Paul Mattick - Le marxisme : hier, aujourdhui, demain

  • View
    59

  • Download
    14

Embed Size (px)

DESCRIPTION

Si, dans leur quasi-totalité, les écrits rassemblés ici sont présentés pour la première fois au lecteur français, celui-ci avait déjà la possibilité de prendre connaissance de la pensée de Paul Mattick, dont les principaux ouvrages : Marx et Keynes, Crises et théories des crises, ainsi que l'anthologie Intégration capitaliste et rupture ouvrière, furent traduits il y a un certain temps, et sont déjà épuisés pour certains.Et pour leur part, les éditions Spartacus ont également publié un certain nombre de textes de MattickNéanmoins, la plupart de ces ouvrages s'adressaient à un lecteur disposé à suivre dans tous leurs développements des analyses économiques parfois ardues.D'où l'intérêt que présentent les textes où P. Mattick s'est efforcé d'exposer sapensée de façon plus ramassée et plus accessible. D'autre part, on se rend compte, lorsqu'on consulte sa bibliographie complète, de la diversité des sujets qu'il a abordés dans les quelque 500 articles publiés entre 1924 et 1980.C'est ainsi qu'est né le projet qui est à l'origine du présent recueil : contribuerà mieux faire connaître les idées de P. Mattick, en réunissant une série de textesoù il a été amené à résumer ses analyses, à les spécifier par rapport à tel ou tel problème particulier, par exemple en répondant à des questions qui lui étaient directementadressées.

Text of Paul Mattick - Le marxisme : hier, aujourdhui, demain

  • Paul Mattick

    Le marxisme hier, aujourd'hui et demain

    P a u l M a t t i c k 1 9 0 4 - 1 9 8 1

    par Michael Buckmiller

    m SPARTACUS

  • Les textes de Paul Mattick et de Michael Buckmiller ont t runis et traduits par Claude Orsoni, en collaboration avec Guy Fargette, Daniel Saint-James, Rina Saint-James et Wahbi Arbouz.

  • Table des matires

    Avertissement par C. Orsoni 7 Paul Mattick, 1904-1981 par M. Buckmiller 9

    Le marxisme, hier, aujourd'hui et demain (1979) 15 Le nouveau capitalisme et l'ancienne lutte de classes (1968) 33 La crise mondiale et le mouvement ouvrier (confrence suivie d'une discussion) (1975) 53 Le capital monopoliste d'Etat (1976) 79 La rvolution bolchevique a-t-elle t un chec ? (1938) 87 Rosa Luxemburg : une rtrospective (1977) 93 Autorit et dmocratie aux Etats-Unis (1978) 113 Dictature des intellectuels? (1936) 127 Y a-t-il un autre mouvement ouvrier ? (1975) 147

    Bibliographie 153

  • Paul Mattick

  • Avertissement

    Si, dans leur quasi-totalit, les crits rassembls ici sont prsents pour la pre-mire fois au lecteur franais, celui-ci avait dj la possibilit de prendre connais-sance de la pense de Paul Mattick, dont les principaux ouvrages : Marx et Keynes, Crises et thories des crises, ainsi que l'anthologie Intgration capitaliste et rupture ouvrire, furent traduits il y a un certain temps, et sont dj puiss pour certains. Et pour leur part, les ditions Spartacus ont galement publi un certain nombre de textes de Mattick

    Nanmoins, la plupart de ces ouvrages s'adressaient un lecteur dispos sui-vre dans tous leurs dveloppements des analyses conomiques parfois ardues. D'o l'intrt que prsentent les textes o P. Mattick s'est efforc d'exposer sa pense de faon plus ramasse et plus accessible. D'autre part, on se rend compte, lorsqu'on consulte sa bibliographie complte, de la diversit des sujets qu'il a abords dans les quelque 500 articles publis entre 1924 et 1980.

