menterie... Gérard Berliet est un des tous derniers spécia- listes apte à monter un tel métier sur lequel huit mille fils doivent être placés en chaîne ;
mille six cents sont déjà alignés sur le peigne... Courage, il n'en reste que six mille quatre cents ! La passion est encore là lorsqu’il dénonce le manque de respect du patrimoine canut et la disparition mystérieuse de certains matériels. La passion jusqu'à nimber d’une forme de poésie la dure réalité du métier…
Lecteurs de L'Esprit Canut, comment traduisez- vous ces deux expressions :
1) "Je demande du quarante à quatre avec six chemins de douze cents." 2) "Attention, la bouloche est possible sur la soie si vous utilisez la schappe." Notes: * le branloire est la bielle qui entraîne la méca- nique Jacquard *le gareur est le mécanicien-monteur du métier à tisser *les coordonnées de Soierie Vivante: 21 rue Richan 04 78 27 17 13 Lucien Bergery
Mon cœur battait à tout rompre
3
«I rrésistiblement, j'ai commencé à me désinvestir de ''ma maison''. En cas de conflit avec la hié- rarchie, je me suis mis à relativiser, à considérer qu'il n'y avait pas lieu de me ravager l'esprit pour le boulot .Moi qui, autrefois était le premier à partir en guerre contre une mauvaise décision de la direction, je devenais souvent philoso- phe..... A mesure que mon mal-être a pris corps, j'ai doucement lâché sur l'organi- sation de ma vie professionnelle. Confronté à des insomnies récurrentes, à des successions de cauchemars, j'ai pris l'habitude de ne plus mettre mon réveil au moment de sombrer dans le sommeil. Je me lèverai quand j'aurai finir de dor- mir, disais-je à ma femme, désireux de montrer que France Telecom, à l'avenir,
ne dicterait plus ma loi. ........Mais dès mon arrivée à Troyes, mon corps commen- çait généralement à se charger d'un stress qui ne faisait que croître à mesure que j'approchais du centre France Telecom Une fois devant la porte, je sentais ma tension faire un bond au moment de taper le code d'entrée. Mes mains se mettaient à trembler, mon coeur battait à tout rompre. ». Extraits de ''ils m'ont détruit » de Y. DERVIN—Ed Michel Lafon -2009
«S i le travail ordinaire de l’ou-vrier lui ruine sa santé, que devient celui qui est forcé de travailler pendant une semaine jour et nuit, et de ne suspendre son travail que lorsque ses forces l’abandonnent et que le sommeil l’accable ? Qui ne se donnant même pas la peine de se mettre sur un lit, de crainte de trop se reposer, dort sur son métier, et se réveille bientôt tout tremblant, parce que le sommeil, dans cette position, est aussi pénible que le travail. Combien n’en voit-on pas qui, après de semblables ex- cès, tombent malades, et demeurent un mois avant de pouvoir recommencer à travail- ler ; d’autres vont à l’hospice, et n’en reviennent pas. Combien de fois avons-nous vu des mères en pleurs, qui avaient perdu leurs enfants, que la docilité envers les négociants et la crainte de ne plus avoir de l’ou- vrage forçaient à se captiver ainsi pendant dix nuits de suite, et être par cela la cause involontaire de leur mort ». Extrait de l’article « abus de travail de nuit » l’Echo de la Fabrique n° 17 du 19 fev 1832
Forcé de travailler une semaine
jour et nuit
Lilly AmbreLilly AmbreLilly AmbreLilly Ambre Coiffeur homme-femme _______________
Ouvert le mardi et mercredi de 9h15 à 18h le jeudi et vendredi de 9 h 15 à 19 h
le samedi de 8 h à 16h 30 - avec ou sans rendez-vous
D és 1831,Les ou- vriers Canuts découvraient « les vues de Lyon »
imprimées sur une presse lithographique (1), et quand l’anarchiste Albert Richard et Bakounine décident que l’heure de la révolution a sonnée en septembre 1870, ils font imprimer un texte en typographie appelant les lyonnais à se grouper de- vant l’hôtel de ville pour exiger une transformation radicale de la société,(2) Ils étaient loin d’imaginer que plusieurs décennies après leurs exploits, les fils
