Faut-il introduire un cours de philosophie dans l ... 3 Faut-il introduire un cours de philosophie

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    Faut-il introduire un cours de philosophie

    dans lenseignement secondaire ?Aot 2010

    La collection CEPESS

    ANALYSE :

  • Editeurs responsables: Eric PONCIN, Centre Permanent pour la Citoyennet et la Participation En collaboration avec :Laurent de BRIEY, Centre dEtudes Politiques, Economiques et Sociales

    Rue des Deux Eglises, 451000 BruxellesTl. : 02/238 01 00Fax : 02/238 01 18

    CULTUREDUCATION PERMANENTE

    Avec le soutien du Ministre de la Communaut franaise

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    Faut-il introduire un cours de philosophie dans lenseignement secondaire ?

    IntroductIon

    En un demi-sicle, notre socit sest particulirement scularise. Ce nest pas l quune lapalissade. Cette scularisation incite certains milieux pointer du doigt la prsence de cours de religion et de morale dans lenseignement obligatoire. En effet, est-il encore aujourdhui opportun de dispenser de tels cours ou faudrait-il plutt offrir un vritable cours de philosophie, neutre, pluraliste et ouvert sur le monde ?

    Dpassant un simple enseignement du catchisme, le cursus propos actuelle-ment aux lves est le produit de lhistoire de la Belgique et incarne le compromis qui permet notre systme ducatif de transmettre les valeurs propres sa perp-tuation. Toutefois, dans quelle mesure et par quoi sagirait-il de remplacer ces heures qui ne seraient plus consacres aux cours de religion et de morale ? En dautres termes, selon quelles modalits sarticulerait le cours de philosophie crer dans lensemble de la formation des tudiants du secondaire ? Devrait-il rellement se substituer aux cours de religion ou de morale non-confessionnelle ou pourrait-on trouver des compatibilits et des complmentarits entre eux ?

    Ce sont l quelques-unes des questions qui seront abordes au cours de cette analyse o nous examinerons dans quel cadre sinscrit notre enseignement, sur quels fondements il stablit et si lintroduction de la philosophie dans le parcours pdagogique de llve est possible en dfinitive.

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    1 Michel Bastien, Organisation des cours philosophiques en Belgique [en ligne], Bruxelles, ULB [rf. du 2010-03-29]. Disponible sur Internet : .

    Le cadre LgaL : Le Pacte scoLaIre

    La question de la pertinence des cours de religion et de morale dans lensei-gnement obligatoire en Communaut franaise, cest un peu comme le monstre du Loch Ness. Ponctuellement, elle revient sur le devant de la scne politique, dchirant les milieux lacs et religieux. Lintroduction de tels cours remonte au Pacte scolaire de 1958 et la loi du 29 mai 1959 modifiant certaines dispositions de la lgisla-tion de lenseignement. Avant cette date, seul le cours de religion catholique tait propos dans les coles. Aujourdhui, suite plusieurs modifications lgislatives, lorganisation de ces cours concerne lenseignement de la religion catholique, pro-testante, isralite, islamique, orthodoxe, et celui de la morale non-confessionnelle dans les tablissements officiels organiss ou subventionns par la Communaut franaise. La Flandre, quant elle, prvoit galement la possibilit denseigner la religion anglicane. Le dispositif reconnat, chaque enfant, le droit de recevoir une instruction de ces prceptes religieux ou philosophiques. Ds lors, il suffit que la demande mane dau moins un lve ou dau moins un chef de famille si lenfant est mineur pour que lcole soit tenue de proposer un cours de lune des philo-sophies reconnues par lEtat.

    Le dbat parlementaire qui a procd ladoption de ces dispositions a notam-ment concern leur caractre obligatoire. En effet, en tant que partie intgrante des programmes scolaires, le Pacte nentrait-il pas en conflit avec le respect des convic-tions intimes des lves se rfrant des convictions religieuses non-reconnues par la Constitution ? Il ressort des travaux de la commission de la Chambre que le dcret peut organiser la drogation individuelle motive mais ne peut pas tablir le caractre facultatif des cours de morale ou de religion 1. Les drogations indivi-duelles seront ds lors motives et strictement limites des cas prcis. Dautres prcisions seront apportes par la suite via des circulaires ministrielles spcifiant notamment que le fait de ne pas suivre un cours de religion ou de morale peut faire perdre, ltudiant, sa qualit dlve rgulier et mettrait ainsi en pril lhomologa-tion de son certificat de fin dtudes.

    Dans un but de lacisation progressive de la socit belge ou de volont de renvoi des religions dans la sphre prive, certains milieux revendiquent le rem-placement des cours de religion et de morale par un cours de philosophie pro-prement parler. Or, lquilibre de notre systme sociopolitique repose, non comme en France, sur le concept de lacit mais plus largement sur celui de neutralit. La nuance est importante et ne se limite pas au champ smantique.

