Activite Physique Chap4

  • View
    1.094

  • Download
    2

Embed Size (px)

Text of Activite Physique Chap4

et pathologies

IV Activit physique

Maladies cardiovasculaires

Cest dans le domaine des maladies cardiovasculaires que les preuves de lintrt de lactivit physique sont les plus importantes. Il sagit deffets varis la fois sur les capacits physiques, la dimension psychologique, lenvironnement physiopathologique, notamment les facteurs de risque. Lactivit physique est efficace en prvention primaire comme en prvention secondaire et ces deux champs daction seront abords successivement.

Effet de lactivit physique sur la morbidit cardiovasculaireLes maladies cardiovasculaires athromateuses restent la premire cause de mortalit dans les pays dvelopps. Il sagit essentiellement des coronaropathies athromateuses, de la cardiopathie ischmique et de lartriopathie des membres infrieurs. Il existe une relation inverse, dmontre par des tudes pidmiologiques, entre lintensit de lactivit physique et lincidence de ces maladies cardiovasculaires athromateuses (Morris et coll., 1980 ; Powell et coll., 1987 ; Berlin et Colditz, 1990 ; Morris et coll., 1990 ; Haapanen et coll., 1997 ; Lee et coll., 1997 ; Lee et Paffenbarger, 2000 ; Blair et Jackson, 2001 ; Noda et coll., 2005 ; Sundquist et coll., 2005). Cela a t retrouv pour les femmes (Lee et coll., 2001 ; Manson et coll., 2002 ; Oguma et Shinoda-Tagava, 2004) comme pour les hommes (Sesso et coll., 2000). La sdentarit fait partie des facteurs de risque des maladies cardiovasculaires (Lakka et coll., 1994). Le niveau de capacit physique est un facteur prdictif indpendant de mortalit cardiovasculaire, mme chez le sujet g (Ekelund et coll., 1988 ; Myers et coll., 2002 ; Spin et coll., 2002). La littrature est moins abondante concernant les effets en prvention primaire de lactivit physique sur la survenue daccidents vasculaires crbraux, 3e cause de mortalit en France. Cependant, il existe un lien statistique entre lhypoactivit et le risque daccident vasculaire crbral et le niveau de la consommation maximale dO2 (VO2 max) est un bon facteur pronostique dun tel accident (Kurl et coll., 2003). Lactivit physique rduit lincidence daccident vasculaire crbral de 25 % (Lee IM et coll., 2003 ;

351

ANALYSE

16

Activit physique Contextes et effets sur la sant

Wendel-Vos et coll., 2004). Par ailleurs, la majorit des tudes effectues mettent en vidence des rsultats positifs lis au renforcement de lactivit physique (Hu et coll., 2000 ; Alevizos et coll., 2005), cet effet protecteur ayant t retrouv chez les hommes comme chez les femmes (Lindestrom et coll., 1993 ; Manson et coll., 1995). Cet impact de lactivit physique sur la morbi-mortalit cardiovasculaire nest pas parfaitement expliqu car il est multifactoriel. Il repose en partie sur lamlioration des anomalies physiopathologiques souvent lies aux affections athromateuses (dysfonction endothliale, hyperadrnergie) et sur le meilleur contrle des facteurs de risque cardiovasculaires avec pour rsultante finale un ralentissement du processus athromateux. Dailleurs, la diminution de la mortalit est plus importante chez les sujets prsentant le plus de facteurs de risque (Richardson et coll., 2004).

Effet de lactivit physique sur les anomalies physiopathologiques lies aux maladies cardiovasculairesLa dysfonction endothliale joue un rle cl dans le dveloppement de lathrome. Elle intervient en particulier dans le dveloppement initial de la plaque dathrome, dans la fibrinolyse, dans la rgulation de la pression sanguine artrielle et des phnomnes inflammatoires. Lactivit physique amliore la vasodilatation endothlo-dpendante dont loxyde nitrique (NO) est un des principaux mdiateurs. Lexercice favorise dailleurs lexpression des facteurs intervenant dans la production de NO (Fukai et coll., 2000 ; Gokce et coll., 2002 ; Dimmeler et Zeiher, 2003 ; Green et coll., 2004). Limpact en prvention primaire de lactivit physique sur le systme neurovgtatif, lorsquil est tudi par la variabilit sinusale, ne semble pas du mme niveau chez le sujet sain que lorsquil est mesur chez les patients coronariens symptomatiques (prvention secondaire) (Loimaala et coll., 2000 ; Lucini et coll., 2002), avec pour corollaire une diminution du risque de troubles du rythme (Billman, 2002). Leffet sur la variabilit sinusale est en effet plus important chez les sujets symptomatiques (prvention secondaire) que chez ceux qui ne le sont pas (prvention primaire). Les troubles hmorhologiques et lhypercoagulabilit sont amliors par lactivit physique. Si lactivit fibrinolytique est augmente, ladhsivit plaquettaire et la viscosit plasmatique sont rduites (Koenig et coll., 1997 ; Church et coll., 2002a). Mme une activit physique modre permet une amlioration des capacits fibrinolytiques (Lee et Lip, 2003). Il existe une relation linaire entre le niveau dactivit physique et laugmentation de lactivateur du plasminogne tissulaire qui, produit par la cellule endothliale, se lie la fibrine pour transformer le plasminogne en plasmine qui va lyser un thrombus en formation (Eliasson et coll., 1996).

