Julien Green (£â€°tats-Unis - France) Julien Green (£â€°tats-Unis - France) (1900-1998) Au fil de sa biographie

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Text of Julien Green (£â€°tats-Unis - France) Julien Green...

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    www.comptoirlitteraire.com

    André Durand présente

    Julian Hartridge Green

    nom francisé en

    Julien Green (États-Unis - France)

    (1900-1998)

    Au fil de sa biographie s’inscrivent ses œuvres qui sont résumées et commentées

    (surtout ses romans et ses œuvres autobiographiques).

    Bonne lecture !

    http://www.comptoirlitteraire.com/

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    Il est né à Paris le 6 septembre 1900 de parents qui descendaient l’un d’une famille irlandaise, l’autre d’une famille écossaise. Il allait confier : «Ce qu’il y a en moi d’impulsif, de rêveur, de charnel aussi, je le dois à l’Irlande [...] Je reconnais l’apport écossais dans mes crises religieuses, dans un amour profond et invariable de l’Écriture.» Ces familles s’étaient installées dans les États du Sud des États- Unis, à la suite de la rébellion de Monmouth et de la tentative du jeune prétendant Stuart à reconquérir l'Écosse. Ils étaient apparentés à tout ce qui comptait dans le Sud, du général Lee au général Beauregard. Les deux grands-pères de Julien Green, Julian Hartridge et Charles J. Green furent mêlés à la guerre de Sécession : le premier dut se réfugier au Mexique, avant d'être amnistié par Grant ; le second, de nationalité britannique, s'engagea aux côtés des Confédérés, voulut berner le Nord en passant des armes par le Canada et échappa de peu au peloton. Ses parents gardant une fidélité fervente au Sud, ayant transmis à leurs enfants le culte de la vraie Amérique que la victoire du Nord avait, à leurs yeux, rayée de la carte du monde, il allait lui-même être toujours profondément conscient de cet héritage. Sa mère, Mary Hartridge, venait d’une vieille famille de Savannah qui avait de profondes racines dans la Virginie d’avant la guerre de Sécesssion. Durant toute son enfance, elle ne cessa, avec nostalgie, de lui évoquer le Sud, les splendeurs du Sud, de le promener à Savannah, dont les avenues sont bordées de magnolias géants, de sycomores, où la tiédeur du climat fait que les roses fleurissent à Noël. Elle en parlait comme d’un paradis perdu, et ses descriptions, tout naturellement, enflammèrent l’imagination du futur romancier. Mais elle était la fille d’un juge et, puritaine, chaque jour, lisait la Bible (dans la ‘’King James version’’ à laquelle l’écrivain allait rester fidèle) à ses enfants qu’elle élevait sévèrement. « Ne mentez jamais », ordonnait-elle, injonction à laquelle il obéissait scrupuleusement, d’autant plus que, lorsqu’une de ses sœurs était prise en flagrant délit de contre-vérité, elle se voyait laver l’intérieur de la bouche avec du savon noir ! Elle les élevait aussi dans l’horreur de la sexualité. Or, comme il le raconta, mi figue mi raisin, au début de ‘’Partir avant le jour’’, cette mère si aimante et si aimée, l’ayant un jour, «le bougeoir au poing», surpris dans sa chambre alors que, âgé de six ans, il se masturbait, connaissant «une minute de stupeur et de vertige», furieuse, elle sortit pour revenir en brandissant un couteau de boucher et le menacer : «I will cut it off ! I will cut it off !». Son influence fut énorme dans la lutte angoissante entre sensualité et spiritualité qui hanta la vie et l’oeuvre de Green qui, vivant alors au milieu des siens entouré d'interdits, dissimula ses passions secrètes. Son père, Edward Moon Green, était un planteur et un exportateur de coton, de Géorgie, qui, ayant spéculé, se ruina () la famille connut des difficultés financières supportées avec une confiance inébranlable ou masquées par l’humour)et s'exila en France en 1893, s’installant d’abord au Havre où il fut l’agent européen de la ‘’Southern cotton seed oil company’’, puis, en 1897, à Paris où il devint le secrétaire de l’’’American chamber of commerce’’, dirigea une firme états-unienne, ce qui le faisait voyager fréquemment à travers l’Europe. Ce fut la raison pour laquelle Julian naquit à Paris, étant de nationalité états-unienne. Dernier de huit enfants, deux garçons et cinq filles, il fut élevé dans une atmosphère à la fois puritaine et chaleureuse («J’ai grandi dans une maison où nous étions huit, tous heureux, chantant, riant» ; dans cette maison de la rue de Passy, il lui arrivait de se rouler par terre, fou de bonheur). On y parlait anglais, sa mère lui donnant à lire Dickens, les Brontë, Thackeray et les poètes anglais (en particulier Keats), tandis que son père lui faisait découvrir peinture et musique. Il dessina et écrivit, des vers ; des romans «où la tendresse, la volupté et le deuil de l’âme» se mêlaient, en particulier une «histoire continuée» («Je retrouvais le dernier épisode alors que je posais ma tête sur le traversin») : «Je caressais le désespoir. On se jetait sous des locomotives comme dans ‘’Anna Karénine’’. On se gorgeait de poison comme dans ‘’Madame Bovary’’. On s’étreignait aussi comme dans Maupassant, mais là j’étais plus vague...» (‘’Mille chemins ouverts’’) ; des contes, l’un fort libre, inspiré par la lecture de Boccace, la plupart assez sombres : «J’assassinais beaucoup de monde». Mais, dès son plus jeune âge, étant le seul membre de la famille à parler aussi le français, car il alla au cours Sainte-Cécile, il fut voué au bilinguisme (quand il parlait anglais, on dénotait chez lui un accent français) et au biculturalisme, le double s'installant en lui qui se créa son propre monde privé. Il allait indiquer plus tard : «Il y a sur moi un malentendu incessant. J’ai souvent passé aux yeux des Amérivains pour un Français ; je passe aux yeux des Français, mais avec plus de raison, pour un