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    2 M. Bastien, Ibid. 3 M. Bastien, Ibid.

    un PrIncIPe fondamentaL : La neutraLIt

    Le principe de neutralit de lenseignement, dfini larticle 24 de la Consti-tution, prvoit en effet quil implique notamment le respect des conceptions phi-losophiques, idologiques ou religieuses des parents ou des lves. De mme, la Dclaration de neutralit du 8 mai 1963 prescrit que tout enseignant sabstien-dra surtout de prendre parti dans les problmes idologiques ou sociaux qui sont dactualit et qui divisent lopinion publique. [] Le professeur du cours de mo-rale non-confessionnelle et celui du cours de religion et de morale confessionnelle construiront leurs enseignements positivement en vitant la critique des positions exprimes dans lautre cours 2. Enfin, les dcrets du 31 mars 1994 sur la neutralit de lenseignement de la Communaut et du 17 dcembre 2003 organisant la neutra-lit inhrente lenseignement officiel subventionn, prcisent que la diversit des ides est accepte, que lesprit de tolrance est dvelopp et que chacun doit ainsi tre prpar son rle de citoyen dans une socit pluraliste.

    La neutralit valorise et respecte les religions et les philosophies, dans une d-marche active dexpression des opinions et de prises de position tolrantes. En France, une forme particulire de la neutralit prend corps travers le concept de lacit qui tend, par contre, nier leur existence dans lespace public. En Belgique, lcole officielle est neutre dans le sens o elle est ouverte tous, accueillante pour tous et respectueuse des valeurs qui sinscrivent dans un cadre dmocrati-que 3. En dautres termes, neutralit, pluralisme et indulgence forment la colonne vertbrale autour de laquelle sarticulent notre enseignement et, plus largement, les structures de lEtat belge hrites de notre socit construite sur ces piliers.

    La pilarisation de la socit belge est, en effet, un lment majeur de compr-hension du dispositif labor dans le Pacte scolaire. Elle repose essentiellement sur trois clivages traditionnels, sortes de tensions constitutives qui traversent le corps social : un clivage conomique mettant aux prises les dfenseurs des intrts des possdants et ceux des intrts des travailleurs, un clivage religieux entre lacs et clricaux, et un clivage communautaire ou centre-priphrie mettant face face les centralisateurs et les dcentralisateurs. Selon les enjeux, ces clivages entrent en action, se superposent, se renforcent ou, au contraire, contrecarrent leurs effets. Le clivage religieux luvre lors de la guerre scolaire qui a prcd le Pacte, a mis aux prises les piliers se faisant le chantre de la lacit et le pilier catholique attach son enseignement confessionnel, particulirement dvelopp et bien structur.

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    Le Pacte scolaire apparat ainsi comme un principe la fois pacificateur et sta-bilisateur. Il consacre un compromis subtil bti sur la neutralit et la tolrance de lEtat lgard des religions et philosophie, et permet chaque pilier de poursuivre son travail des consciences et des identits de faon autonome et segmente. A lheure actuelle, si les clivages continuent traverser la socit belge, force est toutefois de constater que les piliers qui les portent ont perdu de leur prgnance. Le moment serait-il alors venu de tenter un rapprochement des cultures et des esprits, dsormais plus mrs et rceptifs, par lintermdiaire dun corpus commun denseignement philosophique ?

    LIntroductIon de La PhILosoPhIe dans Les cursus scoLaIres

    La fin des cours de religion et de morale ?

    Les partisans de la fin des cours de religion et de morale dans lenseignement obligatoire avancent gnralement divers arguments dont les principaux sarticulent autour de quatre axes. Premirement, ils invoquent une raison historique. Sous lAn-cien rgime, lEglise catholique infiltrait les structures de lEtat. Lesprit des Lumires et la rupture avec les monarchies de droit divin ont provoqu une sparation des Eglises et de lEtat. Sil appartient encore celui-ci de reconnatre officiellement telle ou telle religion ou telle ou telle philosophie, il ne peut aujourdhui qutre constat une pluralit des opinions et des valeurs. Ds lors, pour quelles raisons lcole pu-blique devrait-elle intgrer les croyances et prceptes propres certaines doctrines et en rejeter dautres ? Labolition des cours de religion et de morale permettrait, pour partie, dluder la question des critres de reconnaissance des religions et philosophies. Leur enseignement enfermerait en outre notre systme ducatif dans une dynamique dsute qui, sans garde-fou, pourrait mme entraner des rpercus-sions et des difficults dans dautres disciplines. Ainsi, des contenus ou des pratiques pdagogiques risqueraient-ils ventuellement dtre remis en cause ?

    Un deuxime argument tient davantage lorganisation sociopolitique de notre pays. Nous avons dj mentionn la pilarisation de la socit belge. Pour certains, lcole incarne le creuset de lapp