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Nous publions ci-dessous la fin de l'étude de Al. Emile Mireaux, membre de F Institut, tirée de son livre Les Poèmes homériques et l'Histoire grecque (i). Les photographies illustrant cet article sont de la maison Roger Viollet. We publish hereunder the end of the study by M. Emile Mireaux member of the Institut de France, from his book Les Poèmes homériques et l'His- toire grecque (i). Publicamos abajo, el Jiti dcl cstudio de M. Emile Mireaux individuo del Institut de France, extracto de su libro : Les Poèmes homériques et l'Histoire grecque (i). L'ÉPOQUE La prépondérance des armes de bronze, la précellence du bronze en général dans l'Iliade et dans l'Odyssée, est une des données qui ont de plus obscurci le problème homérique aux yeux des archéologues et des historiens. Les archéologues admettent en général, que l'âge du fer commence en Grèce vers l'an 1200 et que ses débuts coïncident à peu près avec l'avènement que les historiens appellent l'in- vasion dorienne. La fréquence des mentions qui concernent le bronze, la rareté relative de celles qui concernent le fer avait tout naturel- lement conduit à penser, en un temps où l'on considérait comme démontré que les poèmes homériques représentaient le fruit d'une longue évolution créatrice, que leurs parties les plus anciennes pouvaient remonter jusqu'à l'époque où le bronze régnait de manière à peu près exclusive. Beloch, il y a quelque soixante- quinze ans, ayant relevé dans l'Iliade 279 men- tions pour le bronze et 23 pour le fer, contre 80 fois le mot « bronze » et 25 fois le mot « fer » dans l'Odyssée, en avait conclu que l'Iliade était nettement plus ancienne que l'Odyssée. (1) Albin Michel, éditeur. La raison de la différence est tout autre. Il a été remarqué avec beaucoup de justesse que dans les poèmes homériques, le fer qui est un métal fort connu et déjà employé certainement pour la fabrication des épées, sert surtout à des ouvrages pacifiques, à la fabrication des outils, haches, couteaux, chaînes, socs et char- rues. Il est donc normal qu'il soit relativement plus parlé du fer dans l'Odyssée, poème de voyages et d'aventures, notamment dans les douze derniers chants, que dans l'Iliade, poème guerrier, où le bronze est roi. L'esprit humain pour sa commodité, aime découper l'histoire en périodes tranchées. Mais ces coupures, surtout lorsqu'il s'agit de tech- niques industrielles, correspondent bien rare- ment à des transformations rapides et totales. L'usage du fer a commencé à se répandre en Grèce vers le xn c siècle. Mais il est faux qu'il ait tout de suite détrôné la technique du Ci-dessus : Frise Nord du trésor de Cnide montrant les casques et les boucliers en bronze des soldats Grecs. North frieze of Cnide's treasure showing the bronze helmels and shields ol greek soldiers. Friso del Norte del tesoro de Cnide ensenando los cascos y los escudos de los soldados grecos. 1 GRECQUE

1952 Le bronze chez les romains Le bronze chez les … Le bronze chez les romains... · CUIVRE LAITONS ALLIAGES Il es possiblet d'ailleurs, qu l'évolutioe, aint commencé dè lse

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Text of 1952 Le bronze chez les romains Le bronze chez les … Le bronze chez les romains... · CUIVRE...

  • Nous publions ci-dessous la fin de l'tude de Al. Emile Mireaux, membre de F Institut, tire de son livre Les Pomes homriques et l'Histoire grecque ( i ) . Les photographies illustrant cet article sont de la maison Roger Viollet.

    We publish hereunder the end of the study by M. Emile Mireaux member of the Institut de France,

    from his book Les Pomes homriques et l'His-toire grecque ( i ) .

    Publicamos abajo, el Jiti dcl cstudio de M. Emile Mireaux individuo del Institut de France, extracto de su libro : Les Pomes homriques et l'Histoire grecque ( i ) .

