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TUNIS, 5-7 OCTOBRE, 2009 SÉMINAIRE RÉGIONAL GENRE ET INTÉGRATION ÉCONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB

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  • TUNIS, 5-7 OCTOBRE, 2009

    SMINAIRE RGIONAL

    GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB

  • SMINAIRE RGIONAL

    GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB

    TUNIS, 5-7 OCTOBRE, 2009

    LAURA FEAL (comp.)

  • CIDEAL, 2011

    Les auteurs

    CIDEAL

    Blasco de Garay, 94

    28003 Madrid

    Tel. : (+34) 915 538 488

    Fax : (+34) 915 985 180

    E-mail : [email protected]

    www.cideal.org

    Dessin de couverture : Punto & Coma | Diseo Grfico

    Maquette et mise en page : Daniela DAntuono, Design & Creativity

    Toute reproduction ou reprsentation intgrale ou partielle,

    par quelque procd que ce soit, des pages publies dans

    le prsent ouvrage, faite sans autorisation de lditeur est

    illicite et constitue une contrefaon.

    Cette publication a t ralise avec lappui financier de lAgence

    Espagnole de Coopration Internationale pour le Dveloppement

    (AECID). Les contenus de la publication sont responsabilit exclusive

    des auteurs et ne refltent pas ncessairement lopinion de lAECID.

  • TABLE DES MATIRES

    Prface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6

    Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10

    Genre et intgration conomique des femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

    Libralisation du commerce et genre en Afrique du Nord . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

    Insertion socioconomique des femmes dans les pays du Maghreb : expriences pratiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43

    Insertion socioconomique des femmes rurales : exprience de Forum de Femmes au Rif, Nord du Maroc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44

    Cration de micro-entreprises pour femmes en situation dexclusion dans lalgrois (TOUIZACIDEAL) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65

    Lexprience en microfinance de la Mutuelle des Associations Fminines dpargne et Crdit (MAFEC) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83

    tude de cas : ENDA Inter-arabe, stratgies dmancipation de la femme travers lappui lentreprenariat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91

    Micro-entreprenariat fminin et approche de genre . Laccompagnement la cration de micro-entreprises en Algrie et lapproche de genre des activits gnratrices de revenus . . . . . . . . . . . . . . . . .99

    Lemploi fminin . Femmes et emploi en Algrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113

    Entre la subsistance et lautonomie conomique : march du travail informel et zones franches . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 138

    Les activits informelles des femmes micro-entrepreneuses dans la ceinture priurbaine de Tunis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139

    4

  • Les conditions de travail des femmes employes dans des socits offshore plucher les crevettes (zone franche de Ttouan) . . . . . . . . . . . . . . . . . 148

    Obstacles la participation des femmes au march du travail : le harclement sexuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177

    Le harclement sexuel en Algrie : ltat du droit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 178

    La lgislation tunisienne en matire de harclement sexuel . . . . . . . . . . . . . . . . . . 184

    Femmes et syndicats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 188

    La participation des femmes dans les syndicats en Algrie, au Maroc et en Tunisie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189

    Intgration des femmes dans les syndicats . Une exprience dans lUnion Gnrale de Travailleurs Algriens (UGTA) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202

    Femmes et syndicats au Maroc . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 209

    Femmes migrantes : processus dempowerment ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 214

    Migrations fminines : ombres et lumires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215

    Genre et nouvelles formes de migration en Tunisie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231

    La budgtisation sensible au genre applique la lutte contre la violence lgard des femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 243

    Annexe . Liens utiles sur genre et intgration conomique des femmes dans les pays du Maghreb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 261

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    TABLE DES MATIRES

  • PRFACE

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    SMINAIRE RGIONAL GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB

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    PRFACE

    Dans tous les coins du monde, tant les femmes que les hommes ont, ou devrions avoir, la libert et le droit de choisir sur leurs propres vies et sur les rles jouer dans tous les domaines qui les composent (les motions, les sentiments, le corps, les activits de soin, lespace productif montaris, la participation sociale et politique, lespace domestique, le loisir et la culture, etc.).

    Toutes ces sphres sont lies entre elles, ce qui nous interpelle ne pas oublier que les ides et les strotypes que nous avons sur le comportement de genre appropri pour les femmes et les hommes dans une parcelle de la vie vont avoir des effets et des consquences dans les autres.

    Ainsi, la participation sociale, politique et conomique des femmes et des hommes dpendra, entre autres facteurs, des rles que nous leurs attribuons dans lespace do-mestique et des strotypes existants par rapport leurs caractres et leurs capacits.

    En partant de cette vision intgrale de nos vies et de la convenance daborder les possibles situations de discrimination et dexclusion des femmes, la Fondation CIDEAL excute, parmi dautres actions, depuis 2007, un programme rgional intitul Pro-motion et reprsentation des femmes dans les espaces publics et politiques dans les pays du Maghreb , qui vise lgalit de genre et lempowerment des femmes au Maghreb. Ce programme, cofinanc par lAgence Espagnole de Coopration Inter-nationale pour le Dveloppement (AECID), uvre pour :

    - Le dveloppement des comptences et lautonomisation des femmes dans les provinces dAl-Hoceima, Larache et Ksar-el-Kbir, ainsi que dans les zones rura-les et la ville de Tanger, au Maroc.

    - Le renforcement dONG tunisiennes, algriennes et mauritaniennes travers la formation en genre.

    - Lintgration sociale des femmes et lenseignement des valeurs citoyennes dans des zones dfavorises de Tunis.

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    SMINAIRE RGIONAL GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB

    Dans le cadre de ce programme rgional, la Fondation CIDEAL a conu lide de raliser des sminaires thmatiques qui nous permettent dapprofondir plusieurs sujets lies lgalit de genre au Maghreb et de dvelopper une vision rgionale en favo-risant les changes dexpriences entre des associations de femmes et/ou agissant en faveur de lgalit de genre.

    Le premier sminaire, intitul Regard sur le droit de la famille dans les pays du Maghreb a eu lieu Tanger (Maroc) en 2008.

    Le deuxime sminaire, dont les interventions sont recueillies dans cette publication, a t organis en 2009 Tunis sous le titre : Genre et intgration conomique des femmes dans les pays du Maghreb .

    Le sminaire de Tunis nous a servi dvelopper un regard qui nous permettra de tenir compte des relations entre le genre et lconomie/le dveloppement lheure de construire des stratgies et des propositions alternatives qui se dirigent vers le dvelop-pement quitable et durable. Ainsi nous avons abord les suivants sujets :

    - La libralisation du commerce dans le Maghreb et les impacts quelle a eu sur les femmes et sur les hommes.

    - Des expriences pratiques russies en faveur de linsertion socioconomique des femmes dans les pays du Maghreb.

    - Comment incorporer lapproche de genre la cration et soutien du micro-entreprenariat fminin.

    - Les avancs et les obstacles lemploi fminin dans le Maghreb (Algrie).

    - Les conditions de travail et de vie des femmes travaillant dans le march du travail informel et dans les zones franches.

    - Lharclement sexuel comme obstacle la participation des femmes au march du travail.

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    SMINAIRE RGIONAL GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB

    - La prsence fminine et la dfense de leurs droits dans les syndicats.

    - Les processus migratoires des femmes maghrbines.

    - La budgtisation sensible au genre comme exemple de politiques conomiques en faveur de lgalit.

    Ce sminaire et cette publication nauraient pas t possibles sans la collaboration de lAECID et du Center for Arab Women Training and Research (CAWTAR) ainsi que de toutes les expertes et experts qui ont particip dans ce sminaire en tant quintervenant(e)s et modrateurs/trices.

    Nous esprons que cette publication puisse servir comme un puits plein dexpriences et de connaissances l o on y ira puiser quelques ides pour arroser une terre des-tine lgalit.

    Amanda Andrades GonzlezCoordinatrice Programme Maghreb Genre

    Fondation CIDEAL

  • INTRODUCTION

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    INTRODUCTION

    Laura Feal Assistante technique de la Fondation CIDEAL en Algrie (avril 2008-octobre 2009)

    Il est paradoxal de penser que depuis quelques annes, les pays du continent euro-pen, jusquaux plus loigns, nous sont devenus familiers (sans doute, en partie, grce lentre de lEspagne dans lUnion Europenne) alors que nous ne connais-sons que trs peu nos voisins du sud. Le Maroc se trouve peine 15 kilomtres des ctes andalouses et la mme distance spare Oran ou Tunis des plages Balares. Entre le nord de la Mauritanie et les Iles Canaries, il y a un peu moins de 100 km. Cette proximit explique les nombreux traits communs entre les socits du sud de lEurope et celles du nord de lAfrique, qui pourtant, parce que moins mdiatises, nous sont moins familires.

    Nous approcher, pour la premire fois, de cette nouvelle ralit, quelle quelle soit, demande un exercice de rflexion et danalyse. Cest aussi le cas avec la rgion du Maghreb vu que nous voluons dans des cultures, des idologies religieuses et des traditions qui prsentent des diffrences avec celles de notre pays. Ces diffrences sont aussi notoires entre les pays qui composent le Maghreb.

    Le mot Maghreb est ladaptation lespagnol dun mot arabe qui signifie le lieu o le soleil se couche, le Couchant , la partie la plus occidentale du monde arabe . Traditionnellement, on a appel Maghreb, la rgion du nord de lAfrique qui com-prend le Maroc, la Tunisie et lAlgrie, bien que plus rcemment on y inclut galement la Mauritanie1 et la Lybie. Les habitants dorigine du Maghreb taient les imazighen

    1 Bien que la Mauritanie fait partie de lUnion du Maghreb Arabe (UMA), il nexiste pas daccord entre les diffrentes institutions du systme international sur son inclusion ou non au sein du Ma-ghreb. Ainsi, selon certaines dfinitions, parmi elles, celle de lAECID, ce pays ferait partie du Maghreb. Cependant, pour dautres, comme celle de la Banque Mondial, la Mauritanie ne serait pas incluse dans ce classement, comme elle ne le serait pas non plus dans la catgorie de pays arabe .

