La conqute de J©rusalem

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/

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MYRIAM HARRY

La Conqutede

Jrusalem ROMAN MODERNE QUINZIEME DITION

feMnll-

'{

C

L

PARISCALMANN-LVY, EDITEURS3,

PUE AUBER,

3

N

LA

CONQUTE DE JRUSALEM

CALMANN-LVY, DITEURS

DU MME AUTEURFormatin-J8.

PASSAGE DE BDOUINSPETITES POUSES

1 vol.

Droits de reproduction ot de traduction rservs pour tous les pays,

y compris

la Hollande.

EMILE COLIN ET

C'"

IMPRIMERIE DE LAGNT

MYRIAM HARRY

LA CONQUTEDE

JRUSALEM

PARISCALMAxNN-LVY, DITEURS3,

RUE AUBER, 3

IN

MEMORIAM

LA

CONQUTE DE JRUSALEM

Dfendons

le

rve qui est en nous

!

PREMIRE PARTIE

Presque dfaillant, Hlie Jamain

du Pater Noster surL'motion,Il

la

de la chapelle des Oliviers, o Montagnesortitle

l'on clbrait la fte desla

Rameaux.jene l'avaient tourdi. Mais dehors, suraussi dvote et diverse

chaleur etet

cherchait

l'air

la solitude.

le parvis

du

clotre,

une foule

se pressait

autour des autels portatifs, se prosternait

devant des tabernacles en branches de palmiers. Les prtres officiaient en resserrant leurs gestes, et, lesthurifraires,soirs

faute de

place, agitaient

leurs encen-

de bas en haut, tandis que des centaines d'yeuxles

en extase suivaienttaient, droites

vapeurs bleutres

qui

mon-

vers l'aube bleue.

LA CONQUTE DE JRUSALEM

Agenouilles de

l'autre

ct

de

l'enceinte,

des

Arabes chrtiennes, dont on ne voyait que les petites mains barbouilles de henn, se signaient par-dessusleurs suairestres, des; et, derrire des gazes trangement illuslvres maladroites zzayaient des oremus. Difficilement Hlie Jamain se fraya un chemin

parmi

les tentes

vendeurs de cacaouettesallaient et

des marchands de pit, parmi les et les porteurs d'eau qui venaient pas lastiques, mlant les heurts

discrets de leurs timbales

de cuivre aux tintements des

chapelets et au chant des psaumes. Et malgr l'heure matutinale, de nouveaux plerins et d'autres touristes,surgissant des profondeurs invisibles,terrasse, affluaient toujours,

au ras de

la

s'effondraient en priant

sur ce sol bni, ou bien se rpandaient gaiement dans la concession latine.

Une odeur

d'essence de roses,

de nougat

et

de

myrrhe, exhalaisons de toutes les assembles en terresainte, ceurait leIl

jeune

homme.unsentier

russit enfin s'vader et paril

bord de cactus,plateau

arriva l'autre extrmitOliviers,

sauvage du haut

du Mont des

o un

petit village la

coupoles blanches somnolait encore dans son Islam.

paix de

UnIl

minaret, dress en sentinelle sur l'abme, domiet, par une longue spirale accda au balcon circulaire.

nait l'espace. s'enfit

ouvrir la porte,il

de marches branlantes,

Une

brise

dlicieuse

soufflait

qu'il

respira

avec

LA CONQUETE DE JERUSALEM

bonheur. Des hysopes et des romarins poussaient dans le vieux mortier du mur. Il en crasa quelquesfeuilles entre ses doigtsle rconfortaient.;

leur senteur

amre

et le

vent

Nulle prire ne parvenait jusqu' d'encens.

lui, nulle

fume

En

bas, dans la cours'tait

du minaret,rendormi;

le

gardien, roul

en son manteau,

une chvre broutait;

distraitement sur le toit d'une maison en terre battue

quelque part des tourterelles s'appelaient... Hlie ferma les yeux, et un instant demeurabile,Il

immo-

adoss contre

la flche.;

n'osait pas lever la tte

il

n'osait pas regarder

au

imptueusement. U savait Jrusalem s'tendait porte de ses mains l, que il savait que la Terre Promise l'environnait maisloin.

Son cur

battait

;

;

souvent apparue dans ses songes d'enfant? serait-elle bien le Chanaan rvl ses espoirs de savant et de chrtien ?serait-elle bien lasi

Sion de chimre

Uneetil

terreur sacre l'envahit de la contempler ainsi

face face, dans la silencieuse solennit de cettelui

aube

semblait que de l'motion de cette minute

dpendait sa destine. Enfin il s'avana au bord du balcon,

et,

lentement,

en s'appuyant sur il en fit le tour.

la

balustrade en pierres ajoures,

D'abord

il

ne distingua rien desur

prcis.

