Pichon Lacan

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Edouard Pichon Compte rendu et discussion d'un article de Lacan sur la famille Revue française de psychanalyse 1939, XI, 1, p. 107-135.

Text of Pichon Lacan

  • Revue franaise depsychanalyse (Paris)

  • Socit psychanalytique de Paris. Revue franaise de psychanalyse (Paris). 1927.

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  • La Famille devant M. LacanPar Edouard PICHON

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    Voil M. Jacques-Marie Lacan lu membre titulaire de la

    Socit psychanalytique de Paris certes, il devient ainsi quelquechose mais, heureusement pour lui, il n'avait pas attendu nos

    suffrages pour tre quelqu'un. C'est en effet juste titre queM. Lacan passe pour un des esprits les plus brillants de la jeune

    gnration psychiatrique franaise.C'est pourquoi il serait de l'intrt de tous les psycho-

    pathologistes qu'il se dgaget d'une certaine cuirasse o son

    esprit se chartre cuirasse faite la fois d'un jargon de secte et

    d'une prciosit personnelle. Ses ouvrages en sont dpars.Ce n'est pas que je rprouve tout modelage conscient de soi

    par soi le recherch peut tre exquis, et les esprits distingusavoir raison de ne point se prostituer aux gots du vulgairemais, dans le cas particulier, il ne me semble pas que M. Lacan

    ait choisi pour son esprit, que toute sa formation tant hrditaire

    que familiale et sociale fait franais, une parure qui lui con-

    vienne. Un de ses ans, qui a t quelque peu son matre et quiest rest son ami, ai, je crois, le droit de le lui dire, et peut-tre,si je suis cout, M. Lacan, qui est encore tout tlorissant de bel

    ge, pourra-t-il bientt donner ce qu'on attend de lui.

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    Les rflexions qu'on vient de lire me sont inspires par la

    lecture attentive de l'article sur la famille que M. Jacques Lacan

    vient de publier dans l'Encyclopdie franaise, mise en chantier

    par M. Anatole de Monzie. Chacun sa petite performance

  • EDOUARD PICHON

    M. Lacan a lu Hegel et Charles Marx mais nous, nous avons lu

    M. Lacan. Et lire M. Lacan, pour un Franais, c'est comme on dit

    familirement, du sport Je crois qu'on peut oser le lui dire, car

    il sait crire, et bien crire beaucoup de passages de ses ouvragesnous en convainquent. Les difficults dont son style est cuirass

    sont donc des blindages dont il se carapace secondairement, pourne se montrer que sous l'aspect prmdit de chevalier de telles ou

    telles confrries.

    Tous les professeurs d'anglais apprennent nos enfants se

    mfir des tratrises de la similitude apparente de tels mots anglaisavec des termes de notre langue. M. Lacan aurait d se souvenir

    que l'allemand demandait des prcautions de mme ordre. Comme

    il lui a plu de ne pas se le rappeler, il crit souvent avec des mots

    franais, en n'y entendant, c'est le cas de le dire, que le haut-

    allemand.

    Depuis longtemps, la langue franaise distingue entre la civi-

    lisation, fait collectif, et la culture, fait personnel. M. Lacan oublie

    cette distinction sans cesse, il dit culture pour civilisation, et

    cela nuit, en plusieurs passages, trs nettement la clart du sens.

