Une Ville id©ale - Jules Verne

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En 1999, le Centre international Jules Verne publiait "Une Ville idéale", édition annotée par Daniel Compère et illustrée par les étudiants de quatrième année de l'ESAD Amiens. Cet ouvrage est toujours disponible mais le CIJV le place à la portée de tous par cette version numérique. www.jules-verne.net - 70 rue des Jacobins - 80000 Amiens - 03 60 24 78 50

Text of Une Ville id©ale - Jules Verne

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  • Siiuer Une Ville ldole

    Lo dcouverte du monuscrit crit en'I 863 de Poris ou XX'scle etson dition en 1994 ont confirmque jules Verne toil iuste tikeconsidr comme l'initioteur illushedes romons d'onticipotion.Dix ons oprs ovoir crit Poris ouXX. sicle, il roffirme dons UneYlle idole so vision d'une cii l'oube du hoisime millnoire.Comme le romon qui l'o prcd,lo nouvelle nous roconte leshommes dons lo ville et l'influencedes progrs techniques sur leurscomportements.tors de son instollotion Amiens,Jules Verne ovoit crit Uaelontoisie du docteur Ox,nouvelle sur une ville endormiesoudoin dope por l'orrive d'unsovont excentrique, et il fout bienle dire demi fou...Aprs son lection ou conseilmunicipol d'Amiens, en 1888,puis suite so rlection enI 892, Jules Verne crit deuxoutres textes d'onticipotion sur loville: une nouvelle, b tourned'un iournolste amrtcainen 2890, en colloborolion ovecson fils, et un romon, L'lle hlice,dons lequel il nous livre sonexprience des compogneslectoroles et imogine une villeflottonte, sorte de porleovion

    gigontesque, porodisde milliordoires, portog enlrel'enchontement et ledsenchontement du monde.De mme que Poris ou X* siclesonctionnoit quinze onnes de lovie de Jules Verne Poris, sesoulres textes morquent les topesde so vie ominoise.Nous ovons voulu que ce lexteporoisse pour lo premire foisillusk, por de ieunes illustroteursfronois qui reprsentent ici lestendonces grophiques de l'on2000. Les imoges soulignenl leton honge de ce texle qui est unepromenode dons lo socit future,mois oussi une promenode donslo copitole de Picordie, tellequ'elle fut, telle qu'elle est. telleque l'o rve Jules Verne.

    llditeur

  • [JneYille idale

    Jules Verne22 illustrations originales

    dition annote par Daniel Compre, maltre de confrence I'Universit de Paris III Sorbonne Nouvelle.

    dition CDJV - La Maison de Iules Vernesous la direction de Jean Paul Dekiss

    Amiens rgg9.

  • ^cDMtE D'lrlu]is

    iJNIE VILLEIDALE

    Lccturc taitc .dans 'la Sancc pttiqrc annucllcda tz Dkcmbrc 1875

    Prt

    {. JULES VERNE.DrEclrut ot t'ecrpxrs

    AMIENSIMPRIUERIE DE T. J.EUIiET

    t.9r Drt Gltuctltr 47

  • AvonFpropos

    llon 2000: ce chiffre qui n'est enrolit qu'une dote, semble tenifierles uns olors que d'ouhes s'enrjouissent et se prporent clbrer ioyeusemenl celvnement.

    Je ne suis plus ks ieune eti'prouve un ogrobletonnement; vivre en l'on 20Q0!Dons mon enfonce. ls porentsen porloienl comme d'un mhe,c'est si loin l'on 2000! Moisnous, fillettes et petits goronsnous en lions cerloins,ce n'toit pos seulemenl unbeou rve.

    Or, il se trouve que JulesVerne, qui ouroit 172 ons en l'on20OO o rv un iour qu'il sepromenoit dons une villetotolement inconnue. Commeon le soit, en l87l il o dcidde se fixer Amiens.

