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  • Septembre 2015 MARGES BNFICIAIRES DES ENTREPRISES : VOLUTION RCENTE DANS UN CONTExTE DE FAIBLE INFLATION 45

    marges bnficiaires des entreprises : volution rcente dans un contexte de faible inflation

    V. BaugnetT. De Keyser

    Introduction

    la rentabilit est un facteur dterminant de la politique dinvestissement des entreprises. un niveau de rentabilit suffisant permet de dgager en interne les ressources ncessaires au financement de nouveaux projets. Selon les enqutes menes par la Banque auprs des chefs dentreprise en Belgique, 90 % des investissements sont ainsi financs par des ressources propres. une entreprise rentable accdera aussi plus facilement au financement externe, et notamment au crdit bancaire, ncessaire la ralisation de ses projets. le graphique 1 illustre dans quelle mesure la progression du taux de marge des entreprises saccompagne en gnral avec un dcalage de deux ou trois trimestres, dune hausse de leur taux dinvestissement. par ailleurs, le fait de disposer dune bonne assise en matire de rentabilit permet de faire face plus aisment aux chocs extrieurs, quil sagisse dun ralentissement de la demande, dune hausse soudaine des prix des inputs (par exemple nergtiques), ou encore dun renchrissement des cots de financement.

    la premire partie de cet article est consacre tablir un diagnostic de la rentabilit des entreprises en Belgique, cette dernire tant approche essentiellement sous langle du taux de marge. quel impact la crise rcente atelle eu sur le taux de marge des socits belges ? certains secteurs dactivit ontils t davantage affects ? le taux de marge des pme et celui des grandes entreprises ontils volu de concert ? Comment les firmes belges se positionnent-elles, en termes de rentabilit, par rapport leurs homologues

    trangres ? Telles sont les questions que nous aborderons dans cette premire partie.

    la deuxime partie sintresse aux dterminants du taux de marge des entreprises. Faiblesse de la demande, pouvoir dachat limit des consommateurs et renchrissement des inputs sont autant dlments, lis au cycle conomique, susceptibles de comprimer les marges des entreprises. aux facteurs conjoncturels peuvent sajouter des lments dordre plus structurel, tels que la mondialisation et la concurrence toujours plus intense et plus large gographiquement quelle induit, le dveloppement des nouvelles formes de production et de consommation lies aux nouvelles technologies (e-commerce, etc.), lesquels peuvent galement peser sur la profitabilit des entreprises. Enfin, toutes les branches dactivit ne sont pas loges la mme enseigne : lindustrie et les services marchands ont, cet gard, affich des volutions spcifiques avant et aprs la crise. Des caractristiques sectorielles, telles lintensit capitalistique et lvolution de la productivit et des cots salariaux, influencent en effet le taux de marge des entreprises.

    la dernire partie se penche sur la relation entre les marges des entreprises et lactivit conomique. ensuite, le rle des marges dans lvolution des prix et leur lien avec les diffrentes composantes des prix sont mis en lumire. cet gard, les facteurs qui contribuent au climat actuel de faible inflation sont analyss. Enfin, une brve comparaison internationale permet de dterminer si la situation en Belgique est comparable celle dautres pays.

  • 46 MARGES BNFICIAIRES DES ENTREPRISES : VOLUTION RCENTE DANS UN CONTExTE DE FAIBLE INFLATION BNB Revue conomique

    1. diagnostic rcent de la rentabilit des entreprises belges

    la rentabilit peut tre apprhende au travers dindicateurs issus de deux grandes sources statistiques : les comptes nationaux, dune part, et les comptes annuels (bilans et comptes de rsultats) des entreprises, dautre part.

    dans la comptabilit nationale, la rentabilit des socits peut tre approche par le taux de marge, parfois aussi appel taux de profit. Le taux de marge (brut) est le rapport entre lexcdent (brut) dexploitation et la valeur ajoute (brute). Cet indicateur mesure le pourcentage de la valeur ajoute conserv par les socits, aprs paiement des salaires aux travailleurs et des impts nets des subventions sur la production et les importations. le taux de marge correspond donc grosso modo la part de la valeur ajoute qui rmunre le facteur capital ; le taux de marge nest donc pas indpendant de lintensit capitalistique, qui peut varier dune branche ou dun pays lautre. Notons galement que, dans cet article, le taux de marge est entendu le plus souvent au sens strict, cestdire que lexcdent brut dexploitation est expurg du revenu mixte brut qui, comme son nom lindique, est compos des revenus mixtes du travail et du capital, qui choient aux indpendants ; lorsque lanalyse est

    complte dune comparaison internationale, cest toutefois le concept large, le seul disponible, qui est utilis. le taux de marge peut galement tre exprim en termes nets, cestdire aprs dcompte des amortissements.

