Espèces d espaces georges perec galilée 1992

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Espces d'espaces. Georges Perec. Galile:1992

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    , no 2817 (1982 UJ) La petite planete d C' eorges Perec . 1984 1e nom e porte depms . .

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    1'\ idcn c, mais opacit : une forme

    de crcit, une manire d'.IIH'Sthsie. (:'est partir de ces constatations

    'lcIIH'ttlair s que s'est dvelopp '1 li t'l', journal d'un usager de l' t "P.tl'l'.

    G.P.

    LIVRARIA FRANCESA Centro: Rua Barfio da ltapetlnlnga N.o 2 7 5 Telefone: PBX 231-4555 Jardins: Rua Professor Atlllo lnnocentl N.o 920 - Tetefone: 8297956 -S A 0 P A U L 0

  • COLLECTION L'ESPA E CRIIIQUI DIRIGE PAR PAUL VJRILIO

  • ESPCES D'ESPACES

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    GEORGES PEREC

    oi:.. DEDALUS - Acervo - FFLCH-LE 843 Especes d'espaces.

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    ESPCES D'ESPACES "

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    GALILE

  • pour Pierre Getzler

    ditions Galile, 197 4 ISBN 2-7186-0014-4 ISSN 0335-3095

  • Figure 1. Carte de l'ocan (extrait de Lewis Ca"oll, La chaJse au mark).

    ESPACE ESPACE LIBRE ESPACE CLOS ESPACE FORCLOS

    MANQUE D'ESPACE ESPACE COMPT ESPACE VERT ESPACE VITAL ESPACE CRITIQUE

    POSITION DANS L'ESPACE ESPACE DCOUVERT

    DCOUVERTE DE L'ESPACE ESPACE OBLIQUE ESPACE VIERGE ESPACE EUCLIDIEN ESPACE ARIEN ESPACE GRIS ESPACE TORDU ESPACE DU RVE

    BARRE D'ESPACE PROMENADES DANS L'ESPACE

    GOMTRIE DANS L'ESPACE REGARD BALAYANT L'ESPACE

    ESPACE TEMPS ESPACE MESUR

    LA CONQUTE DE L'ESPACE ESPACE MORT ESPACE D'UN INSTANT ESPACE CLESTE ESPACE IMAGINAIRE ESPACE NUISIBLE ESPACE BLANC ESPACE DU DEDANS

    LE PITON DE L'ESPACE ESPACE BRIS ESPAC.E ORDONN ESPACE VCU ESPACE MOU ESPACE DISPONIBLE ESPACE PARCOURU ESPACE PLAN ESPACE TYPE ESPACE ALENTOUR

    TOUR DE L'ESPACE AUX BORDS DE L'ESPACE

    ESPACE D'UN MATIN REGARD PERDU DANS L'ESPACE

    LES GRANDS ESPACES L'VOLUTION DES ESPACES

    ESPACE SONORE ESPACE LITTRAIRE

    L'ODYSSE DE L'ESPACE

  • avant-propos

    L'objet de ce livre n'est pas exactement le vide, ce serait plutt ce qu'il y a autour, ou dedans (cf. fig. 1). Mais enfin, au dpare, il n'ya pas grand-chose : du rien, de J'impalpable, du 2ratiquemenc immatriel : de l'tendue, de J'extrieur, ce qui est l'extrieur de nous, ce au milieu de quoi nous nous dplaons, le milieu ambiant, J'espace alentour.

    L' eSPJlce. Pas tellement les eaces infinis ceux dont le mutisme, force de se prolonger, finit par dclencher quelque chose qui ressemble de la peur, ni mme les dj presque domestiqus espaces interplantaires, intersidraux ou intergalactiques, mais des espaces beaucoup plus proches, du moins en principe : les villes, par exemple, ou bien les campagnes ou bien les couloirs du mtropolitain, ou bien un jardin public.

    Nous vivons dans J'espace, dans ces espaces, dans ces villes, dans ces campagnes, dans ces couloirs, dans ces jardins. Cela nou semble vident. Peut-tre cela devrait-il tre effectivement vident. Mais cela n'est pas vident, cela ne va pas de soi. C'est rel, videmment, et par consquent, c'est vraisemblablement rationnel. On peut toucher. On peut mme se laisser aller rver. Rien, par exemple, ne nous empche de concevoir des choses qui ne seraient ni des villes ni des campagnes (ni des banlieues), ou bien des couloirs de mtropolitain qui seraient en mme temps des jardins. Rien ne nous interdit non plus d'imaginer un mtro en pleine campagne (j'ai mme dj vu une publicit sur ce thme mais - comment dire ? -c'tait une campagne publicitaire) . Ce qui est sr, en tout cas, c'est qu' une poque sans douce trop lointaine pour qu'aucun d'entre nous en ait gard un souvenir un tant soit peu prcis, il n'y

