of 32/32
L'AQUEDUC ROMAIN DE GORZE A METZ ETAT DE LA RECHERCHE Les Romains donnaient une grande importance à l'adduction d'eau. Monuments dignes d'admiration par la grandeur et l'élégance de leurs ponts, les aqueducs ne le sont pas moins par la qualité d'une technique hydraulique remarquablement maîtrisée. Frontin, Curateur des eaux de Rome l'écrivait en 98 après J.C. : « Les aqueducs sont l'un des principaux témoignages de la grandeur de l'empire romain ». Les vestiges de l'aqueduc qui conduisait les eaux de Gorze à Metz constituent l'ensemble archéologique antique le plus spectaculaire de la région messine. Dans la série des monuments de ce type assez nombreux sur le sol national, l'aqueduc messin est, après le Pont du Gard, mais avec ceux de Lyon et de Fréjus, l'un des mieux conservés. Paradoxale- ment, cet ouvrage , à l'instar des autres, n'a pas fait l'objet d'une étude appronfondie. La sythèse la plus complète date du XVIIIe siècl e. Le présent article ne prétend pas combler cette lacune : il veut simplement communiquer les informations récentes concernant les problèmes archéologiques mais aussi techniques et administratifs liés à l'étude, à la protection et à la mise en valeur des vestiges de l'aqueduc. PRINCIPALES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES Aucun texte antique n'évoque l'aqueduc messin. La première mention connue est un poème du XIe siècl e(l) qui offre peu d'intérêt sur le plan archéologique. Le premier dessin est dû à Claude Chastillon lors de son passage à Metz en 1614-1615, mais il n'est pas très précis. On remarque cependant que les arches sont un peu plus nombreuses sur chaque rive qu'aujourd'hui, mais qu'elles sont déjà absentes au dessus de la rivière dont le cours est divisé en plusieurs bras. C'est en 1769 que paraît la première étude détaillée de l'aqueduc. Elle devait servir de base ou de référence à toutes celles qui ont suivi : Histoire de Metz par les religieux bénédictins de la Congrégation de Saint- Vanne, I, 1769, p. 130-151. ( abrégé dans les notes H.M.B. ) La description de l'ensemble du monument est minutieuse. Elle est complétée par des dessins (Pl. XVIII) et une carte topographique portant le tracé de l'aqueduc. En faisant effectuer des sondages et des fouilles ponctuelles, dom Nicolas Tabouillot et dom Jean François, les deux auteurs de l'Histoire de Metz se révèlent précurseurs, car il faut attendre les grands travaux urbains au temps de la première annexion allemande pour que les archéologues utilisent systématiquement cette méthode d'investigation. Mais, à ce propos, un doute subsiste sur les deux réservoirs situés aux extrémités du pont-aqueduc que les auteurs affirment avoir << découvert >> : le verbe découvrir n'est employé nulle part ailleurs dans le sens de fouiller, il est plutôt synonyme de trouver. Cependant, même si certains murs sortaient encore de terre, il n'est pas douteux qu'ils furent contraints de fouiller les bassins pour les décrire. Ce travail dut 1) SIGEBERT DE GEMBLOUX, op. t., p. 52-55. 21

Les Romains donnaient une grande importance à l'adduction d'eau

  • View
    214

  • Download
    0

Embed Size (px)

Text of Les Romains donnaient une grande importance à l'adduction d'eau

L'AQUEDUC ROMAIN DE GORZE A METZ ETAT DE LA RECHERCHE

Les Romains donnaient une grande importance l'adduction d'eau . Monuments dignes d'admiration par la grandeur et l'lgance de leurs ponts , les aqueducs ne le sont pas moins par la qualit d'une technique hydraulique remarquablement matrise . Frontin , Curateur des eaux de Rome l'crivait en 98 aprs J .C . : Les aqueducs sont l'un des principaux tmoignages de la grandeur de l'empire romain .