    C'est ainsi qu'est n le projet qui est l'origine du prsent recueil : contribuer mieux faire connatre les ides de P. Mattick, en runissant une srie de textes o il a t amen rsumer ses analyses, les spcifier par rapport tel ou tel pro-blme particulier, par exemple en rpondant des questions qui lui taient direc-tement adresses. Les textes retenus sont donc relativement courts, et ils portent sur les problmes qui ont toujours t au centre des travaux de Mattick : l'analyse de la socit capitaliste et de ses contradictions immanentes, les conditions et les chances de son renversement par les exploits, l'interprtation des rvolutions allemande et russe, la dmystification du capitalisme d'Etat et du prtendu socialisme sovitique , celle des mouvements nationalistes et anti-imprialistes, l'analyse du fonctionnement de l'conomie et de la socit amricaines. Cepen-dant certains textes traitent de questions que P. Mattick a plus rarement abordes, ce qui fait leur intrt particulier : c'est par exemple le cas de Dictature des intel-lectuels ? , o il discute en dtail du vieux problme des nouveaux matres , ou bien de Y a-t-il un "autre" mouvement ouvrier ? , qui critique la thse rcente de K. H. Roth. Enfin, le lecteur sera frapp de l'actualit des dveloppements qui portent sur les politiques social-dmocrates, sur l'volution des partis communis-tes, sur la nature des rgimes sovitiques, etc.

    En raison mme des principes qui ont guid ce choix, nous avons d carter des textes essentiels, qui dbordaient par leurs dimensions les limites de ce recueil, et qui portent par exemple sur le marxisme-lninisme, sur le fascisme, sur le mouvement des chmeurs aux Etats-Unis, sur l'cologie, etc. en esprant qu'une autre publication permettra de les faire connatre. Si, par ailleurs, les textes rassembls se recoupent sur un certain nombre de points, de tels recoupements, invitables en raison du caractre systmatique des positions conomiques et

    1 Cf. notre bibliographie en fin de volume.

    7

  • politiques de P. Mattick, nous semblent permettre de mieux saisir ces positions, car les mmes ides se trouvent places sous des clairages ou appliques des objets diffrents. Enfin, si ces textes appartiennent des poques bien distinctes, nous avons voulu faire une large place aux plus rcents, comme celui qui donne son titre ce recueil.

    Ne cherchant pas faire un travail acadmique qui serait tranger l'esprit de P. Mattick, nous n'avons indiqu qu'une bibliographie succincte, renvoyant la bibliographie complte tablie par Michael Buckmiller, qui a galement labor, partir du tmoignage de P. Mattick lui-mme, la biographie qui ouvre ce volume.

    Nous esprons ainsi donner une image vivante d'une pense et d'une per-sonne qui l'tait au plus haut point, et susciter le dsir de l'approcher davantage.

    C. ORSONI

  • PAUL MATTICK (1904-1981)

    Paul Mattick est mort le 7 fvrier 1981 Cambridge (Massachussets, U.S.A.), l'ge de 76 ans. On trouve, dans son oeuvre comme dans toute son activit politique, la marque de ce courant radical du communisme de conseils qui, au dbut des annes 20, lui offrit dans le mouvement ouvrier allemand le cadre o se droula sa jeunesse. Paul tait n en 1904 en Pomranie, et il avait grandi Berlin, dans un milieu proltarien conscient. Ds l'ge de 14 ans, il tait membre de l'organisation spartakiste des Libres Jeunesses Socialistes et fut le dlgu des apprentis au Conseil ouvrier de Siemens, o il avait entrepris au dbut de 1918 une formation d'outilleur. Tout au long de la priode rvolutionnaire, il fut ml de nombreuses actions, son esprit aventureux le conduisant tre plus d'une fois arrt et menac de mort ; le reflux de la vague rvolutionnaire le confirma dans sa conviction que la rvolution devait tre faite par les ouvriers selon leurs propres ides, et que personne ne pouvait l'accomplir leur place.