    L'on pouvait esprer pourtant que les grosses blagues qu'on fai-

    sait en France pendant la Guerre de Quatre Ans sur la coul-

    tour allemande auraient eu au moins pour rsultat de faire

    pntrer dans des milieux assez tendus la discrimination entre

    culture et civilisation. Ce n'est servir ni la vritable culture, ni la

    civilisation propre notre peuple que d'en adultrer ainsi la

    conception.De mme, M. Lacan germanise dans l'emploi qu'il fait du mot

    dialectique. Les auteurs franais les plus classiques se sont servis

    de ce mot pour exprimer l'ensemble des ressources que les argu-

    mentateurs tirent d'une logique habilement, voire trop habilement,

    manie. Aussi bien Sixsx-rtx-] a-t-il ce sens ds Platon. Honnte

    Franais, qui savez tout cela, abordez un texte de M. Lacan, ce

    texte vous restera lettre close vous lirez avec ahurissement que

    le masochisme primaire est un moment dialectique C'est que

    dialectique, dans Lacan, a un sens purement allemand, dont il

    faut aller chercher la clef dans Hegel et dans Marx. L'Encyclo-

    pdie est certes bien inutile, si elle prsuppose que ses lecteurs

    sont dj initis l'hglianisme et au marxisme au point d'en

    avoir assimil, sans la transposition d'ailleurs ncessaire, le voca-

    bulaire tranger,

  • LA FAMILLE DEVANT M. LACAN

    Il y a plus encore, et plus indfendable. Tous ceux qui ont

    rflchi, ne ft-ce qu'un instant, la question de la formation

    mentale de l'enfant, savent quel problme ardu c'est que de dis-

    tinguer les lments psychiques biologiquement transmis d'avec

    ceux qui rsultent des paroles et des exemples fournis par les

    ducateurs. A Vhrdit s'oppose ainsi la tradition le problmeest clairement pos. Mais n'oublions pas que le terme tradition

    est proscrit ne savez-vous pas qu'il sent son ractionnaire et son

    bourgeois ? Aussi, parat-il, un M. Conn a-t-il cr, pour exprimer,entre les gnrations, la continuit psychique dont la causalit

    est d'ordre mental le terme d'hrdit sociale. Fallait-il faire un

    sort cette sottise ? M. Lacan l'a cru. Il ne rapporte peut-tre ce

    terme qu'avec une certaine ironie, mais alors bien secrte Certes

    il reconnat que ce terme est assez impropre en son ambigut

    (tu parles !), mais il ne le monte pas moins en pingle. Or, en

    vrit, ce M. Conn fait comme nos politiciens, qui ont rsolu le

    problme des sergents de ville, des monts-de-pit, des asiles de

    fous, etc. en les appelant respectivement des gardiens de la paix,des tablissements de crdit municipal et des hpitaux psychia-

    triques.D'autres fois, la bizarrerie vocabulaire ne parat pas avoir

    d'autre but que d'tonner. Pour melting-pot, par exemple, bien des

    lecteurs franais ignorent ce que cela veut dire. Pour ma part, ce

    n'est qu'en recourant un dictionnaire anglais que je l'ai appris.M. Lacan croit-il srieusement que ce terme lui tait indispen-

    sable pour dire que Vienne-en-Autrichc, entre 186D et 1914, tait

    le lieu de rencontre et de compntration des murs les plusdiverses ?

    Le recours un mot impropre est un des effets qu'aime

    M. Lacan mais une improprit n'est jamais sans nuire la"

    porte mme des ides de son auteur. Le franais, langue dlicate,

    ayant, dj demander, rclamer, exiger, etc. rserve depuis long-

    temps postuler, dans la disance philosophique, une exigence

    d'ordre logique telle affirmation, dit-on, postule qu'on ait admis

    telle prmisse. C'est pourquoi j'ai relu trois fois la phrase sui-

    vante les conditions de milieu que postule le dveloppement

  • EDOUARD PICHON

    ment des jeunes exige certaines conditions de milieu. Mais alors

    qui le condamnait employer postuler , que le dsir de recou-

    rir un terme inattendu, qui droutt et patt un instant le

    lecteur ?

    De mme, dire que M. Freud a imagin le complexe d'dipe,c'est laisser entendre qu'on ne croit pas i l'exactitude de cette

    sienne conception or, il semble bien que M. Lacan ait voulu dire

    que le matre de la psychanalyse avait dcouvert l'existence de ce

    complexe.

    Pourquoi drouter les gens en employant les bons vieux mots

    hors de leur sens ? Et pourquoi refuser de se servir des termes

    ordinaires quand on a prcisment exprimer l'ide qu'ils vhi-

    culent ? Civilisation, tradition, exiger, taient la disposition de

    M. Lacan comme des autres Franais. Le nologisme n'est lgitime

    que pour introduire dans un idiome donn une ide nouvelle et

    il doit alors ne pas prter l'quivoque.

    Rep