Les vestiges de l'aqueduc qui conduisait les eaux de Gorze Metz constituent l'ensemble archologique antique le plus spectaculaire de la rgion messine . Dans la srie des monuments de ce type assez nombreux sur le sol national , l'aqueduc messin est, aprs le Pont du Gard, mais avec ceux de Lyon et de Frjus , l'un des mieux conservs. Paradoxalement , cet ouvrage , l'instar des autres , n'a pas fait l'objet d'une tude appronfondie . La sythse la plus complte date du XVIIIe sicle . Le prsent article ne prtend pas combler cette lacune : il veut simplement communiquer les informations rcentes concernant les problmes archologiques mais aussi techniques et administratifs lis l'tude , la protection et la mise en valeur des vestiges de l'aqueduc.

PRINCIPALES REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

Aucun texte antique n'voque l'aqueduc messin . La premire mention connue est un pome du XIe sicle(l) qui offre peu d'intrt sur le plan archologique . Le premier dessin est d Claude Chastillon lors de son passage Metz en 1614-1615 , mais il n'est pas trs prcis . On remarque cependant que les arches sont un peu plus nombreuses sur chaque rive qu'aujourd'hui , mais qu'elles sont dj absentes au dessus de la rivire dont le cours est divis en plusieurs bras . C'est en 1769 que parat la premire tude dtaille de l'aqueduc. Elle devait servir de base ou de rfrence toutes celles qui ont suivi :

Histoire de Metz par les religieux bndictins de la Congrgation de SaintVanne, I, 1769, p. 130-151. (abrg dans les notes H .M.B . ) La description de l'ensemble du monument est minutieuse . Elle est complte par des dessins (Pl. XVIII) et une carte topographique portant le trac de l'aqueduc. En faisant effectuer des sondages et des fouilles ponctuelles , dom Nicolas Tabouillot et dom Jean Franois, les deux auteurs de l'Histoire de Metz se rvlent prcurseurs , car il faut attendre les grands travaux urbains au temps de la premire annexion allemande pour que les archologues utilisent systmatiquement cette mthode d'investigation . Mais , ce propos , un doute subsiste sur les deux rservoirs situs aux extrmits du pont-aqueduc que les auteurs affirment avoir > : le verbe dcouvrir n'est employ nulle part ailleurs dans le sens de fouiller, il est plutt synonyme de trouver. Cependant, mme si certains murs sortaient encore de terre , il n'est pas douteux qu'ils furent contraints de fouiller les bassins pour les dcrire. Ce travail dut

1) SIGEBERT DE GEMBLOUX, op. cit., p. 52-55 .

21

tre incomplet pour l'ouvrage d'Ars-sur-Moselle : comment expliquer autrement l'erreur de dessin sur le dpart du canal vers Ars et la dcouverte , lors du dgagement de 1972, d'un lment imposant de sculpture(2) totalement indit ? L'imprcision dans le trac de l'aqueduc au Sud de Metz, provient du fait que les Bndictins ont dduit son passage de la seule dcouverte de quelques mllons et fragments de tuile en surface. Ces remarques , parmi d'autres, ne doivent pas masquer ni les qualits du texte , ni l'intrt des relevs.

A. Doell , >, Jahrbuch der Gesellschaft fr lothringische Geschichte und Altertumskunde, 1904, p. 293-315. Doell est un architecte allemand qui a effectu de nombreuses mesures sur les arches et qui a propos une hypothse intressante concernant l'cartement des piles dans le lit de la Moselle : un espace de 10 rn aurait pu sparer chacune d'elle , permettant la navigation et le flottage. Son tude, complmentaire de celles des Bndictins, attend d'tre confirme par l'archologie.

