Bainville Jacques - Histoire de France

  • View
    221

  • Download
    0

Embed Size (px)

Text of Bainville Jacques - Histoire de France

  • 7/23/2019 Bainville Jacques - Histoire de France

    1/339

    HISTOIRE

    DE FRANCE

    Jacques Bainville

  • 7/23/2019 Bainville Jacques - Histoire de France

    2/339

    Editions electroniques

    Indiens& Forets

    et Vexilla Regis

  • 7/23/2019 Bainville Jacques - Histoire de France

    3/339

    Avant-Propos

    Si les lecteurs veulent bien le lui permettre, lauteur de ce livre commen-cera par une confession. Quand il etait au college, il naimait pas beaucoup

    lhistoire. Elle lui inspirait de lennui. Et quand le gout lui en est venu plustard, il sest rendu compte dune chose : cest quil repugnait a la narrationdes faits alignes, les uns au bout des autres. On ne lui avait jamais dit, oubien on ne lui avait dit que dune maniere convenue et insuffisante, pourquoiles peuples faisaient des guerres et des revolutions, pourquoi les hommes sebattaient, se tuaient, se reconciliaient. Lhistoire etait un tissu de dramessans suite, une melee, un chaos ou lintelligence ne discernait rien.

    Est-il vrai quil faille enseigner lhistoire aux enfants sans quils la com-prennent et de facon a meubler leur memoire de quelques dates et de quelquesevenements ? Cest extremement douteux. On ne sy prendrait pas autrementsi lon voulait tuer linteret. En tout cas, un age vient, et tres vite, ou lon

    a besoin dun fil conducteur, ou lon soupconne que les hommes dautrefoisressemblaient a ceux daujourdhui et que leurs actions avaient des motifspareils aux notres. On cherche alors la raison de tout ce quils ont fait etdont le recit purement chronologique est insipide ou incoherent.

    En ecrivant une histoire de France, cest a ce besoin de lesprit que nousavons essaye de repondre. Nous avons voulu dabord y repondre pour nous-meme et a cette fin degager, avec le plus de clarte possible, les causes et leseffets.

    Nous navons pas tente une uvre originale : on peut eclaircir lhis-toire, on ne la renouvelle pas. Nous navons pas non plus soutenu une these.Nous nous sommes efforce de montrer comment les choses setaient pro-

    duites, quelles consequences en etaient resultees, pourquoi, a tel moment,tel le decision avait ete prise plutot que telle autre. Ce quon decouvre, aubout de cette analyse, cest quil nest pas facile de conduire les peuples, quilnest pas facile non plus de fonder et de conserver un Etat comme l Etat

    francais, et lon en garde, en definitive, beaucoup dindulgence pour les gou-vernements.

    Peut-etre ce sentiment est-il la garantie de notre impartialite. Mais com-ment serions-nous de parti pris puisque notre objet est de presenter dans leurenchanement les evenements de notre histoire ? Nous ne pouvons la jugerque par ses resultats. Et, comparant notre condition a celle de nos ancetres,

    3

  • 7/23/2019 Bainville Jacques - Histoire de France

    4/339

    nous sommes amene a nous dire que le peuple francais doit sestimer heu-

    reux quand il vit dans la paix et dans lordre, quand il nest pas envahi etravage, quand il echappe aux guerres de destruction et a ces guerres civiles,non moins redoutables, qui, au cours des siecles, ne lont pas epargne.

    Cette conception de lhistoire est simple. Cest celle du bon sens. Pour-quoi juger la vie dun pays dapres dautres regles que celle dune famille ?On peut ecrire lhistoire a bien des points de vue. Il nous semble que laccordgeneral peut setablir sur celui-la.

    Les elements dun tel livre se trouvent partout. On demandera seule-ment sil est possible, en cinq cents pages, de raconter, dune maniere a peupres complete, deux mille ans dhistoire de France. Nous repondons hardi-ment : oui. La tache de lhistorien consiste essentiellement a abreger. Sil

    nabregeait pas, et la remarque nest pas nouvelle, il faudrait autant detemps pour raconter lhistoire quelle en a mis a se faire. Toutefois chaquegeneration a une tendance naturelle a donner plus dimportance a la periodecontemporaine quaux temps plus recules. Cest la preuve que de grandesquantites de souvenirs tombent en route. Au bout de quatre ou cinq centsans, on commence a ne plus guere apercevoir que les sommets et il sembleque les annees aient coule jadis beaucoup plus vite que naguere. Nous avonstache de maintenir une juste proportion entre les epoques et, pour la plusrecente, puisque cette histoire va jusqua nos jours, de degager les grandeslignes que lavenir, peut-etre, retiendra.