de soie permettraient à des « petits canuts » en révolte contre le sys- tème d’imprimer de belles affiches en ..Sérigraphie (3) La sérigraphie : un petit tour historique... La sérigraphie est une technique d’impression très ancienne dont les origines remontent à l’antiquité chinoise. Les Chinois furent les premiers à inventer le système du pochoir et à l’améliorer en utilisant de la soie tendue sur un cadre en bois, en obtu- rant certaines parties du pochoir avec du blanc d’œuf, les emplace- ments libres laissant passer l’encre. Il s’agissait ensuite de déposer uniformément de l’encre sur l’écran en soie et d’exercer une pression à l’aide d’une raclette pour qu’elle tra- verse la soie et s’imprime sur le papier. Au XXéme siècle l’industrie américaine modernisa les techniques, la seconde guerre mondiale puis la publicité imprimée sur toutes sortes de supports favorisèrent son éclosion en Europe. Dans les « sixties » l’artiste Roy LICHTENSTEIN s’empara de cette technique pour réaliser ses tableaux représentant des héros de « comics » imprimés avec une trame faites de points très gras. Andy WARHOL donna ses lettres de noblesse à la sérigraphie avec ses créations qui atteignent des records de prix et se doivent de figu- rer dans toutes les expos d’Art Contemporain depuis vingt cinq ans. Ce sont les photos sérigraphiées sur toile de Marylin, Mao, Campbell soup, etc.
Loin des artistes de cour et plus prés de nous... En Mai 1968, à Paris mais aussi Rue Neyret sur les Pentes de la Croix Rousse, les étudiants des beaux arts en lutte, élevèrent cet art au rang de mythe révolutionnaire : Les situationnistes détournent les B.D, agrandissent les images et les accompagnes de slogans incendiaires. Ces affiches se vendent aujourd’hui dans les galeries huppées ! Un art omniprésent dans le quotidien militant.
Localement, sur les pentes de la Croix-Rousse, dans les années 70 et 80, les multiples collectifs en lutte ont rapidement compris tout l’avantage qu’il y avait à maîtriser cette technique : faibles coûts d’in- vestissement, autonomie de production et impression sur tous sup- ports : papier journal, listing d’ordinateur ! Papier kraft, papier peint ! On a même pu voir des vieilles télés sérigraphiées de slogans anti- guerre du pétrole, place des Terreaux en 1990 ! 1974 / 1978 : Un journal mural en sérigraphie. Le JOURNAL CROIX-ROUSSE : Un exemple de la vivacité d’esprit et du talent de celles et ceux qui conjuguèrent l’Art et la Lutte des Classes ! Sa première apparition sur les murs date du printemps 1974, à l’ini- tiative du « Comité Populaire de la Croix-Rousse » dont le local est alors situé 3 rue Diderot. Le CPCR lutte contre la démolition de la montée de la grand’côte. Les maquettes sont réalisés au pinceau avec de la gouache inactinique ou du « drawing gum » appliqué sur un film rhodoïd, appelé « typon ». Les militant(e)s dessinateurs chan- gent à chaque tirage, selon les principes de l’autogestion de nou- veaux imprimeurs sont formés. De format 60x80, elles sont produites sur papier affiche 70 grs, à quelques centaines d’exemplaires dans le but d’être collées aux bas des immeubles, par les habitants eux-mêmes, dans la plus pure tra- dition du « dazibao ».(Les fondateurs du « comité de quartier » ap- partiennent à la mouvance « mao »). Les soies des cadres de sérigraphie sont nettoyées à la javel tiède à la fin de chaque tirage, prêtes à resservir ! Le local du CPCR (Comité Populaire de la Croix-Rousse) est alors situé 3, rue Diderot. Entre le numéro 2 daté du 2 juin 1974 et le numéro 10 du 11 no- vembre 1975, on notera une meilleure maîtrise du graphisme et le changement de la couleur d’impression. Devant l’afflux des habitants en lutte, un lieu plus spacieux est nécessaire, ainsi l’atelier de séri- graphie disposera d’une pièce indépendante dans le nouveau local du CPCR au 22, rue des Pierres Plantées.
