Histoire de St. Louis, Roi de France - Sapili 2015. 3. 12.¢  Histoire de St. Louis, Roi de France Richard

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  • Histoire de St. Louis, Roi de France

    Richard de Bury

    Project Gutenberg's Histoire de St. Louis, Roi de France, by Richard de Bury

    This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.net

    Title: Histoire de St. Louis, Roi de France

    Author: Richard de Bury

    Release Date: May 26, 2004 [EBook #12437]

    Language: French

    Character set encoding: ASCII

    *** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ST. LOUIS, ROI DE FRANCE ***

    Produced by Tonya Allen and PG Distributed Proofreaders. This file was produced from images generously made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.

    Histoire de St. Louis

    Roi de France

    Par De Bury

    Nouvelle edition revue avec soin

    _Je suis cet heureux Roi que la France revere, Le Pere des Bourbons...._ Henri. Volt.

    [Illustration: Couronne de Saint-Louis]

    Lyon Rolland, Imprimeur Libraire Rue du Perat, n deg.4

    1828

  • * * * * *

    Louis VIII, roi de France, pere de saint Louis, etait dans la quarantieme annee de son age, et la troisieme de son regne, lorsque, revenant a Paris, apres le siege de la ville d'Avignon, il se sentit vivement presse d'un mal qu'il avait tenu cache jusqu'alors, et fut force de s'arreter au chateau de Montpensier, en Auvergne. Ce fut dans cette occasion que ce prince fit voir qu'il etait veritablement chretien. Quel que fut ce mal, dont l'histoire ne nous a pas appris la veritable cause, les medecins lui proposerent un remede que la loi de Dieu lui defendait. Malgre le refus qu'il fit d'en user, on introduisit aupres de lui, pendant qu'il dormait, une jeune fille. S'etant eveille, il appela l'officier qui le servait, lui ordonna de la faire retirer, en lui disant ces belles paroles: _Qu'il aimait mieux mourir, que de conserver sa vie en commettant un peche mortel_.

    Cependant le mal ayant augmente, et ce prince sentant les approches de la mort, il ne s'occupa plus que du soin de mettre ordre a ses affaires. Ayant fait venir autour de son lit les eveques et les grands seigneurs qui l'avaient accompagne, il leur declara qu'il nommait la reine Blanche de Castille, son epouse, regente de l'etat pendant la minorite de son fils Louis[1]. Cette nomination fut faite en presence de l'archeveque de Sens, des eveques de Beauvais, de Noyon et de Chartres, et du chancelier Garin, qui la declarerent authentiquement, apres sa mort, par des lettres scellees de leurs sceaux. Il recommanda son fils aux seigneurs francais qui etait presens, et principalement a Matthieu II de Montmorency, connetable de France, a Philippe, comte de Boulogne, au comte de Montfort, aux sires de Coucy et de Bourbon, princes de son sang, et a plusieurs autres seigneurs qui lui promirent que ses intentions seraient exactement executees; qu'ils feraient serment de fidelite au prince son fils, et qu'ils soutiendraient l'autorite de la reine durant sa regence.

    [Note 1: Il n'avait que douze ans commences; et, dans ce temps, les rois n'etaient declares majeurs qu'a 21 ans.]

    Pendant que cela se passait a Montpensier, Blanche etait restee a Paris, ou elle attendait avec impatience l'arrivee du roi, pour le feliciter sur ses conquetes: elle n'etait pas instruite de sa maladie. Pressee du desir de le revoir, elle s'etait mise en chemin pour aller le joindre, lorsqu'elle rencontra le jeune Louis, qui revenait precipitamment, accompagne du chancelier et de plusieurs autres seigneurs. Elle reconnut, a la tristesse repandue sur leurs visages, la perte que la France venait de faire. Elle retourna aussitot a Paris, afin de concerter avec les fideles serviteurs du roi, les mesures les plus promptes qu'il convenait de prendre pour le faire couronner.

    La regente ne fut pas long-temps sans apercevoir des semences de division dans les discours de plusieurs grands vassaux de la couronne, par les demandes qu'ils lui firent, et surtout par le refus de plusieurs d'entre eux de se trouver a la ceremonie du couronnement du roi, qui fut faite le premier dimanche de l'Avent de l'annee 1226. Le nombre des seigneurs qui y assisterent ne fut pas, a beaucoup pres, aussi grand qu'il devait etre, suivant l'usage ordinaire, et en consequence des lettres que la regente leur avait fait ecrire pour les y inviter; mais elle ne laissa pas de faire faire la ceremonie, par les conseils du chancelier et du legat, le retardement paraissant dangereux, surtout dans ces temps-la, ou on la regardait comme essentielle a la royaute.