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    (ber-bres). Avec larrive des arabes au VIIme sicle, la population du Maghreb sest convertie lIslam et a commenc un processus darabisation linguistique et culturelle, qui peut tre considr comme une des principales caractristiques communes de la rgion. Cependant, on ne peut pas oublier quaujourdhui en-core, il existe diffrentes communauts ethniques, diffrents courants religieux et dimportantes diffrences cultu-relles et de niveau de dveloppement socioconomique.

    Un autre lment commun que lon peut souligner, cest le fait que pendant les XIXme et XXme sicles, le nord de lAfrique a vcu des processus historiques similaires. Tous ces pays ont connu une longue priode de colonisation trangre (franaise en grande partie, mais aussi espagnole), qui a dur jusqu la moiti du XXme sicle. Ce nest donc que rcemment quils se sont constitus en tats indpendants. Sans pr-tendre approfondir les causes et les consquences de ce fait, il est tout de mme important de souligner que ces processus de dcolonisation et de cration des diffrents tats ont suivi des voies trs diffrentes les unes des autres.

    Avec le mme regard, libre de prjugs, et avec les mmes envies de connatre et de comprendre la com-plexit et les nuances de ces socits, nous devons analyser les relations entre les hommes et les femmes des pays du Maghreb. Si nous envisagions daborder toutes les sphres qui composent la vie des maghr-bins et les relations avec leurs concitoyens, nous constaterions quil sagit dun large ventail fait dombres et de lumires, dambivalences et de contradictions, comme dans toutes les socits du monde.

    Afin de pouvoir approfondir lgrement notre connaissance dune de ces sphres, nous nous sommes con-centrs dans cette publication sur les relations entre les hommes et les femmes dans le domaine cono-mique en Tunisie, en Algrie et en Mauritanie.

    Selon certains rapports de la Banque Mondiale et des rapports nationaux sur le sui-vi des Objectifs de Dve-loppement du Millnaire (ODM) des pays arabes de la Mditerrane, les ingalits entre les hommes et les femmes diminuent dans certains domaines comme lalphabtisation, lducation et la sant, mais lcart est toujours important dans le domaine de lconomie. Les forts taux de chmage dans la rgion, le conserva-tisme social et les paradigmes traditionnels de genre font obstacle la

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    participation conomique des femmes qui, pourtant, sont trs prsentes dans le secteur informel et dans le travail agricole2.

    Comme la dj signal le Rapport 2002 du PNUD sur le Dveloppement Humain dans le Monde Arabe, la marginalisation actuelle des femmes dans le domaine co-nomique est un des facteurs de retard socio-conomique dans ces pays. Le bien-tre de la population, qui comprend lalimentation, le logement, les soins sanitaires et autres produits, biens ou services, est dtermin non seulement par les revenus des per-sonnes qui travaillent mais aussi par la proportion de la population active cono-miquement. Le faible taux de participation active des femmes est un facteur significatif qui contribue la dpendance conomique dans tous les pays du Maghreb.

    De la mme manire, le Rapport 2009, cinquime de la srie de Rapports Arabes sur le Dveloppement Humain, insiste, comme lont fait les rapports antrieurs, sur le fait que les carences en matire de libert, renforcement et connaissances des femmes sont des barrires puissantes qui freinent le progrs et le dve-loppement de la rgion.

    Ce rapport insiste sur la ncessit de sensibiliser la population sur les droits des femmes en rapport avec la citoyennet, la protection des droits dans le domaine des affaires personnelles et dans les relations de fa-mille, comme condition requise pour lascension sociale des femmes arabes. Le rapport affirme galement que, malgr le fait que lobtention de ces droits requiert des modifications lgales et institutionnelles signifi-catives, en conformit avec la Convention sur llimination de toutes les Formes de Discrimination contre la Femme (CEDAW), latmosphre sociale est un facteur cru-cial dans la discrimination envers les femmes. Par consquent, lducation, les mdias et la famille doivent travailler ensemble pour obtenir leur pleine partici-pation dans la socit.

    La Fondation CIDEAL travaille depuis plus de dix ans au Maghreb, en menant des actions daccompagnement aux femmes dans le dveloppement de leurs capacits et le renforcement de leur auto-nomie. Dans le cadre dun projet rgional financ par lAgence Espagnole de Coopration Internationale au Dveloppement (AECID), la Fondation CIDEAL organise, depuis 2008, diffrentes rencontres rgionales visant

    2 Rapport Banque Mondial Genre et Dveloppement au Maghreb, Mai 2005.

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    promouvoir des espaces de rflexion et dchange des ides et des expriences concernant lgalit entre les hommes et les femmes entre les diffrents acteurs des quatre pays du Maghreb (Maurita-nie, Maroc, Algrie et Tunisie) et lEspagne.

    Cest en 2008 qua eu lieu le premier sminaire rgional de ce type Tanger (Maroc), sous le titre Droit de la famille au Maghreb , organis conjointement par la Fonda-tion CIDEAL et la Fondation Internationale et pour lAmrique Latine de lAdministration et des Politiques Publiques (FIIAPP), avec le soutien de AECID et de son Bureau Tech-nique de Coopration Rabat.

    Aprs cette premire exprience, le deuxime sminaire rgional prvu a eu lieu en octobre 2009 Tunis, cette fois sur le thme Genre et intgration conomique des femmes . Cette rencontre a t organise avec la collaboration de linstitution rgio-nale Center for Arab Woman Training and Research (CAWTAR)3.

    Ce sminaire visait approfondir la connaissance concernant le genre et lconomie ainsi que la situation conomique des femmes au Maghreb; connatre et changer diverses expriences de travail en faveur de la capacitation conomique des femmes, et contribuer la cration de relations entre les diffrents acteurs maghrbins qui tra-vaillent pour lgalit entre les hommes et les femmes.

    Au cours de cette rencontre, laquelle ont particip une soixantaine de personnes, taient prsentes les organisations membres de CIDEAL, ainsi que dautres organisa-tions reprsentatives de la rgion. Pendant les trois jours du sminaire, les thmatiques suivantes ont t abordes, au cours de confrences et de tables rondes :

    - Libralisation du commerce et genre dans les pays du Maghreb : lobjectif tait danalyser les pro-cessus de libralisation conomique survenus au cours des dernires annes, ainsi que leurs effets et impacts diffrencis sur le genre.

    - Insertion socioconomique des femmes dans les pays du Maghreb : quatre expriences russies ont t analyses afin de capitaliser les bonnes pratiques.

    3 Voir : www.cawtar.org

    www.cawtar.org

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    - Micro-entreprenariat fminin et approche de genre dans les pays du Maghreb : dans lobjectif de r-flchir, partir dune exprience de terrain en Algrie, sur les facteurs qui influent sur les activits conomiques pour un public dtermin de femmes.

    - Lemploi fminin dans les pays du Maghreb : centr sur lAlgrie, un parcours des progrs et des obstacles laccs des femmes au march du travail et au salariat.

    Entre la subsistance et lautonomie conomique - march du travail informel et zones franches : ici, plusieurs aspects de lenvironnement du march informel du travail ont t abords ainsi que les conditions de travail des femmes dans les zones franches.

    - Obstacles la participation des femmes au march du travail - le harclement sexuel : cette table ronde a abord un des plus grands tabous sur ce sujet, comme celui du harclement sexuel.

    - Femmes et syndicats : cet espace a t consacr la rflexion sur la prsence fminine dans ces organisations ainsi qu la prparation et la capacit des syndicats pour aborder la situation des femmes sur le march du travail.

    - Femmes migrantes : processus dempowerment ? : deux expertes ont abord la complexit des processus migratoires, la fminisation des migrations et les difficults et les russites quelles en-tranent.

    - Politiques conomiques publiques et genre : cette confrence a trait un cas concret, lexprience de limplication des administrations publiques du Maroc dans la lutte contre la violence machiste travers lapplication dun budget labor avec une perspective de genre.

    Dans lobjectif de capitaliser les connaissances apportes tout au long du sminaire et de faciliter leur diffu-sion, en contribuant de cette faon promouvoir et enrichir de

  • SMINAIRE RGIONAL GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB

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    futurs dbats et propositions, nous avons dit cette publication qui reprend les travaux prsents lors de la rencontre.

    En plus de la compilation des interventions, ce livre comprend un premier chapitre qui prtend servir de cadre thorique global pour aborder la question des relations et des ingalits de genre et lintgration co-nomique des femmes.

    Finalement, nous avons inclus, en annexe, une liste des pages et des ressources web qui permettront au lecteur dapprofondir les connaissances des thmes abords.

    Depuis la Fondation CIDEAL, nous esprons que ce livre puisse tre utile toutes les personnes engages dans un dveloppement humain quitable.

  • GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE

    DES FEMMES

  • SMINAIRE RGIONAL GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB

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    GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE DES FEMMES

    Laura Feal Assistante technique de la Fondation CIDEAL en Algrie (avril 2008-octobre 2009)

    Toutes les socits du monde ont dfini le sens du fminin et du masculin, en fonction non seulement du caractre biologique du sexe mais aussi selon les conditions de production et de reproduction internes. Cest ce quon appelle le genre.

    Bien que la base de ce concept vient de plus loin dans lhistoire (Mary Wollstonecraft, Simone de Beauvoir, etc.), son usage a t impuls dans les annes soixante-dix par le fminisme acadmique anglo-saxon pour mettre en vidence que les ingalits entre les hommes et les femmes sont socialement construites et ne sont pas, par consquent, de caractre biologique.

