Lucien de Samosate, philosophe

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  • ^ /-ai

  • LUCIEN DE SAMO'SATEPliilosopHe

    Par

    M. Emile GUIMET

    PARISERNEST LEROUX, DITEUR

    28, rue Bonaparte (Vie)

    1910

  • >?^ ERNEST LEROUX, DITEUR,. ^v RUE BONAPARTE , 28\

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  • c^u^-.

  • LUCIEN DE SAMOSATE PHILOSOPHE

  • Extrait de la Bibliothque de vulgarisation

    du Muse Guimet, t. XXXV, 1910

    Ghalon-9r-Sane, Imprimerie franaise et orientale E. Bertrand

  • LUCIEN DE SAMOSATEPhilosoplie

    t'AR

    M. Emile GUIMET

    PARIS

    ERNEST LEROUX, DITEUR28, rue Bonaparte (Vie)

    1910

  • su

    / H 10

  • LUCIEN DE SAMOSATEF*hiilosoplae

    PAR

    M. Emile GULMET

    Lucien de Samosate crivait dans la seconde

    moiti du Ile sicle de notre re. Il y avait alors

    un grand mouvement intellectuel ; la jeunesse

    courait aux coles, elle alternait les exercices du

    corps avec les travaux de l'esprit, l'histoire,

    la littrature et la philosophie. La philosophie

    reprsentait, hlas, toute la science de cette po-

    que, on lui attribuait une valeur srieuse ; elle

    tait en grande vnration, d'autant plus qu'on

    n'y comprenait rien du tout.

    Tout professeur se mettait une tiquette de

    iecte philosophique. Chacun expliquait le monde

    le faon diffrente mais prouvait facilement

    pie seul, il avait raison. Ces contradictions,

    :es concurrences donnaient de l'entrain aux

    1

  • CONFERENCES AU MUSEE GUIMET

    tudes et on s'y appliquait avec d'autant plus

    d'ardeur qu'on avait de ct et d'autre la certi-

    tude d'tre dans le chemin de la vrit.

    Depuis longtemps les conceptions indiennes,

    mres de toutes les sectes, avaient peu peu

    pntr en Grce arrivant par plusieurs chemins.

    En premier lieu, ce fut Pythagore qui rapportade l'Inde le systme bl-ahamanique de la m-

    tempsychose et fonda au sud de l'Italie un

    couvent djana. Puis Aristote renseign par

    Alexandre connut de l'Asie, les animaux et les

    plantes qu'il dcrivit dans son livre sur l'his-

    toire naturelle, s'empara de la doctrine Nyaya

    surnomme cole logique de Gotama; il lui prit

    ses moyens de dduction, ses exemples, ses

    croyances et ses conclusions pratiques. Enfin

    Pyrrhon traversa les mers pour aller s'inspirer

    avec son compagnon Anaxarque du pessimisme

    brahamanique et rapporter les ides de l'cole

    Paouranika qui dclare que tout n'est qu'illu-.

    sion et propose la science du doute.

    Mais les grands courants d'abstraction, de

    quintessence, comme dirait Rabelais, de dialec-tique transcendantale, d'utopies ingnieuses vin-

    rent par Alexandrie, la ville o l'on a le plus

    rv, contempl, cru et discut.

    J

  • LUCIE>' DE SAMOSATE

    Dj SOUS les Psamtik les jeunes Grecs

    comme Platon allaient se renseigner chez lesprtres d'Amon. Puis les Ptolme en crant

    leurs immenses bibliothques o l'on accumu-

    lait les ouvi'ages chinois, sanscrits, persans, h-

    breux, les tablettes cuniformes, les papyrus

    gyptiens et grecs, o Ion faisait venir des pr-

    tres de tous les pays pour expliquer leurs bi-

    bles, avaient de toutes pices fond la science

    des religions.

    Les conceptions philosophiques, un peu d-

    formes, mais reconnaissables quand mme, se

    rpandirent de l et firent cole sous d'auti'es

    noms. L'on vit alors les athistes Sankya qui

    poussaient jusqu au fanatisme le mpris de la

    douleur, devenir des stociens ; les atomistes

    disciples de Canadi devim^ent les initiateurs de

    1 atomiste Dmocrite et ainsi des autres.

    A ct des pliilosophies, se pressaient lescroyances nouvelles. Mithra, les dieux phni-

    ciens, Cyble, la Diane d'Ephse, Tlsis d'Abydos

    pm^e par les prtresses d'Athnes et de

    Rome, presque chrtienne, le dieu des Juifs, en-

    fin devenu pre du Christ, tous demandaient

    leur place dans les temples. Un ferment decroyance agitait les esprits ; sui* ce bouillonne-

  • GONFERENCES.au MUSEE GUIMET

    ment d'ides les dogmes sui'nageaient; les mes

    taient remues, attentives.