LA SERIGRAPHIE TISSE LA REVOLTE ! 4
«Il faut beaucoup de rêves en soie pour tisser sa révolution » (graffiti anonyme)
CAFE RESTAURANT DE LA CRECHE
3, rue Aimé Boussange - 69004 Lyon
04 72 07 94 77
Ouverture 7h30 - Restauration le midi Terrasse d’été
P P P P our savoir comment se monte une andouillette, « nous sommes allés y voir ». Nous nous rendons à Anse dans la petite entreprise familiale spécialisée dans la fabrication de cette petite merveille beaujolaise. Tout commence dans les années 70 avec M. Xavier Braillon qui a l’idée de fabriquer cette andouil- lette à partir d’une recette recueillie par son père, boucher de son état… Aujourd’hui 4000 de ces friandises sont fabriquées chaque semaine et distribuées un peu partout dans les pays de France et de Navarre. Maryse et Nathalie nous accueillent devant une longue table où sont rangées des lanières de « menu de porc » dégraissées à la main et de panse de veau blanchie, le tout finement assaisonné d’un mélange tenu secret. Ces dames disposent les lanières autour d’une épaisse ficelle de la longueur d’un bras. Embrochant alors le boyau au- tour de leur main gauche, elles tirent les lanières enserrées au travers du « chaudin » qu’elles déroulent avec l’autre main. Il reste à chasser l’air emprisonné dans l’andouillette, à replier « en doigt de gant » les extrémités du boyau pour terminer « l’embossage », puisque c’est le nom de cette opération. Mijotée quatre heures au bain-marie, ce joyau culinaire sera frotté au saindoux avant d’être roulé dans une fine panure do- rée. Bon appétit ! Un grand merci à Mme Braillon, Maryse, Nathalie, Evelyne et Ludovic. BW
CHRONIQUE DE L’ANDOUILLETTE
Les productions sont nombreuses et le gra- phisme recherché, ainsi des affiches de soutien sont imprimées sur Bristol 180grs, intitulées : « Promoteurs la Croix-Rousse est un trop gros caillou pour vous ». Le local du Comité Populaire ferme ses portes en juin 1978. Mais la sérigraphie n’a pour autant disparu du quartier : les artistes de l’atelier ALMA, 26 rue Burdeau, poursui- vent l’activité et l’ont professionnalisée. D’autre part le « Centre de Documentation Libertaire » sis au 13 rue Pierre Blanc, (avec le journal IRL et le Collectif libertaire lyonnais) est déjà, depuis 1973, autonome pour sa propre production.
A par-
tir de 1977, l’atelier sérigraphie du Collectif Utilitaire Lyonnais, 44 rue Burdeau va produire une grande quantité d’affiches pour diverses associations du quartier (Théâtres, Radio Canut, Radio Guignol, Collectif Bouffe Bio) et pour la propagande libertaire, en format 45X64 et sur différents supports. L’impression en bichromie et les photos tramées apparaissent dans les années 80, à l’atelier des Impressions Sociales Alter- natives 37, rue Burdeau qui intègrera par la suite une activité plus « artistique », ca- pable de réalisations polychromes et sur tee-shirts. Une compilation de plus de cinquante affi- ches réalisées ces trente dernières années a permis l’exposition « Sérigraphie et lutte des classes », constituée d’affiches au for- mat parfois imposant.
