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« Rapports réels et pratique de la psychologie et de la ... · PDF fileMarcel Mauss, «Rapports réels ... Les temps héroïques - pardonnez-moi ce mot - de Weber et de Fechner,

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  • Marcel Mauss (1924)

    Rapports relset pratique de lapsychologie et de

    la sociologie.

    Un document produit en version numrique par Jean-Marie Tremblay,professeur de sociologie au Cgep de Chicoutimi

    Courriel: [email protected] web: http://pages.infinit.net/sociojmt

    Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html

    Une collection dveloppe en collaboration avec la BibliothquePaul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec Chicoutimi

    Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

  • Marcel Mauss, Rapports rels et pratiques de la psychologie et de la sociologie 2

    Marcel Mauss, (1924)

    Cette dition lectronique a t ralise par Jean-Marie Tremblay, professeur desociologie au Cgep de ChicoutimiLe 17 fvrier 2002

    PARMarcel Mauss (1924)

    Rapports rels et pratiques de la psychologie et de la sociologie

    Article originalement publi dans Journal de Psychologie Normale et Pathologique, 1924.Communication prsente le 10 janvier 1924 la Socit de Psychologie.

    Polices de caractres utilise :

    Pour le texte: Times, 12 points.Pour les citations : Times 10 points.Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.

    dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2001pour Macintosh.

    Mise en page sur papier formatLETTRE (US letter), 8.5 x 11)

  • Marcel Mauss, Rapports rels et pratiques de la psychologie et de la sociologie 3

    Marcel Mauss, (1924)

    Table des matires

    RAPPORTS RELS ET PRATIQUES DE LA PSYCHOLOGIE ET DE LASOCIOLOGIE

    CHAPITRE I Place de la sociologie dans l'anthropologieCHAPITRE II Services rcents rendus par la psychologie la sociologieCHAPITRE III Services rendre par la sociologie la psychologieCHAPITRE IV Questions poses la psychologie

    APPENDICE. Extrait de la conclusion du dbat, par Marcel MAUSS

  • Marcel Mauss, Rapports rels et pratiques de la psychologie et de la sociologie 4

    Marcel Mauss, (1924)

    RAPPORTS RELSET PRATIQUES

    DE LA PSYCHOLOGIEET DE LA

    SOCIOLOGIE 1

    1 Extrait du Journal de Psychologie Normale et Pathologique, 1924. Communication prsente le 10 janvier

    1924 la Socit de Psychologie.

  • Marcel Mauss, Rapports rels et pratiques de la psychologie et de la sociologie 5

    Marcel Mauss, (1924)

    Il y a un danger dans l'honneur que vous nous faites en voulant bien considrer commevtres ceux qui, sans y tre totalement trangers, ne sont que des amateurs de votre science,la psychologie. Vous savez extraire de nous le meilleur de nous-mmes, et, certes, nous nevous en voulons pas. C'est notre devoir strict de vous soumettre nos ides et nos faits. Maisd'autre part, dans cette aventure, nous pouvons nous tromper gravement, et alors, prenezgarde de nous dcourager, de nous empcher, par des critiques lgitimes, de poursuivre destravaux dont nous n'aurons pas su prouver la porte, et qui n'en seraient pas moinshonorables et vrais d'un autre point de vue que le vtre.

    ** *

    Aujourd'hui, je ne vais pas tcher de vous apporter une vritable contribution votrescience. Je vais m'acquitter d'un devoir plus ais remplir, faire une de ces sortes de revuesd'ensemble, de ces comparaisons, de ces bilans de deux sciences, qui, de temps en temps ontleur utilit.

    ** *

    Je le sais - un de mes amis et des meilleurs sociologues le disait spirituellement un jour- ceux qui ne savent pas faire une science, en font l'histoire, en discutent la mthode ou encritiquent la porte .

    Dans une certaine mesure, en effet, je saisis une chappatoire par laquelle je m'acquitted'une tche plus facile que l'invention. La discussion du rapport de nos sciences semble plusbelle et plus philosophique, mais elle est certainement moins importante que le moindreprogrs de fait ou de thorie sur un point quelconque. Mais, entendue comme je l'entends,une discussion pratique des rapports pratiques, des relations actuelles qui lient et doivent lieractuellement et pour quelque temps la sociologie et la psychologie, une discussion de cegenre n'est pas sans utilit et sans porte immdiates.