J . Lalance , Deux monuments messins de l'poque gallo-romaine, l'Aqueduc et l'Amphithtre, Metz , 1923, p. 7-43 : Il s 'agit d'une tude qui reprend, en la compltant et en la critiquant, la description des Bndictins . Elle prend en compte les donnes gologiques; mais il arrive Lalance , dans ses divers articles, de se laisser aller des affirmations fantaisistes : dans celui-ci par exemple , il situe le centre de la ville romaine l'emplacement de l'actuel hpital Bon-Secours (p . 22) . . . Le Commandant Lalance , dont les thories ont t trs controverses , a apport une dizaine d'annes plus tard , des complments et des corrections la prcdente tude (Les aqueducs romains de Metz, Metz , 1932, 32 p . ) . Il faut encore signaler une courte notice du Cdt Lalance parue en 1935, aprs sa mort, sur le mme sujet

un ensemble de trois arches de faible hauteur. De mme , il n'y a pas de bassin circulaire de 1 ,50 rn de diamtre et de 0 ,30 rn de profondeur dans le rservoir d'Ars (p. 204) . . .

R . Jolin , > , A. A. A. M. , fiche 1/2 , 1970 , p . 7-12.

C. Guy, < < Adduction de la source des Bouillons de Gorze alimentant la cit des Mdiomatriques : Gorze-Metz via Jouy-aux-Arches >>, A. A. A. M. , fiche 3/4 , 1977 , p .42-47 .

V. Jacob ,

L. Kommer, , A. A. A. M. , fiche 2 , 1971 , p. 250-252.

B . de Montfaucon , L'Antiquit explique et reprsente en figures, 1719, t . IV, 2me partie, p . 201 , pl . CLXXXII .

C . Niclot, > , A. A. A. M. , fiche 7, 1970, p. 177 sq. 2 pl . h . t . ; fiche 4/1 , 1971-1972 , p. 315 sq .

A. Quencez , >, Austrasie, 1839 , p. 337 ss.

V. Simon, > , M. A. M. , 1841-42 , p. 131-136.

V. Simon, < < Notice sur une partie de l'aqueduc romain dans le vallon de Parfonval prs de Gorze >> , M. A. M. , 1858-1859 , p. 303-312.

V. Simon, < < Promenades archologiques Chatel-Saint- Blaise et Jouy >> , B. S. A. H. M., 1860, p. 164-166.

> , M. A. M. , 1837-1838 , p. 315-321 .

G. Sutter,

TRAVAUX ET SURVEILLANCE DEPUIS 1978

Sauvetage urgent sur l'aqueduc (1979-1980)

Sur le territoire de la commune de Jouy, seize arches compltes , une pile e t un bassin constituent les parties visibles de l'aqueduc. Les travaux sur les vestiges classs Monument Historique , incombent l'Etat . Des chutes de pierres sur la chausse ont conduit l 'entreprise Chanzy-Pardoux, spcialise dans la restauration des difices classs , raliser une opration d'urgence sous la direction de M. Gaymard, alors architecte en chef des Monuments Historiques . La pntration de l'eau dans la maonnerie partir du fate de l 'aqueduc tant responsable de l'effritement des parements , il fallut reconstruire une toiture tanche , vrifier aprs nettoyage l 'cart du petit appareil des parements , refaire les joints , remplacer les moellons en mauvais tat .

Ces travaux, longs et coteux, furent effectus dans le respect du monument, ce que ne comprirent pas tous ceux qui s 'indignrent du caractre putrancier de la restauration propos de l 'aspect neuf des arches dominant la route . L'accs au sommet de l'aqueduc tait possible grce un chafaudage, qui permettait en outre de visiter les travaux. Nous avons pu ainsi relever quelques dates inscrites dans la pierre , correspondant aux restaurations entreprises en 1837-38, 1864 , 1933 ou 1935 . Nous savons par ailleurs que l'administration allemande dpensa des crdits importants pour la conservation du monuments entre 1874 et 1900(4) . Les dates de 1837 et 1838 prouvent que les travaux ont commenc plus tt que l'on a dit : Toussaint , par exemple , crit que le Conseil Gnral vota des crdits en 1837 et que les restaurations furent entreprises en 1840, aprs classement du monument le 29 mai 1838. Tous ceux qui ont admir le petit appareil romain de l'aqueduc, souvent donn en exemple , ont sans doute eu devant les yeux des parements du sicle dernier ou mme des restaurations antrieures . On peut donc effectivement regretter, non la remise neuf , qu'elle soit d'hier ou d'aujourd'hui , mais le fait que la lecture des diffrentes restaurations ne soit pas facilite , au minimum, par un dessin sur un panneau explicatif.