    Lusage de cette catgorie a permis non seulement une meilleure comprhension de la ralit sociale mais poursuivait galement un objectif politique : dmontrer que les caractristiques humaines considres comme fminines et masculines son acquises par les femmes et les hommes au travers dun processus individuel complexe et collec-tif, au lieu de driver naturellement de leur sexe biologique1. Le genre est la catgorie la plus utilise dans toutes les socits pour classer les personnes les rles qui corres-pondent aux femmes et ceux qui correspondent aux hommes , de telle sorte que les rles se normalisent et devien-nent des strotypes. Il est important de souligner que ces strotypes et ces normes de genre se construi-sent dans linteraction avec dautres catgories comme la race, la classe, lge, lorientation sexuelle, la reli-gion, le lieu dorigine, etc.

    Les rles et les strotypes ne sont pas seulement diffrencis par le genre, ils sont aussi hirarchiss. Dans la plupart des socits actuelles, les rles et les strotypes

    1 Murgialday, C. : Gnero, dans Diccionario de Accin Humanitaria y Cooperacin al Desarrollo, Hegoa. Disponible sur: www.dicc.hegoa.ehu.es/listar/mostrar/108

    www.dicc.hegoa.ehu.es/listar/mostrar/108

  • SMINAIRE RGIONAL GENRE ET INTGRATION CONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB

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    considrs comme fminins sont encore aujourdhui moins bien considrs que leurs quivalents masculins.

    Le problme rside dans le fait que, normalement, les personnes tentent de sadapter aux expectatives de leur genre, limitant leur potentialits individuelles, stimulant ou rprimant leurs comportements en fonction de leur appartenance lun ou lautre groupe.

    Dans les grandes lignes, sans entrer dans les nuances qui peuvent exister entre diff-rentes ralits sociales, la diffrenciation par le genre des expectatives, activits et responsabilit, peut se rsumer dans le tableau suivant, bas sur la thorie du triple rle labor par Caroline Moser (1989) :

    Rles / Genres Fminin Masculin

    Reproductif Reproduction biologique, maintien de la force de travail, reproduction de lordre social

    Chefs de famille (fournisseurs, protecteurs, autorit)

    Productif Productrices dans le secteur pri-maire/travailleuses secondaires

    Producteurs / travailleurs

    Communautaire Maintien du capital social Autorit communale

    Une des sciences sociales qui a nglig le genre comme une catgorie danalyse et qui, par consquent, a t aveugle aux impacts diffrencis sur les femmes et les hommes de leurs thories et propositions, est lconomie. Beaucoup de thories co-nomiques partent dune vision conservatrice et restreinte des femmes exclusivement mres, pouses et femmes au foyer, rendant naturelle et justifiant cette division sexuelle du travail. Dautres ignorent les diffrences et les ingalits de genre, avanant la neu-tralit prsume de cette science ou bien en expliquant les ingalits exclusivement partir dune dimension de classe ou de stratifi-cation sociale.

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    Certaines des discriminations que connaissent les femmes dans le domaine cono-mique se produisent dans le champ montaire, travers un accs limit aux revenus ou la consommation, dans des conditions de vie infrieures (accs aux services collec-tifs, satisfaction des besoins fondamentaux comme le logement, lducation, la sant, etc.), souffrant galement ce que lon appelle ingalits des capacits (accs des moyens comme les quipements, les infrastructures, les actifs financiers, le temps disponible, ladhsion aux rseaux sociaux, etc.).

    En outre, la plus grande partie du travail ralis par les femmes est invisible et non reconnu vu que, tant considres comme des tches naturelles et non productives, leur travail nest pas mis en valeur. Par con-traste, la plus grande partie du travail effec-tu par les hommes est valoris, que ce soit directement au moyen dune rmunration, ou indirectement travers un certain statut et/ou pouvoir politique.

    Comme le signalent de nombreux rapports dinstitutions internationales, au cours des dernires dcennies, nous assistons une fminisation de la pauvret : sur les 1,3 milliards de personnes qui vivent sous le seuil de pauvret absolue, 70% sont des femmes. En outre, malgr le fait que les femmes reprsentent la moiti de la population mondiale et effectuent les 2/3 des heures de travail, elles ne gagnent quun dixime du revenu et ne possdent que moins d1% de la fortune mondiale2.

    Malgr cela, en gnral, la mesure de la pauvret et les propositions conomiques labores pour y mettre fin se caractrisent par leur approche androcentrique. Ceci est d, entre autres, aux difficults existantes pour pouvoir mesurer la pauvret avec une perspective de genre : ncessit de rcollections sophistiques de donnes et de problmes relatifs linvisibilit des femmes et la non comptabilisation de leur travail reproductif.

    Ainsi, par exemple, lunit de base de lanalyse est habituellement la famille, sans tenir compte des dsqui-libres dans la distribution intrafamiliale des ressources et des revenus.

    2 ONU, 2000.

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    Bien que plusieurs tudes des Nations Unies, ainsi que celles de diffrentes organi-sations de la socit ci-vile, constatent ces dsquilibres, les systmes prdominants de rcollection statistique continuent de mas-quer les ingalits conomiques entre les femmes et les hommes.

    Un exemple clair des impacts diffrencis des politiques conomiques sur les femmes et les hommes a t fourni par lanalyse des programmes de stabilisation et dajuste-ment macro-conomiques (IPAE) mens depuis la dcennie des annes 80 dans de nombreux pays, ainsi que les processus de libralisation cono-mique. Aussi bien les PAE que les processus de libralisation conomique ont eu des impacts diffrents sur les femmes et sur les hommes, ayant chacun des besoins, des responsabilits et des rles diffrents. Ainsi, par exemple, bien que certains de ces processus ont conduit une augmentation de la participation fmi-nine dans lemploi formel (secteur services et offshores), ce sont les femmes qui ont support et supportent encore les impacts les plus ngatifs, puisque elles subissent non seulement, au niveau productif, la dr-glementa-tion et la perte des droits au travail (comme les hommes) mais aussi, dans le domaine reproductif et communautaire, les consquences des rduction en matire dducation, de sant, de services de base, etc.

    Certaines conomistes fministes ont mis en relief le biais masculin des politiques dajustement mais aussi leur inefficacit, ne tenant pas compte des distorsions que les relations de genre, la mobilit limite de la force de travail fminine et la charge de la reproduction supporte par les femmes, provoquent dans lassignation efficace des ressources productives. Ainsi, face ce phnomne, de nombreux collectifs so-ciaux et institutions internationales rclament lapplication des politiques compensatoires qui protgent la sant et la nutrition des groupes de population faible revenus parmi ceux-ci, les femmes durant le pro-cessus de rforme conomique.3

    Lexclusion des femmes des processus conomiques non seulement les met en marge en tant quindividus mais elle empche galement le dveloppement socio-cono-mique de celles-ci dans leur ensemble.

    3 Murgialday, C.: Mujeres y polticas de ajuste, dans Diccionario de Accin Humanitaria y Coo-peracin al Desarrollo, Hegoa. Disponible sur: www.dicc.hegoa.ehu.es/listar/mostrar/151.

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    Ainsi, plusieurs instances internationales ont reconnu explicitement limportance de garantir les droits co-nomiques des femmes, dans le but de garantir les droits de lhumain et dencourager un dveloppement quilibr des socits.

    DROITS CONOMIQUES DES FEMMES

    Le bnfice des droits conomiques par les femmes sera non seulement li au travail, mais dautres droits sociaux et culturels, tels que :

    Le droit lgalit conomique : LOrganisation Mondiale de la Sant (OMS) a signal que les femmes sont encore derrire les hommes en matire de contrle des ressources fondamentales comme largent, la proprit, la terre, la richesse et laccs aux biens matriels.

    Elles sont aussi dsavantages par dautres formes de pauvret dans des do-maines comme lalphabtisation, lducation, les opportunits demploi, la mo-bilit sociale et la reprsentation politique.

    A lorigine de ces dsavantages, on trouve aussi des pressions relatives au manque de temps et dnergie li aux responsabilits spcifiques de genre.

    Le droit des niveaux plus levs de sant : La discrimination de genre et les relations de pouvoir in-gales entre les hommes et les femmes au sein du foyer, au travail et dans la communaut pourraient affec-ter ngativement la sant de la femme sous plusieurs formes. Dans le monde entier, la violence contre les femmes est la cause principale des dommages soufferts par les femmes.

    Le droit lducation : Deux tiers des 130 millions denfants en ge dtre scolariss qui nont pas accs lducation primaire sont des petites filles. Cette situation est provoque en partie par la ncessit du travail infantile pour les rev-enus du foyer. Le manque dducation rduit laccs des femmes aux opportunits conomiques.

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    Le droit la nourriture : Selon le Programme Mondial pour lAlimentation (PMA) plus de 840 millions de personnes dans le monde, la plupart dans les pays en voie de dveloppement, souffrent de faim chronique. Dans beaucoup de pays, la distribution des aliments au sein de la famille favorise les garons, et les femmes et les filles ont moins manger et/ou ce quelles mangent est de moins bonne qualit.

    Le droit au logement : UN-HABITAT estime que plus de 1 milliard de personnes nont pas un logement appropri et en ce sens, les femmes se trouvent dans des situations particulirement vulnrables. Les femmes doivent faire face la discrimi-nation dans de nombreux aspects relatifs lobtention du logement, ce qui inclut les politiques de dveloppement du logement, les contrles sur les ressources familiales et les droits la proprit et lhritage.