    En 1875, il est Directeur pourun on, de l'Acodmie desSciences, Leltres et A*s, il estoppel foire un discours; cen'est pos le premier puisque deuxoutres ont eu lieu en lo mmeAcodmie, l'un en ionvier. lesecond en iuin 1875, il en ferod'outres por lo suite loni invit porliciper diverses crmonies,inougurotions, dishibutions desprix etc. Ses discours sonl

  • opprcis cor l'humour esltouiours prsent toul enrespectont les ouditeurs et lespersonnolits.

    En ce l2 dcembre 1875,lo sonce est publique. tespersonnolits de lo Ville, moisoussi les porticuliers sonlprsents, et, Mirocle ! On yoccueille mme ces domes, !

    Ds le dbul les ouditeurssont surpris, l'crivoin onnoncequ'il remploce le discourspor le rcii d'une oventurepersonnelle et s'en excuse, c'estintressont, que vo 1-il onnoncer?Rien de possionnonl en foit,dernirement il o ossisl unedistribution des prix et o coutoltentivement le rcil d'uncollgue qui voquoit les chormesde lo Petite Venise queforment les onze bros de loSomme.

    Pire encore, il oioute querentr chez lui, il dne, se coucheet s'endorl... Le lendemoin, il serveille ks lord el s'en tonnecor en se couchont il n'o obsorboucun soporifique el n'o lu oucundiscours officiel. En quoi sesoveux peuvent-ils intresser ceuxqui l'coute?

    C'esl olors que l'on dcouvrele tolent de jules Verne, sosubtilit. ll o l'intention de foireune critique de lo ville dons l'toto elle se trouve cette poque

    mois il est vident qu'il lui foutmnoger lo susceptibilit deschers lus. ll imogine de renverserle ieu et foil dons cette villel'Amiens dont il rve unepromenode. Mois lo ville qu'ildcrit n'exisle pos. So promenodeesl une promenode impossible.Tout y est renvers, c'est un Miroirtronsporenl qui monhe l'endroilet l'envers. C'esl une promenodedongereuse dons une ville qu'il nereconnot pos, qui lui poroiihoslile. ll s'lonne, se pose desqueslions qui restenl sonsrponses.

    ll entend des bruits honges,vile de peu des occidents. De plusen plus inquiet, dons un crescendoinsoutenoble, il pense comme sonmdecin, qu'il devient fou !

    En orrivonl lo Hotoie, il serossure... C'esl oussi ce momentque nous sourons lo suite de cetlehistoire hobilement imogine,ovec une pointe d'humour elbeoucoup de rve.

    ll nous y invile lire enireles lignes, dcouvrir le sel el lofinesse de ses crits.

    Ccile Compre

  • o3

    Mesdames et Messieurs,

    Voulez-vous me permettre de manquer tous les devoirs d'un direc-teur de l'Acadmie d'Amiens, prsidant une sance gnrale, en rem-plaant le discours accoutum par le rcit d'une aventure qui m'estpersonnelle. Je m'en excuse d'avance, non seulement prs de mescollgues, dont labienveillance ne m'a jamais fait dfaut, mais aussiprs de vous, Mesdames et Messieurs, qui allez tre tromps dansvotre attente.

    J'assistais, u commencement du mois d'aot dernier, la distri-bution des prix du Lyce. L, sans qtter mon fautel, guid par M. Ieprofesseur Cartault, devenu depuis notre collgue, j'ai fait une pro-menade dans ce vieil Amiens, si merveilleusement potis par l'ha-bile crayon des Duthoit. De cette excursion travers la petite Veniseindustrielle que les onze bras de la Somme forment au nord de laVille,il ne m'tait rest que de charmants souvenirs. Je rentrai chez moi,boulevard Longueville, je dnai" je me couchai, je m'endormis.

    Jusqu'ici, rien que de trs naturel, et il est probable que, ce jourJ"tousles gensvertueuxse sont conduits de cette faon, qui estlabonne.