    L'POQUE La prpondrance des armes de bronze, la

    prcellence du bronze en gnral dans l'Iliade et dans l'Odysse, est une des donnes qui ont de plus obscurci le problme homrique aux yeux des archologues et des historiens. Les archologues admettent en gnral, que l'ge du fer commence en Grce vers l'an 1200 et que ses dbuts concident peu prs avec l'avnement que les historiens appellent l'in-vasion dorienne. La frquence des mentions qui concernent le bronze, la raret relative de celles qui concernent le fer avait tout naturel-lement conduit penser, en un temps o l'on considrait comme dmontr que les pomes homriques reprsentaient le fruit d'une longue volution cratrice, que leurs parties les plus anciennes pouvaient remonter jusqu' l'poque o le bronze rgnait de manire peu prs exclusive. Beloch, il y a quelque soixante-quinze ans, ayant relev dans l'Iliade 279 men-tions pour le bronze et 23 pour le fer, contre 80 fois le mot bronze et 25 fois le mot fer dans l'Odysse, en avait conclu que l'Iliade tait nettement plus ancienne que l'Odysse.

    (1) Albin Michel, diteur.

    La raison de la diffrence est tout autre. Il a t remarqu avec beaucoup de justesse que dans les pomes homriques, le fer qui est un mtal fort connu et dj employ certainement pour la fabrication des pes, sert surtout des ouvrages pacifiques, la fabrication des outils, haches, couteaux, chanes, socs et char-rues. Il est donc normal qu'il soit relativement plus parl du fer dans l'Odysse, pome de voyages et d'aventures, notamment dans les douze derniers chants, que dans l'Iliade, pome guerrier, o le bronze est roi.

    L'esprit humain pour sa commodit, aime dcouper l'histoire en priodes tranches. Mais ces coupures, surtout lorsqu'il s'agit de tech-niques industrielles, correspondent bien rare-ment des transformations rapides et totales. L'usage du fer a commenc se rpandre en Grce vers le xn c sicle. Mais il est faux qu'il ait tout de suite dtrn la technique du

    Ci-dessus : Frise Nord du trsor de Cnide montrant les casques et les boucliers en bronze des soldats Grecs.

    North frieze of Cnide's treasure showing the bronze helmels and shields ol greek soldiers.

    Friso del Norte del tesoro de Cnide ensenando los cascos y los escudos de los soldados grecos.

    1

    GRECQUE

  • Miroir grec en bronze (Muse du Louvre)

    Grcek mirror in bronze (Mu-see du Louvre)

    Espejo greco de broncc (Mu-sai del Louvre)

    bronze. Celle-ci tout au contraire, stimule peut-tre par la concurrence du mtal nouveau, a continu progresser. Il s'en faut d'ailleurs de beaucoup que le travail des forgerons ait russi donner rapidement au fer les qualits de duret, de rsistance au choc, de lgret relative exiges pour les armes dfensives et offensives. Le fer tait donc depuis longtemps employ couramment pour les usages de la vie civile alors que les armuriers des villes du bronze, lgitimement fiers de leurs traditions et de la sret de leur fabrication, restaient les fournisseurs des classes militaires des cits hellniques. Dans l'Europe moderne, le bronze n'est-il pas rest exclusivement employ, ou peu s'en faut, pour la fabrication des canons, jusqu'au milieu du x ix e sicle ? Il a fallu les dernires dcouvertes de la sidrurgie pour le chasser dfinitivement des arsenaux.

    C'est seulement au vu e sicle av. J . - C . , semble-t-il, que la mtallurgie du fer fit, en Laconie, relativement riche en minerai, des progrs suffisants pour permettre la fabrication courante des armes.

    Fragment de la frise du Parthnon (British Musum). Part of the frieze or the Parthnon (British Musum). Fragmenta del friso dcl Partenon (British Musum).