352

Maladies cardiovasculaires

Le syndrome inflammatoire biologique est corrl la survenue plus frquente des atteintes athromateuses et associ aux troubles de la coagulation. Il est rduit par lactivit physique, avec amlioration des marqueurs que sont la protine C ractive et le fibrinogne (Lakka et Salonen, 1993 ; Montgomery et coll., 1996 ; Wannamethee et coll., 2002). Cet effet est indpendant des autres facteurs de risque (Geffken et coll., 2001). Associe cet effet sur linflammation, il existe une diminution de la concentration en cytokines athrognes tel que linterfron- (IFN-) qui interviennent dans linitiation du processus dathrognse, et une augmentation des cytokines athroprotectrices tel que le Transforming Growth Factor (TGF-) (Smith et coll., 1999).

Effet de lactivit physique sur les diffrents facteurs de risque cardiovasculairesLactivit physique peut agir sur les diffrents facteurs de risque impliqus dans les maladies cardiovasculaires. Hypertension artrielle La pratique rgulire dune activit physique permet un meilleur contrle de lhypertension artrielle (Pescatello et coll., 1991 ; Appelgate et coll., 1992 ; Kokkinos et coll., 1995 ; Paffenbarger et Lee, 1997; Turner et coll., 2000). Lentranement physique fait donc dsormais partie des recommandations dans la prise en charge de lhypertension, en association avec les traitements mdicamenteux (Guidelines Subcommittee, 1999 ; Guidelines Committee, 2003). Cet effet de lactivit physique sur lhypertension artrielle a t mis en vidence initialement chez lhomme (Paffenbarger et coll., 1983) puis secondairement chez la femme (Reaven et coll., 1991). Il est galement retrouv lorsquune obsit est associe lhypertension (Fagard, 1999). Les tudes concernant les sujets hypertendus gs sont peu nombreuses. Il semble que limpact soit moins important et quil porte uniquement sur la pression sanguine artrielle diastolique (Stewart et coll., 2005), ceci pouvant tre expliqu par la rigidit de la paroi artrielle du sujet g (Berry et coll., 2004). La relation inverse entre lactivit physique et la pression sanguine artrielle a t confirme en utilisant leau doublement marque, moyen plus fiable de mesure du niveau de dpense nergtique que les questionnaires. Elle est indpendante du contexte socioculturel (Luke et coll., 2005). Une mta-analyse, incluant la fois des sujets normotendus et hypertendus, a montr quun entranement physique modr une intensit correspondant353

ANALYSE

Activit physique Contextes et effets sur la sant

40-50 % de la puissance maximale arobie (PMA)52 et raison de 5 sances par semaine permettait de rduire la pression sanguine artrielle de 3,4 mmHg pour la pression systolique et de 2,4 mmHg pour la pression diastolique (Fagard, 2001 ; Fagard, 2006). Cet effet est plus prononc lorsquil est valu uniquement chez des sujets hypertendus : diminution de 11 mmHg de la pression systolique et de 8 mmHg de la pression diastolique (Hagberg et coll., 2000). Cette mta-analyse na pas montr defficacit suprieure dun entranement intensif par rapport une activit physique modre chez les patients hypertendus. Les femmes (versus les hommes) et les sujets dge moyen (versus les sujets jeunes et les sujets gs) prsentaient une diminution plus importante de la pression artrielle. Si lactivit physique rgulire est poursuivie suffisamment longtemps (au moins durant 3 ans), lamlioration de lhypertension persiste, la fois au repos et au cours de leffort (diminution de 9,2 % de la pression systolique). Son effet est comparable, voire suprieur, celui dune monothrapie mdicamenteuse (Ketelhut et coll., 2004). Cet effet sur lhypertension au cours de leffort est dautant plus intressant que cette dernire reprsente un facteur de risque indpendant de la pression de repos pour la survenue dinfarctus du myocarde et pour la mortalit globale (Mundal et coll., 1996). Par ailleurs, chez des sujets normotendus, le dpistage dune hypertension deffort est un facteur prdictif indpendant de dveloppement dune hypertension (Matthews et coll., 1998 ; Pendey, 2003). Ainsi, une lvation suprieure ou gale 50 mmHg de la pression systolique, un niveau deffort correspondant 50 % du pic de VO2, est considre comme anormale et est amliore par un entranement en endurance de 8 semaines (Bond et coll., 2005). Lactivit physique est donc susceptible de diffrer voire de rendre inutile le traitement mdicamenteux chez un sujet hypertendu. Les mcanismes sous-tendant cet effet restent mal lucids. Une diminution des rsistances artrielles priphriques a t retrouve (Meredith et coll., 1990), ainsi quune meilleure adaptation du dbit cardiaque (Ketelhut et coll., 1994). Lamlioration, dj voque, du fonctionnement de lendothlium vasculaire est probablement implique dans cet effet vasculaire avec meilleure vasodilatation rflexe (Kingwell et coll., 1995 ; Higashi et coll., 1999), de mme que laction sur le systm