    Les Empetreurs se faisaient philosophes ou

    Isiaques, cherchaient quelque chose ppur rem-

    placer la mythologie dcrpite, affaisse, dsa-

    grge, et piourtant, par politique, dfendaient

    les divinits amoindries et oublies, faisaient

    des lois sur la majest, la saintet du gouverne-

    ment ; au besoin se faisaient dieux eux-mmes,

    pensant qu'en se divinisant, ils consolidaient,

    ils tayaient l'Olympe effondr.

    Lucien eut le courage de dire ce qu'il piensait

    de toutes ces choses, il dclara les dieux ridi-

    cules, les philosophes comiques, insulta les uns,

    bafoua les autres. Il se trouva que tout le monde

    tait de son avis ; Lucien eut un succs consi-

    dral)le et, triomphant, aux applaudissements

    de tous, il leva d'une main tranquille, un au-

    tel en l'honneur du sens commun.

    Ses crits sont lgants, alertes, pleins de

    verve ; la clart de son esprit, la finesse de son

    ironie, font penser nos crivains du XVIIIe

    sicle ; on croirait lire des pages de Voltaire.

    Ses compositions sont courtes comme des ar-ticles de journaux et d'une allure tout fait

    bouLevardire \ si le Figaro publiait, sans j)r,h

  • LUCIEN DE SAMOSATE

    venir, un de ses ouvrages, on le signerait Al-

    fred Capus ou Zamacos.

    Mais c'tait surtout un confrencier de pre-

    mier ordre ; il a beaucoup parl, comme tousses contemporains du reste, car cette poque,

    on parlait normment. On parlait au Forum,on parlait au Pnyx. l'Aropage, on parlait

    dans les marchs, devant les boutiques ; on par-

    lait dans les bains, en marchant, en mangeant;

    faut-il dire que dans les tribunaux les avocats,

    aussi, parlaient. Les plus bruyants taient les

    professeurs et leurs lves; tout le long du jour

    ils parlaient dans les coles et la sortie des

    classes, les jeunes gens entamaient des dis-

    cussions vhmentes; vocifraient les argu-

    ments ; dans les rues coulaient des flots d'lo^

    quence. Au-dessus de chaque ville de la Grce

    il y avait comme un bourdo-nnement d'abeilleproduit par les conversations. Mais le bavard

    le plus avantag tait coup sr le confrencier

    qui n'tait ni inten'ompu, ni contredit et doaui-

    nait un public nombreux et attentif. Ceci ex-

    plique pourquoi Lucien fit des co'ufrences.

    Cette loquacit intemprante, Lucien l'a sou-

    vent dcrite. Dans le Matre de Rhtorique^

    il donne aux dbutants des instructions pr-

  • 6 CONFRENCES AU MUSEE GUIMET

    cieiises : Quand il faudra parler et que les

    auditeurs vous proposeront un sujet, une ma-

    tire discours, ne vous laissez pas dcourager

    si vous le trouvez difficile;prenez hardiment

    la parole et affectez de ddaigner le sujet commesi l'on vous avait choisi un sujet digne d'un en-

    fant. On voit qu'on apprenait aux jeunes gensl'art de parler sans avoir rien dire.

    Lorsque le jeune Anacharsis vint Athnes,

    il fut accost par un de ses compatriotes qu'il

    ne reconnut pas tout de suite pour tre un

    Scythe; cet homme tait vtu la grecque, avait

    des gestes 'lgants et distingus et il tait forL

    bavard, ce qui prouvait, dit notre auteur, qu'il

    tait devenu toiut fait Athnien.

    Ayant dcrire une maison somptueuse q;u'on

    venait de terminer, Lucien avant tout, se proc-

    cupe de savoir si on pourra y donner des conf-

    rences. Il pense en effet que la batit du cadre,

    la sonorit des salles neuves doivent contribuer

    au succs de l'orateur ; mais aussitt il rflchit

    que r auditoire pourra tre distrait par les mer-

    veilles qui rentoure et que le confrencier, mal

    cout, en sera pour ses frais de littrature. Il

    profite de cette entre en matire pour faire du

    monument une description dtaille et a lui

  • LUCIEN DE SAMOSATE

    donne le sujet d'une confrence qu'il a certai-

    nement faite pour inaugurer la maison d'un

    riche Romain.

    C'est dans son Eloge de Dmosthne que l'on

    constate son ardeur parler. Il venait de com-

    poser une biographie du grand orateur et cher-

    chait quelque victime qui la raconter. Se pr-

    sente point nomm un de ses amis qui, deson ct, venait de terminer un El