    le taux de marge est calcul avant la prise en compte des charges financires et des impts directs ; cest donc un concept trs loign de celui de bnfice, mais dont lavantage est justement dliminer le rle de la structure financire et de la fiscalit dans lapprciation des rsultats et de mesurer la rentabilit oprationnelle des entreprises. cet indicateur est en outre cohrent avec dautres variables macroconomiques tires des comptes nationaux, telles que les salaires, la productivit, le stock de capital, etc. Il permet en outre une comparaison internationale et est disponible sur une priode de temps relativement longue.

    des mesures de rentabilit complmentaires peuvent tre calcules au dpart des informations contenues dans les bilans et les comptes de rsultats des entreprises. ces mesures permettent daffiner notre apprciation de la performance commerciale ou financire de la firme. Ainsi par exemple, la rentabilit nette des actifs dexploitation, dfinie comme le rapport entre le rsultat net dexploitation et les actifs dexploitation, exprime la performance commerciale de lentreprise par rapport aux lments directement affects lexploitation. Elle permet de comparer lefficacit du processus productif de socits actives dans des branches dactivit diffrentes, au sein desquelles lampleur et la structure des actifs peuvent considrablement varier. la rentabilit nette des capitaux propres (return on equity), qui divise le rsultat net aprs impts par les capitaux propres, constitue pour sa part la mesure ultime de la rentabilit, cest--dire le rendement dont bnficient les actionnaires aprs dduction de tous les frais et impts. calculs sur la base des donnes microconomiques, ces indicateurs de rentabilit issus des bilans autorisent une analyse distincte des grandes entreprises et des pme.

    Tant les indicateurs de bilan que ceux des comptes nationaux sont tablis par branche dactivit. le prsent article se concentre sur les socits non financires, lexclusion de celles qui sont actives dans les services non marchands et dans lagriculture. lorsquil est question de lensemble des entreprises, il sagit donc de celles de lindustrie (industrie manufacturire et nergie), des services marchands ( lexclusion des banques) et de la construction ; ces branches reprsentent environ 70 % de la valeur ajoute produite en Belgique. les statistiques par branche dactivit sont disponibles de 1995 2013.

    alors quil avait sensiblement progress de 2002 2007, passant de 40 prs de 46 %, le taux de marge brut des

    Graphique 1 TAUX DE MARGE (1) ET TAUX DINVESTISSEMENT (2) DES SOCITS NON FINANCIRES EN BELGIQUE

    (pourcentages, donnes corriges des variations saisonnires et des effets de calendrier)

    2001

    2003

    2005

    2007

    200

    9

    2011

    2013

    2015

    30

    33

    36

    39

    42

    45

    20

    22

    24

    26

    28

    30

    Taux de marge (chelle de gauche)

    Taux dinvestissement (chelle de droite)

    Source : ICN.(1) Le taux de marge des socits non financires est dfini comme lexcdent brut

    dexploitation divis par la valeur ajoute brute.(2) Le taux dinvestissement des socits non financires est dfini comme la

    formation brute de capital fixe divise par la valeur ajoute brute.

  • Septembre 2015 MARGES BNFICIAIRES DES ENTREPRISES : VOLUTION RCENTE DANS UN CONTExTE DE FAIBLE INFLATION 47

    entreprises belges avait fortement chut en 2008 puis en2009, revenant 43 %. Aprs avoir retrouv un peu de vigueur les deux annes suivantes, le taux de marge brut sest une nouvelle fois contract en 2012 avant de se stabiliser 44 % en 2013.

    un repli plus sensible du taux de marge depuis la crise est observ lorsquon lenvisage en termes nets. dun point haut denviron 30 % en 2007, le taux de marge net serait retomb 24 % en 2013. Par rapport au concept brut, le taux de marge net est obtenu aprs dcompte des amortissements en capital et tient donc compte de lusure thorique de loutil de production. Il faut souligner cet gard que, dans les comptes nationaux, les amortissements sont estims de manire linaire selon la fonction de survie des actifs, sans tenir compte de leur utilisation effective, ou sans que ne soient pris en considration des lments de nature fiscale ou comptable, qui influent souvent sur la politique damortissement des entreprises.

    la relative intertie des amortissements en capital, alors que la croissance moyenne de lactivit et de lexcdent dexploitation est faible, pse sur le taux de marge net des entreprises depuis le dbut de la crise de 2008. par ailleurs, on observe, depuis la seconde moiti des annes 90, une augmentation rgulire du taux moyen de dprciation du stock de capital. celleci est lie la fraction croissante des actifs informatiques et numriques, qui tendent se dprcier plus rapidement. ces deux lments expliquent

    pourquoi la marge nette sest rode bien davantage que la marge brute depuis 2008.

    la mise en parallle des deux