    Le droit leau : dans le monde entier, les femmes sont les principales collectrices de leau pour la con-sommation domestique, les transporteuses, celles qui admin-istrent sa distribution et les plus grandes utili-satrices. Malgr ces situations, les femmes et leurs intrts ne sont pas correctement reprsents ou pris en compte par les organismes en charge de dvelopper les politiques concernant cette ressource.

    Le droit au travail : Les problmatiques auxquelles se trouvent confrontes les femmes dans le domaine du travail peuvent tre distribues en trois grands groupes :

    1) Celles lies la distribution sociale du travail reproductif : le rle exclusif des femmes dans le travail re-productif dans la socit (soin aussi bien de la de-scendance que des personnes ges, soin de la maison et travail domestique, etc.) reprsente une contrainte pour leur participation au march du travail, vu que ou bien elles sont exclusivement relgue au domaine domestique, ou bien malgr leur travail lextrieur, les tches du foyer continuent de relever uniquement de leur responsabilit, ce qui implique une double jour-ne de travail, avec dnormes consquences sur leur autonomie, leur sant mentale et physique, leurs relations sociales, etc.

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    2) Celles lies laccs aux ressources productives : les femmes ont moins accs au capital productif, la proprit de la terre, la formation, au crdit et la technologie que les hommes.

    3) Celles lies lexercice du travail mercantile : pendant lexcution dun emploi rmunr, les femmes se trouvent confrontes diffrentes problmatiques comme la sgrgation sexuelle par poste (discrimination horizontale), laccs diffrenci la proprit et ladministration des entreprises, le toit de cris-tal (dis-crimination verticale), les ingalits salariales, la qualit des postes (plus fort taux demploi dans le secteur informel, davantage de personnes en situation prcaire, de travail mi-temps avec les rductions cons-quentes sur le niveau de retraite, etc.), ou encore le manque de services sociaux qui soccupent des problmatiques spcifiques des femmes (congs maternit, harclement sexuel, etc.). Les femmes sont tou-ches, dans la plupart des pays du monde, par un plus fort taux de chmage que leurs homologues mascu-lins.

    Source: Amnesty International

    TEXTES INTERNATIONAUX QUI GARANTISSENT LE DROIT DES FEMMES PARTICIPER LCONOMIE EN EGALIT DE CONDITIONS AVEC LES HOMMES

    Dclaration Universelle des Droits de lHomme (1948) : Dans son article 23, elle reconnat le droit de toutes les personnes au travail, leur libre choix, la garan-tie de conditions quitables et satisfaisantes et la protection contre le chmage. Dans le mme article, il est galement mentionn le droit la non-discrimination en matire salariale et une rmunration quitable qui assure une existence con-forme la dignit humaine.

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    Dclaration de lAssemble Gnrale des Nations Unies sur lElimination de la Discrimination contre la Femme (1967) : Son article 1 est le plus important, vu quil tablit de faon gnrique le principe de non-discrimination : la discrimination lgard des femmes, du fait quelle nie ou limite lgalit des droits de la femme avec lhomme, est fondamentalement injuste et constitue une atteinte la dignit humaine .

    Le reste de la Dclaration tche de concrtiser ce principe gnral dans diffrents domaines spcifiques (participation politique, nationalit, capacit juridique, du-cation, mariage, etc.).

    Convention pour llimination de toutes les formes de discrimination contre la femme CEDAW (1979) : tablit laccs au travail comme un droit inalinable des femmes. En outre, elle souligne le droit des femmes avoir des proprits et pouvoir les administrer, le droit recevoir des prts, sorganiser pour lemploi et lauto-emploi et vivre dans un habitat salubre.

    La CEDAW tablit la ncessit dentreprendre des mesures spcifiques caractre temporaire, ou des actions affirmatives en faveur des femmes, qui en aucun cas ne doivent tre considres comme discrimi-natoires.

    Plateforme dAction de Beijing (1995) : On y souligne le droit la capacitation technique et au conseil technique, ainsi que lengagement de la part des Etats promouvoir lindpendance et les droits cono-miques des femmes et renforcer la capacit conomique et les rseaux commerciaux des femmes. De la mme faon, les Etats signataires sengagent encourager lharmonisation des responsabilits entre les hommes et les femmes en ce qui concerne le travail et la famille.

    Dclaration des Objectifs du Millnaire (2000) : Met laccent sur la ncessit de garantir les droits co-nomiques, sociaux et culturels des femmes. Cependant, les statistiques disponibles rvlent que les pro-grs ont t nuls ou limits dans de nom-breux domaines. Par exemple, laccs aux marchs du travail et un travail dcent est encore particulirement restreint pour les femmes, et le nombre de travailleuses se trouvant dans une situation demploi vulnrable est lev.

  • LIBRALISATION DU COMMERCE ET GENRE EN AFRIQUE DU NORD

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    LIBRALISATION DU COMMERCE ET GENRE EN AFRIQUE DU NORD

    Souad TrikiMatre de confrences en sciences conomiques. Universit de Tunis

    Membre et cofondatrice dassociations et de rseaux de dfense des droits des femmes en Tunisie et au Maghreb

    I . INTRODUCTION

    Les recherches sur limpact des politiques de libralisation commerciales en matire de relation de genre rvlent que ces politiques affectent les hommes et les femmes diffremment et souvent affectent les femmes quelles se trouvent dans la sphre mar-chande de la production ou de la consommation ou dans la sphre non marchande domestique de faon plus ngative que positive.

    Limpact de la libralisation sur la vie conomique et sociale ainsi que limpact sur la situation des hommes et des femmes est ainsi, une investigation assez complexe relevant de plusieurs facteurs, et ses rsultats ne sont pas univoques. Certaines tudes (Braustein Alissa, 2000) attestent que limpact sur le genre en particulier dpendrait des facteurs comme la structure de lconomie, la mobilit du capital ou encore la nature de lingalit de genre.

    Certaines tudes sur les conomies forte mobilit du capital ont montr notamment que limpact de la libralisation dpend de la nature de lorigine de lingalit :

    - Si lingalit provient de la diffrence dans le niveau dducation des femmes et des hommes, limpact de la libralisation pourrait tre une augmentation dans la croissance du PIB en mme temps quune faible ingalit entre les sexes.

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    - Si lingalit provient dune discrimination de la part des entreprises sur le march du travail, la libralisation entrainerait une forte croissance du PIB en mme temps quune forte ingalit de genre.

    La revue de la littrature nous amne la conclusion que la libralisation des changes ne rduit pas forcment ni de manire automatique les ingalits sociales ni celles entre les sexes. Elle peut mme les aggraver, comme cela a t prcis par Sen (1996) : la libralisation du commerce nest pas intrinsquement gnratrice de bien-tre ; elle peut galement produire et reproduire de lingalit, des disparits sociales et de la pauvret en mme temps quelle peut tendre les richesses .

    Dans ce domaine, limpact du commerce sur le genre serait surtout visible et palpable travers une variable cl, transversale et fdratrice dun ensemble dindicateurs conomiques et sociaux, savoir : lemploi. Ainsi, nous privilgions pour notre tude lanalyse de limpact de la libralisation des changes aux pays du Maghreb sur la variable emploi selon lapproche genre qui tienne compte des composantes fminines et masculines de lemploi et surtout de lemploi fminin dans lemploi global.

    Pourquoi lemploi? Parce que primo cest une variable qui a des incidences cono-miques et sociales directes sur les femmes et sur les hommes. Lemploi est directement li aux revenus, la consommation et au bien-tre social, alors que le dficit demploi est une cause directe du chmage, de la marginalisation et de pauvret. Au niveau macro conomique, lemploi est directement li linvestissement, la croissance et, pour clore la boucle, au commerce extrieur.

    Lemploi fminin en particulier, comme composante de lemploi total (ET = EM + EF), jadis considr comme lment neutre et ngligeable dans les analyses et les projec-tions conomiques, apparait aujourdhui, comme une composante incontournable du dveloppement durable, parce que lemploi des femmes compte un nombre de plus en plus important de femmes instruites, qualifies et motives.

    Dans le contexte actuel de la mondialisation et de la libralisation des changes, on doit cet effet se poser certaines questions. Dans quelle mesure pour les trois pays du Maghreb cette libralisation des changes :

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    1) Est-elle cratrice demploi pour les femmes de manire contribuer leur autonomie conomique ?

    2) Rduit-elle les carts des salaires entre les hommes et les femmes ?

    3) Permet les femmes dobtenir du travail dcent la mesure de leurs qualifica-tions et autant que les hommes ?

    II . LIMPACT DE LA LIBRALISATION SUR LEMPLOI FMININ DANS LES TROIS PAYS DU MAGHREB : LALGRIE, LA TUNISIE ET LE MAROC

    Les conomies du Maghreb nappartiennent pas la mme typologie. Lconomie algrienne est base sur un modle exportateur de ptrole, alors que la Tunisie et le Maroc sont considrs comme des modles exportateurs de main-duvre.

    Depuis les indpendances, des passages progressifs dune conomie administre une conomie de plus en plus ouverte et libralise caractrisent ces conomies.

    Les premiers passages correspondaient aux vagues de privatisation progressives, commenant par les secteurs manufacturiers exportateurs, se gnralisant aux autres secteurs dans les Programmes dAjustement Structurels (PAS), puis dans les accords dassociation bilatraux avec lUE pour la cration de Zones de Libre change (ZLE).

    II .1 LES VAGUES DE LA LIBRALISATION EN TUNISIE

    Les premires vagues de privatisation, qui ont eu lieu dans les annes soixante-dix dans les secteurs manufacturiers (notamment dans le textile) ont absorb pour la pre-mire fois une masse de main duvre fminine jeune sans qualification, ayant ainsi largement contribu la croissance des exportations tunisiennes de ces secteurs.