Cette exposition d’affiches en sérigraphie se voulait tout d’abord un hommage à celles et à ceux qui au fond d’un atelier mal ventilé ont participé à la création, à l’élaboration technique de ces œuvres. La fonction première de ces affiches n’était pas, au moment de leur conception, de figurer sur les cimaises des galeries mais plutôt d’interpeller le quidam au hasard des lieux de collage, sur des situations indivi- duelles ou collectives jugées intolérables par leurs auteurs. Cependant comment au milieu de ce bouil- lonnement iconographique où l’amateu- risme cohabite avec l’académique, ne pas voir une véritable expression artistique par- mi ces affiches « militantes » ? Quelles soient dégoulinantes d’encre, ou à l’opposé imprimées en quadrichromie, toutes avaient comme but de toucher la sensibilité du pu- blic. Des artistes véritables et anonymes ont donnés une part d’eux mêmes pour de no- bles causes...
« Papyart » Notes : (1) Lithographie de BRUNET 1831 (bibliothèque munici- pale) (2) « Virginie Barbet une Lyonnaise dans l’internatio- nale » éditions http://www.atelierdecreationlibertaire.com/ Virginie-Barbet-une-Lyonnaise
(3) Il existait dans les années 60/70 un atelier de sérigra- phie, Ets Gillet, montée de la Chana dans le 9è arrt.
5
André Chahine Agent Général
12, rue d’Austerlitz - 69004 Lyon Tel 04 78 39 18 75 - Fax 04 72 00 99 30 E-mail : [email protected]
P ouvons nous laisser l'Hôtel-Dieu de Lyon devenir un hôtel de luxe et une galerie commerciale alors qu’il a été dès son origine, et après 1000 ans d’histoire, dédié aux plus vulnéra- bles d'entre nous ?
Il est en effet le symbole vivant à Lyon d’un cœur de cité s'ouvrant à ce qu'il y a de plus fragile: le besoin d'hospitalité, d'accueil, de soin... Si dans le cadre de la restructuration des HCL, poursuivre une activité hospitalière "classique" à l'Hôtel-Dieu semblait difficile, nous croyons que la santé publique peut développer aujourd'hui d'autres champs que les activités strictement médicales et curatives : nous rentrons dans une époque où le besoin de mieux être, le souci de prendre soin de soi et des autres doit pouvoir se développer dans toutes les sphères de la vie sociale. Que ce soit au travail, à l'école, dans nos quartiers et nos campagnes, l'urgence grandit d'être plus attentif à un meilleur équilibre alimentaire, moins de stress, plus de convivialité, moins de solitude, plus d'attention à la nature, moins de cloisonnement social, plus d'humanité vis à vis de la souffrance... Nous, un collectif citoyen et plusieurs associations de santé publique, rejointes par l'Antenne Sociale, la C.F.D.T., Europe Ecologie, appelons pour cela à la création dans l’hôtel dieu de demain d'un pôle régional de promotion de la santé. Une étude de faisabilité financée par le Conseil Régional Rhône Alpes est actuellement en cours, pilotée par l’Espace Régional de Santé Publique. Parce que la promotion de la santé est faite par chacun d'entre nous au quotidien et qu'elle bénéficie à tout le monde, nous appelons l’ensemble des Lyonnais et les Rhônalpins à nous rejoindre dans ce projet qui vise à écrire une nouvelle page de ce trésor patrimonial historique et huma- niste que constitue l'Hôtel-Dieu de Lyon. Et cela pour plusieurs raisons : ce bâtiment a été créé pour la prise en compte de la vulnérabilité dans le champ social et dans la cité et il est inconcevable de décider unilatéralement de le destiner à un objet totale- ment et uniquement opposé à cette vocation fondatrice. Par ailleurs, dire que l’on va rendre l’Hôtel-Dieu aux Lyonnais par la construction d’un Hôtel de luxe et de commerces de haut de gamme laisse rêveur ! A l’heure de la crise sociale, quels sont les Lyonnais qui pourront aller y
