secouez - cesep.be ?· J'ai cinquante ans mes chers aïeux et je me souviens encore d'un beau et grand…

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  • secouezBelgique Belgi

    P.P.Bureau de dpt

    1099 - Bruxelles X6/934

    P701314

    les idesn84

    Dans ce numroDans ce numroUtopie et rationalit par Francis MARTENSLibert, galit, solidarit, ne sont pas de vains mots. Ils constituent nanmoins untrsor fragile. Le pire serait de les dgrader en slogans (c'est--dire en touffe-pen-se. Il faut donc se faire les inlassables thoriciens de la libert, de l'galit, de lasolidarit, pour donner nos engagements plus qu'un fondement passionnel. p.4

    Articuler vie professionnelle et familiale : toujours une affaire de femmes ?par Anne-Marie DIEUHistoriquement, c'est l'avnement et le maintien sur le march du travail salari etindpendant des mres depuis les annes 1970, qui a permis de rendre visible la ques-tion de la conciliation des temps de vie, essentiellement conue comme celle dupartage du temps entre la sphre professionnelle et la sphre familiale. Toujours uneaffaire de femmes ? p.7

    Savoir partag par Claire FREDERICDes situations de formation provoquent crispation, mfiance ou suspicion et nousont invit poser cette question : finalement, qui appartient le savoir ? Une explo-ration la fois juridique, dontologique et thique. p.9

    Parcours du formateur : Marc D'HONDT par Florence DARVILLE p.12

    Articulation n43 : Solitaires ou solidaires par Grard de SELYS Alors qu'audbut des annes 70, la dmocratie, le front, la collectivit taient au centre desproccupations et des revendications, aujourd'hui cela parat de la vieille histoiredpasse. Est-ce vrai ? Si c'est vrai, est-ce universel ? Si c'est vrai, de quels proces-sus est-ce le rsultat? Si c'est vrai, y a-t-il eu volont dlibre d'en arriver l et quil'a exerce ? Est-ce faux ? Si c'est faux, la solidarit prend-elle d'autres formes, semanifeste-t-elle autrement ?

    Agenda des formations p.14

    -vous Priodique trimestriel du CESEP ASBLdcembre 2010 | janvier | fvrier 2011Centre Socialiste d Education Permanente ASBLRPM Nivelles 0418.309.134.rue de Charleroi 47 1400 Nivelles - tl. : 067/219 468 - 067/890 866 - Fax : 067/210 097Courriel : infos@cesep.be - www.cesep.be

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    Edito

    Le sapin de Nol

    Mes chers aeux,

    Il fait sombre ici bas. Les ftes qui se prparent seront bientristes. Chaque anne, le sapin se dgarnit, les boulesternissent, les guirlandes s'effilochent, les ampoules s'teignent.J'ai cinquante ans mes chers aeux et je me souviens encored'un beau et grand sapin resplendissant, brillant de millelumires irises, scintillant de millions de points d'or et d'argent.La sagesse, le progrs social, l'galit, le respect, la libert, lasolidarit, la concorde et bien d'autres encore se balanaientdans la ramure. C'est vous qui les aviez accrochs, parfois dansles plus hautes branches, au pril de votre vie. Vous vous bous-culiez dans les frondaisons pour imposer les boules de votrechoix. Il vous arrivait mme de vous empoigner pour une sim-ple petite nuance mais vous nous aviez lgu un beau sapin.Adolescent, je l'admirais, il m'interpellait et me rassurait. J'avaisl'impression qu'il tait immuable, qu'il ne pouvait qu'tre plusbeau chaque anne. Je voulais moi aussi le garnir, complter lesvides, les zones d'ombre, nombreuses encore, qui nedemandaient qu' s'clairer. Cela me semblait vident, facilemme. J'en voyais qui montaient encore dans le sapin, quis'chinaient dans les branches pour accrocher leur contribution ce " grand uvre " des Hommes. Je me souviens que l'toile,tout l haut sur la cime, m'intriguait particulirement. Elleclairait jusqu'aux zones les plus sombres. Je ne comprenaispas ce qu'elle reprsentait. Hlas, un jour, l'arbre perdit de son clat. Une petite boulecasse par-ci, une ampoule claque par-l. Rien de bien grave,juste un peu d'entretien et il n'y paratrait plus. L'anne sui-vante, c'tait pire. Et ainsi de suite, chaque Nol un peu plus.Ce sapin ne sduisait plus les hommes qui ont alors commenc y poser des dcorations factices et sans clat. Certains cepen-dant, vaillants, conscients du dsastre, ont entour le sapin,pour le protger tant bien que mal. Malheureusement, cela n'apas suffi. Je suis bien pessimiste ! Vous m'entendez ? Vous croyez que jetremble parce que mon pays se dlite, qu'il se dchire pour despeccadilles. Il n'en est rien. Ce plat pays est simplement uneillustration de la dure ralit qui veut que les hommes d'aujour-d'hui sont chaque jour moins capables de marier leurs dif-frences. En soi, que l'on dcoupe le drapeau en trois ou enquatre n'a aucune importance. Vous dites mes chers aeux ?Faire mon bagage et partir ? Aller vers des cieux plus clments,auprs de peuples qui aiment encore les sapins tincelants ? J'ai pris mon baluchon mes chers aeux et j'ai fil plein sud. Dusommet d'un vallon, j'ai vu " Libert, Egalit, Fraternit ". Lesplus belles boules du sapin, accroches jamais aux frontonsdes mairies. Quelle invitation ! Et quelle dsillusion ! Ce grandpeuple a plac sur le trne un petit acteur de srie B qui lui jouedepuis trois ans " Plus moche la vie " l'il riv sur l'audimat.Quand l'indice d'coute diminue, il accroche des cocardes ausapin, organise des voyages pour les roms et fait une vire noc-turne en banlieue. J'ai pris mes jambes mon cou et piqu versl'est. En chemin, j'ai travers des banques avec des forts etdes montagnes pour jardins. Un paysage au cordeau, astiqumatin et soir, peupl d'habitants d'une ponctualit inoue. J'ait tent d'y poser mes bagages. Je me suis vite ravis. La " Rolex " au poignet ne garantit pas l'ouverture d'esprit, c'estbien connu depuis peu. Ces gens sont tout bonnement inca-pables d'apprcier autre chose que les pierres de leurs clo-chetons1. Je suis ttu, j'ai relac mes souliers pour aller les userdans la botte. Je n'y ai trouv qu'un vieux magnat gomin et