    Ce premier grand afflux des femmes sur le march du travail a fait tripler les taux dactivit fminins entre 1966 et 1974 ayant pass de 6,6% 18,2%, ralisant ainsi leur boum (Souad Triki, 2006) daccs ce march.

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    Cependant, la deuxime vague de libralisation du commerce extrieur dans le cadre des politiques dajustement structurels sest accompagne deffets nfastes au niveau des secteurs les plus fminiss manufacturier et textile en particulier partir de 1987. Lemploi fminin accusait alors une perte sche. Les taux dactivit des femmes ont baiss de 21,8% 20,3% entre 1980 et 1989. Le taux de chmage fminin a quasiment doubl entre 1984 et 1989, en passant de 11% 20,9%, alors que le chmage masculin est demeur stable autour 13,7% et 13,9%.

    Une quinzaine dannes plus tard, aprs son ouverture lconomie mondiale de manire normalise, dans le cadre des accords dassociation avec lUE pour linstau-ration dune zone de Libre change partir de 1995, la participation des femmes la population active a augment peine de 1,3% entre 1994 et 2004, en passant de 22,9% 24,2%.

    II .2 LES VAGUES DE LA LIBRALISATION AU MAROC

    Aprs avoir connu une priode particulirement difficile de stabilisation avec le PAS durant les annes quatre-vingt, le Maroc a vu le processus de libralisation se traduire effectivement par un processus de privatisation partir de 1993. Ce qui a eu pour effet le dveloppement des emplois fminins, notamment dans le secteur informel. Les taux dactivit fminins ont plus que doubl, passant de 10,7% en 1982 25,2% en 1994.

    Les dernires vagues de libralisation se sont accomplies avec ladhsion lOrgani-sation Mondiale du Commerce (OMC) et la signature des accords dassociation du Maroc avec lUE pour linstauration dune zone de Libre change qui a lieu en 1996, un an aprs la Tunisie. Les taux dactivit fminins entre 1994 et 2004 sont passs de 25,2% 28% o plus de la moiti occupent un travail vulnrable dans lagriculture comme aides familiales ou indpendantes.

    Cet accroissement quantitatif sest fait dans la prcarisation de la population active, aux dpens de la salarisation des femmes (qui baissait de 52,7% en 1994 29,1% en 2000) et du secteur public garant de la protection sociale.

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    II .3 LES VAGUES DE LA LIBRALISATION EN ALGRIE

    Le modle de dveloppement bas sur lexportation des hydrocarbures et les industries ptrolires na pas favoris lemploi des femmes. La participation des algriennes la population active est demeure trs faible (de 4,5% jusqu la fin des annes quatre-vingt).

    Au fur et mesure que le niveau dinstruction des algriennes slevait, elles allaient investir le secteur des services publics et des Administrations (enseignement, sant, administration, etc.), o se faisaient lessentiel de la cration des emplois, bnficiant dune bonne protection sociale et de salaires quivalents ceux de leurs homologues masculins.

    Les limites du modle conomique, prouv par la chute des prix du ptrole dans les annes quatre-vingt, nont pas rsist aux vents de la libralisation qui soufflaient sur le Maghreb et sur le monde.

    Les rformes de restructuration, de privatisation et de libralisation sont entames trs tardivement, vers la fin des annes quatre-vingt-dix. Laccs des femmes au march du travail sest acclr vers la fin de cette dcennie (18,9%) avec le retour au calme aprs la priode du rgne du terrorisme, pour dcliner 14% en 2004.

    La signature des accords avec lUE pour la ZLE a eu lieu en 2005, dix ans aprs la Tunisie. Les femmes qui travaillent ne sont plus enfermes dans le secteur des Adminis-trations publiques, elles investissent le secteur priv dans les services et dans lindustrie. Mais ces emplois apparaissent de plus en plus prcaires et se trouvent de plus en plus dans le secteur informel.

    II .4 POUR LENSEMBLE DU MAGHREB

    On ne peut pas dire que ces vagues de libralisation commerciale successives taient souvent porteuses dopportunits demploi pour les femmes. Au contraire, le taux dac-tivit moyen des femmes dans la rgion reste le plus bas au monde. Ce ratio emploi-population des femmes na volu que de 2% entre 1997 et 2007, passant de 19,9%

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    21,9% (Bureau International du Travail, 2008), alors que la moyenne mondiale de ce ratio pour les femmes se situe 45,1% et pour les hommes plus de 73%.

    Par ailleurs, le taux de chmage moyen dans la rgion est le plus lev du monde, avec 16,28% en 2007, contre une moyenne de 9% pour les hommes. Pour les jeunes femmes, le taux de chmage reprsente 32%, et pour les jeunes femmes diplmes il slve 38%.

    Si les conomies du Maghreb se tertiarisent et occupent plus de la moiti des femmes actives, celles ci continuent combler le dpart des hommes de lagriculture, le 1/3 des femmes occupes le sont dans lagriculture, le Maghreb est la seule rgion o la proportion des femmes travaillant dans lagriculture a augment durant la dernire dcennie, surtout au Maroc. Dans lindustrie, la proportion des femmes sest rduite de 19,1% 15,2% entre 1997 et 2007.

    II .5 LA DISCRIMINATION SALARIALE

    Si le mouvement de libralisation a pu saccompagner dune croissance soutenue, ceci ne se rpercute pas hlas de rduction ou de rduction sensible dans les inga-lits entre les hommes et les femmes. Ces ingalits ne sarrtent pas au niveau des difficults supplmentaires que rencontrent les femmes lors de leur accs au march du travail, elles se prolongent durant lexercice de leur travail par des conditions plus prcaires et des salaires moindres que ceux de leurs homologues masculins.

    En Tunisie, alors quelles sont plus nombreuses que les hommes avoir le niveau sup-rieur ou secondaire (53% contre 42,2% parmi les salaris), leur salaire moyen reste plus faible que celui des hommes, et ce comptences gales. Le rapport entre le salaire moyen fminin et le salaire moyen masculin dans les annes quatre-vingt-dix est de 0,82 (Banque Mondiale, 2004). Et le diffrentiel de discrimination des salaires en faveur des hommes est pass de 11,2% en 1980 15,3% en 2000 (CREDIF, 2000).

    Mme si la lgislation interdit dans les pays du Maghreb la discrimination salariale, elle reste de mise dans plusieurs secteurs notamment privs.

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    Pour le Maroc, le rapport des salaires des femmes par rapport au salaire des hommes dans les annes quatre-vingt-dix est de 0,88 dans le secteur priv (pour un mme travail un homme touche 100 DH et une femme 88 DH) et de 0,92 dans le secteur public (Banque Mondiale, 2004)

    Diffrentiel des taux de satisfaction de la demande demploi par les hommes et les femmes (TSM - TSF)

    Diffrentiel 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002

    (TSM-TSF) 0,6 7,2 6,5 5,3 7,5 4,8 3,6 4,7

    Source: Agence Nationale de lEmploi et du Travail Indpendant en Tunisie.

    II .6 LE DMANTLEMENT DES ACCORDS MULTI FIBRES

    Les effets de la restructuration mondiale du secteur textile (un de plus fminis) et le dmantlement des Accords Multi Fibres (AMF) en 2005, ont eu des effets ngatifs sur les employs du secteur textile et de lhabillement, intgr surtout par des femmes dans les pays du Maghreb. La Confdration Internationale des Syndicats Libres (CISL) estimait en 2004 que 40 millions (la plupart dans les pays du Sud) sont menacs de perte de leur emploi.

    En Tunisie, les femmes reprsentaient 77% de la population active du secteur des In-dustries Textiles et de lHabillement (ITH). Ce secteur regroupe la moiti des entreprises et prs de 52% de la main duvre dans lensemble des industries manufacturires. Il reprsente, par ailleurs, la moiti des exportations, 29% de lemploi fminin lchelle nationale et 9,2% de lensemble des actifs.

    Entre 2000 et 2004 on compte 205.000 250.000 la main duvre du secteur qui serait touche par le mouvement de fermeture des entreprises, 600 en trois ans. Les licenciements collectifs qui reprsentaient un phnomne relativement rcent, sacc-lrent dans le secteur ITH.

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    En 2003, les travailleurs(ses) licencis(es) du secteur ITH reprsentent 47% du total des licenciements collectifs et le nombre de grves a nettement augment dans le sec-teur ITH, reprsentant 40% du nombre total des grves dans le pays (selon ltude du secteur des ITH de lUnion Gnrale des Travailleurs Tunisiens, UGTT, 2006).

    La situation ne se prsente pas de manire sensiblement diffrente au Maroc et en Algrie. La fin du systme de quotas caus des situations dramatiques dans les Pays en Voies de Dveloppement (PED) touchs par le dmantlement des AMF.

    III . LES CONSQUENCES DES CRISES DANS LA LIBRALISATION DES CHANGES

    III .1 LA DERNIRE CRISE FINANCIRE

    Si les pays du Maghreb nont pas t directement touchs par la dernire crise finan-cire, ils ont reu en plein fouet ses rpercussions sur les conomies relles des pays industrialiss. Plus de 70% de leurs exportations sont en direction de ces pays en crise qui ont drastiquement rduit leurs carnets de commande. Or il se trouve quune partie importante des exportations des pays du Maghreb est alimente par des secteurs o lemploi fminin est dominant, comme le secteur textile qui reprsente la moiti des exportations en Tunisie. Encore une fois, ce sont les emplois fminins qui seront les plus touchs par le dysfonctionnement du systme.

    III .2 AGGRAVATION DE LA PRESSION SUR LE MARCH DU TRAVAIL, ET LISSUE DE LIMMIGRATION ?