faire du shopping et s’offrir une nuit de palace ? Comment regarder sans honte demain les plaques des donateurs, alors que l’on déambulera dans un bâtiment uniquement affecté au commerce ? Construire un projet politique de gouvernance de la cité fondé sur un discours d’humanisme et de mixité sociale est absolument inconciliable avec un projet de reconversion du principal bâtiment du centre ville dans une seule perspective d’attirer à Lyon les « millionnaires » du monde entier ! Il y a d’autres moyens que celui là pour faire briller le rayonnement international de cette ville… Enfin la question de la promotion de la santé appartient à tous les ci- toyens : ce n’est plus seulement une affaire de spécialistes ou de ges- tionnaires des fonds publics, mais une prise en compte du bien com- mun, une responsabilité qui passe par l’engagement de tous !Nous invitons donc le maximum d’habitants de cette agglomération à nous rejoindre dans cette mobilisation citoyenne. Tous les Lyonnais et tous les Rhônalpins pourront bénéficier des services d’information, de conseil, d’accompagnement, d’appui pour enrichir des actions de ter- rain que les services de ce lieu mettront à leurs disposition. Merci donc à chacun/e d’entre vous de signer le manifeste en ligne http://www.petitionshoteldieulyon.org/ et de le faire connaître autour de vous. Chacun peut aussi commander affiches et flyers sur cette adresse mail en indiquant ses coordonnées postales [email protected] Vous pouvez aussi nous envoyer des feuilles de signatures, avec la mention "Pour un pôle régional de promotion santé à l'Hôtel dieu de Lyon", en précisant nom prénom signature adresse et tél et en ren- voyant le tout à à l'adresse postale: collectif Hôtel-Dieu, Espace Pré- vention Santé, 71 Quai Jules Courmont 69002 Lyon P/o le collectif hôtel dieu de Lyon, JF Vallette :Coordinateur
Pour que l'Hôtel-Dieu de Lyon ne puisse s'appeler demain
Hôtel de Luxe...
6
161 bd de la Cx-Rousse - 04 78 28 40 05
Le maire de Lyon marche à l’envers : Pour justifier sans état d’âme l’attribution de 35 000m² de l’Hôtel-Dieu lyonnais à une chaine
hôtelière, de luxe Collomb accepte d’allouer, magnanime, quelques mètres carrés du vaste ensemble à l’Université de Lyon, à un Pôle de la santé, à un musée de la médecine. Des miettes ! Ces diverses opérations serviront d’alibi à la liquidation d’un des plus beaux fleurons architecturaux du patrimoine lyonnais. Car la plus grande partie de l’Hôtel Dieu de Lyon, à commencer par le magnifique dôme, comme son homologue de Marseille, comme à Lille le couvent des Minimes, finira en enseigne de luxe. Four Seasons, Intercontinental ou Hyatt, seraient sur les rangs. Epatant, n’est-ce pas ? Aubry, Gaudin, Collomb, même combat ?... Roland Thévenet
GRANDE BRADERIE à L’HOTEL-DIEU
L e 1er septembre 1870 (c’était un jeudi) s’ouvrait au Palais de Justice de Lyon, devant la juridiction exceptionnelle d’un Conseil de Guerre, le procès de 12
accusés, prévenus de rébellion, d’attroupe- ment, d’outrages envers les agents de l’autorité et d’apologie de faits pouvant être qualifiés de crimes. Les dits faits s’étaient dé- roulés le samedi matin 13 août sur la place de la Croix-Rousse. Mais en quoi pouvaient-ils être qualifiés de rébellion relevant d’une telle justice exceptionnelle ? Le Second Empire vivait alors ses derniers jours. Faut-il rappeler avec quelle légèreté l’empereur Napoléon III et son premier minis- tre Emile Ollivier avaient pris la funeste initiative de tomber dans le piège tendu par Bismarck et de déclarer la guerre à la Prusse le 17 juillet 1870 ? Dès les premiers jours, et en dépit de leur héroïsme (épisodes de Reichshoffen, Gravelotte), nos armées, mal encadrées (comme en 1940) avaient essuyé une série de désastres : Wissembourg, Frœschwiller, Forbach, propres à déstabiliser et démoraliser une opinion pour laquelle une rapide victoire ne faisait aucun doute. Les prévenus étaient donc au nombre de 12, dont 9 exerçaient les professions de tisseurs et tullistes, autrement dit canuts, et habitaient la Croix-Rousse, commune qui se considérait encore comme indépendante de Lyon, en dépit du rattachement de 1852. Il y avait aussi un ébéniste, une femme sans profession et, pour finir, un notaire établi à Thurins, dans le Rhône, considéré comme le meneur, Joseph Lentillon. Ils avaient, pour la plupart, une trentaine d’an- nées et le plus jeune avait tout juste quinze ans ; il s’appelait Alexis Deloche et était le neveu de l’anarchiste Christophe Deloche qui devait prendre la tête de la manifestation fatale au Commandant Arnaud le 20 décembre 1870.