  • CUIVRE LAITONS ALLIAGES

    Il est possible, d'ailleurs, que l'volution ait commenc ds le VIII e sicle. Peut-tre lorsque furent crits le Courroux d'Achille et le Retour d' Ulysse les fabricants d'armes 4 e bronze com-prenaient-ils dj que leur monopole tait menac ? Il n'est mme pas impossible que l'cho lointain de ces proccupations reten-tisse dans la plus ancienne posie homrique. Les morceaux guerriers de celle-ci clbrent, n'en pas douter, l'excellence des armes en bronze. Ils tmoignent d'une admiration si exclusive qu'ils veillent un soupon de par-tialit ; car nous savons par les fouilles que l'on fabriquait en Grce d'excellentes pes de fer au vnie sicle av. J . -C. Mais cette partialit ne saurait nous surprendre. Elle apporte seu-lement un tmoignage supplmentaire ; elle nous confirme dans l'ide que le premier, Homre collaborait avec cette aristocratie d'armateurs, de marchands et d'industriels, noblesse du sang et de la richesse, entrepre-nante et magnifique, qui dans la seconde moiti du viue sicle domine dans la plupart des cits grecques et qui Corinthe, Egine, Sicyne, Chalcis, dans les villes de l'Eube et de l'isthme, a fait sa spcialit principale de l'industrie du bronze et en tire force, richesse et fiert.

    Trs tt, toujours sans doute, la Grce a manqu de matires premires, de bls, de bois, de minerais. Ds que le travail grec put reprendre avec quelque intensit, cette pnurie endmique devint insupportable. Et les flottes hellniques, obissant une sorte d'impratif gographique reprirent tout naturellement les chemins qu'avaient suivis avant elles les marines genne, crtoise et mycnienne.

    Au premier rang des cits qui partirent ainsi la conqute des matires premires se pla-aient naturellement, ncessairement les villes du bronze. Plus que toutes les autres, avant toutes les autres, elles durent aller chercher au loin les minerais indispensables leur industrie. Chalcis possdait bien sur son terri-toire, en Eube mme, des mines de cuivre qui lui donnrent son nom et dcidrent de sa vocation. Mais les filons s'puisrent et la production locale devint insuffisante. Chalcis comme ses voisines, Egine, Corinthe, Sicyne, recourut certainement au minerai de Chypre, qui alimentait depuis des temps immmoriaux, depuis la fin de l'ge de pierre, les forges et les fonderies de la plus grande partie de l'Orient et des rivages de la Mditerrane orientale. C'est d'ailleurs vraisemblablement cette ri-chesse en cuivre qui avait attir Chypre les conqurants et les colons achens ds l'poque mycnienne. Mais au vme sicle, le voyage du golfe Saronique jusqu' la grande le tait une entreprise alatoire et prilleuse. Chalcis ren-contrait sur sa route le rival asiatique, le con-current carien, alli peut-tre dj de Milet,

    spcialis lui aussi dans l'industrie du bronze et dans la fabrication des armes. Trs pru-demment, pour elle-mme et sans doute aussi pour ses associs de l'isthme et du golfe, elle prfra se rserver d'autres sources plus sres et moins loignes. Elle les trouva sur les ctes

    Guerrier Grec dont 1' presque entirement (Muse de l'arme

    Greek warrior whose almost entirely of Musum in Paris).

    Guerrero Greco cuyo casi todo de bronce Ejrcito en Paris

  • de Thrace, qu'elle garnit de ses tablissements et notamment dans la pninsule aux trois pointes, fort riche en minerai, que ses colons occuprent et mirent si bien en valeur qu'elle devint la presqu'le de Chalcis et que nous continuons l'appeler la Chalcidique.

    , , , p , , .ULTIMHEAT En vente, Ja fourniture du cuivre n a j ; " V l f t t u A L M U S E U M

    t un problme grave pour les mtallur listes de Chalcis, d'Egine, ou de Corinthe. Le cuivre n'tait pas, proprement parler, un minerai rare. Mais l'laboration du beau bronze, solide, rsistant, du bronze ncessaire pour la fabri-cation des armes, exigeait un autre mtal infi-niment moins commun, un mtal mystrieux qui, facile fondre et fragile quand il est seul, donne au cuivre, par son mlange, une incomparable duret. Il s'agit de l'tain. De ce mtal peu rpandu il fallait des quantits apprciables puisque la teneur en tain des bronzes antiques varie du dixime au septime. Et ni la Grce, ni les pays voisins de la Grce ne produisent de l'tain.

    L'tain a jou, dans la haute antiquit, un rle qu'on ne saurait comparer qu' celui de l'or dans le monde moderne. Il a exerc sur les imaginations la mme fascination. Les hommes et les Etats se le sont disput avec la mme pret. II a suscit le mme esprit d'aventure. C'est lui qui a pouss les marins grecs tenter le priple de l'Espagne et qui les a attirs, sur leurs frles coques de noix, jus-qu'aux les de Cassitrides l'extrmit sud-ouest de la Grande-Bretagne, en dpit des vents du large et de la houle de l'Ocan.