    Lorsque le parlementarisme rvolutionnaire commena l'emporter au sein du KPD (S) (Parti communiste allemand-Spartacusj au cours de l'anne 1919, et que Paul Lvi, le successeur de R. Luxemburg, russit par ses manuvres liminer du parti la tendance communiste de conseils hostile aux compromis, lors du Congrs de Heidelberg, Paul Mattick quitta le parti et se joignit au groupe qui, en 1920, aprs le putsch de Kapp, fonda le KAPD (Kommunistische Arbeiter Partei Deutschlands, Parti commu-niste ouvrier d'Allemagne), et il travailla au sein d'une organisation de jeunes, la Rote Jugend , dont le journal accueillit ses premiers crits. A l'ge de 17 ans, il se rendit Cologne, dans l'intention d'y trouver un emploi chez Klckner, ce qui fut le cas pendant un certain temps, jusqu' ce que les grves, les meutes, et de nouvelles arrestations, le privent de son emploi.

    Agitateur et organisateur du KAPD et de l'AA U(AllgemeineArbeiter Union, Union gnrale des ouvriersj dans la rgion de Cologne, il fut encourag dans ses tentatives lit-traires par les contacts troits qu'il noua avec des crivains, intellectuels et peintres radicaux qui appartenaient l'AAU-E (Union gnrale des ouvriers - Organisation uni-fie) fonde par Otto Rthle. C'est donc partir de 1925 que parurent rgulirement dans la presse radicale de gauche ses contributions littraires, ses commentaires politi-ques et ses comptes-rendus. Beaucoup n'taient pas signs de son nom. Dans le mouve-ment radical, la diffrence des organisations social-dmocrates ou communistes, les ambitions personnelles avaient du mal s'affirmer, puisque par principe il n'y avait pas de poste de permanent rtribu que l'on pt se proposer de conqurir.

    Aprs l'invitable dclin du KAPD et de tous les groupes qui s'opposaient de l'int-rieur ou de l'extrieur la bolchvisation du KPD entreprise au milieu des annes 20, beaucoup se rendirent compte qu'un mouvement proltarien rvolutionnaire autonome restait priv de perspectives en Allemagne, et ne mnerait plus qu'une existence fanto-matique face aux organisations tablies. C'est dans ce contexte que Paul Mattick, rduit au chmage depuis dj plusieurs annes, repartit l'aventure et migra aux Etats-Unis en 1926, sans pour autant rompre tout contact avec le KAPD et l'AAU.

    9

  • Ds son plus jeune ge, Mattick avait t un grand lecteur ; dans la situation d'iso-lement linguistique que lui imposait une petite ville amricaine, il eut pour la premire fois la possibilit d'tudier systmatiquement les uvres du mouvement rvolutionnaire et surtout de Karl Marx. En outre, la publication de l'ouvrage principal d'Henryk Gross-man, Das Akkumulation und Zusammenbruchsgesetz des kapitalistischen Systems /La loi de l'accumulation et de l'effondrement du systme capitaliste) en 1929, fut pour Mattick d'une importance capitale, car Grossman replaait au centre du dbat socialiste la thorie marxienne de l'accumulation, tombe dans l'oubli. Certes Rosa Luxembourg avait, bien longtemps auparavant, au cours de la crise rvisionniste, souli-gn qu'une praxis rvolutionnaire tait inconciliable avec une thorie rformiste, et qu'on ne pouvait faire l'conomie d'une dmonstration scientifique des limites histori-ques objectives du dveloppement capitaliste ; nanmoins, avec sa thorie de la sous-consommation, elle n'tait pas parvenue dduire des schmas de Marx l'invitable dis-parition du capitalisme. Grossman, lui, dmontrait que toutes les difficults de l'accu-mulation capitaliste, le retour ncessaire des crises et la fin du capitalisme dcoulaient, selon Marx, des rapports de production capitalistes, et de la production de valeur et de plus-value.

    Sans doute Grossman ne prtendait-il pas, comme on le lui a prt, que le capita-lisme s'effondrerait de faon automatique, ni que cet effondrement pouvait faire l'objet d'une prvision ; il s'appuyait seulement sur la thorie de Marx pour expliquer que, compte tenu de la ncessit, immanente au systme capitaliste, des crises priodiques, la chance s'offrait au proltariat, lors de chaque grande crise, de trans