  • La cour, et tous ceux qui devaient assister a cette ceremonie, s'etaient rendus a Reims. Thibaud, comte de Champagne, etait en chemin pour s'y trouver; mais, comme il approchait de la ville, on l'envoya prier de n'y pas entrer, a cause du bruit faux, mais facheux, qui courait de lui, qu'il avait fait empoisonner le feu roi. La comtesse sa femme fut neanmoins de la fete, ainsi que la comtesse de Flandre, qui se disputerent entre elles le droit de porter l'epee devant le roi, comme representant leurs maris absens. Mais, sur le refus qu'on leur en fit, elles consentirent que Philippe, comte de Boulogne, oncle du roi, eut cet honneur, sans prejudice de leurs droits, ou plutot de ceux de leurs maris.

    L'affront qu'on venait de faire au comte de Champagne ne pouvait manquer, vu son caractere brouillon, de le jeter dans le parti des factieux, et il semble qu'il eut ete de la prudence de ne lui en pas donner l'occasion. Mais ou l'on savait qu'il y etait deja, ou la reine regente ne se crut pas assez d'autorite pour obtenir des grands seigneurs assembles qu'il n'en fut pas exclu: peut-etre aussi ne fut-elle pas fachee de voir mortifier un seigneur qui avait eu la hardiesse de lui temoigner de l'amour.

    Quoi qu'il en soit, il fut un des premiers qui fit ouvertement des preparatifs pour la revolte, de concert avec deux autres seigneurs mecontens: c'etaient Pierre de Dreux, comte de Bretagne, surnomme _Mauclerc_[1], auquel Philippe-Auguste avait fait epouser l'heritiere de ce comte; et Hugues de Lusignan, comte de la Marche, qui avait epouse Isabelle, fille d'Aymard, comte d'Angouleme, veuve de Jean-Sans-Terre, roi d'Angleterre, mere de Henri III, qui y regnait alors.

    [Note 1: C'est-a-dire, suivant le langage du temps, _homme malin et mechant_.]

    Comme l'archeveche de Reims etait alors vacant, ce fut de Jacques de Bazoche, son suffragant, eveque de Soissons, que Louis recut cette onction qui rend les rois sacres pour les peuples. Quoiqu'il fut encore bien jeune, il etait deja assez instruit pour ne pas regarder cette action comme une simple ceremonie[2]. Il ne put faire, sans trembler, le serment de n'employer sa puissance que pour la gloire de Dieu, pour la defense de l'Eglise et pour le bien de ses peuples. Il s'appliqua ces paroles qui commencent la messe ce jour-la, et dont David se servait pour dire: _Qu'il mettait en Dieu toute sa confiance, et qu'il s'assurait d'etre exauce_.

    [Note 2: Joinville, p. 15.]

    Comme cette ceremonie est trop connue pour nous arreter a la decrire, je dirai seulement que, lorsqu'elle fut finie, on fit asseoir le roi sur un trone richement pare, que l'on mit entre ses mains le sceptre et la main de justice, et qu'ensuite tous les grands seigneurs et prelats, qui etaient presens, lui preterent serment de fidelite, ainsi qu'a la reine sa mere, pour le temps que sa regence durerait.

    Des le lendemain, la reine partit pour ramener le roi a Paris; elle souhaita qu'il n'y eut aucunes marques de rejouissances, comme il n'y en avait point eu a Reims: car, quelque satisfaction qu'elle eut de voir regner son fils, rien n'effacait de son coeur le regret dont elle etait penetree de la perte qu'elle venait de faire. D'ailleurs l'affliction etait si generale, que les grands et le peuple n'eurent pas de peine a suspendre les mouvemens de leur joie, et la sagesse de la regente ne lui

  • permettait pas de perdre en vains amusemens un temps dont elle avait besoin pour arreter et eteindre les factions qui se formaient dans l'etat.

    _Caractere de la regente_.

    Blanche de Castille etait une princesse dont la prudence, la presence d'esprit, l'activite, la fermete, le courage et la sage politique, rendront a jamais la memoire chere et respectable aux Francais. Elle s'appliqua uniquement a dissiper les orages qui se formaient contre l'etat: elle n'eut d'autres vues que de conserver a son fils les serviteurs qui lui etaient restes fideles, de lui en acquerir de nouveaux, et de prevenir les dangereux desseins de ses ennemis. Les seigneurs de la cour se ressentirent de ses bienfaits, et tout le monde de ses manieres obligeantes et naturelles qu'elle employait pour gagner les coeurs qui y etaient d'autant plus sensibles, qu'elle accompagnait ses graces du plus parfait discernement.

    Comme le comte de Boulogne etait un des plus puissans seigneurs de l'etat, et celui dont le roi pouvait attendre plus de secours ou de traverses, elle n'oublia rien pour le mettre dans ses interets. Philippe-Auguste lui avait donne le comte de Mortain; mais Louis VIII s'en etait reserve le chateau, en confirmant ce don. Blanche commenca par le lui remettre, et lui rendit en meme temps le chateau de l'Isle-Bonne, que le feu roi s'etait pareillement reserve; et, dans la suite, elle lui ceda encore l'hommage du comte de Saint-Pol, comme une dependance de celui de Boulogne.

    La reine Blanche traita avec la meme generosite Ferrand, comte de Flandre. Philippe-Auguste l'avait fait prisonnier a la bataille de Bouvines, et n'avait pas voulu lui rendre sa liberte, a