Travailler avec les d©chets au marges urbaines (Le .Travailler avec les d©chets au marges urbaines
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  • Travailler avec les dchets au marges urbaines (Le Caire, Casablanca et Istanbul)Bndicte Florin

    Article publi pages 71 75 dans Vies d'ordures. De l'conomie des dchets, sous la direction de Denis Chevalier et Yann-Philippe Tastevin, Edition Artlys et MuCEM, 2017, 233 pages.

    Au Caire, Casablanca ou Istanbul, les rcuprateurs ont toujours t repousss aux marges, aux limites, dans les interstices et les trous des mtropoles. Ainsi, au Caire, les zabblin de Batn el Baqara le Ventre de la vache se sont tablis dans une carrire o taient jetes les entrailles des animaux provenant des abattoirs. Les boura de Casablanca trient les dchets rcolts dans des dpressions topographiques aux confins de la ville ou mme la dcharge de Mdiouna. Quant aux toplayclar dIstanbul, ils rapportent leur collecte aux dpts des grossistes informels situs dans les quartiers de Suleymaniye et Tarlaba. Ces espaces constituent des marges urbaines au coeur de la ville du fait de leur rputation dangereuse, de leur pauvret et de la dgradation de lhabitat, comme lexplique Mehmet : Ici, cest le quartier le plus pauvre dIstanbul, il y a des criminels, cest vraiment un mauvais quartier ! Quand on vous a vu arriver, on sest dit que vous auriez d aller ailleurs . Ces dpts occupent les maisons vtustes, les caves ou les friches. Les toplayclar vivent souvent dans des chambres de clibataires exigues et sans confort et des rcuprateurs migrants se sont installs dans des btisses menaant ruine.

    Suleymaniye, proche de Sainte-Sophie, et Tarlaba, en contrebas de la clbre avenue Istiklal, sont proches des quartiers touristiques et des projets de rnovation urbaine y sont dj engags. Dans les trois mtropoles, les rcuprateurs savent que leur prsence est menace par des projets immobiliers soutenus par les municipalits.

    Le travail avec le dchet est toujours producteur de marge territoriale, ainsi que lcrivait ds les annes 1960 le gographe Jean Gouhier. La marginalisation spatiale et lexclusion sociale participent au stigmate qui marque les rcuprateurs.

    En priphrie de Casablanca, le quartier des rcuprateurs de Lahraouine est born par une large rocade, des champs et un bidonville o vivent les familles. Cette localisation les rend quasi invisibles de lextrieur et la prsence des autorits ne se manifeste que par le passage quotidien du chef de quartier qui surveille les ventuels dparts dincendie. terme, lendroit est menac par la construction dun lotissement et, si les boura ont reu rcemment la visite dun bureau dtude venu les recenser, ils supposent que cest en vue de leur prochaine expulsion

    Quelle que soit la ville concerne et malgr la discrtion des activits lies aux dchets, celles-ci sont pourtant fort identifiables par les va-et-vient des charrettes des rcuprateurs, des pick-up ou des camions des grossistes chargs de matriaux. Ces circulations incessantes rendent bien compte de linsertion de ces activits dans lconomie urbaine informelle et formelle et ce lchelle mtropolitaine.

    Ici, chaque golssa, lieu de tri, empaquetage et recyclage, est ferme par des palissades, bches, planches, tles ondules, toiles ou dchets schs compresss. Sur ce site de 500 hectares, environ 500 personnes travaillent, mais bien davantage circulent.

    Les rcuprateurs possdent du btail quils nourrissent avec les dchets organiques rcuprs sur les marchs. Ils vivent dans les douars (anciens villages) et bidonvilles voisins ou mme les golssas dans des cabanes surleves qui les protgent des btes nuisibles. Au gr des saisons agricoles, beaucoup de jeunes hommes font laller-retour entre Lahraouine et la campagne o rsident leurs familles. Certains rcuprateurs sont spcialiss : plastiques, bouts de tissus, laine, mousses pour matelas, etc. Dautres sont polyvalents et trient au sein de leur golssa les matriaux en fonction de leur composition.

    Sans eau courante, ni assainissement, ni lectricit en dpit de la prsence des lignes haute tension , les broyeuses de plastique fonctionnent grce des groupes lectrognes polluants et leau ncessaire est puise aux fontaines collectives des douars. Malgr des conditions de vie et de travail difficiles, les boura (driv du mot franais boueurs ) de Lahraouine refusent dtre compars aux mikhala (fouilleurs) de la dcharge de Mdiouna qui, eux, sont littralement dans des dchets indiffrencis, souills et parfois dangereux. Dailleurs, les boura de Casablanca, comme les chiffonniers du Caire, disent ne pas connatre ceux des dcharges. La localisation des sites sarticule ainsi troitement la nature du dchet et aux modalits du mtier : au plus loin de la ville, encore plus invisibles, dans le reste du reste et au dernier rang du travail rsident les gens des dcharges, dont il est vital de se distinguer lorsque lon recycle.

  • Vue panoramique d'un depo du quartier de sleymaniye, Istanbul, Turquie, 2016, photographie Pascal Garret

  • Les golssas de Casablanca, en arrire plan le quartier d'Attacharouk et les limites sud-est de l'agglomration, Maroc, 2015, photographie Pascal Garret

  • Les golssas de Casablanca, Maroc, 2016, photographie Pascal Garret