Quant à Joseph Lentillon, établi notaire à Thu- rins depuis 1857, il n’était pas inconnu des croix-roussiens. Né en 1823 à Condrieu, il avait été ouvrier-cordonnier avant d’entreprendre des études de droit, et, disciple du savant anar-
chisant Raspail, il pouvait faire figure d’ancien quarante-huitard, ayant fait partie du Comité de l’Hôtel de Ville de Caluire de fin février à début avril 1848. Après quoi, devenu clerc de notaire à Lyon, il n’avait cessé de manifester son op- position à l’Empire, sans être autrement inquié- té. Le Conseil de Guerre était composé de huit officiers et sous-officiers. La défense était assurée par six avocats, dont un ancien bâ- tonnier. La foule, nombreuse et hostile à l’Em- pire, restait calme néanmoins, contenue par de nombreux gendarmes. Parmi les pièces à conviction, figurait l’habit taché de sang d’un sergent de ville mort de sa blessure reçue dans l’échauffourée. Quant au déroulement des faits, plusieurs témoins rapportèrent devant le tribunal que, ce matin du 13 août, deux à trois mille personnes (mais trois cents selon la police !) s’étaient rassemblées sur la place de la Croix-Rousse, qu’une émeute avait éclaté, sur la foi d’une
double nouvelle (fausse) selon laquelle la révolution se déchaînait à Paris et que 30 000 marseillais avaient déjà proclamé la républi- que et commençaient à marcher sur Lyon. S’agissait-il d’une provocation ? En tout cas,
des cris avaient commencé « Vive la République ! A bas l’empereur ! ». C’est à ce moment là que le nommé Joseph Lentillon avait pris la tête du mouvement en se hissant sur la croix rousse encore en place et en lisant une proclamation par laquelle il appelait le peuple « aux armes ! ». Des flots de curieux débouchaient alors de toutes parts, il pouvait bien y en avoir 3000, et les plus excités reprenaient en chœur « A bas l’Empire ! Vive la République ». Et, du même coup, les boutiques de la place et de la grande rue
avaient prudemment fermé leurs devantures. Etait alors arrivé le commissaire de police de la Croix-Rousse qui, accompagné de six sergents de ville, s’était efforcé de fendre la foule pour s’emparer du principal agitateur. Lentillon et ses amis n’opposaient qu’une résistance passive, mais la foule se montrait de plus en plus hostile, saisissant les agents à bras-le-corps, arrachant leurs épées des fourreaux et se mettant à les frapper. C’est ainsi que l’un d’eux avait eu le corps traversé de son arme, qu’un autre avait reçu un coup de poignard dans le dos et qu’un troisième avait été violemment atteint d’un coup de pierre à la face. Des femmes s’étaient jetées sur les autres agents, les lacérant de leurs on- gles. Quant au commissaire, pris à la gorge, il avait eu ses vêtements complètement déchirés. Informée de ces évènements croix-roussiens, la Préfecture du Rhône (alors située place des Jacobins) avait expédié en toute hâte une forte escouade d’agents qui était parvenue à déga- ger le commissaire et ses hommes avant qu’ils ne fussent mis en pièces. suite page 8...