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    Américain. On s’étonne que j’écrive en français. Un éditeur m’a demandé si j’écrivais d’abord en anglais, pour traduire ensuite en français. J’écris en français parce que j’ai reçu une éducation française et que le français est devenu pour moi une habitude de l’esprit.» En 1906, ses parents déménagèrent de la rue Raynouard pour aller s’installer rue de Passy, numéro 93. Il y trouva un réduit, qui servait aussi de penderie, où, le soir venu, il aimait se rendre et où, il en était persuadé, le diable venait prendre ses aises : « Je m’étais mis dans la tête que le diable en personne logeait là... À l’heure où la lumière hésite j’allais me placer devant la porte et, d’une voix étranglée, j’appelais le diable... Je comptais jusqu’à trois... Le silence était aussi terrifiant que si j’avais entendu le reclus prononcer des sons articulés. Parfois j’allais jusqu’à tourner le bouton et ouvrais la porte ; alors m’apparaissaient, sagement alignées, les nombreuses robes de ma mère. Mon cœur aurait pu cesser de battre, car, soudain, une main les écartait – les robes se mettaient toutes à frissonner... » Un peu plus tard, toujours selon ses dires, le diable lui apparut en redingote dans un cinéma en plein air qui passait des films d’épouvante. En 1908, il entra au lycée Janson-de-Sailly où il allait faire toutes ses études, découvrir en particulier Pascal, Victor Hugo, Baudelaire et Péguy, mais «toujours s’y sentir comme un étranger». Il y souffrit en effet la solitude à laquelle l’exposait sa différence culturelle. Elle ne provenait pas seulement de sa double appartenance linguistique, mais du sentiment d’exil que cultivait en lui la nostalgie pour la Virginie, pour un Sud mythique, de sa mère qui, lorsqu’il avait douze ans, lui a avoué que, «malgré toutes nos victoires, nous avions été battus. Le Sud avait perdu. Cela a marqué toute ma jeunesse, et je revois encore maman se cachant le visage.» Il confia encore : «L'influence de ma mère a été considérable. Elle a mis en moi certaines idées, celles qui vous accompagnent jusqu'à la mort, d'ordre spirituel surtout. Elle m'a communiqué la foi chrétienne, m'a donné la langue anglaise, le goût de la littérature et la passion des questions religieuses. Elle m'a donné cette idée que j'étais protégé d'une façon particulière, et, dans la vie, cela m'a suivi et m'a enlevé toute crainte. Jeune, je ne craignais rien... Sur le front, en Argonne, à seize ans, je pensais qu'il ne m'arriverait rien, et les obus tombaient à droite et à gauche de la route. Cet amour préférentiel de la mère a aidé beaucoup d'êtres humains. De façon générale, c'est un rempart. Regardez l'importance de la mère dans la vie de Rimbaud ou de Baudelaire.» Au cours des étés de 1909, 1910 et 1911, la famille alla en vacances au bord de la Seine, à Andrésy, en Île-de-France, dans une maison dont il garda ses premiers souvenirs de peur : n’osant gagner seul sa chambre, il attendait le soir dans l’escaier que ses parents montent à leur tour. En 1912, ils allèrent à Saint-Valéry-sur-Somme. En 1913, la famille quitta Paris pour s’installer au Vésinet, à la villa du Lac : «Ce printemps de 1913 m’est resté dans la mémoire comme une des périodes les plus enivrantes de ma vie.» Il commença alors à prendre des cours de dessin, se plaisant alors à dessiner des corps d'éphèbes asexués. En août 1914, par cainte de l’avance allemande, la famille quitta Le Vésinet et s’installa à Paris, dans la pension Mouton qui allait lui laisser une profonde impression. En septembre, ils revinrent au Vésinet. Le 27 décembre 1914, Julien Green connut sa première grande épreuve : la mort de sa mère bien- aimée. Il était chassé du paradis de l’enfance heureuse. «Pour la première fois de ma vie, j