L’ HUMOUR COMME ALTERITE COMMUNICATIONNELLE DE .«systemic» communicational model (Jakobson) modified

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Lhumour comme altrit communicationnelle: de la dfinition la typologie

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L HUMOUR COMME ALTERITE COMMUNICATIONNELLE : DE LA DEFINITION A LA TYPOLOGIE

Elbieta BIARDZKA Ewa PARTYKA Universit de Wrocaw

Abstract (En): The subject of this work is the verbal humor perceived as a peculiar, unexpected (entropic) aberration from communicational rules. Those rules are derived from the complex, systemic communicational model (Jakobson) modified by adding inferential models (Grice, Kerbrat-Orecchioni). The typology of humors covered in this work includes emotive humor, conative humor, poetic humor, phatic humor etc.; but also intentional (pragmatic) humor (based on the violation of the cooperative principle). Key worlds : communicational humor; pragmatic humor; entropy; aberration from communicational rules. Mots-cls : humour communicationnel; altrit communicationnelle; entropie; modle du code; modle infrentiel.

Certaines interactions verbales provoquent des sourires voire des clats de

rire : par exemple les squences dialogales du cinma qui nous serviront de corpus dans cette tude1. Cependant, mme une analyse rapide des schmas communicationnels montre labsence de fonction ludique parmi les fonctions canoniques du langage. Attirs par cette absence significative, nous dfinirons lhumour comme une sorte daltrit communicationnelle entropique affectant un ou plusieurs lments du dispositif communicationnel. Ce dernier a fait lobjet de plusieurs thorisations mettant en avant, chaque fois, certains aspects de la communication. Nous envisageons dappuyer notre analyse sur un modle communicationnel htrogne qui runira les donnes systmiques et les donnes que lon peut qualifier de pragmatiques . Ainsi, pour Roman JAKOBSON (1963 : 209-248), le principe de la communication consiste avant tout tre en contact spatio-temporel, partager le mme code, dcoder les comportements expressifs et conatifs des locuteurs. Catherine KERBRAT-ORECCHIONI (1980) y ajoute la caractrisation des comptences de ceux qui parlent et les contraintes de lunivers du discours, et Paul GRICE (1975 : 41-58) insiste sur le principe de la coopration ncessaire une lecture russie des infrences. Nous admettons donc que la description de la communication verbale doit runir plusieurs concepts descriptifs venant souvent de diffrentes thorisations qui, adoptant des points de vue varis, traitent cependant les aspects communs de lactualisation dynamique des facteurs intervenant dans la communication.

A linstar de Patrick CHARAUDEAU (2011), Salvatore ATTARDO (1994), Neal R . NORRICK et Delia CHIARO (2009) et, dune faon gnrale, de nombreux analystes de lhumour dans les interactions (cf. PRIEGO-VALVERDE, 2009 : 166), nous considrons lhumour comme un terme gnrique sans lopposer lironie comme le font certains travaux comme celui de Henri MORIER (1998 : 610) et

1 La liste des films dont les dialogues ont t analyss se trouve la fin de larticle.

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ceux de Alain RABATEL (2012, 2013). Nous souscrivons donc lopinion de ceux qui pensent les relations de lhumour et de lironie en termes dinclusion.

Notre approche vise 1) dfinir lhumour en tant quun agencement dynamique et graduel des facteurs communicationnels mobiliss pour arriver leffet ludique, 2) dresser une typologie des altrits communicationnelles humoristiques (humour phatique, linguistique, infrentiel, conatif, etc.).

Pour raliser ces objectifs, nous procderons en trois tapes. Dabord, nous prsenterons brivement les donnes proposes par Jakobson avec leur critique qui ne conduit pas leur rejet mais leur dveloppement pragmatique. Dans un second temps, nous proposerons un modle qui nous semble complet et oprationnel pour lanalyse de lhumour. Dans un troisime temps, nous dvelopperons notre dfinition de lhumour suivie dune esquisse de typologie humoristique . Linventaire des altrits humoristiques est, de par sa nature, une dmarche analytique qui devrait conduire un travail de synthse dans lanalyse des squences humoristiques concrtes o diffrentes intrusions communicationnelles sentrelacent pour aboutir leffet comique.

