Camus etranger

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Albert Camus

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  • 1. Albert CAMUSphilosophe et crivain franais [1913-1960](1942)LTRANGER RomanUn document produit en version numrique par Jean-Marie Tremblay, bnvole, professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca Site web pdagogique : http://www.uqac.ca/jmt-sociologue/ Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales" Une bibliothque numrique fonde et dirige par Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi Site web: http://classiques.uqac.ca/ Une collection dveloppe en collaboration avec la Bibliothque Paul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/

2. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)2Politique d'utilisation de la bibliothque des ClassiquesToute reproduction et rediffusion de nos fichiers est interdite, mme avec la mention de leur provenance, sans lautorisation formelle, crite, du fondateur des Classiques des sciences sociales, Jean-Marie Tremblay, sociologue. Les fichiers des Classiques des sciences sociales ne peuvent sans autorisation formelle: - tre hbergs (en fichier ou page web, en totalit ou en partie) sur un serveur autre que celui des Classiques. - servir de base de travail un autre fichier modifi ensuite par tout autre moyen (couleur, police, mise en page, extraits, support, etc...), Les fichiers (.html, .doc, .pdf, .rtf, .jpg, .gif) disponibles sur le site Les Classiques des sciences sociales sont la proprit des Classiques des sciences sociales, un organisme but non lucratif compos exclusivement de bnvoles.Ils sont disponibles pour une utilisation intellectuelle et personnelle et, en aucun cas, commerciale. Toute utilisation des fins commerciales des fichiers sur ce site est strictement interdite et toute rediffusion est galement strictement interdite. L'accs notre travail est libre et gratuit tous les utilisateurs. C'est notre mission. Jean-Marie Tremblay, sociologue Fondateur et Prsident-directeur gnral, LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES. 3. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)3REMARQUECe livre est du domaine public au Canada parce quune uvre passe au domaine public 50 ans aprs la mort de lauteur(e). Cette uvre nest pas dans le domaine public dans les pays o il faut attendre 70 ans aprs la mort de lauteur(e). Respectez la loi des droits dauteur de votre pays. 4. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)OEUVRES D'ALBERT CAMUS Rcits-Nouvelles L'TRANGER. LA PESTE. LA CHUTE LEXIL ET LE ROYAUMEThtre CALIGULA. LE MALENTENDU. L'TAT DE SIGE. LES JUSTES.Essais NOCES. LE MYTHE DE SISYPHE. LETTRES UN AMI ALLEMAND. ACTUELLES. CHRONIQUES 1944-1948. ACTUELLES II, CHRONIQUES 1948-1953 CHRONIQUES ALGRIENNES, 1939-1958 (ACTUELLES III) L'HOMME RVOLT. L'T L'ENVERS ET L'ENDROIT, essais. DISCOURS DE SUDEAdaptations et traductions LES ESPRITS, de Pierre de Larivey. LA DVOTION LA CROIX, de Pedro Calderon de la Barca. REQUIEM POUR UN NONNE, de William Faulkner. LE CHEVEALIER DOLMEDO, de Lope de Vega. LES POSSDS, daprs le roman de Dostoevski.4 5. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)5Cette dition lectronique a t ralise par Jean-Marie Tremblay, bnvole, professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi et fondateur des Classiques des sciences sociales, partir de :Albert CAMUS [1913-1960] LTRANGER. Roman Paris : Les ditions Gallimard, 1942, 172 pp. NRF. Impression : 1950.Polices de caractres utilise : Pour le texte: Comic Sans, 12 points. Pour les citations : Comic Sans, 12 points. Pour les notes de bas de page : Comic Sans, 12 points.dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2008 pour Macintosh. Mise en page sur papier format : LETTRE (US letter), 8.5 x 11) dition numrique ralise le 15 mars 2010 Chicoutimi, Ville de Saguenay, province de Qubec, Canada. 6. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)6Albert CAMUSphilosophe et crivain franais [1913-1960]LTRANGER. Roman.Paris : Les ditions Gallimard, 1942, 172 pp. NRF. Impression : 1950. 7. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)Table des matires Premire partie I II III IV V Deuxime partie I II III IV V7 8. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)[7]Ltranger. Roman (1942)Premire partie Retour la table des matires8 9. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)9[9] Ltranger. Roman (1942) Premire partieIRetour la table des matiresAujourd'hui, maman est morte. Ou peut-tre hier, je ne sais pas. J'ai reu un tlgramme de l'asile : Mre dcde. Enterrement demain. Sentiments distingus. Cela ne veut rien dire. C'tait peuttre hier. L'asile de vieillards est Marengo, quatre-vingts kilomtres d'Alger. Je prendrai l'autobus deux heures et j'arriverai dans l'aprs-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J'ai demand deux jours de cong mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse [10] pareille. Mais il n'avait pas l'air content. Je lui ai mme dit : Ce n'est pas de ma faute. Il n'a pas rpondu. J'ai pens alors que je n'aurais pas d lui dire cela. En somme, je n'avais pas m'excuser. C'tait plutt lui de me prsenter ses condolances. Mais il le fera sans doute aprs-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c'est un peu comme si maman n'tait pas morte. Aprs l'enterrement, au contraire, ce sera une affaire classe et tout aura revtu une allure plus officielle. J'ai pris l'autobus deux heures. Il faisait trs chaud. J'ai mang au restaurant, chez Cleste, comme d'habitude. Ils avaient tous beau- 10. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)10coup de peine pour moi et Cleste m'a dit : On n'a qu'une mre. Quand je suis parti, ils m'ont accompagn la porte. J'tais un peu tourdi parce qu'il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois. J'ai couru pour ne pas manquer le dpart. Cette hte, cette course, c'est cause de tout cela sans doute, ajout aux cahots, l'odeur d'essence, la rverbration de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J'ai dormi pendant presque tout le trajet. Et [11] quand je me suis rveill, j'tais tass contre un militaire qui m'a souri et qui m'a demand si je venais de loin. J'ai dit oui pour n'avoir plus parler. L'asile est deux kilomtres du village. J'ai fait le chemin pied. J'ai voulu voir maman tout de suite. Mais le concierge m'a dit qu'il fallait que je rencontre le directeur. Comme il tait occup, j'ai attendu un peu. Pendant tout ce temps, le concierge a parl et ensuite, j'ai vu le directeur : il m'a reu dans son bureau. C'tait un petit vieux, avec la Lgion d'honneur. Il m'a regard de ses yeux clairs. Puis il m'a serr la main qu'il a garde si longtemps que je ne savais trop comment la retirer. Il a consult un dossier et m'a dit : Mme Meursault est entre ici il y a trois ans. Vous tiez son seul soutien. J'ai cru qu'il me reprochait quelque chose et j'ai commenc lui expliquer. Mais il m'a interrompu : Vous n'avez pas vous justifier, mon cher enfant. J'ai lu le dossier de votre mre. Vous ne pouviez subvenir ses besoins. Il lui fallait une garde. Vos salaires sont modestes. Et tout compte fait, elle tait plus heureuse ici. J'ai dit : Oui, monsieur le Directeur. Il a ajout : Vous savez, elle avait [12] des amis, des gens de son ge. Elle pouvait partager avec eux des intrts qui sont d'un autre temps. Vous tes jeune et elle devait s'ennuyer avec vous. C'tait vrai. Quand elle tait la maison, maman passait son temps me suivre des yeux en silence. Dans les premiers jours o elle tait l'asile, elle pleurait souvent. Mais c'tait cause de l'habitude. Au bout de quelques mois, elle aurait pleur si on l'avait retire de l'asile. Toujours cause de l'habitude. C'est un peu pour cela que dans la dernire anne je n'y suis presque plus all. Et aussi parce que cela me 11. Albert Camus, Ltranger. Roman (1942)11prenait mon dimanche - sans compter l'effort pour aller l'autobus, prendre des tickets et faire deux heures de route. Le directeur m'a encore parl. Mais je ne l'coutais presque plus. Puis il m'a dit : Je suppose que vous voulez voir votre mre. Je me suis lev sans rien dire et il m'a prcd vers la porte. Dans l'escalier, il m'a expliqu : Nous l'avons transporte dans notre petite morgue. Pour ne pas impressionner les autres. Chaque fois qu'un pensionnaire meurt, les autres sont nerveux pendant deux ou trois jours. Et a rend le service difficile. Nous avons travers [13] une cour o il y avait beaucoup de vieillards, bavardant par petits groupes. Ils se taisaient quand nous passions. Et derrire nous, les conversations reprenaient. On aurait dit d'un jacassement assourdi de perruches. la porte d'un petit btiment, le directeur m'a quitt : Je vous laisse, monsieur Meursault. Je suis votre disposition dans mon bureau. En principe, l'enterrement est fix dix heures du matin. Nous avons pens que vous pourrez ainsi veiller la disparue. Un dernier mot : votre mre a, parat-il, exprim souvent ses compagnons le dsir d'tre enterre religieusement. J'ai pris sur moi, de faire le ncessaire. Mais je voulais vous en informer. Je l'ai remerci. Maman, sans tre athe, n'avait jamais pens de son vivant la religion. Je suis entr. C'tait une salle trs claire, blanchie la chaux et recouverte d'une verrire. Elle tait meuble de chaises et de chevalets en forme de X. Deux d'entre eux, au centre, supportaient une bire recouverte de son couvercle. On voyait seulement des vis brillantes, peine enfonces, se dtacher sur les planches passes au brou de noix. Prs de la bire, il y avait une infirmire [14] arabe en sarrau blanc, un foulard de couleur vive sur la tte. ce moment, le concierge est entr derrire mon dos. Il avait d courir. Il a bgay un peu : On l'a couverte, mais je dois dvisser la bire pour que vous puissiez la voir. Il s'approchait de la bire quand je l'ai arrt. Il m'a dit : Vous ne voulez pas ? J'ai rpondu : Non. Il s'est interrompu et j'tais gn parce que je sentais que je n'aurais pas d dire cela. Au bout d'un moment, il m'a regard et il m'a demand : Pourquoi ? mais sans reproche, comme s'