NOUS SOMMES DE RACE DlVIKE NOUS SOMMES DE RACE DlVIKE ¢« Nous sommes de race divine. (Acles, 17, 2S.)

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  • NOUS SOMMES DE RACE DlVIKE

    « Nous sommes de race divine. » (Acles, 17, 2S.)

    Si vous me demandiez quelle est l'origine

  • I 60 NOUS SOMMES DE RACE DIVINE

    l'homme à son image. >> Cette question de notre ori-

    gine est en relation étroite avec celle de notre fin :

    car si nous sortons de la poudre, nous_ retournons

    à la poudre; s'il n'y a en nous qu'une des formes de

    l'animalité, nous n'avons à attendre que le néant.

    Si, au contraire, il y a en nous un fils de Dieu, nous

    retournons à Dieu; si nous avons été créés en âme

    vivante, la mort n'est qu'une transition, non un

    terme définitif, une dissolution sans retour!

    Question capitale, question toujours actuelle,

    qui tourmente les savants, et que se pose, comme

    malgré lui, l'homme le moins exercé au travail de la

    pensée. En vain les distractions de la vie essayent de

    nous étourdir. En vain le positivisme du jour veut

    nous persuader que ce sont là des interrogations

    inutiles, parce qu'elles sont sans issue. Chaque fois

    que nous voyons passer dans nos rues un cortège

    funèbre, chaque fois que nous échappons dans une

    heure de recueillement au tumulte de la vie, nous

    entendons une voix intérieure, semblable à celle de

    l'ange qui se tenait sur la route du désert et qui

    disait à Agar, la servante d'Abraham : « D'au viens- tu? ou vas-tu? » Essayons de résoudre la première

    de ces questions; ce sera du même coup résoudre

    la seconde.

  • NOUS SOMMES DE RACE DIYINE I (, J

    I

    En dehors de toute préoccupation philosophique et religieuse et en ne tenant compte que des faits qui tombent sous les sens, est-ce que nous ne voyons pas le sceau d'une origine divine empreint

    sur l'humanité? L'homme, le dernier venu dans la série des êtres,

    l'homme que l'animal surpasse. souvent en force et

    en adresse, l'homme si dép~ndant, si débile, si

    impuissant en apparence, est pourtant le roi incon- testé de la création. Il la domine par sa victoire per- manente sur la nature qui lui oppose en vain ses lois invariables, son mouvement ou son inertie, ses forces aveugles ou sa prodigieuse activité. Il triomphe du temps et de l'espace; à son gré, il abaisse les montagnes ou élève les vallées; il perce les isthmes et fait communiquer les océans, et il commence à prendre possession de l'empire des airs.

    Mais l'homme m'apparaît encore plus grand dans son action sur le monde des esprits. C'est là qu'il

    est vraiment créateur. De sa pensée jaillissent des éclairs de lumière. Il prend la plume, et il compose un traité où sont débattus les plus hauts problèmes

    3e série. II

  • I 62 NOUS SOMMES DE RACE DIVINE

    de la science et de la philosophie; il écrit un poème qui résume les tragiques péripéties de la

    destinée humaine, en sone que les créations d'un

    Platon, d'un Aristote, d'un Homère ou d'un Dante,

    restent vivantes et jeunes, après que des · milliers de

    générations ont passé. - L 'homme ouvre b bouche, et des multitudes subissent l'ascendant de sa parole .

    Elles sont là, immobiles, muettes, mais agitées

    intérieurement par les diverses émotions que cette

    âme vibrante leur communique. - L'homme prend

    un ciseau ou une valette, et il fait apparaître des

    lignes harmonieuses, des formes idéales, des cou-

    leurs saisissantes; il incarne dans le marbre ou sur

    la toile une beauté supérieure qui semble un rayon

    détaché des sphères éternelles . - L'homme s'em-

    pare d'un instrument de musique, et il fait entendre

    à nos oreilles, ou plutôt à nos âmes, une langue nouvelle qui exprime ce que la langue humaine ne peut dire, - excitant ou calmant nos passions, et

    renouvelant la légende d 'Orphée qui domptait par les sons de sa lyre les fauves du désert. - Est-ce

    qu'en assistant à ces triomphes du génie, vous ne

    découvrez pas, à travers l'infirmité humaine, je ne

    sais quelle royauté primordiale qui vous fait dire

    avec orgueil : " Nous sommes de race divine! "

  • NOUS SOMMES DE RACE DIVINE 163

    u

    Le bien est au-dessus du beau dans l'ordre des

    grandeurs. Encore ici, ne trouvez-vous pas dans

    l'humanité plus d'un vestige de sa noble origine?

