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Ambiances et processus de conception : les salles d ... · PDF fileAmbiances et processus de conception. ... Deux solutions sont étudiées, selon la position de la trémie pratiquée

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  • R. Hodd, Qualits architecturales : conceptions significations positions, Ed. J-M. Place et PUCA, 2006

    Ambiances et processus de conception. Les salles d'audience du palais de justice de Nantes

    Daniel SIRET (1) et Olivier BALAY (2)

    UMR CNRS 1563 Ambiances architecturales et urbaines (1) Laboratoire CERMA - Ecole dArchitecture de Nantes (2) Laboratoire CRESSON - Ecole dArchitecture de Grenoble

    Introduction

    Comment aborder la qualit des ambiances architecturales (1) sans rduire les am-biances leurs seules dimensions techniques, performancielles ou normatives ? Il nous a sembl possible de rpondre cette question en mettant en avant une approche relativiste des ambiances : sans prjuger de qualits absolues, il sagit de se demander dans quelle me-sure les qualits exprimes une fois les btiments construits rejoignent les qualits imagines en amont. Cette approche permet de poser la question de la qualit des ambiances en termes dintention et de mise en uvre. Comment les ambiances perues dans les btiments achevs rejoignent-elles les ambiances programmes et projetes ? Quel est, de ce fait, le degr de matrise des ambiances par les acteurs du projet, du point de vue sensible et du point de vue technique ? Nous avons choisi denquter dans les nouveaux palais de justice construits en France depuis une quinzaine dannes. La mise en scne symbolique des lieux de justice appelle en effet une mise en ambiances qui ne peut tre tout fait ordinaire ou fortuite : lumire naturelle, couleurs et textures, traitements acoustiques conditionnent les caractres des btiments. La question du confort convenant aux lieux de justice, entre autorit menaante et souci de conciliation, est galement au cur du dbat sur la nouvelle architecture judiciaire. La recherche a port sur les nouveaux palais de justice de Nantes (Jean Nouvel) et de Bor-deaux (Richard Rogers). Nous avons analys les espaces les plus spcifiques dun palais de justice (salles daudiences et salle des pas perdus), mais aussi les bureaux des magistrats, ainsi que les espaces de circulations et dattente. Les rsultats obtenus (2) forment un pano-rama contrast : quelques exemples de convergence entre qualits programmes et qualits 1. La notion dambiances tente darticuler ensemble les aspects techniques, sociaux et esthtiques des environne-ments construits. Elle se place comme tentative de dpassement de larchitecture-objet, profitable tant larchitecte concepteur quau critique ou au chercheur chargs danalyser la production architecturale. 2. Voir D. Siret, O. Bala, E. Monin, Au tribunal des sens Les ambiances dans la production architecturale contemporaine : qualits programmes, qualits exprimes. L'exemple des nouveaux palais de justice, Rapport final de recherche, PUCA, mai 2004 (3 tomes).

  • exprimes a posteriori apparaissent de manire exceptionnelle (les salles daudience du palais de Bordeaux en particulier) ; mais, plus souvent, dimportantes divergences entre les concep-tions en amont et les expressions en aval se font jour. Les espaces tertiaires de Bordeaux et les salles daudience de Nantes en sont des exemples extrmes. Nous avons rendu compte, dans un autre texte (3), des questions souleves par lorganisation des bureaux du palais de Bordeaux. Nous allons ici dvelopper le cas particulier des salles daudience de Nantes. Leur fermeture spatiale, leur inconfort gnral et notamment leur acoustique inadapte, qui nuit au spectacle de la justice pour reprendre les termes dune magistrate (4) , leur couleur rouge dont la symbolique est parfois conteste (5), conduisent sinterroger sur la conception de ces salles daudience. Cest la question de lclairage qui constitue le point de divergence le plus criant entre lintention initiale et le btiment construit. Le projet, trs ex-pressif au stade du concours, connat finalement une ralisation trs diffrente. Cest ce dca-lage que nous souhaitons analyser. Nous en ferons dabord le constat, en confrontant le projet initial, blouissant, avec la ralisation finale et sa perception par les magistrats, fonctionnaires et avocats usagers des lieux. Nous tenterons ensuite de comprendre les origines de ces distor-sions, en dcrivant les malentendus persistant entre futurs usagers et concepteurs, linvraisemblance du projet initial, les dfaillances des mcanismes dvaluation diffrents niveaux du processus et, enfin, ladaptation du projet sur le chantier juste avant la rception. Nous conclurons sur la ncessit, maintes fois rpte mais toujours dactualit, dune d-marche de conception plus soucieuse danticiper, de concevoir et dvaluer avec justesse les ambiances des environnements construits.