    Car il ne s'agit plus de philosophie. Nous n'avons dfendre ni la psychologie, ni lasociologie. Les temps hroques - pardonnez-moi ce mot - de Weber et de Fechner, de Wundtet de Ribot sont bien loin. Il y a longtemps que la psychologie s'est spare de sa mrenourricire la philosophie. De mme, il y a dj plus de trente ans que Durkheim sutdfendre la sociologie contre le simplisme individualiste de Tarde, le simplisme brutal deSpencer, et contre les mtaphysiciens de la morale et de la religion. Les progrs de nos deuxsciences, personne ne les conteste plus. Deux gnrations de savants, travaillant en mmetemps dans ces deux compartiments nouveaux des sciences naturelles, nous ont mis hors del'atteinte des thologiens et des dialecticiens de l'me, de l'tre et du bien en soi. Parmi cesfondateurs communs, je nomme: Waitz et Wundt en Allemagne, Romanes et Lubbok enAngleterre, et, en France, Espinas. Grce quarante annes d'efforts, nos sciences sontdevenues des phnomnologies. Nous savons qu'il existe deux rgnes spciaux : le rgne dela conscience d'une part, et le rgne de la conscience collective et de la collectivit d'autrepart. Nous savons que ces deux rgnes sont dans le monde et dans la vie, sont dans la nature.Et ceci est dj quelque chose. Car ceci nous permet de travailler depuis un quart de sicle,chacun de notre ct, les uns l'histoire naturelle de l'homme vivant en socit et les autres la thorie des phnomnes de conscience individuelle. Sur ces deux points fondamentaux : lecaractre phnomnologique et exprimental de nos deux sciences, la division de nossciences, nous sommes tous d'accord. Les seules questions qui nous sparent sont desquestions de mesure et des questions de faits.

  • Marcel Mauss, Rapports rels et pratiques de la psychologie et de la sociologie 6

    Marcel Mauss, (1924)

    Nous ne poserons donc qu'une question pratique et de fait quels sont les rapportsactuels, et quels sont les rapports dsirables, sans doute prochains, de nos deux groupes desavants ? Quelles sont les collaborations rechercher et quels sont les conflits, viterquelles incursions des uns sur le terrain des autres devons-nous nous pargner ? Et aussiquelles questions nous posez-vous auxquelles nous pourrions actuellement rpondre ? Maisaussi quelles questions avez-vous dj lucides et dont le progrs fait avancer nosrecherches ? Quelles questions avons-nous vous poser, plus ou moins urgentes, et surlesquelles nous attendons vos progrs pour pouvoir notre tour faire avancer nos propresattelages ?

    Voil tout ce que je veux dbattre aujourd'hui devant vous.

    Mais voyons quels sont les rapports actuels, dfinis, entre nos sciences.

  • Marcel Mauss, Rapports rels et pratiques de la psychologie et de la sociologie 7

    Marcel Mauss, (1924)

    CHAPITRE IPLACE DE LA SOCIOLOGIEDANS L'ANTHROPOLOGIE

    Retour la table des matires

    La question de ces rapports rels se posera dj fort clairement si nous nous contentons,sans davantage dfinir les phnomnes psychologiques et les phnomnes sociologiques, desituer simplement ces derniers dans l'ordre des faits et dans l'ordre des sciences.

    Vous verrez d'ailleurs que cette position de la question nous permettra de rsoudreprovisoirement le problme si dbattu de la psychologie collective.

    D'abord, il n'y a de socits qu'entre vivants. Les phnomnes sociologiques sont de lavie. Donc, la sociologie n'est qu'une partie de la biologie tout comme la psychologie, carvous et nous n'avons affaire qu' des hommes en chair et en os, vivant ou ayant vcu.

    Ensuite, la sociologie comme la psychologie humaine est une partie de cette partie de labiologie qu'est l'anthropologie, c'est--dire, le total des sciences qui considrent l'hommecomme tre vivant, conscient et sociable.

    Ici, permettez-moi, moi, qui, dans la mesure o je dpasse les cercles troits de mascience, ne prtends tre qu'historien ou anthropologue, et, de temps autre, psychologue, dedire plus prcisment ce qu'il faut entendre par ceci : que la sociologie est exclusivementanthropologique. Tandis que la psychologie, pas plus que la physiologie, ne se borne l'tude de l'homme ; tandis que, par exemple, nos collgues Rabaud et Piron choisissent lessujets de leurs expriences dans toute l'chelle animale, nous autres sociologues, nous neconstatons et n'enregistrons que des faits humains.

    Marquons bien ce point. Je sais que je touche ici la difficile question des socitsanimales. Celles-ci attireront un jour, j'espre, l'attention de jeunes savants qui lui feront sansdoute faire de nouveaux progrs. Mais en attendant, il faut procder avec vigueur et un

  • Marcel Mauss, Rapports rels et pratiques de la psychologie et de la sociologie 8

    Marcel Mauss, (1924)

    certain arbitraire dans toutes ces dlimitations prliminaires. Les socits humaines sont, parnature, des socits animales, et tous les traits de celles-ci se retrouvent en elles. Mais, il estd'autres traits qui les distinguent jusqu' nouvel ordre. Nous n'apercevons, dans le compor-tement des groupes d'anthropodes les mieux forms, dans les troupes de mammifres lesplus solides et permanentes, dans les socits d'insectes les plus hautement volues, nousn'apercevons dis-je, ni ces volonts gnrales, ni cette pression de la conscience des uns surla conscience des autres, ces communications d'ides, ce langage, ces arts pratiques etesthtiques, ces groupements et ces religions, - en un mot, ces institutions qui sont le trait denotre vie en commun. Or, ce sont celles-ci qui, nous le sentons - c'est pour nous un faitpremier, une vidence, un cogito ergo sum -, nous font non seulement homme soci

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