Valeurs et attitudes des jeunes travailleurs   l ©gard du ... discours et des pratiques manag©riales

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    Article

    Valeurs et attitudes des jeunes travailleurs lgard du travail au Qubec: une analyseintergnrationnelle

    Daniel Mercure, Mircea Vultur et Charles FleuryRelations industrielles/ Industrial Relations, vol. 67, n 2, 2012, p. 177-198.

    Pour citer cet article, utiliser l'information suivante :

    URI: http://id.erudit.org/iderudit/1009083ar

    DOI: 10.7202/1009083ar

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    Document tlcharg le 3 juin 2016 11:46

  • Valeurs et attitudes des jeunes travailleurs lgard du travail au Qubec : une analyse intergnrationnelle

    Daniel Mercure, Mircea Vultur et Charles Fleury

    Fond sur les donnes dune enqute ralise en 2007 auprs de 1 000 travailleurs reprsentatifs de la population active qubcoise, cet article montre quil ny a pas de hiatus profond quant aux valeurs et aux attitudes relatives au travail entre les jeunes travailleurs et les travailleurs dun ge plus avanc. les jeunes ont nanmoins tendance accorder moins dimportance au travail et avoir des aspirations associes au travail moins leves que les plus gs, cependant que leur adhsion aux normes managriales dominantes est lgrement plus leve que celle de leurs ans. De mme, la situation professionnelle et le niveau dinstruction semblent dterminer plus fortement la configuration des valeurs et des attitudes que la classe dge.

    motS-clS : jeunes, relations intergnrationnelles, centralit et finalit du travail, normes managriales, emploi, flexibilit

    Une longue tradition de recherche a tent de circonscrire les nouvelles dyna-miques sociales par lexamen des valeurs et des attitudes des jeunes. Au cur dune telle dmarche se trouve lobservation selon laquelle les jeunes sont sou-vent porteurs de nouveaux schmes culturels annonciateurs de tendances socia-les novatrices, schmes qui, confronts la ralit structurelle et culturelle des institutions et des organisations, soulvent souvent certains conflits de valeurs, des incomprhensions quant diverses attitudes relatives, par exemple, au tra-vail, ou encore se traduisent par des comportements en rupture avec les attentes propres aux schmes culturels institus.

    De fait, plusieurs tudes ont montr quune analyse de la sorte tait fonde. Pensons tous les travaux sur la Youth Culture et la dlicate question de la dsaffection lgard du travail durant la priode des annes 1960 1970. Plus rcemment, maints chercheurs ont aussi emprunt cette voie afin de reprer les nouvelles tendances sociales, notamment en examinant les valeurs et les attitudes

    Daniel Mercure, professeur, Dpartement de sociologie, Universit Laval, Qubec (daniel.mercure@soc.laval.ca).

    Mircea Vultur, professeur, Centre Urbanisation, Culture et Socit, INRS, Qubec (mircea.vultur@ucs.inrs.ca).

    Charles Fleury, charg de recherche, Centre dtudes de population, de pauvret et de politiques socio-conomiques (CEPS/INSTEAD), Luxembourg (charles.fleury@ceps.lu).

    dpartement des relations industrielles, universit laval - issn 0034-379X ri/ir, 67-2, 2012, 177-198 177

  • 178 relations industrielles / industrial relations 67-2, 2012

    des jeunes lgard du travail (Baethge, 1994 ; Bajoit et Franssen, 1995 ; Zoll, 2001 ; Hamel, 2007 ; Vendramin, 2010 ; Mda, 2011). Dans la mme ligne directrice, rappelons qu loccasion de lpineux dbat sur les changements culturels contemporains qui a oppos la thse postmatrialiste (Inglehart, 1993, 1997 ; Tchernia, 2005 ; Helliwell, 2005 ; Nevitte, 1996) la thse matrialiste (Easterlin et Crimmins, 1991, 1997), lun des arguments des tenants de la seconde thse consistait prcisment souligner que les valeurs des jeunes sarrimaient de plus en plus aux aspects matrialistes, ce qui tait susceptible de rvler une contre-tendance au regard de la thse postmatrialiste, contre-tendance principalement lie au difficile contexte conomique des annes 19801. Bref, il ne fait gure de doute que lanalyse des valeurs et des attitudes des jeunes constitue une dmarche de recherche pertinente en vue de reprer les dynamiques sociales novatrices en cours, cependant que des diffrences substantielles entre les catgories dge ne sont pas toujours et partout observes, en particulier au chapitre des valeurs associes au travail.

