COMMENT HABITER L'ESPACE ?

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  • DNSEP Option Art Domaine Communication, Mention IntermdiasESAM Caen/Cherbourg 2013

    COMMENT HABITER LESPACE?

    Marianne Frassati

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    Introduction 5

    Chapitre 1 : La condition urbaine 7

    1. La ville disperse 8

    morcellement de lespace morcellement du temps vcu construction de nouvelles proximits

    2 . Un tre sans intriorit et sans corps 12

    les dangers de lutopie de la communication dgradation du lien social

    3 . Rgime de circulation et connexion des lieux 16

    multiplicit des rythmes perceptions croises zonage, sgrgation et surveillance/des mcanismes disciplinaires

    Chapitre 2 : Quand les thories tentent de dfinir les pratiques 23

    1. Lesthtique relationnelle (ou le potentiel social) 24

    dfinition application limites

    2 . Lart contextuel (un art en contexte rel) 29

    dfinition quand lart est en dcalage avec son contexte de cration et dexposition lexemple dune oeuvre vritablement contextuelle limites

    3 . Lartivisme (un art politique) 34

    dfinition Reclaim the Streets le 18 juin 1999 la relation conflictuelle entre lartivisme et la politique

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    Chapitre 3 : Explorer la ville autrement 43

    1. De la ncessit de lin situ 44

    premire approche : Daniel Buren les enjeux de la commande publique les oeuvres phmres dans lespace urbain : animation culturelle ou vritable rflexion sur la ville?

    2 . Lordinaire urbain 51

    lcriture comme exprience du monde et de la vie la figure du pont la pratique du field recording

    3 . Appropriation ou r-appropriation de lespace urbain 56

    reconsidrer le territoire partir de ses marges bousculer les habitudes perceptives lidentit des villes en question

    Conclusion 62

    Bibliographie 64

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    Dans une interview pour la revue Mouvement, Pascal Le Brun-Cordier propose une liste non-exhaustive de rfrences artistiques qui lui ont inspir la cration des Zones Artistiques Temporaires de Montpellier : Jai suivi, ces dernires annes, de grandes manifestations comme Lille 2004, Estuaire, Evento, Nuit Blanche, les rendez-vous du Channel Calais, Metropolis Copenhague, Burning Man dans le Nevada, mais aussi des projets ruraux comme Promenade(s), le Nombril du monde, insulaires comme Terschellings (Pays-Bas), des actions de quartiers comme ECObox, des dmarches artivistes, le mouvement des free parties, des flash mobs... 2Une telle profusion dvnements artistiques en situation, qui plus est lchelle internationale, pose question. Comment expliquer lessor de ces pratiques en milieu urbain ? Sagit-il uniquement dune dmocratisation de lart qui vient rompre avec le systme marchand et les lieux institutionnels dexposition ? Bien que cet aspect soit souvent le moteur des dmarches artistiques cites prcdemment, nous pouvons galement voir l un questionnement de notre rapport au monde, cet environnement urbain auquel nous ne prtons plus attention. Afin de dvelopper cette thse sur notre relation la ville par le biais de lart, nous poserons la question suivante : comment la cration artistique permet-elle de reconsidrer le rapport de lindividu lespace urbain ?Dans un premier temps, nous verrons quavant de sinterroger sur le comment, il faut sintresser au pourquoi. En effet, la cration artistique, par sa recherche dune autre manire de vivre la ville, nous amne rflchir sur ce contexte si particulier quest notre environnement urbain. Comment a-t-il volu ? Quest-il devenu en ce XXIme sicle ? Pourquoi les artistes semparent de ce terrain dexprimentation ? En somme, quels sont les problmes majeurs de la ville moderne ? Cest en faisant le constat de la condition urbaine que nous pourrons comprendre les enjeux dun art qui intervient comme une tentative de dpassement de la fonctionnalit et de lusage.Par la suite, nous explorerons le champ thorique qui sefforce de dfinir des pratiques artistiques rpondant aux problmes que pose lurbain, savoir la question du lien social, du fonctionnalisme et du quotidien alinant mais aussi de la marginalisation, du zonage et de la sgrgation. Cette tude nous fera entrevoir les limites de dfinitions trop utopistes ou gnriques. Nous finirons donc par un tour dhorizon de la cration artistique qui explore limaginaire urbain en structurant notre rflexion selon plusieurs axes : la ncessit ou non de lin situ, lordinaire urbain et son potentiel cratif et lappropriation ou la r-appropriation de lespace urbain.

    1 - Pascal Le Brun-Cordier, entretien avec Julie Bordenave, Quartiers libres , Mouvement, n 58, janvier-mars 2011, p. 92

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  • [La ville] est la fois un lieu de rencontres et de conflits, daccord et de dissensus, cest--dire de partage, au double sens du terme: comme mise en commun et comme division. Mise en commun qui seffectue toujours de manire ponctuelle, division qui peut prendre la forme de ghetto, de gated communities ou encore dune augmentation de lintensit des flux urbains.

