L’Hôpital Géné ?pital-général-une... · Séminaire de Françoise Meyer et Pierre Gorce L’Hôpital…

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  • Jean-Michel LOUKA jean-michel.louka@orange.fr

    23 Janvier 2014 Sminaire de Franoise Meyer et Pierre Gorce

    LHpital Gnral

    UNE EXPERIENCE PUBLIQUE DE LA PSYCHANALYSE

    Un peu dhistoire

    La psychanalyse, en France, et celui qui la pratique, le psychanalyste, nont,

    depuis que cette discipline existe, jamais vraiment eu droit de cit lHpital

    Gnral.

    Ainsi, aucune reconnaissance symbolique ne leur fut alloue quand, ici ou

    l, quelques psychanalystes, sous lgide de la mdecine ou de la psychologie

    clinique, soutinrent leur position danalyste au grand jour. Ce fut sans publicit, en

    tout cas sans la publicit avec laquelle la pratique publique des analystes lhpital

    psychiatrique put se dvelopper dans les annes 1960 et 1970 notamment.

    La Brunswick Square Clinic, Londres, fut sans doute la premire clinique

    au monde pratiquer la psychanalyse comme mthode de soins de 1913 1922.

    En France, concernant lhpital, cest lambassadrice de Freud, Eugnie

    Sokolnicka, quil faut remonter. Celle-ci, accueillie dans le service de Georges

    Heuyer Sainte-Anne, mne des consultations psychanalytiques ds 1922. Dans les

    annes 1930, Sophie Morgenstern continue cette oeuvre de pionnier lhpital,

    dans le service du Pr. Heuyer. Cest l que Jenny Weiss-Roudinesco qui deviendra

    Jenny Aubry, la ctoie. Cette dernire introduit la psychanalyse en terrain

    hospitalier en accueillant la future psychanalyste Rosine Lefort. Cette prsence des

    pionniers de la psychanalyse hospitalire est cependant essentiellement tourne,

    notons-le, vers les enfants, la prvention des psychoses; dune manire gnrale,

    elle se concentre sur le domaine pdiatrique.

    Ainsi Franoise Marette, qui deviendra Franoise Dolto, sinstalle comme

    analyste partir de 1936 ; elle reoit surtout des enfants et des psychotiques. En

    1934, elle est externe dans le service du Pr. Heuyer. Pichon lui propose de venir

    rejoindre Odette Codet, lune des premires psychanalystes franaises, pour

    travailler lHpital Bretonneau. Aprs la disparition de Pichon, Franoise Marette

  • prend en charge une consultation lHpital Trousseau. Cette consultation

    deviendra clbre. Elle est paradigmatique des consultations psychanalytiques

    hospitalires en France.

    Cependant, comme le signale Anne-Lise Stern : tout un pan de la

    psychanalyse lacanienne avec Lacan a t, on peut le dire, comme effac de

    lhistoire. Il sagit dune vritable aventure, lHpital des Enfants Malades, de

    1963 1968.

    Jenny Roudinesco aux Enfants-Malades, Franoise Dolto Trousseau, ce

    sont les annes 1960 qui voient se raliser pleinement la psychanalyse hospitalire

    avec les enfants.

    Mais ce sera de nouveau lhpital quaura lieu la mmorable table ronde

    du collge de mdecine, sur - organise par

    Ginette Raimbault et Jenny Aubry - avec la participation entre autres du professeur

    Royer, mais avant tout lintervention fondamentale de Lacan. Cette table ronde a

    lieu le 16 fvrier 1966, lHpital de la Piti-Salptrire.

    Dans les annes 1970, la forte position que tient Ginette Raimbault

    lhpital et la renomme internationale croissante de ses travaux permettent le

    dveloppement des questions de recherche psychanalytique dans le cadre

    hospitalier. A la fin des annes 1970 et jusquau dbut des annes 1980, une

    consultation psychanalytique externe et mme des cures psychanalytiques seront

    entreprises au sein des locaux de son laboratoire, des fins de recherche, dans le

    cadre de lINSERM. Dans le service du professeur Royer, existe lpoque une

    unit du CNRS, dnomme Sant et Socit. Elle comporte aussi, de 1979

    1983, plusieurs psychanalystes chercheurs dont lauteur de ces lignes - qui se

    livrent, galement de leur ct, des travaux de recherche sur le thme

    psychanalyse et mdecine.