UN POINT D’HISTOIRE : 13 AOUT 1870...
Quand les canuts proclamaient la république à la Croix-Rousse, trois semaines avant Paris.
Aimé Morot, Reichshoffen, château de Versailles
7
SERRURERIE CROIXSERRURERIE CROIXSERRURERIE CROIXSERRURERIE CROIX----ROUSSIENNEROUSSIENNEROUSSIENNEROUSSIENNE
Ils avaient aussi réussi à s’emparer d’une douzaine d’émeutiers qui leur avaient paru particulièrement excités et de leur meneur dans la serviette duquel on avait trouvé des papiers qui ne laissaient aucun doute sur son appartenance au mouvement d’extrême gau- che du vieux chimiste libertaire Raspail. Le soir même de ce 13 août, le gouverneur militaire de Caussade avait annoncé « des désordres ont eu lieu ce matin, des meurtres ont été commis. Des mesures seront prises pour réprimer de pareilles tentatives. Les bons citoyens sont invités à s’abstenir de toute par- ticipation à des réunions tumultueuses ». Quant à la presse locale, bien entendu aux ordres, elle avait minimisé l’évènement et présenté le responsable des troubles comme un vaniteux écervelé, un « toqué » connu de longue date à l’image de son vieux maître Raspail. Ainsi le Salut Public du 14 août pu- bliait : « qu’on le mène à l’Antiquaille et qu’on le fasse doucher : il n’a pas droit à autre chose ». Et le Progrès du 15 : « Sans l’inter- vention de cet olibrius annonçant la proclama- tion de la république à Marseille, la police aurait eu la sagesse d’assister sans rien faire à cette scène plus comique que dangereuse ». Quelques jours plus tard, on pouvait trouver en effet une interprétation plutôt comique de l’évè- nement dans le même Salut Public : « L’arrivée de la troupe a eu pour effet de faire détaler les canuts et canuses. Comme tout le monde mar- chait en sabots, cela n’a pas facilité la fuite. La troupe et les urbains étant aux trousses des fuyards, ces derniers, affolés, pour courir plus facilement, se débarrassaient de leurs sabots. Bientôt les lieux furent libres de manifestants, mais couverts de sabots, que leurs posses-
seurs se gardaient bien de revenir chercher. Cela fit la fortune d’un dauphinois qui, le soir venu, vint les ramasser pour les entasser dans son entrepôt. Pendant plusieurs jours, il chan- gea les brides, remit du vernis, puis ouvrit bou- tique ». Et c’est ainsi que cette mémorable journée fut qualifiée par certains de « journée des sabots ». Le samedi 3 septembre a midi, le Conseil de Guerre avait rendu son jugement : Lentillon était condamné à un an de prison, ainsi que deux tisseurs. Les neuf autres prévenus étaient acquittés. On considéra avec soulagement que le tribunal avait jugé sans trop de sévérité ce qu’on qualifiait aussi, benoîtement d’«échauffourée de la Croix-Rousse» alors qu’une sentence impitoyable (et redoutée) aurait donné à l’évènement une autre portée. Les juges avaient-ils senti venir le vent de l’his- toire ? La veille même du verdict, Napoléon III signait la capitulation de Sedan. Le matin du 4 septembre, sitôt cette nouvelle connue, des groupes de manifestants venant des faubourgs (maintenant quartiers) de Vaise, de la Guillo- tière, et, bien entendu, de la Croix-Rousse convergeaient vers les Terreaux. L’Hôtel de Ville était envahi et, une fois de plus, devançant Paris de quelques heures, la « Commune de Lyon » faisait afficher la déchéance de l’Empire et la proclamation de la République. Un comité provisoire de Salut Public, nommé par acclama- tions, s’installait à l’Hôtel de Ville. L’une de ses premières initiatives fut de libérer Joseph Lentil- lon (aussitôt nommé membre de ce comité) et ses compagnons. D’autres prisonniers, en parti- culier l’avocat Luis Andrieux, qui, au cours d’un banquet à Tassin en avril 69 avait traité Napo- léon de « vieillard ramolli, usé par la débauche, gouverné par une espagnole et dirigé par un