    L'homme a l'instinct de la perfection, il salue l'idéal

    moral sans l'atteindre, et s'il n'accomplit pas le

    bien, du moins il le rêve avec enthousiasme. Par- fois même, voué au péché par l'ensemble de sa vie,

    il nous offre des réalisations partielles de la beauté

    morale. 'est-il pas vrai que tous les sentiments

    élevés de la nature humaine, la piété filiale, l'affec- tion conjugale, l'amour maternel, le patriotisme ont

    reçu l'illustration de nobles exemples? Combien d'actes généreux, combien de sacrifices célèbres ou

    obscurs! Quelle nomenclature consolante que celle

    des héros de l'abnégation! Voyez chaque année les découvertes touchantes arrachées à l'obscurité par de pieux investigateurs qui postulent, pour leurs modestes héros, des prix de vertu . La tradition du

    martyre a-t-elle jamais été interrompue,-depuis le

    missionnaire qui meurt pour sa foi ou le soldat qui

    meurt pour son drapeau, jusqu'au jeune interne

    des hôpitaux ~uccombant à la diphtérie, à côté de

  • 164 NOUS SOMMES DE RACE DIVINE

    l'enfant qu 'il vient de sauver? - Et, dans un autre

    ordre d'idées, n'avons-nous pas vu quelquefois des

    êtres si rares et si purs qu'ils nous paraissaient éga-

    rés sur la terre et atteints d'une nostalgie céleste?

    Traces touchantes de la vocation et de la pureté

    primitives de l'homme. Oui, plus une âme est éle-

    vée, plus elle a le sentiment du désaccord profond

    entre ce qu'elle conçoit et ce qu'elle réalise, car

    notre idéal monte à mesure que nous grandissons. Créée pour le ·bien, mais le plus souvent vaincue

    par le mal, elle acquiert le sentiment mélancolique

    d'une origine divine, tristement démentie, et c'est

    bien elle qui souscrirait à ces vers d'un poète:

    Je me dis bien souvent : de quelle race es·tu ! A mes vagues regrets d'un ciel q ue j'imagine, A mes dégoùts divins il faut une origine. Vainement je la cherche en mon cceur de limon. Et moi-même, étonné des douleurs que j'exprime, Je sens en moi pleurer un étranger sublime Qu i m'a toujours cac hé sa pat rie et son nom!

    Écoutons-le gémir en nous, ce sublime étranger, car il nous répète la parole de l'apôtre : « Nous sommes de race divine. »

    Voui vous étonnez peut-être de mon langage, car j'ai l'air d'exalter l'orgueil humain. Moi, pré-

  • NO S SOMMES DE RACE DIVINE I 6 5

    dicateur de la loi de Dieu et de la déchéance

    humaine, je n'oublie pas que ces beaux traits que

    je relève sont comme des éclairs dans la nuit,

    comme des parcelles d'or égarées dans la fange.

    Hélas! il n'est que trop vrai, les facultés humaines deviennent souYent des puissances malfaisantes.

    Est-ce que le courage et l'énergie de la volonté,

    mis au service d' un immense égoïsme, ne sont

    pas des instruments de tyrannie et de destruc-

    tion? Est-ce que le don du génie dans la science,

    les arts, la littérature, ne sert pas à éloigner les hommes de Dieu, à les enivrer d un orgueil impie, à les enchanter pour les corrompre? Ceux que l'humanité appelle grands ont été plus d'une

    fois des Satans déguisés. - Eh bien! à cela aussi vous pouvez mesurer la grandeur de l'homme.

    Tandis que la brute est limitée dans le mal qu'elle peut faire, l'homme dispose au contraire d'une

    puissance de perversité vraiment infernale. Voyez

    l:t savante préméditation, le génie effrayant des crimes modernes! En sorte que, - si, d'une part, ce

    qui brille

  • I 66 1'0US SOMMES DE RACE DIVINE

    adage: « Tombe plus bas qui tombe de plus haut » ;

    ainsi se confirme la parole de l'apôtre : « Nous

    sommes de race divine! n

    III

    Un fils de Dieu dechu de sa grandeur première,

    voila l'idee que l'observation des faits nous donne

    de l'homme. Et il se trouve que c'est aussi l' ensei-

    gnement formel de notre vieille Bible, si dedaignee

    par plusieurs aujourd'hui.

    La Bible nous montre l'homme sorti pur des

    mains de son Createur. Il domine sur la nature

    materielle et il est appele à entretenir avec son Dieu une relation filiale. Mais , si Dieu a cree l'homme

    libre, il faut qu 'il le soumette à une épreuve, pour que cette liberte s'affirme et se constitue. Il

    faut que l'homme passe de l'innocence instinctive

    à la sainte te consciente, de l'enfance morale à la majorite morale, c'est-à-dire à l' obeissance vo- lontaire. Or, que nous dit encore la Bible? Elle

    nous dit tristement, avec l' experience et avec l'his- toire, que l'homme a succombe dans cette epreuve decisive, et qu'au lieu d'user de sa libene pour se

  • . ·ous so. t lES DE RACE DIV! E 167

    Jonn r à Di u, il en a us pour s révolter contre lui. L'homme st donc un roi, mais un roi qui a

    laissé tomb