    1. Grandeur et dcadence dune ambiance lumineuse

    1.1 Limage

    Le projet dun nouveau palais de justice Nantes voit le jour au dbut des annes 1990 et sinscrit dans une double dynamique : le btiment est dabord lun des lments pha-res du projet urbain de lle de Nantes alors naissant, il est galement lun des premiers em-blmes du vaste programme de mise niveau des quipements de justice engag par la DGPPE (6) aprs que la loi de dcentralisation du premier janvier 1987 eut transfr ltat

    3. Cf. D. Siret, O. Bala, Qualit des ambiances et processus de conception : lexemple des bureaux du nouveau palais de justice de Bordeaux , in Cahiers RAMAU n5 Qualits, Paris, 2006 ( paratre). 4. Lart oratoire des tnors du barreau ne fait plus partie de la culture des avocats, qui sappuient dsormais sur la technicit des dossiers. Dans la pratique ordinaire de la justice, nos interlocuteurs estiment tous que le public et les justiciables entendent mal et ne comprennent pas toujours ce qui est dit. Les dfaillances acoustiques de la salle ne sont pas compenses par la sonorisation juge mdiocre. Les mots se perdent ainsi dans lespace : Je me rends compte quand je parle que les gens nentendent pas bien ce que je raconte, je vois quil y a une dconcentration dans la salle qui naurait pas lieu sils mentendaient bien. [] Au fil de mes questions, je levais la voix, et javais envie de prendre plus despace dans la salle pour que les gens coutent ce qui se passait et soient avec nous : cest trs dsagrable de faire un spectacle et de sentir que le public nest pas avec vous, je naime pas du tout a. [] Je trouve que cest grave, parce que la justice est publique, et quil y a un vrai rle pdagogique. 5. Lun des tmoignages les plus ambigus de nos entretiens voque ainsi des moments magiques en cour dassises : Il faut venir assister ce moment-l, le moment magique o la petite fille va expliquer comment son papa la viole quand elle avait huit ans pour la premire fois. Et tout le monde est compltement tendu vers la parole de cette petite fille qui parle. L il y a un moment magique, alors compltement renforc, dcupl par cette salle daudience. Lorsquon demande cette magistrate les causes de cet effet dcupl, sa rponse justifie les ambitions de larchitecte : la fermeture complte, le fait quil ny ait pas du tout douverture, et la monochro-mie ; ce sont les deux lments que je retiendrais produisant cet effet multiplicateur de lambiance. 6. Dlgation Gnrale au Programme Pluriannuel d'Equipement, anciennement Dlgation pour la Ralisation des Etablissements Pnitentiaires (DREP), constitue en 1992 et supprime en 2001. La DGPPE a t dirige par R. Eladari, ce titre matre douvrage des nouveaux palais de justice. Le 1er janvier 2002, a t cre lAgence de Matrise dOuvrage des Travaux du Ministre de la Justice, qui clarifie les attributions de lex-DGPPE et celles de la Direction de lAdministration Gnrale et des Equipements (DAGE). Le bilan de la DGPPE sera quelque peu gratign par la Cour des Comptes dans son rapport public annuel 2003 (chapitre II, Justice).

  • la responsabilit des quipements de justice. En une dcennie seront construits ou amnags plus dune quinzaine de palais de justice Bordeaux, Nantes, Caen, Grenoble, Montpellier, Draguignan, Melun, pinal, Grasse, Lyon, Nice, Fort-de-France, etc. Le concours doctobre 1993 retient le projet propos par Jean Nouvel, dont la silhouette noire marque autant le paysage urbain que la symbolique judiciaire. Ce projet prend forme dans une vaste enveloppe supportant un tage dbordant sur un parvis inclin. Lenveloppe accueille une gigantesque salle des pas perdus ouverte au nord sur la Loire et la ville (Quai de la Fosse) et une faade de bureaux au sud. Installes dans ce volume et dissocies de la structure mtallique supportant le niveau haut et la toiture, trois botes opaques abritent les salles daudience. Le niveau sup-rieur se dveloppe en attique, au-dessus dune colonnade en faade. Les bureaux des magis-trats et fonctionnaires de justice y sont dploys autour de patios arbors. Le texte de prsen-tation du projet voque le thme de la justesse , tandis que la composition du palais est parfaitement soumise diffrentes dclinaisons dune trame carre voquant rigueur et droiture . La faade sud est ainsi recouverte dune grille indiquant le module lmentaire de la trame grille qui trouve sa justification organique comme pare-soleil pour les bureaux (7). Graphiquement, Jean Nouvel illustre sa proposition par deux images spectaculaires qui oc-cupent le centre de la planche principale prsente au concours (fig. 1). La premire met en scne un espace gigantesque, trs ouvert et irradi dune lumire multidirectionnelle : la salle des pas perdus. Limage de la salle daudience lui est oppose : l'espace est restreint, ferm, inoccup et comme perfor par un prisme solaire instantan, l'effet quasi foudroyant. Cest sur cette image et ce projet dambiance lumineuse de la cour dassises que nous allons nous arrter. Pour lever toute ambigut sur le statut de cette image (on pourrait y voir une reprsentation symbolique quil sagirait de ne pas comprendre de manire trop littrale au stade de lesquisse, une sorte dallgor

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