déserteur républicain (Emile Ollivier) » et, de ce fait, été condamné à 3 mois d’emprisonnement*, furent aussi rendus à l’air libre et portés en triomphe. En revanche, le préfet, son secrétaire général, tous les commissaires de police et quelques autres fonctionnaires impériaux, étaient arrêtés et incarcérés (pour quelques semaines seulement) à la prison Saint-Joseph. Le 15 septembre, des élections eurent lieu et une municipalité issue du suffrage universel remplaça à l’Hôtel de Ville les hommes du 4 septembre. D’autre part, le gouvernement pari- sien de la Défense Nationale avait envoyé à Lyon le préfet « vigoureusement républicain » Challemel-Lacour. Le rôle politique de Lentillon s’arrêta là. Il regagna son étude de Thurins, puis la presse annonça son décès le 21 janvier 1872. Louis Andrieux devait l’évoquer ainsi : « un mystique de la fraternité, météore éteint à peine entrevu ». Il n’en reste pas moins que, dans l’histoire lyonnaise, poussé ou soutenu par les canuts de la Croix-Rousse, ce personnage avait, d’une tribune improvisée, proclamé la future république. Jean Butin
8
Bulletin d’adhésion 2010 - à retourner L’Esprit Canut (Marie du 4e) 133 bd de la Croix-Rousse - 69004 Lyon Nom : Prénom : Adresse : Tél. : Joindre un chèque de 15 €
Penché, comme toi, sur sa toile, Penché, comme toi, sur sa toile, Penché, comme toi, sur sa toile, Penché, comme toi, sur sa toile, le tisserand pinçait ses lèvres. le tisserand pinçait ses lèvres. le tisserand pinçait ses lèvres. le tisserand pinçait ses lèvres. Il se concentrait sur le motif, Il se concentrait sur le motif, Il se concentrait sur le motif, Il se concentrait sur le motif, tirait sur les fils tirait sur les fils tirait sur les fils tirait sur les fils comme tu étirais la peinture. comme tu étirais la peinture. comme tu étirais la peinture. comme tu étirais la peinture. Les mêmes gestes. Les mêmes gestes. Les mêmes gestes. Les mêmes gestes. La même souffrance.La même souffrance.La même souffrance.La même souffrance. Seul face à la création Seul face à la création Seul face à la création Seul face à la création de la nécessité humaine. de la nécessité humaine. de la nécessité humaine. de la nécessité humaine. Ce n’était pas une mimique Ce n’était pas une mimique Ce n’était pas une mimique Ce n’était pas une mimique mais la même intensité mais la même intensité mais la même intensité mais la même intensité dans le travail où rien, dans le travail où rien, dans le travail où rien, dans le travail où rien, absolument rien n’est laissé au hasard absolument rien n’est laissé au hasard absolument rien n’est laissé au hasard absolument rien n’est laissé au hasard comme pour mieux rendre hommage comme pour mieux rendre hommage comme pour mieux rendre hommage comme pour mieux rendre hommage à la légende des siècles à la légende des siècles à la légende des siècles à la légende des siècles et aux misérables. et aux misérables. et aux misérables. et aux misérables. Nikos LygerosNikos LygerosNikos LygerosNikos Lygeros
Le tisserand—aquarelle—Nuenen, janvier-avril 1884—Amsterdam, Fondation Vincent Van Gogh
François Raspail
L’Esprit Canut N° 15
Edité par l’association l’Esprit Canut 133, bd de la Croix-Rousse - Mairie 4e 09 51 48 49 86 – http://lespritcanut.free.fr
Directeur de publication : B. Warin Impression : atelier recto/verso