    Nous ne voulons pas terminer cette breve introduction et confier ce livre

    au public sans dire quels sont les ouvrages que nous avons consultes avec leplus de fruit. Nous nenumererons pas ici tout ce qui est classique, ni toutce qui est trop particulier. Nous dirons seulement que Michelet, dans sonMoyen Age en tenant compte des rectifications que Fustel de Coulangeset son ecole ont apportees sur nos origines, reste digne detre lu et donneen general une impression juste. A partir du seizieme siecle, sil est gatepar de furieux partis pris, ses vues sont encore parfois penetrantes : cestlavantage et la superiorite des historiens qui ont du talent, meme quandleurs theories sont contestables. Mais quel dommage que Sainte-Beuve naitpas ecrit notre histoire nationale ! Ses Lundis et ses Nouveaux Lundis sontremplis de traits de lumiere et cest lui, bien souvent, dans une etude, dans

    un portrait, qui donne la clef de ce qui, ailleurs, reste inexplique ou obscur.Nul na mieux montre que lhistoire etait de la psychologie.

    Cest aussi de la politique, ce qui revient un peu au meme. A cet egard,il faut rehabiliter le Consulat et lEmpire de Thiers. On a pris lhabitude derailler cet ouvrage. La mode en est passee. Mais ce qui est aussi passe demode, cest dexposer les motifs et les intentions des hommes qui conduisentles grandes affaires et cest pourtant ce qui importe le plus a la clarte desevenements. On peut dire que Thiers y excelle. Avec un esprit plus philo-sophique, dans lEurope et la Revolution francaise, Albert Sorel la seule-ment corrige. Pour la Restauration et la Monarchie de juillet, luvre de

    4

  • 7/23/2019 Bainville Jacques - Histoire de France

    5/339

    M. Thureau-Dangin est essentielle, comme celle de M. de la Gorce pour le se-

    cond Empire. Enfin pour les origines et les debuts de la troisieme Republique(au-dela de 1882 il ny a encore rien), les quatre volumes de M. GabrielHanotaux sont infiniment precieux.

    Nous nous en voudrions de ne pas citer, parmi les autres livres dont nousavons tire profit, la Formation de lUnite francaise, dAuguste Longnon et lagrande Histoire de France de Dareste quAlbert Sorel recommandait commela plus honnete quon eut ecrite de nos jours et qui sarrete malheureusementun peu tot. Il y a enfin, pour les personnes curieuses detendre leurs connais-sances, trois ouvrages que nous ne voulons pas oublier. Chacun deux se placea un point de vue dou lon na pas lhabitude de considerer notre histoire, cequi est un grand tort. Ce sont les points de vue diplomatique, maritime et fi-

    nancier. LeManuel historique de Politique etrangere de M. Emile Bourgeois,le Manuel dhistoire maritime de la France de M. Joannes Tramond, lHis-toire financiere de la France aux dix-septieme et dix-huitieme siecles deM. Marcel Marion, montrent bien des choses sous un aspect ignore oumeconnu et, en plus dun endroit, nous ont permis de trouver ce qui animelinerte matiere historique, ce que nous nous efforcons de degager a chaquepage : lexplication des faits.

    J. B.

    5

  • 7/23/2019 Bainville Jacques - Histoire de France

    6/339

  • 7/23/2019 Bainville Jacques - Histoire de France

    7/339

    Chapitre 1

    Pendant cinq cents ans, la

    Gaule partage la vie de

    Rome

    Il y a probablement des centaines de siecles que lHomme sest repandusur la terre. Au-dela de 2 500 ans, les origines de la France se perdent dansles conjectures et dans la nuit. Une vaste periode tenebreuse precede notrehistoire. Deja, sur le sol de notre pays, des migrations et des conquetessetaient succede, jusquau moment ou les Gaels et Gaulois devinrent lesmatres, chassant les occupants quils avaient trouves ou se melant a eux.Ces occupants etaient les Ligures et les Iberes, bruns et de stature moyenne,qui constituent encore le fond de la population francaise. La tradition desdruides enseignait quune partie des Gaulois etait indigene, lautre venuedu Nord et doutre-Rhin, car le Rhin a toujours paru la limite des Gaules.Ainsi, la fusion des races a commence des les ages prehistoriques. Le peuplefrancais est un compose. Cest mieux quune race. Cest une nation.

    Unique en Europe, la conformation de la France se pretait a tous lesechanges de courants, ceux du sang, ceux des idees. La France est un isthme,une voie de grande communication entre le Nord et le Midi. Il y avait, avantla conquete romaine, de prodigieuses differences entre la colonie grecque deMarseille et les Cimbres dentre Seine et Loire ou les Belges dentre Meuseet Seine. Dautres elements, au cours des siecles, se sont ajoutes en grandnombre a ceux-la. Le melange sest forme peu a peu, ne laissant quuneheureuse diversite. De la viennent la richesse intellectuelle et morale de laFrance, son equilibre, son genie.

    On dit communement que, dans cette contree fertile, sur ce territoiresi bien dessine, il devait y avoir un grand peuple. On prend leffet pour lacause. Nous sommes habitues a voir a cet endroit de la carte un Etat dontlunite et la solidite sont presque sans exemple. Cet Etat ne sest pas fait toutseul. Il ne sest pas fait sans peine. Il sest fait de main dhomme. Plusieurs

    7

  • 7/23/2019 Bainville Jacques - Histoire de France

    8/339

    fois, il sest ecroule mais il a ete rebati. La combinaison France nous parat

    naturelle. Il y a eu, il aurait pu y avoir bien dautres combinaisons.Harmonieuse a lil, la figure de notre pays est fort defectue