    Au vm e sicle, on n'allait pas encore qurir le fabuleux mtal sur les terres aussi excen-triques. Mais on allait dj le chercher fort loin. On s'est longtemps demand d'o venait la plus grande partie de l'tain qui a aliment pendant deux millnaires et mme davantage les fonderies de l'orient mditerranen. Le problme est aujourd'hui peu prs rsolu. Et c'est le nom mme du mtal, son nom grec cassiteros, qui a achev de livrer son secret. Dans un mmoire, prsent l'Acadmie des Inscriptions, M. Hrozny a montr que, selon toute vraisemblance, l'tain c'est le mtal des Cassites. Les Cassites apparaissent dans l'his-toire au dbut du deuxime millnaire. Du nord-est de la Msopotamie, des montagnes du Zagros, ils menacent ds lors, l'empire de la premire dynastie de Babylone. Lorsque cet empire aura t abattu par les Hittites, ils fonderont eux-mmes vers 1750, la troisime dynastie de Babylone. Le gros du peuple est constitu par des tribus d'origine caucasienne auxquelles se sont adjoints quelques lments indo-europens. Leur nom mme rvle leur origine caucasienne. Le Caucase et la Caspienne ont t avant l'an 2000 le centre d'une srie de peuples dont le nom tait Kas ou Kouch. On retrouve leur appellation dans tout l'ono-mastique de la rgion depuis l'Indoukouch, jusqu'au Kazbek, en passant par la Caspienne et le Caucase, que les Grecs appelaient Caspios. Ces peuples paraissent avoir t trs tt des mtallurgistes experts et il est possible que le Caucase dsigne le pays o l'on forge .

    Bronze Attjque, V e sicle a. J . G . Muse Bational Athnes)

    Attic bronze, Vth. cenlury B.C. Athens).

    V . a J .C. (Muso )

  • LE B R O N Z E

    CHEZ

    L E S R O M A I N S m

    Pour les historiens, l'ge du bronze se rapporte la priode d'ailleurs mal dfinie laquelle l'homme commena utiliser lp bronze pour fabriquer des armes et des ustensiles courants, la place de pierre ou de silex. Les deux matriaux ont sans doute continu longtemps d'tre mis en uvre simultanment en raison de la raret du mtal de base.

    Mais le vritable ge du bronze, l'poque pendant laquelle le bronze fut le mtal par excellence, utilis sous toutes les formes que savaient lui confrer les artisans, c'est l'poque Romaine. Les Romains connaissaient le fer, certes, et mme l'acier, mais, ce mtal produit en quantits limites, tait rserv la fabrication des armes, lames d'pe, pices d'quipement militaire, pointes de lances parfois.

    Le bronze, lui, servait pratiquement tous les usages, comme nous le verrons plus loin.

    Malheureusement, peu de documents sont parvenus jusqu' nous concernant les procds mtallurgiques des anciens en gnral et des Romains en particulier.

    L'art de fondre et de travailler le mtal tait rserv aux esclaves, aux affranchis, ou des ouvriers de basse caste. Il ne serait donc pas venu l'ide d'un quelconque crivain, de dcrire des procds qui, transmis de pre en fils, n'auraient sans doute pas t dvoils de bonne grce. Le secret de fabrication n'est pas un fait nouveau !

    Chez les Romains, le mot Aes tait, parmi d'autre signification, la dsignation de l'airain, du bronze, du cuivre.

  • Trpied de style grec trou-v Herculanum (Naples Muse National).

    Greek style of tripod found in Herculaneum.

    Tripode de estilo greco en-eontrado en Herculanum.

    Lampe huile trouve Pompi (Naples, Muse National ).

    Oil lamp found in Pompii

    Lmpara a aceite encon-trada en Pompi.

    Cinquante sept ans avant l're chrtienne, les Romains, matres de Chypre, imprimrent l'exploitation des mines, une activit telle que le cuivre se rpandit dans tout l'empire.