    Le contexte Maghrbin apparait de plus en plus comme un contexte gnrateur de facteurs incitants la migration, d entre autres facteurs aux difficults grandissantes dajustement de loffre et de la demande demplois. Entre 2000 et 2020 la satisfac-tion de la nouvelle demande demplois au Maghreb, ncessiterait la cration de prs de 16 millions demplois, soit prs de 800.000 emplois en moyenne par an.

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    La pression sur le march du travail est dautant plus importante puisque le grand nombre daffluents est constitu de jeunes des deux sexes de plus en plus instruits. Les jeunes et les femmes notamment, continueront exercer une pression forte sur la crois-sance de la population active durant les prochaines dcennies.

    Aujourdhui, lmigration fminine est lune des perspectives pour trouver un accs au march de lemploi pour toutes les femmes, diplmes ou non diplmes, maries ou clibataires. Les formes dmigration fminine au Maghreb ont beaucoup chang. La migration constitue, de plus en plus, une perspective de soulagement de cette pression.

    Les femmes maghrbines ont commenc migrer vers lEurope dans les annes soixante-dix, essentiellement dans la perspective du regroupement familial. partir des annes quatre-vingt-dix on a assist un processus de fminisation des flux migra-toires important et un changement de type de migration. Sur les 885.000 tunisiens rsidents ltranger, on dnombre 237.000 femmes immigres, soit 27% (M. B. Romdhane).

    Dautre part, les accords de partenariat avec lUE en 1995 taient fonds sur le prin-cipe de la libre circulation des capitaux et des produits. Ils saccompagnent, parado-xalement, de plus en plus, de restrictions et de contrles au niveau de la circulation des personnes en provenance du Sud, ce qui nencourage gure la transparence dans lmigration et pourrait donner le prtexte lmigration clandestine qui saccroit parmi les femmes avec tous les dgts, les abus et les drames bien sus et connus et largement mdiatiss aujourdhui.

    IV . DIVERSIT DES SITUATIONS DES FEMMES DANS LE COMMERCE

    Dun autre cot, il y a de plus en plus de femmes qui sengagent dans le commerce rgional et international, de manire formelle ou informelle. Les femmes entrepreneuses dans tous les pays du Maghreb sont de plus en plus actives et dynamiques dans ce commerce. Mais elles ne jouissent pas autant que les hommes des opportunits de la libralisation au niveau des marchs rgionaux et mondiaux, elles sont trs peu prsentes dans les ngociations commerciales et elles nont pas les mmes chances daccs linformation, aux ressources et au capital. Et elles tentent de sorganiser aux

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    niveaux national et rgional pour construire un meilleur quilibre face laccentuation de la concurrence mondiale.

    De certaine manire, ces femmes entrepreneuses ne peuvent pas tre neutres la problmatique genre et ne peuvent pas tre que sensibilises aux diffrenciations des impacts de la libralisation du commerce sur les femmes et les hommes.

    Au del de la sphre marchande se trouvent les femmes dites au foyer, ces mains invisibles qui produisent loin des yeux des comptables nationaux et des statisticiens, une force de travail fraichement et gratuitement offerte sur le march du travail et qui est aussi charge des soins et de lducation des enfants du Maghreb futur. Bien entendu que ltat y apporte sa contribution par lducation et les soins gratuits, mais tout le reste, dans le quotidien des longues annes de lenfance et de ladolescence, la bonne nourriture, la garde et les soins restent assurs, dans la sphre domestique, principalement par ces mains invisibles et les esprits veillant des femmes.

    Cette main invisible de la sphre non marchande, contrairement la main invisible dAdam Smith, le pre de lconomie politique (celle du march pour lquilibre de loffre et la demande) ne distribue gure de prix aux marchandises ni de rmunra-tions au travail et ne cherche gure dquilibrer loffre et la demande du march ; elle est plutt gnreuse, elle produit et offre sa nourriture, ses soins et son amour ses proches sans contre partie ; elle donne, elle ne compte pas et on ne sait pas compter pour elle non plus. Et sa charge devient dautant plus lourde que les prix des produits de base sur le march deviennent chers pour le panier de la mnagre.

    En effet, lune des consquences directes de la libralisation du commerce cest lim-pact du dmantlement tarifaire qui entraine la rduction des taxes reus auparavant sur les importations, et qui a pour effet de rduire les recettes de ltat et daccroitre la pression sur son budget, ce qui entraine les rductions progressives, voire llimination des subventions sur les produits de consommation dont les prix augmentent.

    Ainsi, le concept du commerce quitable du point de vue du genre prendra tout son sens lorsquil englobera lensemble des femmes quelles soient travailleuses, produc-trices, consommatrices ou au foyer. Il ne peut tre dfendu en dehors dune vision stratgique, dun minimum de solidarit entre ces femmes et dune organisation aux

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    diffrents niveaux national, rgional et international, leur permettant un meilleur posi-tionnement dans le ngoce international et les orientations de la mondialisation.

    La question de limpact diffrenci sur les femmes et les hommes de la libralisation du commerce, ainsi que celle du commerce quitable, sont des questions relativement nouvelles qui ont encore besoin dtre approfondies et tudies sous diffrents aspects.

    V . INITIATIVES GNRALISER

    Il existe plusieurs exemples dinitiatives dans le monde qui tentent dintgrer des consi-drations lies au genre dans les ngociations commerciales. Ces initiatives manent tantt des organismes institutionnels, tantt des organisations non gouvernementales.

    Certains pays optent pour la mise en place de mcanismes nationaux de consultation pour llaboration de la politique internationale commerciale. Ces mcanismes initient et valuent les efforts dploys par divers intervenants et intervenantes afin dintgrer les considrations lies lgalit entre les sexes aux ngociations commerciales inter-nationales.

    Dans ce cadre, lexemple des canadiennes mrite dtre cit, qui dans leurs tentatives dinfluer sur les politiques commerciales ne se sont pas limites laction exclusivement hors des structures et des institutions officielles. Lexprience de lOrganisation de Coo-pration conomique Asie-Pacifique (APEC) a montr quil tait possible dobtenir des rsultats concrets en travaillant de lintrieur.

    Dans un document de travail rdig pour Condition Fminine Canada (dcembre, 2000) Soraya Hassanali indique notamment que : De plus en plus, on doute des promesses de la libralisation du commerce et on se demande si la croissance cono-mique porte par le commerce extrieur, la privatisation et la drglementation du mar-ch, dune part, et la rduction des interventions gouvernementales, dautre part, ont amlior la qualit de vie au Canada et ailleurs. Malgr la croissance soutenue des changes internationaux, de linvestissement tranger et des oprations de change, les ingalits entre les revenus ont persist et se sont accentues, lintrieur des pays

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    et entre les pays. Selon des statistiques rcentes, le cinquime le plus pauvre de la population mondiale a vu ses revenus baisser au cours des trois dernires dcennies .

    La question de lgalit comporte une dimension femmes-hommes claire et visible. Ce sont des enjeux mettre en vidence pour permettre de clarifier que llaboration des politiques ou des programmes conomiques na pas des consquences neutres. La prise en considration de ces facteurs est un pas important vers ltablissement dun vaste consensus sur la libralisation du commerce et de linvestissement.

    Malgr labsence de mcanismes officiels pour consulter la socit civile au sein de lAPEC, des efforts ont t dploys pour mettre lavant-scne les considrations lies lgalit entre les sexes, en grande partie grce au travail du Rseau des Femmes Dirigeantes (RFD).

    Cr en 1996, le RFD est un rseau informel de femmes des pays membres de lAPEC qui travaillent dans les affaires, lAdministration publique, le milieu universitaire et la socit civile . Aux fins de lintgration des considrations lies lgalit entre les sexes dans lAPEC, le RFD a mis en marche un plan daction collectif , des mcanismes intergouvernementaux et une stratgie deux volets pour accroitre la sensibilisation aux questions dgalit aux multiples paliers des structures de lAPEC.

    Au niveau mondial, par ailleurs, des femmes venant de diffrentes rgions dans le monde entier avaient convenu dinstaller le comit des femmes la premire conf-rence des ministres de lOMC Singapour en 1996. Ceci est maintenant devenu le groupe de travail informel sur le genre et le commerce (the Informal Working Group on Gender and Trade), et comporte des reprsentantes des organisations non gou-vernementales de dveloppement dans le monde entier et du mouvement syndical international. Ce groupe a dcid doffrir des analyses qui peuvent tre utilises par le processus des politiques commerciales (TPR).

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    VI . CONCLUSIONS : LE PARADOXE DE LA LIBRALISATION DU COMMERCE

    Les premires vagues de libralisation ont favoris dans une certaine mesure et sur une certaine priode laccs des femmes au march du travail, o attires par les secteurs privs exportateurs comme le secteur textile, les femmes ont ralis leur grand boum au niveau de leur accs au march du travail. En dpit de la prcarit de leur emploi et de la discrimination salariale, les femmes nayant pas eu la chance de sinscrire dans le systme scolaire, ou ayant interrompu de manire prcoce leur scolarit, trouvait dans ces emplois un espoir dautonomisation conomique.

    Puis, vinrent les vagues suivantes de la libralisation du commerce dans le cadre des Programmes dAjustement Structurels (PAS) et aprs dans le cadre des accords du partenariat avec lUE, et enfin la restructuration du secteur textile et les dernires crises alimentaire, nergtique et, surtout, la rcente crise financire. Les secteurs tradition-nellement fminins, comme le textile, se sont restructurs et devenus plus exigeants en technologie et plus masculiniss. Et leur dlocalisation a provoqu des vagues de licenciements collectifs et massifs dans les rangs de la main duvre fminine des pays sud mditerranens.