    Dans les annes 1980, une certaine spcialisation des psychanalystes

    lhpital samplifie, et se diversifie. Elle se fait majoritairement partir de

    lexprience du champ de la pdiatrie ou de la pdo-psychiatrie. En cancrologie et

    en oncologie pdiatrique, certains psychanalystes acquirent auprs du corps

    mdical une reconnaissance de leur action. On peut citer Andre Lehmann pour la

    cancrologie lInstitut Gustave Roussy, puis la psycho-oncologie, discipline en

    plein essor aujourdhui, Daniel Oppenheim en oncologie pdiatrique galement

    Gustave-Roussy. Il y fut prcd, ds 1968 et dans les annes 1970, pour les

    adultes, par Emile Raimbault, psychanalyste pionnier par son action auprs des

    patients et des soignants, et ses travaux concernant les patients cancreux, avec son

    livre fondamental La dlivrance.

    Parmi bien dautres noms, Jeannine Mouchonnat qui, Saint-Antoine, a

  • oeuvr de nombreuses annes, ds les annes 1970, pour maintenir dans diffrents

    services la prsence clinique du psychanalyste lhpital... Il faudrait encore

    multiplier les exemples tant lAssistance Publique-Hpitaux de Paris, que dans

    les hpitaux de rgions, afin de montrer la pluralit des expriences mais aussi leur

    isolement comme leur caractre phmre qui ne reposent le plus souvent que sur

    une personnalit qui, lorsque celle-ci disparait de la scne publique, ne voit pas son

    oeuvre se prenniser. Cette dernire se trouve, au mieux reprise, ailleurs, plus tard,

    par quelquun dautre qui recommence, dans son style propre, dfricher un terrain

    redevenu ltat de jachres...

    Jai commenc dfricher pour moi-mme, la fin des annes 1970, la

    question de la place et de la fonction dun psychanalyste lHpital Gnral.

    Quatre expriences furent tentes, partir de 1985, dans lunique perspective de

    mettre lpreuve empiriquement le concept thorique de consultation

    psychanalytique publique lHpital Gnral :

    dans un service dalcoologie de 1985 1988 ;

    au Centre de Diagnostic de lHtel-Dieu de Paris, et plus prcisment au Centre SLA (Sclrose Latrale Amyotrophique), de 1987 1990;

    la consultation anti-tabac du service de Pneumologie de lhpital Saint-Louis, en 1990 ;

    la consultation Migraines-Cphales-Allergologie de lhpital Rothschild, en 1990 galement.

    Aprs un temps de latence, de rflexion, de doutes, despoirs, la recherche

    reprend partir de 1995. Elle comporte quatre autres expriences menes en

    parallle depuis le printemps 1996 :

    dans une consultation de la douleur,

    dans un service de rhumatologie, essentiellement en salles; mais aussi dans une consultation propre, depuis septembre 1998 ;

    dans un service de consultations de mdecine.

    dans un service de chirurgie gyncologique et snologique.

    Ces expriences, et spcialement celles des annes 1990, ont t

    partiellement relates et analyses dans un article de 1998. Aux dires des

    partenaires, ces consultations psychanalytiques publiques sont une russite, pour

    autant quelles savrent pour ceux-ci contributives laction des mdecins

    comme des soignants, en un mot contributives au travail des services concerns.

    Le rsultat et lapprciation positifs incitent poursuivre pour encore dautres

    raisons qui sexpliciteront plus loin, comme ils pourraient un jour autoriser

  • gnraliser le concept de consultation psychanalytique publique (limite un

    service), lHpital, en Consultation psychanalytique hospitalire, (tendue

    lensemble de lhpital).

    Un peu de personnel

    En 1931-1932, mon pre, interne en chirurgie, fut sans doute lun des

    premiers fondateurs de centres anti-cancreux en France, aux cts de son patron.

    A cette poque la lutte anti-cancreuse tait essentiellement, voire exclusivement,

    chirurgicale.