    Cest dans cet esprit que sinscrit le prsent article, qui vise valuer le degr de diffrenciation entre les valeurs et les attitudes relatives au travail des jeunes travailleurs qubcois au regard de celles des plus gs. De faon plus prcise, nous tenterons de rpondre la question suivante : sommes-nous aujourdhui en prsence dun profond hiatus de valeurs et dattitudes dans le champ du travail entre les gnrations de travailleurs au Qubec, hiatus susceptible dengendrer une collision culturelle entre les jeunes et ceux dun ge plus avanc qui se sont insrs en emploi et ont t socialiss dans un contexte conomique et organisationnel diffrent de celui des plus jeunes ? Par exemple, les jeunes travailleurs accordent-ils la mme importance au travail que les plus gs ou se caractrisent-ils par un plus grand attachement ou encore une plus grande dsaffection lgard du travail que ces derniers ? Ou encore, les jeunes travailleurs se dmarquent-ils des plus gs quant la signification quils attribuent au travail, que ce soit sous la forme dune plus grande qute de ralisation de soi et dpanouissement personnel ou, au contraire, sous celle dune instrumentalisation grandissante du travail, le travail se limitant ntre quun moyen en vue datteindre des fins lextrieur du travail ? Dans la mme ligne directrice, les jeunes travailleurs se caractrisent-ils par une plus ou moins grande adhsion que leurs ans aux nouvelles normes managriales dominantes promues par les employeurs ?

    Ces trois sous-questions renvoient en fait trois dimensions essentielles du rapport au travail, savoir la centralit du travail, sa finalit principale et les attitudes lgard des normes managriales dominantes. Examinons de plus prs ces trois dimensions nodales du rapport au travail partir desquelles nous tenterons de rpondre notre question gnrale.

  • valeurs et attitudes des jeunes travailleurs lgard du travail au Qubec : une analyse intergnrationnelle 179

    La centralit du travail mesure limportance accorde par les individus au travail en gnral (centralit absolue) ainsi que son importance relative par rapport aux autres composantes de la vie (centralit relative). Alors que la centralit absolue circonscrit limportance du travail en soi pour un individu, la centralit relative tmoigne de sa hirarchie des valeurs : elle permet de situer le travail par rapport aux autres sphres de la vie (le couple et la famille, les loisirs et les amis, les engagements sociaux et communautaires).

    La finalit du travail dsigne, dune part, la signification du travail, plus parti-culirement les principales raisons pour lesquelles un individu travaille ; dautre part, elle fait rfrence au modle idal de travail tel quil sexprime par la voie des aspirations au travail, notamment loccasion du choix dun emploi. La fina-lit du travail circonscrit le sens du travail, la fonction quil revt pour lindividu, cest--dire ce qui est important pour lui dans le travail, mais aussi ce quil recher-che dans une telle activit. En accord avec les principales thories psychosocio-logiques dans le domaine2, les grandes finalits retenues aux fins de cette tude sont les suivantes : une finalit conomique selon laquelle le travail est avant tout un moyen de gagner sa vie et celle des personnes dont nous assumons la subsistance ; une finalit oriente vers la ralisation personnelle au travail, troi-tement associe la nature mme du travail ; une finalit qui met laccent sur la qute de reconnaissance au travail et sa rsultante, le statut et le prestige ; une finalit oriente vers la valorisation de liens personnels et la sociabilit ; enfin, une finalit de nature altruiste centre sur le dsir de servir la socit. Les aspirations sont regroupes sous les rubriques suivantes : le contenu du travail, les conditions matrielles et de confort au travail, les relations sociales au travail.

    Quant aux attitudes des travailleurs lgard des normes managriales idaltypiques dominantes, celles-ci renvoient au degr dadhsion un ensemble de normes juges importantes par les employeurs, lesquelles tmoignent du discours et des pratiques managriales dominants diffuss par diverses instances, dont les grandes associations patronales, les entreprises, les diffrents services de gestion des ressources humaines, etc.3 Aux fins de ltude, nous avons distingu trois niveaux de normes managriales dominantes.

    Premirement, la valorisation du travail et lengagement moral envers lem-ployeur. Il sagit, dune part, de vrifier la valeur accorde au travail indpendam-ment de son contenu, autrement dit de jauger si le travail comme activit revt en soi une valeur fondamentale, donc sil est investi dun certain prestige moral et, dautre part, mais dans la mme veine, de soupeser le degr dengagement moral du travailleur uvrer latteinte des objectifs de son employeur.

    Deuximement, ladhsion de lemploy aux objectifs de flexibilit qui ont profondment marqu le discours des gestionnaires et leurs pratiques