La toiture , dans son tat antrieur aux travaux, se prsentait , au dessus des arches numrotes de 5 9 de l'amont vers l'aval , sous la forme de longues et troites dalles de mortier places longitudinalement les unes sur les autres , en encorbellement , de l'extrieur vers le milieu . L'ensemble avait donc une forme pyramidale qui pousait les vestiges du radier de la canalisation , mais il avait perdu peu peu son tanchit . Aux extrmits , en revanche , la couverture est faite de plaques de bton de la largeur du monument , lgrement bombes pour

4) Pour le dtail des questions relatives aux travaux de consolidation, voir M. Toussaint, Le long de la Moselle, Jouy-aux-Arches, 1935 , p. 13-14 et J. Lalance, Deux monuments messins l 'poque gallo-romaine, 1923 , p. 29.

25

l'coulement des eaux et spares par des joints de dilatation placs transversalement . Deux plaques couvrent la distance allant du milieu d'une arche au milieu de l'arche voisine . La pose de ce type de couverture , efficace pour l'tanchit , a entran la destruction totale des vestiges des canalisations, y compris le radier. Le pont aqueduc n'a donc gard aucun mur en lvation de la conduite , contrairement d'autres comme ceux de Frjus, du Pont du Gard, des Moulins et d'Arles prs de Barbegal , pour rester en Gaule . Il faut restituer mentalement au-dessus de la corniche une hauteur suprieure 2 rn pour avoir une ide de la construction dans son tat originel . Le projet des Monuments Historiques tait de substituer l'ancienne structure pyramidale une couverture deux pans pour prserver les vestiges de la canalisation. Ceux-ci furent protgs par du sable et des matires isolantes. Ce systme entranait la rfection des corniches

qu'ailleurs , il dpasse le fond des canaux de 5 cm. L'paisseur du radier du canal sud est faite de quatre couches de mortier (fig . 1) : en surface , un mortier de tuileau fin de 5 cm, surmonte un lit de mortier blanc ml des pierres de taille diverses , parfois aussi grosses qu'un moellon. Dessous , un mortier de tuileau assez grossier recouvre, en compensant sa pente , un mortier gris rose trs dur inclin vers l'extrieur. Le canal nord est fait d'un lit de mortier grossier de couleur grise , li au bourrelet de tuileau fin en quart de rond longeant le pied du mur central . Ce lit surmonte une couche de pierres plates superposes et scelles avec du mortier gris . Comme dans le canal nord, une couche de mortier de tuileau fin, inclin vers l'extrieur, forme le soubassement . Donc, dans l'ensemble du secteur, les pierres remplacent souvent les paisseurs de mortier de tuileau fin et les briques triangulaires . S'il peut toujours s'agir d'une construction originelle ne respectant pas les normes habituelles , nous sommes plutt enclins penser qu'il y a l une rfection rudimentaire de la canalisation, les niveaux de tuileau fin , inclins vers l'extrieur de chaque canal , correspondant l'arasement du radier de la construction antrieure .

Ces quelques travaux ont donc permis d'examiner un secteur de

l'aqueduc dont l'accs est imposible en temps ordinaire parce qu'il n'y a aucun moyen de monter sur le monument et d'tudier le radier, ordinairement recouvert par une toiture .

