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Extrait de "(R)évolutions"

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Extrait du livre "(R)évolutions", de Lionel Astruc, paru dans la collection "Domaine du possible" chez Actes Sud en février 2012

Text of Extrait de "(R)évolutions"

  • LIONEL ASTRUC

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    TES

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    (R)VOLUTIONS POUR UNE POLITIQUE EN ACTES

    (R)VOLUTIONS

    Un grand mouvement social bouleverse en silence nos territoires, hors du champ des camras, lchelon local. Des quartiers, des communes, des dpartements, des organisations, marchandes ou non, et des citoyens accomplissent, sans roulements de tambour ni renversements spectaculaires, les rvolutions cologiques et sociales attendues et espres en ces temps de crise politique et conomique.

    (R)volutions. Pour une politique en actes pourrait tre qualifi de programme politique de demain. Cet ouvrage met en lumire des solutions qui ont fait leurs preuves, petite comme grande chelle, dans la plupart des domaines de la socit, depuis lagriculture jusqu la justice en passant par la finance, lin dustrie, la sant, lnergie, larchitecture, la communica tion ou encore lemploi.

    Pour chacune des treize thmatiques traites, une personnalit experte ayant dvelopp une vision du sujet propose des voies de transition concrtes, ainsi que les moyens disposition de tous, citoyens, lus ou entrepreneurs, pour les mettre en action.

    Avec : Jean-Marc Borello, Philippe Desbrosses, Isabelle Desplats,Jean-Baptiste de Foucauld, Dominique Gauzin-Mller, Thierry Janssen, Bernard Lietaer, Gunter Pauli, Isabelle Peloux, Philippe Pointereau, Thierry Salomon, Gilles-Eric Sralini, Pierre Rabhi, Dominique Rousseau, Laurent Terrisse, Patrick Viveret.

    Lionel Astruc a crit de nombreux livres sur les thmes de lcologie et de lconomie solidaire. Ses enqutes remontent les filires de produits de grande consommation (textile, alimentation...) travers le monde ; il est aussi lauteur, avec Ccile Cros, de Manger local. Sapprovisionner et produire ensemble, chez Actes Sud (octobre 2011).

    DP. LG. : FV. 201220 e TTC Francewww.actes-sud.fr

    ISBN 978-2-330-00205-3

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    ACTES SUDDOMAINE DU POSSIBLE

    PRFACE DE PATRICK VIVERETPOSTFACE DE PIERRE RABHI

    AVEC : PHILIPPE DESBROSSES, DOMINIQUE GAUZIN-MLLER, THIERRY JANSSEN, BERNARD LIETAER,

    GUNTER PAULI, THIERRY SALOMON, GILLES-RIC SRALINI...

    Dessin de couverture : David Dellas, 2011

    couv (r)evolution.indd 1 19/01/12 16:19

  • PRfACEPOURqUOI EN SOmmES-NOUS ARRIVS L ? 10Patrick Viveret

    INTROdUCTION LA CROISE dES ChEmINS 22Lionel Astruc

    POUR UNE AgRICULTURE LOCALE ET bIOLOgIqUE 32Philippe Desbrosses, Philippe Pointereau

    NERgIE : VIVRE AUSSI bIEN EN CONSOmmANT mOITI mOINS 58Thierry Salomon

    mIEUx CONSTRUIRE ENSEmbLE RdUIT NOTRE ImPACT COLOgIqUE 74Dominique GauzinMller

    LES mONNAIES COmPLmENTAIRES REdONNENT dU SENS NOS ChANgES 96Bernard Lietaer

    VERS LA SymbIOSE INdUSTRIELLE 120Gunter Pauli

    VERS UNE ENTREPRISE SOCIALE ET SOLIdAIRE 136JeanMarc Borello

    POUR UN RETOUR LEmPLOI : ACCOmPAgNEmENT ET TEmPS ChOISI 152JeanBaptiste de Foucauld

    VERS UNE COmmUNICATION RESPONSAbLE ET mULTILATRALE 170Laurent Terrisse

    VERS UNE jUSTICE INdPENdANTE AU SERVICE dES CITOyENS 190Dominique Rousseau

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  • VERS UNE REChERChE SCIENTIfIqUE AU SERVICE dE LINTRT gNRAL 206GillesEric Sralini

    RAPPROChER LES mdECINES CONVENTIONNELLE ET ALTERNATIVES 224Thierry Janssen

    POUR UNE gOUVERNANCE COLOgIqUE dES ORgANISATIONS 246Isabelle Desplats

    POUR UNE PdAgOgIE COOPRATIVE LCOLE 264Isabelle Peloux

    POSTfACEINCARNER LES UTOPIES 286Pierre Rabhi

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  • prface de patrick ViVeret

    pourquoi en sommes-nous

    arriVs l ?

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    Ce que nous avons coutume dappeler la crise actuelle nest pas, selon moi, pas un phnomne passager limage dun ouragan qui viendrait sabattre sur nous.

    Les symptmes auxquels nous assistons sont les facettes cologique,

    sociale, financire et mme politique dun seul phnomne : lasso

    ciation dans nos socits, entre le maltre et la dmesure.

