University of Neuch£¢tel Created Date: 20151105073540Z

  • View
    0

  • Download
    0

Embed Size (px)

Text of University of Neuch£¢tel Created Date: 20151105073540Z

  • Réflexions sur la manifestation des « grammaires multiples » : exemples de description syntaxique à partir de corpus diversifiés

    Christophe Benzitoun

    Université de Lorraine et CNRS ATILF (UMR 7118) christophe.benzitoun@univ-lorraine.fr

    Paul Cappeau

    Université de Poitiers et FoReLL (EA 3816) paul.cappeau@univ-poitiers.fr

    Gilles Corminbœuf Université de Bâle

    gilles.corminboeuf@unine.ch

    La manière d’aborder et de concevoir l’articulation entre la dimension orale et écrite de la langue intéresse les linguistes depuis de nombreuses années (voir une synthèse récente, centrée sur l’anglais, dans Carter & McCarthy 2015). Mais faut-il y voir une invitation à dissocier les deux médiums ou, au contraire, à en proposer une description unifiée, en syntaxe du moins ? Selon Gadet & Mazière (1986 : 57), « traiter différemment oral et écrit, c’est courir le risque de dissocier l’unité de la langue : il n’est évidemment pas question de dire que l’un et l’autre ne relèvent pas du même système ». Cette conception de l’unicité de la langue est partagée par de nombreux linguistes spécialistes du français parlé, Blanche-Benveniste en tête, comme en attestent ses derniers travaux (Blanche-Benveniste & Martin 2010) ou le titre de l’un de ses articles : « L’importance du ‘français parlé’ pour l’étude du ‘français tout court’ » (1983). Se pose alors de façon sensible la question des outils descriptifs et des données. En ce qui concerne les concepts utilisés, on peut mentionner classiquement ceux de « phrase » de « coordination » ou de « subordination » qui ont été forgés pour analyser l’écrit et qui, lorsqu’ils doivent s’appliquer à l’oral, semblent souvent soit inadaptés, soit en renvoyer une image de production déficiente ou mal structurée (voir le caractère connoté des « disfluences » par exemple). En ce qui concerne les données, la prise en compte de productions langagières non planifiées peut entraîner des raccourcis ou des erreurs d’analyse dommageables. Ainsi, le fait que l’on trouve peu de pronoms relatifs du genre dont, auquel, lequel, etc. dans les conversations peut-il être attribué à un déficit de performance ? L’appui sur des données diversifiées permet de défendre la vision d’une grammaire dans laquelle plusieurs sous-systèmes coexistent : les locuteurs exploitent de façon différenciée certaines formes ou certaines tournures selon les types de productions (Bilger & Cappeau 2004), ce qui rejoint les préoccupations de Biber & Conrad (2009) à propos de l’analyse en fonction des genres. Si l’on adopte ce point de vue, il nous semble primordial de réfléchir d’une part aux modalités de l’intégration de ces sous-systèmes dans les modèles linguistiques et dans les ouvrages de référence, d’autre part à la question des données : Sur quelle base constituer des sous-corpus pour observer des “grammaires” différentes sollicitées par des usages variés ? Est-il possible d’instaurer une hiérarchie entre les sous-corpus en considérant, par exemple, que les données les plus spontanées seraient les plus centrales car elles livrent des attestations de la grammaire la mieux partagée ? Autant de préoccupations qui sont au centre de la réflexion que nous souhaitons mener. Notre présentation, appuyée sur la description des phénomènes lexico-syntaxiques observables dans des corpus, se veut aussi méthodologique. Dans un premier temps, nous

  • exposerons les résultats de deux analyses basées sur le français contemporain : l’une portant sur l’unité lexicale justement et l’autre sur la construction syntaxique du type il y en a (beaucoup) qui dansent. Ces analyses s’appuient sur des données diversifiées, relevant aussi bien de l’immédiateté que de la distance communicative (Koch & Osterreicher 2001), l’objectif étant de mettre en lumière les phénomènes variationnels observables d’un corpus à l’autre. Ces deux faits linguistiques ont été choisis car ils illustrent pour l’un des spectres d’emplois plus ou moins larges en fonction du corpus et pour l’autre une tournure bien représentée à l’oral, mais que l’on retrouve sous une forme différente dans les corpus d’écrits normés. Les sous-corpus oraux sont pour l’un de la parole privée et pour l’autre de la parole publique. Les sous-corpus écrits émanent pour l’un de la presse écrite et pour l’autre d’œuvres romanesques du début du vingtième siècle. Dans un deuxième temps, nous comparerons nos analyses sur corpus avec les traitements proposés dans des grammaires et des dictionnaires. Nous évaluerons la manière dont le français réellement pratiqué par les locuteurs est pris en compte dans les ouvrages de référence. Nous conclurons sur des réflexions méthodologiques portant sur le statut des données, la manière d’articuler les résultats issus de corpus diversifiés (en lien avec l’idée des “grammaires multiples”) et l’intégration de ces résultats dans les ouvrages de grande consultation. Nous proposerons de suivre une piste suggérée par Deulofeu (2013) :

    Ainsi l’étude des corpus de langue spontanée nous amène à la fois à établir des régularités de « performance » observées dans les énoncés authentiques et à dégager des structures de « langue ». (…) Je soutiens que l’objectif, désormais réalisable, de la description linguistique doit être de construire un modèle de compétence compatible avec les régularités de performance (Sag & Wasow 2011).

