Histoire médical due Camp de Boulogne d'après les .Histoire médical due Camp de Boulogne d'après

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Text of Histoire médical due Camp de Boulogne d'après les .Histoire médical due Camp de Boulogne d'après

  • Histoire mdicale du C a m p de Boulogne d'aprs les papiers du gnral V a n d a m m e *

    par A. GERARD ** et J. MILOT (Lille)

    Assez curieusement, les aspects mdicaux du C a m p de Boulogne n'ont

    gure retenu l'attention des historiens de la mdecine. Il a fallu attendre

    la thse de H. Franois (1979) pour disposer d'un travail d'ensemble.

    L'tude d'un fonds de correspondance provenant du gnral V a n d a m m e

    et conserv la Bibliothque municipale de Lille, a fourni des documents

    indits qui apportent des prcisions nouvelles sur le service de sant de cet

    important rassemblement militaire.

    Le gnral Vandamme et sa correspondance

    N ne 1770 Cassel (Nord), Dominique V a n d a m m e est un des plus

    brillants officiers gnraux issus de la Rvolution. E n 1804, il n'a encore

    jamais t plac sous les ordres de Bonaparte, malgr des tats de service

    remarquables. N o m m gnral de brigade 23 ans, il a cependant attendu

    sa troisime toile pendant six ans. E n effet, son caractre entier lui a attir

    des inimitis qui se sont manifestes sous forme de plaintes pour exactions.

    V a n d a m m e s'est justifi, mais sa rputation de gnral comptent et auto-

    ritaire est double de celle de subordonn difficile.

    Enfin distingu par le Premier Consul, il est dcid faire le m a x i m u m

    pour justifier la confiance place en lui. Il vient en effet d'tre investi d'un

    double commandement fort remarqu : celui de la 16e division militaire

    (Lille), l'une des plus importantes de la Rpublique, et simultanment celui

    d'une unit d'lite, stationn au C a m p de Boulogne.

    Durant toute sa carrire, Dominique V a n d a m m e a conserv les documents

    * Communication prsente la sance du 20 fvrier 1982 de la Socit franaise d'histoire de la mdecine.

    ** Dr Grard, 28, rue de Thionville, 59800 Lille.

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  • de service qui lui parvenaient. Sa famille en est demeure dtentrice par

    voie d'hritage ; la lgislation du 12 nivse an II prvoyant l'inventaire des

    papiers des gnraux dcds, afin de retirer de la succession les documents

    de caractre officiel, avait t mconnue, c o m m e il est habituel, lors de la

    mort en 1830 du propritaire de cette correspondance.

    Ceux-ci ont t rassembls en dix-huit cartons (renfermant chacun entre

    quatre cents et cinq cents papiers) tiquets Fonds De Swartz Revel ,

    du n o m d'un des membres de la famille les ayant un m o m e n t dtenus avant

    qu'ils ne soient acquis par la Bibliothque municipale de Lille.

    Seize de ces cartons rassemblent les documents de correspondance et

    deux autres contiennent des papiers de famille. Le C a m p de Boulogne est

    particulirement bien reprsent puisque six cartons lui sont consacrs, ce

    qui reprsente au m i n i m u m deux mille quatre cents documents.

    Il ne faut pas tre surpris de l'importance que prit cet pisode dans les

    souvenirs conservs par le gnral V a n d a m m e . Celui-ci commandait la 2 e

    division du corps du gnral (puis marchal) Soult et l'entranement, c o m m e

    l'administration, de cette unit de prs de dix mille h o m m e s ncessitaient

    une attention consante, donc un important change de documents

    administratifs.

    Prcisons, avant d'aborder les problmes proprement mdicaux, que la

    dnomination de C a m p de Boulogne , consacre par l'habitude, est admi-

    nistrativement inexacte. L'appellation officielle est, jusqu'au 9 juin 1805,

    C a m p de Saint-Omer ; celle de C a m p du Centre sera substitue

    jusqu'au dpart de l'arme pour la campagne d'Autriche. Mais ces dsi-

    gnations ne seront gure utilises que dans les correspondances officielles

    et l'usage a prvalu de parler uniquement du C a m p de Boulogne en

    raison de l'importance prdominante prise par ce port dans les prparatifs

    militaires en cours.

    Le Service de sant du camp de Boulogne

    Le Consulat a hrit des structures mdico-militaires progressivement

    mises au point sous la Rvolution. Les officiers de sant (nom tradition-

    nellement dvolu aux mdecins, chirurgiens et pharmaciens servant sous

    l'uniforme, quelle que soit leur qualification professionnelle) se rpartissent

    en deux catgories : ceux qui sont atachs aux hpitaux permanents, fixes,

    et ceux qui accompagnent les troupes en campagne.