1. Le modle prototypique de la communication

Pour reconstituer lventail exhaustif des donnes du dispositif communicationnel, nous partons du modle devenu classique de JAKOBSON (1963 : 213-214). Comme le chercheur russe a chii de terme et une description dune grande gnralit, n mdle na rien perdu de son actualit et sert aujourdhui encore de bae presque toutes les recherches en communication. Dans cette thorisation bien connue, les tri cntituant du mdle traditinnel du langage de Karl BHLER (1934), savoir lmetteur, le rcepteur et le meage, sont complts par tri autre facteur : le cntact, le canal et le cntexte :

CNTEXTE

DETINATEUR MEAGE DETINATAIRE

CDE

CNTACT

Le dispositif communicationnel canonique comprend donc obligatoirement celui qui parle et celui qui lon parle qui restent en contact physique et psychologique et construisent le message dans un code commun, centr sur le rfrent 2. Nous insistons sur le caractre schmatique de ce modle. En fait, la

2 Rappelons que pur expliquer le fnctinnement de la communication, JAKOBSON (1963 : 213) dcrit ainsi le circuit du message : Le detinateur envie un meage au detinataire. Pur tre prant, le meage requiert dabrd un cntexte auquel il renvie (cet ce qun appelle aui, dan une terminlgie quelque peu ambigu, le rfrent ), cntexte aiiable par le detinataire, et qui et it verbal, it uceptible dtre verbali; enuite, le meage requiert un cde cmmun, en tut u au min en partie, au detinateur et au detinataire [...] enfin, le meage requiert un cntact, un canal phyique et une cnnexin pychlgique entre le detinateur et le detinataire, cntact qui leur permet dtablir et de maintenir la cmmunicatin .

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communication humoristique que nous visons dans ce travail dvie de ce dispositif de base et a un caractre trs complexe. Au del de la communication feinte entre les personnages du film, nous avons distinguer encore le public. Lhumour communicationnel se destine en dernire et principale instance ce bon destinataire rel (cf. KERBRAT-ORECCHIONI, 1996 : 19-20).

2. Vers un modle complet de la communication verbale

Aussi gnral quil soit, le mdle prp par Jakbn dfinit dune manire assez rduite certains de ces lments et ne tient pas compte de plusieurs constituants communicationnels voqus dans les tudes postrieures. Ainsi, les comptences et les caractristiques propres du destinateur et du destinataire ne sont gure dcrites. Ensuite, si la ntin de canal phyique (lie au contact jakobsonien) rete claire, celle de cnnexin pychlgique et assez imprcie et pe beaucup de prblme dan lanalye de acte de cmmunicatin. La cnnexin pychlgique pruppe que le locuteurs aient un eprit commun et que de relatin entre eux ient tablie, mais ln ne ait rien ur le caractre de ce relatin. Ce mme mdle de Jakbn ne prend pas en compte la rversibilit des rles du detinateur et du detinataire et exclut par l toute rflexion relevant des phnomnes de rtroactivit (feedback) communicationnelle. Llment contexte semble de surcrot assez gnral et ncessite des distinctions supplmentaires (cf. KERBRAT-ORECCHIONI, 1980).

2.1. Dveloppements de la description du destinateur et du destinataire

La description jakobsonienne du detinateur et du detinataire est dveloppe et complte avant tout par KERBRAT-ORECCHIONI (1980 : 19). Elle prcise que celui qui parle et celui qui lon parle possdent ncessairement de cmptence linguitique et paralinguitique, idlgiques et culturelles et se caractrisent par de proprits py- (psychologiques). Ce dernire purraient tre encre ubdivie en proprits py- table (par exemple le caractre ou le temprament de la pernne) et en proprites py- intable u dynamique (par exemple ltat pychique et mtinnel de la pernne un mment dnn). Les locuteurs sont aussi caractriss par leurs comportements paraverbaux. En fait, daprs Jean-Charles CHABANNE, le matriel verbal nest pas une donne brute (1999 : 35-53). La prise de parole spontane est ncessairement lie au paraverbal et les lments constituant le paraverbal sont trs nombreux. Il faut compter parmi eux les particularits individuelles de la prononciation, comme les accents, les phnomnes de prosodie, la vitesse dlocution, les diffrentes pauses, le caractre spcifique de la voix ou encore ltude des gestes, des mines, des jeux de regards, des postures, etc., KERBRAT-ORECCHIONI (1996 : 23) pointe aussi limportance du non verbal dans linteraction cest--dire lapparence physique du destinateur et du destinataire (vtements et parures, maquillage, bronzage, coiffure, rides, etc.) qui informe sur lge, le sexe, ventuellement sur lappartenance ethnique et socioculturelle.

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2.2. La rversibilit des rles du destinateur et du destinataire

Au cours de la communication, le destinateur et le destinataire changent invitablement de rles. La prise de parole et lalternance des tours de paroles ainsi que leur organisation structurale forment un systme de droits et de devoirs auxquels les locuteurs doivent sadapter (KERBRAT-ORECCHIONI, 1996 : 28-29). En fait, linteraction entre celui qui parle et celui qui lon parle se droule selon plusieurs principes comme une seule personne parle la fois ou il y a toujours une personne qui parle (pour rduire au minimum les intervalles de silence, cf. KERBRAT-ORECCHIONI 1996 : 28-49). En interaction, on respecte aus