    Le rendement financier de ces mines tait si important qu'Hrode ayant offert Auguste la somme de 300 talents (30 millions de francs 1950 environ) pour donner des jeux au peuple romain, l'Empereur lui accorda en retour la moiti des revenus des mines de l'le, et lui confia le soin d'en administrer l'autre moiti.

    Chypre, tant le principal centre de production de mtal, le mot Aes fut qualifi de Cyprium. Le mot cuprum d'o vient le mot cuivre, n'apparut que beaucoup plus tard.

    Nous avons dj signal dans le premier numro de CUIVRE LAITONS ALLIAGES les tymologies proposes par le mot laiton . Doit-on en rechercher l'origine dans le jaune de l'uf qui se dit en latin luteum (jaune adjectif pris substantivement ?)

    L'le de Chypre ne tarda pas perdre son monopole. L'extraction s'effectuait galement dans les mines d'Espagne, d'Afrique et mme d'Arm-nie. L'tain ncessaire aux alliages tait recherch en Asie Mineure et jusqu'en Grande-Bretagne o certains auteurs mentionnent sa prsence.

    Les Romains entretenaient des relations com-merciales par mer avec la Cornouaille. Par terre, des changes se faisaient travers la Gaule. Ce n'est qu'en l'an 55 av. J . C. que les premiers colons dbarqurent en Grande-Bretagne. Ils mirent en exploitation des mines de cuivre dans le Cumber-land et le nord du Pays de Galle. Le British Musum possde des lingots de cuivre romain. Ce mtal tait vraisemblablement export, car on peut voir, estamps sur un cake , trouv prs d'une vieille mine Llandludno, les mots Socio Roma c'est--dire mon associ, Rome .

    Comme les Egyptiens et les Grecs, les Romains forgeaient le cuivre et ses alliages et savaient les durcir la suite de traitements successifs pour leur donner un tranchant qui rivalisait avec celui des aciers de ce temps.

    Le cuivre et ses alliages taient rendus propres aux mmes usages que le fer et prsentaient en outre l'avantage d'tre moins rares et d'une mtallurgie plus aise.

  • CUIVRE LAITONS ALLIAGES

    On a retrouv Gensac-ejl 1751 des pes en alliage de cuivre, de provenance romaine vrai-semblablement, et si bien^rties que l'Acadmie des Inscriptions et Belles Lettres demanda ce propos au chimiste Gefroy de faire des essais sur le durcissement du cuivre.

    L'quipement militaire du soldat romain faisait largement appel au bronze. Les boucliers, attaches de cuirasses, lamelles articules, jambires, aigret-tes de casque (parfois mme casques tout entiers), enseignes, iances, pes, sabres, piques et bien d'autres lments encore, taient en bronze.

    Quand on sait le rle jou par les lgions dans l'expansion romaine, on ne peut s'empcher de penser que les ateliers qui produisaient toutes les armes de ces troupes, trs nombreuses pour l'poque, devaient tre importants et remarqua-blement organiss.

    Les troupes terrestres n'taient d'ailleurs pas les seules se servir de bronze. L'armement naval tout comme de nos jours, comportait de nombreu ses pices mtalliques qui devaient tre suscepti bles de rsister la corrosion : perons d'abordage pitons d'arrimages, pices d'attache des voiles, etc ont t retrouves en bon tat l'occasion de fouilles sous-marines excutes de nos jours.

    Le Romain n'tait pas seulement un militaire : c'tait aussi un grand constructeur. Non seulement la pninsule italienne mais encore une grande

    Chauffe-eau Romain en bronze (Naples Mu-se national).

    Roman water boiler in bronze.

    Calentador de agua de bronce Romano.

    partie des pays avoisinants gardent encore des traces visibles de la domination romaine, et l encore, un large appel tait fait au cuivre.

    Les palais et temples de l'poque impriale taient couverts en cuivre. Le Panthon de Rome ddi Mars et Vnus, qui existe encore de nos jours, avait jadis sa coupole revtue de tuiles en bronze dor. Les accessoires, gouttires, chneaux, pices de fixation taient presque toujours en bronze, ainsi d'ailleurs que les portes des difices publics importants. Les colonnes formes de sections de pierre ou de marbre empiles les unes sur les autres, taient maintenues par une tige de bronze passant par leur centre.