Sauvetage programm au bassin d'Ars-sur-Moselle en 1982

A partir de 1970, A. Quencez et le Groupe de Recherches Archologiques d'Ars (G. R. A. A.) entreprirent de remettre au jour, au prix d'un rude labeur, le bassin des eaux situ au dbouch de la conduite souterraine et en amont de la partie arienne de l'aqueduc, que les Bndictins avaient dgag au XVIIJme sicle .

L'association locale se rendit propritaire d'une parcelle sur laquelle se trouve une partie des vestiges

les parties internes des murs des canalisations sont dsagrges . Le bassin et les conduites sont encombrs de gravats . Toutes les dmarches de M. Quencez et de ses amis , afin d'obtenir la protection des structures , demeurrent vaines : ils crurent aboutir lorsque , aprs avoir obtenu gratuitement de la municipalit de Metz une toiture de fibro-ciments ils firent faire un devis pour l'installation d'une charpente mtallique d'un cot trs modr . Las ! leurs espoirs s'envolrent, comme les quarante cinq plaques de la couverture dposes sur le site . . .

Fin 1979 , nous avertissions la D . A . H . L . et le Service dpartemental de l'Architecture de cette situation . Le classement de l'aqueduc sur la commune d'Ars devait permettre d'obtenir rapidement des crdits des Monuments Historiques . En octobre 1979 , l'entreprise Chanzy Pardoux tablit un devis de 140 .000 F pour la construction et la pose d'une toiture, qu'elle ramena, avec des propositions moindres, 80.000 F en mai 1980 , la demande de Mme Devinoy, Architecte des Btiments de France . Le projet dfinitif fut tabli l 'anne suivante , mais il n'tait ralisable que si les vestiges se trouvant encore sur une proprit prive taient acquis par une des parties concernes . Ce laps de temps fut mis profit pour raliser un sauvetage programm que la D . A. H. L. nous confia. Le Groupe Universitaire Messin de Recherche Archologique(IO) , aid pisodiquement par quelques membres du G. R. A. A. A. , se mobilisa pendant deux mois avec tout son mattiel (abris , instruments de relev . . . ) . Outre le nettoyage du site trois objectifs furent dfinis : dgagement plus important des structures dj dcouvertes, mise au jour de la suite des canalisations en aval , relevs architecturaux. Ces axes de recherche devaient permettre aussi de vrifier l'hypothse de la transformation du bassin en sanctuaire des eaux .

L'troitesse du chemin d'accs empchant l'intervention d'un engin, tout le terrassement dut tre ralis la main . Les intempries et les arrives d'eau dans les sondages rendirent les conditions de travail difficiles. Il fallut abaisser le niveau de la nappe en creusant des tranches en aval et en amnageant une vacuation pour l'eau . A la fin du terrassement , le monument apparaissait plus spectaculaire grce au dgagement de la gangue de terre qui l'emprisonnait (ph . 2) . Une bande de terrain , archologiquement strile , fut enleve sur 2 ,50 rn de largeur et sur une profondeur de 0 ,50 rn 1 rn le long de tous les murs , l'exception de l'abside o un dsherbage suffisait . Vers l 'aval , une partie nouvelle de l'aqueduc fut mise jour sur 14,5 rn de longueur, portant 35 rn la longueur totale du monument (ph . 10) . La suite de la canalisation fut reconnue sur une dizaine de mtres .

L'apport principal de cette campagne n'est pas directement d'ordre archologique , mais il en conditionne toutes les tudes . Les premiers

10) Je remercie P. Brunella, P .Chaillet, C. Claudel, D. Fogelgesang, H. Jannin, C. Lagarde, J .Sift, S . Urbanski, pour l'aide quils m'ont apporte au nom du G. U. M. R. A. , ainsi que M. Voirgard du G. R. A. C. A.