  • t4

    J'ai l'habitude de me lever de bonne heure. Or, par une circons-tance que je n'aurais pu expliquer, je ne me rveillai le lendemainque trs tard. L'aurore avait t plus matinale que moi. je devais avoirdormi quinze heures au moins ! D'o venait cette prolongtion desommeil? En me couchant, je n'avais absorb aucun soporiflque ! Jen'avais point ferm les yeux sur la lecture d'un discours officiel quel-conque | . ..

    Quoi qu'il en soit, Ie soleil avait dj pass au mridien, quandje me levai. J'ouwis ma fentre. Il faisaitbeau. Je croyais tre au mer-credi !... C'tait dimanche, demment, puisque la foule des pro-meneurs encombrait Ies boulevards. Je m'habillai, je djeunai endeux temps, etje sortis.

    Pendant cette journe, Mesdames et Messieurs, je devais . mar-cher de surprise en surprise,, pour rappeler un des rares jeux demots qu'ait faits Napolon r".

    Vous allez en juger. peine avais-je mis le pied sur Ie trottoir, que je fus assailli par unenue de gamins qui criaient :

    " Le programme du concours ! Quinze

    centimes ! Qui veut le programme ?-

    Moi", dis-je, sans trop rflchir ce que cette dpense pouvaitavoir d'inconsidr.

    C'est que, laveille, en effet, j'avais prcismentvers la caissedu receveur des contributions le montant de mes cotes personnelleet mobilire. Et, en vrit, je suis, comme tant d'autres, si singuli-rement cot mobilirement et personnellement, que le prix de ceprogramme risquait de consommer ma ruine.

    "Ah ! demandai-je l'un de ces jeunes drles qui m'entou-raient, de quel concours s'agit-il?

    - Du concours rgional, mon prince ! me rpondit l'un d'eux.

    C'est aujourd'hui la clture ! "

    Et l-dessus toute la bande de s'envoler.

  • r5

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    Je restai seul avec ma principaut d'occasion, qui ne me cotait,d'ailleurs, que trois sous.

    Mais quel tait donc ce concours rgional? Si mes souvenirs nem'abusaient, il devait tre clos depuis deux mois ! Il tait vident quele gamin m'avait mystifi en me vendant un vieux programme.

    Quoi qu'il en soit" je pris philosophiquement la chose, et je conti-nuai mon chemin.

    Arriv au coin de la rue Lemerchier, quel fut mon tonnement,lorsque je s que cette rue se dveloppait au-del des limites duregard !J'apercevais maintenant une longue suite de maisons dontIes dernires disparaissaient derrire le renflement de la cte. tais-je donc Rome, l'entre du Corso ? Ce Corso rejoignait-il les nou-veaux boulevards? Un quartier avait-il pouss l, comme uncr)?togame, avec ses htels et ses glises, et cela dans I'espace d'uneseule nuit?

    Il devait en tre ainsi, car je vis des omnibus, oui, des omnibus !-

    ligne F, de Notre Dame aur Rsentoirs- qui remontaient l rue avecdes charges de voyageurs !

    " Parbleu, me dis-je, je vais demander au prpos de l'octroi ce

    que tout cela sigrrifle ! "

    Je me dirigeai vers le pont que l'un de nos anciens collgues a silgamment jet au-dessus du chemin de fer de la Compagnie duNord.

    Absent, le prpos ! Pourquoi cette absence ? Est-ce que, depuishier, I'ocrroi aurait t report la nouvelle enceinte des boulevards ?Je le saurai. S'il n'y a plus de prpos au bout sud du pont, il y a, dumoins, un bon pauwe au bout nord, et ce brave homme me dira.. .

    Je m'avanai. Un train passait, marchant petite vitesse. Le mca-nicien branlait l'air de ses coups de sifflets et purgeait ses cylindresvec un llacas assourdissant.

    Fut-ce une illusion de m