    Les tonnages utiliss semblent avoir t consi-drables et lors des invasions, les Barbares se contentrent d'expioiter la Ville Eternelle, comme une simple mine o il suffisait d'enlever le cuivre, le bronze et le plomb pour les refondre sans autre peine. Ces prlvements des armes d'occupation se poursuivirent au cours des sicles. Certains Papes mme, ne ddaignrent pas ces rcupra-tions, ainsi que certains grands seigneurs romains de fcheuse rputation : quod non fecerunt barbari fecerunt Barberini .

    Tout ceci fait que de nos jours, le bronze des superstructures a disparu. Cependant les fouilles si fructueuses et qui se poursuivront encore long-temps, rvlent sans cesse de nouvelles trouvailles.

  • Il semble que les Romains aient su fabriquer des toiles tisses avec des fils de cuivre. Pline y fait allusion : on a retrouv, par ailleurs, dans lej ruines d'Herculanum, des ttes en mtal avec des cheveux imits en fils de cuivre trs fins, et Pompi, on a dcouvert des cbles en fils de bronze de plus de 5 mtres de longueur et de 2 centim-tres de diamtre. Ces cbles sont au muse de Naples.

    Les Romains, grands amateurs de bains, consommaient de grandes quantits d'eau. Des aqueducs, dont certains existent encore de nos jours (pont du Gard en France) amenaient l'eau aux grandes cits. La distribution s'effectuait ensuite dans les maisons. Les canalisations taient en plomb, mtal plus facile travailler, et obte-nues au moyen de feuilles roules et soudes. Par contre, les robinets taient en bronze.

    On a retrouv, en oprant des fouilles Plombire qui tait une station dj frquente il y a 19 sicles, un gros robinet en bronze dcor;

    Instruments de chirurgie en bronze (Naples Muse National).

    Surgical bronze instruments. Instrumentes de cirugia de bronce.

    on tourna ce robinet qui fournit immdiatement de l'eau d'une source. Combien de nos modernes robinets caoutchouc supporteraient une aussi longue preuve ? Il est permis de se le demander.

    Les ouvriers de cette poque joignaient les canalisations avec une soudure tendre base de plomb et d'tain. Deux types de soudure taient utiliss et leur nom est parvenu jusqu' nous : le Tertiarium compos d'une partie d'tain et de deux parties de plomb et l'argen-tarium contenant des proportions gales de ces deux mtaux.

    Les Romains semblent avoir t les premiers souder les mtaux cuivreux, car avant eux, on n'a pas retrouv de traces d'oprations de soudure.

    Dans les maisons mises jour Pompi notamment, on a dcouvert intactes, conserves sous leur couche de cendre, des pices d'ameu-blement entirement en bronze : trpieds, tables, tabourets, siges, lits, ainsi que d'innombrables objets usuels finement travaills : coffrets, agrafes, miroirs, peignes, etc. Le comptoir d'un cabaret de Pompi correspondant au zinc moderne tait en bronze ; des ouvertures avaient t am-nages pour permettre le passage des rcipients contenant le vin qui taient mis rafrachir en attendant les clients.

    Les proclamations et discours importants taient gravs sur des plaques en bronze et fixs aux murs des difices publics. Certains sont parvenus jusqu' nous.

    Mille objets de bronze dont l'numration serait superflue, depuis les monnaies jusqu'aux clous, peuvent tre vus dans les principaux muses des grandes capitales, nous n'insisterons donc pas sur ce point.

    Il convient de ne pas oublier le bronze sous sa forme la plus noble : le bronze d'art : bas relief, statue, statuette.

    Comme les Grecs, les Romains savaient doser les proportions d'tain ajouter au cuivre pour obtenir un mtal la fois fusible et coulant bien et qui prsentait une duret suffisante pour pouvoir tre fondu en pices de grandes dimen-sions. La technique de fonte tait parfaitement au point et les statues patines par le temps sus-citent aujourd'hui l'admiration de l'artiste autant que celle du fondeur qui songe aux moyens relativement primitifs dont disposaient les Anciens.

    La dcadence de l'empire romain qui suivit l'panouissement de cette civilisation, devait arrter tout progrs technique pendant de nombreux sicles.

    ( suivre)

    Les photographies illustrant cet article sont de la Maison Roger Viollet.