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  • Espces d'espaces

    1tvuic rien de tout a : ni couloirs, ni jardins, ni villes, ni uun pagnes. Le problme n'est pas tellement de savoir comment on en est arriv l, mais simplement de reconnatre qu'on en est arriv l, qu'on en est l : il n'y a pas un espace, un bel espace, un bel espace alentour, un bel espace tout autour de nous, il y a plein de petits bouts d'espaces, et l'un de ces bouts est un couloir de mtropolitain, et un autre de ces bouts est un jardin public ; un autre (ici, tout de suite, on entre dans des espaces beaucoup plus particulariss), de taille plutt modeste l'origine, a atteint des dimensions assez colossales et est devenu Paris, cependant qu'un espace voisin, pas forcment moins dou au dpart, s'est content de rester Pontoise. Un autre encore, beaucoup plus gros, et vaguement hexagonal, a t entour d'un gros pointill (d'innombrables vnements, dont certains particulirement graves, ont eu pour seule raison d'tre le trac de ce pointill) et il a t dcid que tout ce qui se trouvait l'intrieur du pointill serait colori en violet er s'appellerait France, alors que tout ce qui se trouvait l'extrieur du pointill serait colori d'une faon diffrente (mais, l'extrieur dudit hexagone, on ne tenait pas du tout tre uniformment colori : tel morceau d'espace voulait sa couleur, et tel autre en voulait une autre, d'o le fameux problme topologique des quatre couleurs, non encore rsolu ce jour) et s'appellerait autrement (en fair, pendant pas mal d'annes, on a beaucoup insist pour colorier en violet - et du mme coup appeler France -des morceaux d'espace gui n'appartenaient pas au susdit hexagone, et souvent mme en taient fort loigns, mais, en gnral, a a beau-

    \ coup moins bien tenu). \ Bref, les espaces se sont multiplis, morcels et cliver- sifis. Il y en a aujourd'hui de toutes tailles et de toutes sortes, pour tous les usages et pour toutes les fonctions. Vivre, c'est passer d'un espa ' un autre, en essayant le plus possible de ne pas se' cogn.

    OU, SI L'ON PRFRE

    ACTE UN

    Une voix (off) : Au nord, rien. Au sud, rien. A l'est, rien. A l'ouest, rien. Au centre, rien.

    Le rideau tombe. Fin de l'acte un.

    ACTE DEUX

    Une voix (off) : Au nord, rien. Au sud, rien. A l'est, rien. A l'ouest, rien. Au centre, une tente.

    Le rideau tombe. Fin de l'acte deux.

    ACTE TROIS ET DERNIER

    Une voix (off) : Au nord, rien. Au sud, rien. A l'est, rien. A l'ouest, rien. Au centre, une tente, et, devant la tente, une ordonnance en train de cirer une paire de bottes AVEC DU CIRAGE LION NOIR >> !

    Le rideau tombe. Fin de l'acte trois et dernier.

    (Auteur inconnu. Appris vers 1947, remmor en 1973.)

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  • OU BIEN, ENCORE :

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    Dans Paris, il y a une rue; dans cette rue, il y a une maison ; dans cette maison, il y a un escalier; dans cet escalier, il y a une chambre ; dans cette chambre, il y a une table ; sur cette table, il y a un tapis; sur ce tapis, il y a une cage ; dans cette cage, il y a un nid ; dans ce nid, il y a un uf ; dans cet uf, il y a tm oiseau.

    L'oiseau renversa l'uf; l'ttf renversa le nid; le nid renversa la cage; la cage renversa le tapis; le tapis renversa la table ; la table renversa la chambre; la chambre renversa l'escalier; l'escalier renversa la maison; la maison renversa la rue ; la rue renversa la ville de Paris.

    Chanson enfantine des Deux-Svres (Paul Eluard, Posie involontaire

    et posie intentionnelle.)

    la page

    J'cris ...

    1

    ]'cris pour me parcourir Henri Michaux

    ]'cris : j'cris ... ]'cris : j'cris ... ]'cris que j'cris .. . etc.

    ]'cris : je trace des mots sur une page. Lettre lettre, un texte se forme, s'affirme, s'affermit, se fixe, se fige : une ligne assez strictement h

    0

    z 0 n

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    se dpose sur la

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  • Espces d'espaces

    1 uille blanche, noircit l'espace vierge, lui donne un sens, Je vectorise de gauche droite

    d e

    h a u

    e n

    b a

    Avant, il n'y avait rien, ou presque rien; aprs, il n'y a pas grand-chose, quelques signes, mais qui suffisent pour qu'il y ait un haut et un bas, un commencement et une fin, une droite et une gauche, un recto et un verso.

    L'espace d'une feuille de papier (modle rglementaire international, en usage dans les Administrations, en vente dans toutes les papeteries) mesure 623,7 cm'. Il faut crire un peu plus de seize pages pour occuper un mtre carr. En supposant que le format moyen d'un livre soit de 21 X 29,7 cm, on pourrait, en dpiautant tous les ouvrages imprims conservs la Bibliothque nationale et en talant soigneusement les pages les unes ct des autres, couvrir entirement, soit l'le de Sainte-Hlne, soit le lac de Trasimne.

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    La page

    On pourrait calculer aussi le nombre d'hectares de forts qu'il a fallu abattre pour produire le papier ncessaire l'impression des oeuvres d'Alexandre Dumas (Pre) qui, rappelons-le, s'est fait construire une tour dont chaque pierre portait, grav, le titre d'un de ses livres.

    3

    J'cris : j'habite ma feuille de papier, je l'investis, je la parcours.

    Je suscite des blancs, des espaces (sauts dans le sens discontinuits, passages, transitions).

    Je vais la ligne. Je renvoie une note en bas de page '

    Je change de feuille.

    1. J'aime beaucoup les renvois en bas de page, mme si je n'ai rien de particulier y prciser.

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    ]'cris dans la marge ...

  • Espces d'espaces

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    Il y a peu d'vnements qui ne laissent au moins une trace crite. Presque tout, un moment ou un autre, passe par une feuille de papier, une page de carnet, un feuillet d'agenda ou n'importe quel autre support de fortune (un ticket de mtro, une marge de journal, un paquet de cigarettes, le dos d'une enveloppe, etc.) sur lequel vient s'inscrire, une vitesse variable et selon des techniques diffrentes selon le lieu, l'heure ou l'humeur, l'un ou l'autre