    Contrairement ce qui tait promis, les rsultats sur plus dune dcennie montrent que les dysfonctionnements du systme et des crises des conomies mondialises avaient chaque fois des effets ngatifs sur lemploi des femmes, celui ci narrivant pas dcoller dans la rgion, gardant les derniers ratios emploi-population dans le monde.

    VII . DES PERSPECTIVES DANS LE MAGHREB

    Des possibilits existent et ne sont pas suffisamment exploites, car on a trs peu conscience de la question de limpact diffrenci de la libralisation du commerce sur le genre. Autant la mondialisation et la libralisation du commerce constituent des pr-occupations de premier rang du monde politique et des syndicats, autant la neutralit par rapport au genre rgne dans les discours les plus contradictoires.

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    Cependant, il existe des commissions femmes lintrieur des syndicats des pays maghrbins et une commission syndicale femme dans le syndicat maghrbin. Il existe aussi dans chaque pays du Maghreb au moins une organisation de femmes entre-preneuses et des associations pour les droits des femmes et pour le dveloppement. Toutes ces femmes sont concernes dune manire ou dune autre par la question du commerce et du genre.

    Dans le contexte maghrbin actuel la socit civile doit retrouver ses lettres de noblesse et initier un dbat et une synergie sur la question pour que ces femmes soient partie prenante dans les ngociations et que les intrts des femmes soient pris en consid-ration dans les accords rgionaux et mondiaux qui influent sur le cours de leurs condi-tions dexistence, de production et de reproduction. Une plus grande concordance est ncessaire entre lenvironnement et les processus macro-conomiques aux niveaux nationaux, sectoriels et micro, aussi bien quentre les accords commerciaux et dautres conventions et engagements internationaux aux droits de lhomme, au dveloppement et lgalit entre les sexes (A. N. Elbeshbishi, 2006).

    Les formes daction et de mobilisation ne manquent pas. Il est urgent de commencer par la sensibilisation la question et de revendiquer la collecte des donnes par genre dans le commerce. Il est impratif de voir plus claire sur ces impacts en multipliant et en diversifiant les tudes. Et en fin, le concept dune stratgie progressive et rassembleuse est incontournable et ncessite un argumentaire et un plaidoyer solide et soutenue par une action de solidarit et de rseautage efficace.

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  • INSERTION SOCIOCONOMIQUE DES FEMMES DANS LES PAYS DU MAGHREB :

    EXPRIENCES PRATIQUES

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    INSERTION SOCIOCONOMIQUE DES FEMMES RURALES : EXPRIENCE DE FORUM DE FEMMES AU RIF, NORD DU MAROC

    Zohra KoubiaPrsidente de lAssociation Forum des Femmes dAl-Hoceima (Maroc)

    I . PRSENTATION DAFFA RIF

    Forum de Femmes au Rif (AFFA RIF) est une association non gouvernementale but non lucratif, fministe et indpendante dont lintervention part du principe que les femmes partagent une condition lie la diffrenciation sociale des genres, et exprime la prise en charge par les femmes de leur propre combat pour lgalit et la citoyennet part entire. Les domaines dintervention dAFFA RIF sont :

    - Renforcer les capacits des femmes et les amener simposer socialement et connaitre leurs droits et les dfendre.

    - Agir socialement pour le changement de limage et de la situation des femmes au Rif.

    - Remdier des situations de violations des droits des femmes.

    - Accompagner et orienter les femmes en situation difficile ou des tmoins de viola-tions qui informent et contactent lassociation et la saisissent de leurs plaintes.

    - Appuyer et sintgrer dans des initiatives locales ou nationales avec qui AFFA par-tage les mmes valeurs et objectifs.

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    I .1 NOTRE MISSION

    AFFA RIF sassigne comme mission la protection et la promotion des droits humains des femmes tels que reconnus universellement. Son principal objectif est de promouvoir les droits et les intrts stratgiques des femmes.

    I .2 NOS OBjECTIFS

    AFFA RIF uvre pour les intrts stratgiques des femmes, au niveau de la famille, de la socit et des politiques publiques, et pour la reconnaissance de leurs droits et dignit et ceci travers:

    - La promotion de la participation des femmes au processus de fondement dune socit dmocrate, civile qui garantit lgalit et lquit dans les conditions de travail entre les femmes et les hommes dans tous les domaines.

    - Lappropriation des femmes de leurs droits lgislatifs et civiques dans tous les do-maines.

    - La protection des femmes contre toute forme de violence.

    - La participation des femmes au processus dcisionnel dans le cadre de la famille et de la socit.

    - Ladquation du Code de la Famille la Convention sur llimination de Toutes les Formes de Discrimination lgard des Femmes.

    - Rseautage entre les associations fminines et dmocrates.

    - Diffusion dune culture alternative, qui reflte les aspirations de la femme marocaine de libert, de progrs et dgalit.

    - La promotion et la conservation de la culture et lidentit amazigh.

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    I .3 NOS FORCES

    AFFA RIF tire sa force des principes universels des droits humains, son environnement local, son professionnalisme, sa transparence, son ouverture sur la population Rifaine, de sa capacit et de la qualit de sa mobilisation.

    I .4 NOS AXES DE TRAVAIL

    La stratgie dAFFA RIF sarticule autour de la promotion de lgalit et lquit de genre travers le changement social, la formation et la capacitation, le changement des politiques publiques, les lois et les pratiques. AFFA RIF agit sur quatre niveaux :

    Axe de revendication et de droit :

    - Plaidoyer pour lgalit juridique dans le cadre de ladquation des conventions internationales relatives aux droits des femmes et les lois marocaines (Constitution, Code de la Famille, lgislation pnale, Code du Travail, etc.).

    - Effectivit des droits et lutte contre les violences lgard des femmes :

    - Plaidoyer et suivi de la mise en uvre des rformes du Code de la Famille.

    - Lutter contre les violences fondes sur le genre.

    - Renforcer les capacits des femmes en matire de lutte contre la violence lgard des femmes (programme dalphabtisation juridique, campagne de sensibilisation des femmes et des jeunes, etc.).

    - Suivi local des violations des droits des femmes et rapport annuel du centre dcoute et dorientation des femmes en situations difficiles.

    - Informer les femmes et les hommes du nouveau Code de la Famille et des re-vendications des associations de femmes.

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    - Membre fondateur de lobservatoire national de lutte contre les violences faites aux femmes (OYOUN NISSAIYA).

    - Intgration du genre dans les politiques publiques :

    - Renforcement des capacits des lues et lus en matire de genre.

    - Renforcement des capacits des associations et des acteurs locaux pour lintgration de lapproche genre dans leurs programmes et organisations.

    - Mobilisation locale et rgionale pour la promotion des politiques locales ba-ses sur le genre.

    - Membre fondateur de lObservatoire de genre au Nord du Maroc.

    Axe de formation et de capacitation des femmes :

    Plusieurs programmes sont mis en uvre annuellement :

    - Cration et gestion de sept centres polyvalents dans la province dAl-Hoceima (for-mation, animation, capacitation, atelier de fer forg, garderie, etc.).

    - Programme dducation populaire.

    - Programme de sensibilisation sanitaire.

    - Programme de sensibilisation juridique et sociale.

    - Programme de formation et de qualification (coupe et couture, formation agricole, informatique, dcoration, cuisine, fer forg, etc.).

    - ducation lgalit des jeunes des lyces, collges et coles primaires.

    - Renforcement des capacits des femmes et des associations de femmes.

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    - Renforcement des capacits des associations locales en matire de travail social et de droits de femmes.

    - Renforcement des capacits internes dAFFA RIF.

    Axe de lconomie solidaire et sociale :

    Encadrement de la cration des coopratives des femmes dans le cadre des pro-grammes de formation et de qualification professionnelle :

    - Cooprative AMSAGUA de coupe et couture Imzouren.

    - Cooprative TAZIRI de dcoration et couture Mnoud.

    - Cooprative de coupe et couture Souani.

    - Cooprative TIFAWINE dlevage de dindes Souani.

    - Unit de production dovins Ait Hicham.

    - Cooprative TAMASMOUNT de cuisine Souani.

    - Cooprative de fer forg Imzouren.

    - Cooprative IZAWRAN de ppinire et de lgumes Imzouren.

    Axe de changement social :

    - Programme dducation lgalit et la citoyennet dans les tablissements sco-laires (plus de 4.000 lves viss par anne).

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    - Vulgarisation de la culture de lgalit et de lintgration du genre travers les for-mations de personnel de lenseignement.

    - Campagne de mobilisation dans les douars du Rif sur les thmes de participation, droits des femmes, corruption, violence faites aux femmes, etc.

    - Mobilisation des femmes pour les impliquer davantage dans les mouvements so-ciaux.

    I .5 PRINCIPAUX OBSTACLES RENCONTRS

    Depuis sa cration, AFFA Rif a fix comme but lautonomisation conomique des femmes. En fait, bien que les femmes du Rif travaillent dans le secteur productif, leur travail reste toujours informel, non rmunr et non valoris. Notre objectif est donc de valoriser le travail des femmes et le rendre formel, ainsi que dapporter aux femmes les moyens et la formation ncessaire pour rduire le cot de la production et dadapter la production au march. Quatre facteurs majeurs limitaient la valorisation de la contri-bution des femmes dans le secteur productif :

    Les obstacles socioculturels :

    Au plan socioculturel, des prjugs dfavorables lgard des femmes obstruent leurs activits. Cet ascendant culturel expliquerait aussi la restriction concernant le choix du secteur dactivit des femmes. cela, lon peut ajouter le niveau dinstruction des femmes qui gnralement est bas. Lducation des jeunes filles est empreinte de prju-gs. Cet tat de choses rduit considrablement les chances des filles et des femmes de suivre une formation professionnelle.