28

fouilleurs dans leurs rapports et R. Jolin dans son article(ll) , ont remarqu que la construction avait t disloque sous l'effet de la pression des terres et de l'affouillement par les eaux. Ils ont observ que la double canalisation s'lve vers l'aval . Aussi R. Jolin a-t-il propos une restitution de la disposition primitive , en considrant que deux niveaux sont encore en place : le radier de la galerie son entre dans le bassin et celui de l'extrmit des conduites vers l'aval . Or il est visible l'il nu que l'axe du monument n'est pas dans le prolongement du pont-aqueduc (ph . 3) et que le bassin , malgr sa position en amont , est plac plus bas que le sommet actuel des arches . Il est clair que l'ensemble de la construction , la suite d'un glissement de terrain , a descendu la pente sur une distance d'une dizaine de mtres en drapant lgrement vers le Sud , d'o le dcalage actuel de plus d'un mtre par rapport l'axe longitudinal des arches . La fouille a rvl l'importance du mouvement : toute la partie aval nouvellement dgage est comprise entre deux cassures transversales de la canalisation . Elle prsente une inclinaison prononce (ph . 2) , car la partie amont s'est enfonce tandis que l'aval se redressait , faisant mme apparatre les pierres de fondations , places de chant (ph . 4) . Quant au secteur simplement reconnu dans une tranche sur une longueur d'une dizaine de mtres plus en aval , il est spar du prcdent par la deuxime fracture . La prsnce d'un angle de mur parement sur chaque ct , a permis de croire la dcouverte de la premire pile , mais la longueur dgage (6,30 rn) carte cette hypothse .

Ce glissement de terrain n'a rien d'exceptionnel : les faits divers de ces dernires annes ont montr que les versants de la valle sont peu stables(12) et que des loupes de terrain gorges d'eau pouvaient glisser sur des couches impermables . Les Bndictins avaient dj remarqu que la conduite souterraine entre Gorze et Metz tait disloque la suite de mouvements semblables . L'homognit et la solidit du monument sont telles que , hormis la partie situe en aval , seules quelques distorsions et quelques cassures affectent la construction . Il serait tentant de penser que cet accident est l'origine de l'abandon de l'aqueduc. Mais les Bndictins ont fait des relevs prcis tout au long de son trac et rien ne permet de douter de la justesse , mme relative , de leurs mesures. D'aprs les conversions donnes par Lalance(13l , le bassin d'Ars tait , l'poque , 197 ,30 rn d'altitude . Or nos propres mesures, confirmant celles de R. Jolin , donnent 194 ,17 rn au milieu du bassin . Le glissement de terrain est donc survenu postrieurement aux travaux du XVIIIme sicle .

Le calcul de dnivellation donne 3 rn environ. Les consquences sont diverses : si la forme gnrale de la construction est conserve , les

11) R. JOLIN, op. cit. , p. 71 . 12) Voir les glissements d e terrain Corny sur l a rive droite e t Sainte Ruffine sur l a rive gauche.

13) J. LALANCE, op. cit. , p. 15.

29

dislocations sont nombreuses. Le dbouch de la conduite souterraine n'est plus dans l'axe du mur central qui spare les conduites (ph. 10) et le bassin est lgrement trapzodal (fig. 4) . Les deux votes , effondres, ont t reconstruites (ph. 5 et 6) . Tout relev prcis , tout plan s'avre illusoire et sans grande utilit . Les calculs de pente de Gorze Ars et de Ars Jouy ne peuvent pas s'appuyer sur l'altitude du bassin : ceux de R. Jolin sont donc faux. Enfin , l'tude de l'environnement du monument s'avre , elle aussi , problmatique : s'il est encore ais de rechercher au rsistivimtre la conduite souterraine en amont et celle qui part du bassin vers Ars , en revanche le contexte immdiat du bassin n'est peut-tre plus en place , par exemple les ventuelles constructions utilises par le personnel qui s'occupait de la manipulation des vannes du bassin comme de son entretien.

A l'occasion du dgagement et des relevs, des remarques ont t faites concernant les fondations , les lvations extrieures , la construction du bassin et des canalisations , l'environnement.