    (Introduction de Thorique. 2, Zones urbaines partages, Saint-Denis, Synesthsie, 2008, p.5 et 6)

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    La condition urbaine

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    1. La ville disperse

    Sil est une observation que tout un chacun peu porter sur la ville, cest bien celle de lorganisation des espaces qui la constituent. Soumise un rgime de transformations intensif, la ville apparat comme constamment en travaux et ce dans le but dtre plus fonctionnelle ou attractive. Ces mises jour permanentes dessinent un nouveau visage, celui dun espace urbain aux frontires extrmement floues du fait dun phnomne dtalement, dclatement et de fragmentation. Les zones commerciales priphriques poussent comme des champignons tandis que les distances semblent se rduire toujours plus grce lusage croissant de lautomobile et lamnagement des grands axes de circulation. De tels bouleversements ont radicalement modifi le modle de la ville compacte pour le faire voluer en une ville disperse.

    Traduit par des termes descriptifs : aires mtropolitaines aux tats-Unis ( partir de 1910) et au Canada (quelques dcennies plus tard), aires urbaines en France (depuis 1996), ce modle procde de ltalement spatial du processus durbanisation et surtout de laffirmation de nouveaux ples (ou nouvelles centralits) dans les auroles des talements priphriques formes successivement autour des villes-centres. La ville disperse est donc de nature polycentrique. Elle tmoigne galement de lintensit des dplacements quotidiens squentiels, ce qui en fait une ville du mouvement. 2

    Dans ce contexte, lespace et le temps sont vcus et lis entre eux dune manire bien particulire. Et, contrairement ce que certains discours voudraient dnoncer, la ville disperse ne proclame pas la fin de la proximit, elle en cre au contraire de nouvelles.

    morcellement de lespace

    limage dun puzzle, la ville est constitue dun ensemble de pices diffrentes et connectes entre elles (de manire plus ou moins efficace). Chaque individu est amen parcourir plusieurs espaces quotidiennement, entre quartier daffaire, zone rsidentielle et commerciale ou de loisirs. La ville nest donc pas apprhende dans son ensemble mais de manire fragmentaire selon notre subjectivit et nos besoins. Cela explique la bonne connaissance que nous avons de certaines rues, quartiers ou enseignes de magasins alors que nous pouvons nous perdre dans une rue parallle, que nous ne frquentons jamais. Un tel constat na rien dalarmant au vu des chelles, parfois dmesures, des grandes villes ; cependant il laisse penser que notre relation lespace urbain est purement fonctionnelle et donc subie plutt que choisie.Que dire alors de lespace public ? Et dabord, que signifie vraiment cette expression, a-t-elle encore du sens de nos jours ? Par dfinition commun et ouvert tous, lespace public serait un lieu de rencontres de tous les citoyens, sans distinction aucune. Pourtant il est

    2 - Jacques Chevalier, La question de la proximit dans la ville disperse : plaidoyer pour une chelle des proximits in Espaces et SOcits, http://eso.cnrs.fr/TELECHARGEMENTS/revue/ESO_14/JChevalier.pdf

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    difficile dimaginer que la ville puisse concentrer lespace des changes au sein de quelques lieux privilgis. En effet, bien que lespace public voque par amalgame les rues commerantes et autres voies pitonnes - la plupart du temps implantes en centre-ville - ces dernires nen demeurent pas moins des lieux de consommation o se juxtaposent des activits de service lintrieur despaces privs. Autrement dit, et y regarder de plus prs, cet espace na rien de public si ce nest la rue qui le traverse. Ce nest pas non plus parce quun trs grand nombre dindividus se regroupe en des endroits prcis que ces derniers sont propices la rencontre ou lchange. De nombreuses observations font dailleurs tat de cet individu paradoxalement seul au milieu de la foule. dfaut despace public, Elie During choisi donc de parler d espaces collectifs 3, par nature fragmentaires et htrognes. Le terme semble plus juste, en ce qui concerne le caractre htrogne tout en introduisant une dimension sociale positive dans lide dun espace partag par un groupe.

    Mais ce ne sont pas tant les expressions que la dissmination des espaces qui nous intresse ici. La ville est spatiophage, elle ne cesse de stendre toujours plus loin, se transforme en communaut dagglomration, en mgapole et mme lorsque ses limites semblent lui chapper et que son engorgement saccentue, son dveloppement ne diminue pas. Les villes tentaculaires absorbent tout sur leur passage et rares sont les zones rurales qui subsistent une trop faible proximit dun tel monstre. Mme lchelle dune p