    U n rassemblement aussi important justifiait, en fonction des habitudes

    de l'poque, une organisation sanitaire trois chelons :

    des officiers de sant en chef attachs au quartier gnral, exerant

    leur autorit sur l'ensemble des mdecins, chirurgiens et pharmaciens de

    l'arme et plus particulirement sur les hpitaux ambulants destins

    suivre l'arme en campagne ;

    des hpitaux militaires fixes , reprsents tant par les hpitaux

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  • militaires pralablement existants, que par les tablissements civils tempo-

    rairement ramnags en vue de faire face aux besoins accrus de l'arme ;

    les officiers de sant attachs aux corps de troupe. E n l'occurrence,

    seuls des chirurgiens sont compris dans cette troisime catgorie.

    Or il apparat que pour le C a m p de Boulogne les dispositions prises

    sont quelque peu diffrentes. Les officiers de sant en chef sont bien dsigns.

    Ils sont tous les trois dj fort connus :Coste (62 ans) pour la mdecine,

    Parmentier (65 ans) pour la pharmacie et Percy (49 ans) pour la chirurgie.

    Mais aucune structure hospitalire mobile n'est prvue. Ce qui pourrait,

    la rigueur, se comprendre pour le camp lui-mme, devient stupfiant pour

    l'arme d'invasion. L'explication rside dans la fcheuse rorganisation du

    service de sant intervenue avec l'arrt du 9 frimaire an XII (2 dcembre

    1803). Celui-ci dispose que les chirurgiens affects aux units combattantes

    seront ports un nombre tel (deux chirurgiens par bataillon, un par

    escadron) qu'ils puissent effectuer le service des salles d'hpital dans les

    localits o stationnaient les rgiments.

    Les troupes devant dbarquer en Angleterre n'auront pas d'autre soutien

    sanitaire que les officiers de sant affects aux diverses units combattantes.

    E n attendant que la Manche soit franchie, une partie des chirurgiens est

    dtache dans les divers hpitaux, o ils assurent le service en collaboration

    avec les quelques mdecins et pharmaciens prsents.

    Les hpitaux initialement prvus sont spars en trois groupes ayant

    des affectations diffrentes. Les hpitaux gnraux comprennent huit cents

    lits rpartis entre l'hpital civil et le Petit-Sminaire de Boulogne, l'hpital

    militaire de Calais, les tablissements installs dans les localits de Marquise,

    Souverain-Moulin et Samer. Les galeux et vnriens, initialement hospitaliss

    Boulogne, feront l'objet de dispositions particulires que nous tudierons.

    Enfin, des hpitaux d'vacuation pour convalescents et chroniques sont

    installs au couvent des Annonciades Boulogne, ouvert le 5 frimaire

    an XII, ainsi qu' Saint-Omer.

    Parmi les papiers du gnral V a n d a m m e , nous avons rpertori cinquante-

    sept documents intressant le service de sant. Il s'agit de vingt-cinq ordres

    du jour et de trente-deux documents manuscrits divers. Cela reprsente un

    peu plus de deux pour cent du total des quelques deux mille quatre cents

    lettres ou papiers officiels concernant le C a m p de Boulogne. A ce total, il

    convient d'ajouter les registres de correspondance sur lesquels sont nots

    les doubles des lettres dictes par le gnral.

    La ventilation de ces documents par groupes de problmes est int-

    ressante considrer :

    les hpitaux et leur fonctionnement 20

    les vacuations sanitaires 9

    problmes relatifs la gale 15

    questions diverses 13

    Quelles donnes peut-on retirer de cet ensemble documentaire ?

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  • Hygine et morbidit au camp de Boulogne

    Les conditions d'hygine sont rputes avoir t satisfaisantes durant

    le sjour des troupes sur les ctes du Boulonnais. Cette ide est confirme

    par les documents tudis, qui apportent de nombreuses prcisions. Soldats

    et officiers sont logs dans des baraques en bois dont l'dification a contribu

    dvaster ces forts. La pnurie de bois, qu'attestent de nombreuses plaintes,

    entrane un chauffage prcaire, assez bien support semble-t-il par des

    h o m m e s correctement vtus et quips. Il faut toutefois noter de temporaires

    difficults d'approvisionnement en couvertures.

    Plus que la lutte contre le froid, le combat contre l'humidit semble une

    proccupation pour le commandement ; un ordre du jour recommande de

    ne pas rpandre d'eau dans les baraques, l'humidit pouvant tre fortement

    nuisible et m m e provoquer des maladies . O n est ainsi conduit se poser

    des questions sur la propret des cantonnements, les h o m m e s tant couchs

    sur de la paille ou de la fougre, en principe renouveles tous les dix jours

    raison d'une botte par h o m m e . V a n d a m m e veille en personne ce dtail :

    le cahier de correspondance porte, la date du 30 octobre 1803, trace d'une

    lettre adresse l'un de ses brigadiers : le gnral a t invit... d'employer

    (sic) des h o m m e s de corve pour nettoyer les derrires du camp de sa

    brigade et donner des ordres svres pour empcher que les soldats ne

    dposent aucune ordure ailleurs qu'aux latrines.

    Le ravitaillement tait un autre souci essentiel. Il semble avoir toujours

    t assez abondant, mais il n'tait pas fort vari. U n ordre du commissaire

    des guerres Gant rgle ainsi