    Aprs avoir tremp moi-mme quelques annes dans ltude de la mdecine,

    je men suis loign, dfinitivement, croyais-je navement lpoque, - effets

    ravageurs de Mai 1968 -, aprs le refus de la perspective laquelle rvait, pour lui,

    pour moi, mon pre, jtais Externe lpoque : il rvait pour moi de linternat de

    chirurgie Pour finir par passer ma thse de doctorat, en Anthropologie de la

    mdecine et de la sant. Sujet de thse : lalcoolisme fminin ! Puis vnt la

    psychanalyse, comme doublure, au sens vestimentaire du terme, de

    lenseignement suprieur, de la recherche au CNRS, et de lHpital.

    Retour alors, non plus la mdecine, mais aux mdecins, puis aux

    chirurgiens. De sapercevoir que, sans mdecins, pas de mdecine, comme

    dailleurs, sans psychanalystes, pas de psychanalyse. Une discipline ne vaut que par

    ceux qui sy rompent !

    Ma rencontre avec Jacques Lacan, son Sminaire, son Ecole, ft

    dcisive, jusqu devenir membre de ladite Ecole. Celle avec Serge Leclaire aussi,

    qui aura t mon analyste principal. Plus de quinze annes danalyse Un Serge

    Leclaire plus ouvert sur le social que Lacan occup autre chose, une construction

    thorique.

    LAdministration franaise ne veut rien savoir du psychanalyste. Le

    psychanalyste, cependant, existe. LAdministration, par son dmenti rptition,

    campe ainsi sur une position quil nest pas trop exagr de dire perverse.

    Le terme de psychanalyste est devenu aujourdhui, lhpital, un mot tabou !

    Et dautant plus tabou quil nest pas prcd de lexpression par ailleurs. Vous

    pourrez entendre un : je suis psychiatre et, par ailleurs, psychanalyste, ou bien, je

    suis psychologue clinicien et, par ailleurs, psychanalyste mais jamais : je suis un

    psychanalyste. Si vous le dites, - et je le dis -, lon vous rtorquera immdiatement,

    faites-en lexprience : psychanalyste, a ne veut rien dire, a nexiste pas. En fait,

    dites-moi, vous tes psychiatre ou psychologue ?

  • Diplme ou lgitimit ?

    Rponse lAssistance Publique Hpitaux de Paris

    Je suis un psychanalyste franais, ce qui veut dire que ma langue, que lon

    appelle maternelle, est le franais.

    Jai, peu prs, aujourdhui, quarante dannes dexprience de cette praxis

    originale que Sigmund Freud a invente sous le nom de psychanalyse, comme

    psychanalysant, contrl, puis psychanalyste et contrleur moi-mme.

    Ma lgitimit, - question cruciale en notre mtier o luniversit mdicale ou

    de sciences humaines ne peut rpondre par la dlivrance de ses diplmes qui, en

    notre domaine disciplinaire, ne garantiraient peu prs rien, seraient-ils nationaux

    -, je la tiens de pouvoir, parmi mes pairs et la suite de mes matres, me compter.

    Jappartiens la cinquime gnration des psychanalystes dans le monde

    depuis Freud. Je peux ainsi dcliner ma filiation : Freud (0) eut, parmi ses

    premiers lves, Hanns Sachs (1), qui analysa Rudolph Loewenstein (2), lequel fut

    lanalyste de Lacan (3). Ce dernier aura, parmi ses premiers lves, Serge Leclaire

    (4). Le premier psychanalyste lacanien , selon Elisabeth Roudinesco. Je suis lun

    des lves de Leclaire, jappartiens donc aussi la deuxime gnration des

    lacaniens. Ayant suivi lenseignement de Lacan vivant, ce qui sappelait son

    Sminaire, ayant pratiqu et mtant dclar praticien son cole du 69, rue Claude

    Bernard Paris, je peux me dire disciple de Lacan, membre de son cole et lve

    de Leclaire. Je ne suis donc pas un enfant illgitime du lignage freudien et de la

    psychanalyse. Freudien, je suis un lacanien.