    Références bibliographiques BIBER D. & CONRAD S. (2009) Register, Gender and Style, Cambridge, Cambridge U.P. BILGER M. & CAPPEAU P. (2004), L'oral ou la multiplication des styles, Langage et Société n° 109, 13-30. BLANCHE-BENVENISTE C. (1983), L’importance du ‘français parlé’ pour l’étude du ‘français tout court’, Recherches sur le français parlé n° 5, Presses Universitaires de Provence. BLANCHE-BENVENISTE C. & MARTIN P. (2010), Le français. Usages de la langue parlée, Leuven/Paris, Peeters. CARTER R. & McCARTHY M. (2015), Spoken Grammar: Where are we and where are we going?, Applied Linguistics, Oxford University Press, 1-21. DEULOFEU H.-J. (2013), De l’inutilité de la notion de ‘fragment’ pour la description des énoncés ‘fragmentés’, Ellipse & fragment. Morceaux choisis, P. Hadermann & al. (éds), Bruxelles, P. Lang, 157-179. GADET F. & MAZIÈRE F. (1986), Effets de langue orale, Langages n° 81, pp. 57-73. KOCH P. & OESTERREICHER W. (2001), Langage parlé et langage écrit, in G. Holtus & al. (eds), Lexikon der Romanistischen Linguistik, vol. I-2, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 584-627.

  • Résultats d’une enquête sur la variation syntaxique en Suisse romande

    Mathieu Avanzi Universités de Zurich et de Genève

    mathieu.avanzi@gmail.com

    Federica Diémoz

    Université de Neuchâtel federica.diemoz@unine.ch

    Dans cette communication, nous présentons les résultats d’une enquête dont le but était de documenter la variation géographique et sociale de quelques tournures syntaxiques qui sont inconnues du français « de référence » (i.e. du français que l’on décrit dans les ouvrages de grande consultation), et que l’on qualifie traditionnellement dans la littérature comme étant « propres » au français parlé en Suisse romande (FS)1. Les exemples (1)-(6) illustrent les tournures sur lesquelles nous avons travaillé :

    (1) je ça regarde [< Bürgi 1999 : 149] (2) j’ai personne vu [< Redard 1958 : 74] (3) attendre sur quelqu’un [< Knecht 2000 : 62] (4) il veut pleuvoir [< Redard 1971 : 3] (5) C'est droit ce que je voulais dire [< BDLP] (6) je le ferai déjà [< Buchi 2007 : 259]

    De ces tours, qui sont décrits tantôt comme des germanismes, tantôt comme des archaïsmes, tantôt comme des héritages du substrat franco-provençal (Voillat 1971 ; Knecht & Rubbatel 1984), on ne sait que peu de choses. D’un point de vue diatopique, l’usage de certains de ces phénomènes semble être répandu sur l’ensemble de la Suisse romande, voire même au-delà (comme le verbe vouloir pour exprimer le futur, v. Rézeau 2001), alors que d’autres ne sont pas connus en dehors de certaines régions bien spécifiques (l’antéposition de ça est généralement décrite comme un phénomène typiquement vaudois, Bürgi (1999)). En ce qui concerne leur vitalité, on peut lire dans la Base de données lexicographiques de la Suisse (Knecht & Kristol 2012) p. ex. au sujet de l’usage auxiliaire du futur du verbe vouloir qu’il est « très fréquent à oral », dans Violin & Rubattel (2000) que l’antéposition de ça est en voie de disparition. Ces remarques sur la répartition dans l’espace et la vitalité (que l’on retrouve dans d’autres glossaires – v. p. ex. Pierrehumbert (1926) et les ouvrages dits de cacologie – v. p. ex. Hadacek (1983)), sont en général basées sur le jugement de quelques informateurs. A ce jour, aucune étude systématique visant à vérifier la validité empirique de ces remarques sur un échantillon d’informateurs plus large (qui permettrait de tenir compte non seulement de l’origine géographique des informateurs, mais aussi de leur âge, de leur sexe, et de leur statut socio-éducatif), n’a jamais été conduite. Dans un travail sous presse (Avanzi, Béguelin & Diémoz 2015), nous avons cherché à pallier cette lacune en faisant une recherche des structures synta

Recommended

View more >