    lift qui mne son peuple la ruine pour s'viter la fracheurd'une cellule. Voil une faon bien cavalire de se comporterpour un chef d'Etat ! Tant pis pour moi mais comme le dit unecollgue, on ne va pas pleurer pour une lasagne ! J'ai pris lebateau. J'estimais qu'avec Socrate, Platon et Pricles pouraeux, on ne pouvait tre qu'une grande nation. Encore rat !J'ai d'abord cru que le mlange " Retzina " et " Ouzo " me don-nait la berlue mais j'avais bien tenu le coup. Eux par contre ?!Au pied mme de l'Acropole, ils ont renou avec la chasse auxmtques, comme aux pires heures de l'histoire de Sparte2.Alors pour moi, le sud... basta ! Cap au nord. Atterrissage aubord des canaux. Un autre pays bien propret, un peu trop plat mon got mais pourquoi pas ? Pourquoi pas !!!??? Parce quej'y ai trouv des foules dj trop nombreuses en pmoisondevant un blondinet peroxyd qui prche la haine, des digueszlandaises aux les frisonnes3. Je les ai fuis mes chers aeux.O aller ? Et pourquoi pas dans le poumon conomique del'Europe ? Quelle navet ! Je pensais qu'un pays qui avait subi ce point les errements coupables d'un des plus grands fous san-guinaires de l'histoire avait dfinitivement vir sa cuti. J'tais peine arriv que j'entendais la chancelire du lieu dclarer hautet fort " Les politiques visant crer une socit multiculturelleen Allemagne ont totalement chou "4. Allez Mesdames etMessieurs les centaines de milliers de Turcs et tous les autresqui faites tourner la " kolosale " machine Euros, honte vous,vous n'tes pas intgrs, vous ne mangez ni choucroute, nicochonnaille. Pire encore, vous ne buvez mme pas de bire aulitre ! Encore une qui dmolit les guirlandes et me fout lesboules. Eric me suis-je dit, cent fois sur ton paule remets tonbaluchon. La Scandinavie me tendait les bras. Mazette !Quelques beaux modles scandinaves pour m'accueillir brasouverts, je n'allais pas hsiter. Hlas, alors que je saluais lapetite sirne celle-ci me rpondit : " Passe-moi un LEGO5, jeconsolide la forteresse contre les trangers "6. Je n'avais plusqu' reprendre mon chemin. J'allais m'embarquer pour un deshauts lieux de la dmocratie moderne, la star, la Marilyn scandi-nave quand j'ai appris qu'elle aussi tait atteinte d'un dbut depeste noire7. Je pensais me rabattre sur le pays des rennes etdes lacs. Je lisais le journal, sur le quai d'embarquement, quandj'ai vu que la prsidente du parti chrtien dmocrate dclarait"de toute vidence, une personne sait qu'elle fait quelque chosede mal d'un point de vue chrtien si elle est dans une relationhomosexuelle" 8. L, dans un premier temps, je l'avoue, cela m'aun peu soulag. Aprs-tout, chacun son " Lonard ". Je mesuis cependant bien vite repris. J'ai fil la billetterie pourchanger ma carte d'embarquement. J'ai alors entendu une voix :" Eric, cesse de perdre ton temps. Tu veux partir ? Traversel'ocan, plein ouest, va dans le nouveau monde ". J'ai donc prisun visa pour aller visiter " le garant de la libert du monde ".J'ai cru que je m'tais tromp d'avion ! Atterrissage " Jesusland ". Des millions de " Oh my God " sontvenus me vendre leur libert, une bible bout de bras et laWinchester9 sur l'paule. J'ai pris mes jambes mon cou etembarqu dans le premier avion pour Bruxelles, dgot jamais d'aller voir " le mieux des autres ". Tel tait mon priple mes chers aeux. Je vous le dpeins avecla palette des couleurs chaudes de l'humour, cet opium de l'in-quiet. J'ai rencontr des fous dangereux. Ces gaillards l met-tent des bougies dans le sapin, au risque de l'embraser unebonne fois pour toutes.

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    Partir ne sert rien. Pour aller o ? Le monde plonge dans lestnbres, de la Gaume la Flandre, de l'Attique Long Island.Puis-je pour autant lever les yeux vers vous pour me plaindre ?Jamais ! Ce serait dplac. Vous aussi, les plus anciens, aveztrouv un arbre bien sombre mais vous y avez cru. Vous avezsaisi le tronc pleines mains, vous y tes monts et l'avez garnijour aprs jour. Vous y avez crois des malades qui ont bien failli tout incendier. La crainte, le dcouragement, le dgot ontt vos compagnons de route mais ils n'ont pu vous empcherde n