    A lheure o lon a fait rentrer lHpital gnral peu prs tout le monde,

    hormis les mdecins et les soignants qui y taient dj : les psychiatres, les

    psychologues dits cliniciens, les psychothrapeutes gestaltistes,

    cognitivo-comportementalistes, transactionnels, et bien dautres, les sexologues, les

    sophrologues, les hypnologues, les neuro-psychologues qui ne sont rien dautres

    que des testeurs renforcs au service du mdecin, les psycho-oncologues

    directement subordonns et assujettis lonco-psychiatre de liaison, les infirmires

    dites cliniciennes formes dans les officines et autres instituts de la psychologie

    dite humaniste et du dveloppement personnel et qui ne rvent que dtre des

    psychologues-psychothrapeutes qui ne disent pas leur nom, les socio-esthticiens,

    comme on les appelle, les clowns aussi, les associations loi 1901 et leurs bnvoles

    tout faire (sauf lessentiel : soigner, car cela leur est interdit), les 12OOO visiteurs

    mdicaux, rebaptiss dlgus mdicaux pour reprsenter au mieux les intrts

    conqurants de lindustrie pharmaceutique, les interprtes, les aumniers et autres

  • reprsentants lacs des trois religions monothistes, on pense mme largir aux

    autres , les Alcooliques et autres Narcotic Anonymes. Bref, tout le monde est l,

    autoris, sauf un : le psychanalyste qui, lui, par contre est pri, instamment, de

    partir.

    Mais quest-ce que le psychanalyste peut-il bien dranger ce point, quil

    devient in-supportable ?

    Linvitation du psychanalyste, au cabinet et au-dehors

    Quelle est depuis ses dbuts linvitation de la psychanalyse, reprise

    individuellement par chaque analyste ?

    Dire tout ce qui nous vient dans la tte (tout ce qui nous tombe dans la tte,

    Einfall dit Freud), cest--dire en somme tout ce qui fait signe. Tout ce qui nous

    tombe dans, passe par, la tte, plong dans un dispositif o lon ne voit pas le

    visage et surtout le regard de celui ou de celle qui lon destine son discours. Il

    sagit de parler sans fin prdtermine, sans avoir juger de ce qui est utile ou

    inutile dire, ou ncessaire pour viser telle ou telle fin. Ainsi, tout ce qui se dit peut

    prendre un statut galitaire, et rien ne prdomine, priori, dans le dire.

    Mme aprs quarante ans de pratique de la chose, cest une trange

    exprience Ordinairement, quand quelque chose ne va pas, vous avez pris

    lhabitude, infantile en somme, si vous ne savez plus quoi comprendre ou comment

    faire avec ce qui vous tombe dessus, den rfrer un autre qui, lui, doit bien savoir

    comment faire, comment penser, comment dcider : mre, pre, an, ami,

    professeur, mdecin, avocat, prtre, expert, juge, dput, etc

    Et vous pensez, trs naturellement, quil est l pour vous rpondre. Et, chose

    curieuse, chose insense, lui aussi, pense quil est l pour vous rpondre ! Il sait. Il

    sait l o vous ne savez plus. Il sait au-del do vous savez. Il vous dira pourquoi

    cest comme a pour vous, et mme plus, comment y remdier. Vous devez faire

    comme ceci. Lui, il sait.

    Eh bien, linvention freudienne, cest tout le contraire ! La voie ouverte par

    Freud, cest ce monde-l, mais lenvers ! Prenez la parole, prenez le risque de la

    parole, seul(e). Parlez avec vos propres mots, laissez rsonner vos oreilles vos

    propres signifiants, articulez-les en prsence dun(e) inconnu(e) qui se doit de se

    tenir au secret de ce que vous pourrez dire. Faites cette exprience, vous

    rencontrerez trs vite que votre parole va vous mener quelque part, delle-mme. Et

    ce ne sera pas en vain que vous aurez eu ce culot, ce courage. De quoi mon

  • symptme fait signe ? Moi seul le sait sans savoir que je le sais, mais ma parole,

    elle, si je ne la filtre, le sait. Je me dois de lcouter. Autrui ne peut savoir pour

    moi. Encore moins ma place. Il ne peut que seulement me permettre dy

    accder quoi ? A ce mien savoir. Cela sappelle rencontrer un/son analyste, son

    bon entendeur.

    Le monde hospitalier est le champ dpandage de la perversion. Ct

    soignants et mdecins, cest, manifestement - observez, observez -, la jouissance

    qui y rgne en matre. Elle est incontestable et incontournable pour le profane un

    peu observateur. Elle est, par contre, trs souvent, ignore par le professionnel

    lui-mm...

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