    A une chelle individuelle, ce cocktail est clairement identifi dans

    des troubles comme la boulimie, lalcoolisme ou la toxicomanie, o

    lincapacit pathologique se fixer des limites est toujours le symp

    tme dun maltre. Nous retrouvons galement maltre et dmesure

    dans des comportements du quotidien, comme lhyperconsommation

    et le surendettement des mnages (le fait de compenser une forme

    de mal de vivre par lachat compulsif, audel de ses moyens finan

    ciers rels), au travail o un nombre grandissant de personnes sont

    amenes accepter des responsabilits et des dlais outrepassant les

    limites physiques et psychologiques de leur fonctionnement tradi

    tionnel. Les rcentes vagues de suicides dans les grandes entreprises,

    le taux de dpression (19 % des Franais ont vcu ou vivront une d

    pression au cours de leur vie) et le recours massif aux psychotropes

    (la France en est le deuxime utilisateur au monde) sont autant de

    signes que cette logique est luvre dans nos vies ou dans celles

    de nos proches.

    Selon moi, il en va de mme un niveau plus macro. Ltude de

    cette relation entre maltre et dmesure, et de leur antidote la so

    brit heureuse, est la cl de ce quEdgar Morin appelle la mta

    morphose de nos socits.

    Une socit de la dmesure

    La dmesure est videmment spectaculaire dans le secteur de la fi

    nance. Lorsque Bernard Lietaer nous dit que prs de 97 % des transactions

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    financires quotidiennes ne correspondent pas des biens et services

    rels, nous sommes dans la dmesure.

    Mais cest galement vrai de la facette cologique de la crise. Le

    fait quen quelques gnrations seulement, nous ayons t capables

    de gaspiller des ressources fossiles comme le ptrole que la nature a

    mis des millions dannes accumuler, est particulirement difiant.

    Le dgagement excessif de gaz effet de serre par lhyperproducti

    visme, les attaques majeures la biodiversit qui font qu terme

    nous pourrions risquer une sixime grande extinction des espces

    le sont tout autant.

    Ces excs traduisent en ralit notre rapport guerrier et prdateur

    la nature, qui nest finalement que lautre face de notre rapport guer

    rier autrui et nousmmes. Cest pour cette raison que nous al

    lons retrouver la mme absence de limites dans la facette sociale de

    la crise actuelle. Quand la fortune personnelle de deux cent vingt

    cinq personnes, selon les chiffres des Nations unies, est gale aux reve

    nus cumuls de 2,5 milliards dtres humains, cest toujours de la

    dmesure. Quand les plus grandes fortunes personnelles de France

    reprsentent plusieurs dizaines de milliers de fois un smic et plus en

    core de minima sociaux, on est toujours dans le mme phnomne.

    Enfin, nous pouvons tre tmoins de la dmesure sur le plan poli

    tique, celui du rapport au pouvoir. La constitution des empires politi

    ques, financiers ou religieux, lensemble des despotismes en sont

    autant de manifestations. Leffondrement de lempire sovitique, il y a

    vingt ans, ou celui des rgimes despotiques arabes plus rcemment,

    est analyser dans la mme catgorie que leffondrement actuel de

    ce que lon pourrait appeler lultracapitalisme ou lhypercapitalisme.

    La chute de ces rgimes manifeste que labus de pouvoir sous toutes

    ses formes finit par conduire, lui aussi, des situations aussi insou

    tenables que la dmesure dans la captation de la richesse. Et ce qui

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    caractrise lexigence dmocratique, cest prcisment celle dun qui

    libre, dun contrle et dune sparation des pouvoirs.

    Il est donc trs important didentifier la dmesure comme dno

    minateur commun tous les champs de la socit et de ne pas ima

    giner que nous pouvons rsoudre les problmes dune faon cloisonne.

    Lors de la crise financire de 2008, nous avons trait le symptme sans

    nous attaquer sa cause. Cette fuite en avant a prpar les condi

    tions dune fuite en arrire dans dautres domaines : au nom du fait

    quil fallait sauver le systme bancaire, on prtend aujourdhui que

    les caisses de lEtat sont vides et quon ne peut faire les investisse

    ments cologiques et sociaux ncessaires.

    Il nous faut donc bien comprendre ces liens qui rendent la crise

    systmique et traiter de faon globale notre relation la dmesure.

    Et comme derrire elle se cache immanquablement du maltre et du

    mal de vivre, nous allons devoir jouer sur les deux termes du couple.

    Mal-tre et mal de vivre

    Lune des premires manifestations de ce mal de vivre lchelle soci

    tale, est videmment le dysfonctionnement des marchs financiers.

    Lorsque le Wall Street Journal, dans un ditorial, crit textuellement :

    Wall Street ne connat que deux sentiments : leuphorie et la panique,

    nous sommes face un symptme quen terme mdical on appelle

    psychose maniacodpressive. Or, ce type de pathologie entrane en

    gnral un rapport largent compltement dconnect de toute ra

    lit. Cest dailleurs lune des raisons majeures pour lesquelles on pro

    pose des mises sous tutelle ou sous curatelle.

    Aujourdhui, nous pouvons considrer quil sagit dune question

    lgitime se poser lgard des acteurs des marchs financiers, pour

    des raisons quon pourrait qualifier de sant publique. Ces hommes

    et ces femmes sont soumis un stress considrable, encore aggrav

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    par lautomatisation d