C'tait

comme unciel

grand blouissement

triste,

tomb d'un

tr

lointain

un monde

tout proche.

Une

4

LA CONQUTE DE JRUSALEM

lueur diffuse,les

rapprochait tique, des valles fuyaient montagnes chevauchaient

ple et ouate fondait les couleurs et formes. Et dans ce crpuscule fantas-

comme comme

des ombresdes

;

des des

nuages;

rochers s'rigeaient comme des temples. Et au milieu de tout cela, face l'Orient,

sans

perspective, sans environs, sans nuances, nu sur un amoncellement de brouillard lumineux, quelque choseflottait,

quelque chose de plus ple et de plus haut net et mystrieux, rel et illusoire, farouche et ensorcelant une cit forte et une lgende. Jrusalem Jrusalem murmura Hlie.;

:

!

!

Et sur

la

brumeclart.

jete en travers deelle,

la valle

dupar

Gdron, ses dsirs s'en allaient vers

comme

un pont deEtil

Jrusalem! Jrusalem!lui tendait les bras.

Alors, subitement,

comme

illumine de la

mme;

ardeur,

elle

s'embrasa. Ses voiles se dchirrent

et

elle jaillit

des profondeurs restes nbuleuses, rose et

resplendissante, avec ses remparts, ses crneaux, sestours, ses

dmes,

ses coupoles, ses aiguilles, ses croix,:

ses croissants, ses triangles

fiance joyeuse qui salue

son poux.Derrirele

Mont

des Oliviers et derrire Hlie

le

soleil se leva; tout de suite cru, radieux et dvorant; et le

infinie et

pays de Ghanaan se dcouvrit avec sa isolation son infinie grandeur. De nouveau le jeune homme fit le tour du balcon

LA CONQUTE DE JRUSALEMd'un second

en pierre,

et,

maintenant,

il

se vit entour

cercle rocheux,

formidable celui-l qui montai* en s'vasant pareil aux tages d'une houle ptrifie, o de-ci de-l les pics de granit clataient tels des falaises,et

o

les

A comme

gorges volcaniques miroitaient dj de chaleur. gauche, les cimes d'Ephram fauves et striesdes burnous, avaient;

l'air

de chefs de tribus

accroupis en demi-lune et, leur extrmit, le Mont calcaire de Nbo, d'o Mose avait contempl la Terre dans laquelle il ne devait entrer, dressait, par del le

Jourdain, son profil de vieillard nostalgique et du. A droite, dans la dpression de Sodome, le lacAsphaltite brillait

pesamment

et derrire les chanes s'enfonant dans les sables, violettes de Moab qui fermaient l'horizon, on devi-

bouclier d'airain

naitsoleil

la

silencieuse

Arabie,

son vent de feu

et

son

de mort.

premiers gradins de cet amphithtre gigantesque, Hlie reconnut pour les avoir tudis sur la carte, les mamelons de HbronPlus prs,les;

formant

et.

venant mourir contre

le

Mont desle

Oliviers, d'un

ct, l'lvation

de

Hakeldama,

champ du sang

achet avec les trente deniers de Judas, et de l'autrele

Mont du Scandale o Salomon, insoucieux deetet

Iavehlieux

de son temple avaitsous les arbres

sacrifi

sur les hautsses

verts

aux idoles de

femmes paennes. Le jeune homme revint devant Jrusalem,pfactionil

et

avec stu-

constata les abmes qui le sparaient d'elle.

LA CONQUTE DE JRUSALEM

Devant

lui,

ses pieds,

se creusait,

gouffre

im-

mense, la valle de Josaphat, ce carrefour du trpas, o affluaient du nord, du sud, de l'est, de l'ouest,quatre ravins rapides et profonds et si cribls de tombeaux, qu'ils semblaient charrier des torrents despulcres.

De

l'autre ct

de

la valle, les collinesville,

montaient

encore, sinistres, funraires, vers la

portant haut

sur leurs flancs abruptes, la floraison strile de leursjardins dsesprs.perte de vue, des pierres, des tumulus, des monolithes, des caveaux creuss dansle roc,

Des cimetires partout.

A

des mausoles bouls, des stles brises, de

la

cendre, de la cendre sculaire, millnaire, couvranttoutes les splendeurs et toutes les turpitudes de son

uniforme linceul

gris.

Aucune herbe,d'ailes.

aucune fume, aucun battementprit et se renouvelle.

Rien de ce qui

Mme

pas une ombre. Partout la mort, blouie de

soleil.

D'horreur aveugl, Hlie Jamain baissa les paupires puis il les releva, et d'un long regard dj;

familiaris et presque tendre,

il

e