    Les obstacles dordre infrastructurel :

    Sagissant des obstacles infrastructurels, laccs au crdit, la technologie, aux ser-vices dappui et linformation est difficile pour les femmes. Les structures dencadre-

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    ment existantes semblent trs insuffisantes pour lencadrement de la masse fminine dont plus de 67% sont analphabtes et rsidentes en milieu rural. Il faut aussi signaler ici que les systmes de transport et de communication sont trs limits.

    Labsence dun environnement incitatif :

    Les interventions destines promouvoir lentrepreneuriat fminin nobtiennent pas de rsultats satisfaisants car lenvironnement conomique nest pas propice. Il sagit par-ticulirement des programmes gnraux de dveloppement, des politiques fiscales et montaires, de la lgislation et dune concurrence trs forte des produits imports avec une marginalisation trs importante de la rgion depuis lindpendance due une absence quasi totale de structures dinsertion conomique (aucune industrie locale) et de moyens de transport.

    Les obstacles dordre psychologique :

    En effet, il arrive que les femmes manquent de confiance en elles ou mme quelles aient une image ngative delles. Ce facteur psychologique nest pas ngliger en ce qui concerne la femme du Rif. En plus, les femmes prouvent des difficults concilier leurs rles familiaux et les contraintes de temps quimplique lexercice de lactivit conomique.

    Dans une situation pareille, AFFA RIF a t dans lobligation de dsigner un processus dinsertion socioconomique intgral : alphabtisation, formation professionnelle, for-mation la cration des groupements conomiques, micro-entreprises et coopratives, appui la production et appui la commercialisation.

    Aussi, et pour tre cohrent avec son objectif de dfendre lquit sociale, AFFA a opt pour un processus dinsertion qui valorise lconomie sociale et qui rpond aux besoins des femmes en matire dalphabtisation, de formation et dautonomisation sociale et conomique.

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    Il sagit dune stratgie dintervention qui favorise lconomie sociale et solidaire entre les femmes et qui existaient depuis toujours travers les souks de femmes au Rif, le re-groupement des femmes dans un systme de twiza qui permet aux femmes deffectuer les tches de production dune manire collective. Mais aussi pour AFFA il sagit de :

    - Rendre les expriences des femmes visibles et valorises.

    - Dplacer la reproduction du noyau familial vers les groupes dconomie sociale et formelle (coopratives, micro-entreprises).

    - Rinventer le concept de travail des femmes, en y incluant travail domestique, travail non rmunr et travail informel.

    - Reconnatre le rle protagoniste des femmes dans la production de richesses et la promotion du bien-tre de la socit rifaine rurale, surtout aprs les flux dimmigra-tion de la masse ouvrire masculine vers lEspagne.

    - Valoriser le travail non montaire (salari) assur par les femmes tout en leur assurant laccs au travail rmunr, garant de leur autonomie.

    - Stimuler la proprit collective des moyens de production pour les femmes.

    II . LES PROjETS DAFFA EN COLLABORATION AVEC CIDEAL

    La population bnficiaire des diffrents projets raliss par AFFA en collaboration avec CIDEAL sont des femmes et des jeunes filles de 16 54 ans de milieu semi urbain ou rural, des localits dImzouren, Souani et Mnoud. Dans leur majorit ce sont des femmes analphabtes ou avec un niveau scolaire primaire, issues de familles pauvres, la majorit migrantes des milieux ruraux. Elles participent activement au tra-vail agricole de champs et aux tches domestiques. En fait, participer aux activits des diffrents projets pour ces femmes est un atout qui leur permet damliorer leurs connaissances et leur niveau de vie travers leur consolidation dans des coopra-tives, et une occasion pour elles dapprendre lire et crire, acqurir de nouvelles

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    mthodes de production, de gestion et dorganisation. Mais aussi de savoir leurs droits et leurs obligations travers le programme de sensibilisation juridique et sociale.

    II .1 PROCESSUS DINSERTION SOCIOCONOMIQUE DES FEMMES RURALES : EXPRIENCE DAFFA RIF

    Le cycle dinsertion est compos de quatre tapes :

    - ducation populaire.

    - Formation professionnelle et qualification.

    - Formation pour la cration de micro-entreprises et de coopratives.

    - Appui la production et la commercialisation.

    - ducation populaire.

    1) ducation populaire

    Vu que la majorit des femmes de la rgion du Rif sont analphabtes, la premire tape dans notre processus est de donner des cours dalphabtisation aux femmes participantes aux programmes. Le cours dalphabtisation (ducation populaire) est un lieu pour apprendre lire, crire, mais aussi un espace de dcouverte de soi mme, de lenvironnement conomique, sociale et politiques des femmes.

    Le programme dducation populaire comprend trois volets :

    - ducation populaire.

    - Sensibilisation sanitaire.

    - Sensibilisation juridique et sociale.

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    Depuis sa cration en 1998, AFFA a opt pour lalphabtisation des femmes comme activit primordiale, car nous sommes conscients que lalphabtisation constitue le premier pilier de changement. En fait, lalphabtisation est conue comme la premire voie pour participer aux autres activits de formation qui ncessitent des connaissances de base en matire dcriture et du calcul, mais aussi dinformation sur la lgalisation du travail, les droits la formation, au travail et aux prises de dcisions.

    Cest quoi lducation populaire ? Il sagit dune approche ducative qui reconnat chacun la volont et la capacit de progresser et de se dvelopper, tous les ges de la vie. Elle ne se limite pas la diffusion de la culture acadmique ni mme lart au sens large, mais galement aux sciences, aux techniques, aux sports et aux acti-vits ludiques, etc. Ces apprentissages sont perus comme loccasion de dvelopper ses capacits vivre en socit : confronter ses ides, partager une vie de groupe, sexprimer en public, couter, etc.

    - ducation : indique un choix du dveloppement de la personnalit dans toutes ses composantes, duquer serait permettre tous les panouissements.

    - Populaire : affirme la volont de sadresser toutes les couches de la population, avec une attention toute particulire pour celles qui sont en situation de non posses-sion des avoirs, savoirs ou pouvoirs lgitims.

    Nous pouvons dfinir lducation populaire comme une approche ducative qui part des vcus et des expriences des femmes : il sagit l dune caractristique de lduca-tion populaire qui se distingue fondamentalement des idologies daccs la culture, de distribution culturelle ou encore denseignement conu comme transmission de sa-voirs. Cest au contraire laffirmation que chaque femme, quelle que soit sa situation sociale ou son parcours scolaire, est riche de pratiques et de savoirs quil est intres-sant de mettre en vidence. Lducation populaire permet aux femmes de se dvelop-per collectivement par le biais de la dmultiplication des connaissances. Cest aussi une occasion de reconnaissance de soi, comme individu et membre dune socit, non plus dfinie comme creuse ou manque mais comme relief et ressource.

    Lducation populaire se base sur des dmarches cratives et critiques, elle vise expli-citement faire de chaque femme un acteur de sa vie dans la socit. Elle favorise le

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    recours des mthodes actives, mettant les participantes en position de productrices individuelles et collectives de penses et de communication ainsi quen mettant leur disposition des moyens concrets de ralisation varis : journal, chanson, peinture, thtre, film, etc., en favorisant lexercice de citoyennet. Il sagit bien dune interven-tion transformatrice qui a pour objet la vie quotidienne des femmes.

    Gnralement, dans les classes dducation populaire les participantes (bnficiaires) ne sont pas que des rceptionnistes (consommatrices) des cours, des ides et des connaissances, mais aussi des productrices de connaissance travers le dbat entre elles sur tous les thmes de la formation. En fait, la classe dalphabtisation dans le cadre de lducation populaire dbute par le vcu des femmes comme sujet de cours et travers ce dbat on arrive produire un texte ensemble dict par les femmes avec la coordination de la monitrice, qui a le rle dans ce cadre de facilitatrice et de personne qui apporte un appui thorique aux femmes soit au niveau juridique, soit au niveau de la science. Il sagit de produire un texte ducatif qui aide les femmes sexprimer, dbattre, critiquer, mais aussi chercher des solutions ensemble chaque problmatique, et bien sr apprendre, travers le texte produit avec laide de la monitrice, lire et crire.

    Les matires tudies dans le cadre de lducation populaire sont multiples et toujours fixes en coordination avec les participantes travers un accord ducatif tabli au dbut des cours. Gnralement, les matires le plus souvent tudies sont : lecture et criture, travers ce quon appelle texte ducatif ; mathmatiques, en se basant toujours sur la vie des femmes (nombre denfants, ge, etc.), et sciences naturelles, comme matire fondamentale dans ce processus dapprentissage.

    Contrairement lalphabtisation traditionnelle, dans le cadre de lducation popu-laire il ny a pas de livre dlve. Le travail de la coordinatrice (monitrice) se base sur le travail en groupe, en atelier avec les moyens disponibles, mais aussi sur le jeu de rle et sur le rcit des expriences des femmes, qui sont dbattus ensemble pour y trouver des solutions et en tirer des rsultats.

    La sance dducation populaire se droule gnralement comme suit :

    - Choix du thme discuter.

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    - Ouverture du dbat ou travail en atelier ou jeux de rle relatif au thme choisi (pro-blmatique) ou rcit dune exprience vcue ou invente.

    - Recherche des causes et des solutions ensemble.

    - Mise en commun des ides et des solutions.

    - laboration du texte ducatif en partant des dbats et des conclusions des femmes.

    - criture du texte sur le tableau.

    - criture du texte sur les cahiers.

    Il sagit de sances de deux heures par jour, cinq jours par semaine, pendant des priodes de 24 mois au moins.

    En plus des cours dducation populaire, AFFA RIF introduit dans son pro