Trois sondages furent consacrs la recherche des fondations sur le ct sud du monument. Les parties les plus basses sont appareilles en moellons plus grossirement taills que ceux des murs suprieurs. La limite permet de savoir o se trouvait le sol antique (approximativement la hauteur de l'avant dernier lit en petit appareil >> soign d'aprs certains indices) . A proximit de la porte, le mur disparait la cote 194 rn, soit 15 20 rn plus bas que le fond du bassin . Un autre sondage sous le dpart de la corniche (ph. 8) montre qu'il n'existe sous celui-ci que dix huit lits de moellons dont dix taills moins soigneusement. Enfin , l'extrmit de la partie nouvellement dgage (ph. 2) , celle qui a subi un fort basculement , la partie infrieure du mur est faite de dix neuf lits reposant sur une fondation de grandes pierres plates places de chant. S'il n'est pas surprenant que la hauteur du soubassement soit de plus en plus importante vers l'aval , pour supporter le poids de la construction visible dont l'lvation s'accroit avec la pente , il est en revanche tonnant que le dernier lit de moellons soit pos directement sur la terre , dans les deux sondages , sans semelle , ni pierres disposes verticalement : est-ce un effet du glissement de terrain ? Comme le mouvement fut aussi latral , il est possible que des dcrochements se soient produits dans le mur de fondation comme ceux qui apparaissent dans l'lvation du mur du bassin . Aucune conclusion ne peut donc tre tire de l'tude de ces fondations sauf l'aval .

Aprs observation des murs extrieurs du bassin, R. Jolin avait soulign que leur base s'largit de 6 cm environ, portant leur paisseur de 0,85/0,88 rn 0,9110,96 m. Le renforcement est marqu par un rebord biseaut . Mais son plan(14) doit tre rectifi , car cet largissement existe aussi autour de l'abside , l'exception de l'arrive de la conduite

14) R. JOLIN, op. cit. , p. 72.

30

souterraine (fig . 4) . En revanche , il a tort de le faire figurer jusqu'aux contreforts d'angle , car s'il a exist , c'est un niveau suprieur l'arasement actuel qes murs . Un autre largissement apparat, sous la forme d'une semelle de 18 cm de largeur dans les murs qui ferment le bassin vers l'aval , entre le contrefort d'angle et le dpart des canalisations(lS) . Ces contreforts sont au nombre de quatre et ils largissent le mur sur toute la hauteur visible . Deux sont placs symtriquement la naissance de l 'abside(16) et leur base s'largit aussi comme le reste du mur (cf supra) . Les deux autres sont placs sur chacun des cts des angles droits qui referment sur les canalisations la construction entourant le bassin(17) .

Quant la porte du bassin (que les Bndictins n'ont pas dessine ni peut-tre vue) , elle a t mise en vidence par M. Quencez . Malgr l'rosion, quelques pierres appareilles, perpendiculaires au parement extrieur, en indiquent la position . En aval , l'lvation extrieure des murs des canalisations prsente un largissement dessin avec lgance , qui n'est autre que le dpart de la corniche sparant la base de la canalisation du soubassement (ph . 8) . Elle tait continue , des deux cts, tout au long de la partie arienne de l'aqueduc, puisqu'on la retrouve sur les arches de Jouy (voir supra) mais avec une forme diffrente . Son tat de dgradation ne permet pas de calculer prcisment sa h9uteur, qui est actuellement de 42,5 cm, mais qui devait reprsenter l'origine une cinquantaine de centimtres . Le bord suprieur se terminait verticalement (fig. 2) et comprenait sans doute trois ou quatre lits de moellons , mais il n'en subsiste que deux. Dessous , le raccordement avec le mur se fait par un lit de briques plac en retrait , bord toujours vertical , surmontant quatre lits biseauts dont le deuxime est galement en briques. Enfin, un dernier lit en pierre , bord vertical , est plac en surplomb au dessus du mur; son dpassement est de 8 cm. Les deux lits de briques apparaissant dans la corniche sont les seuls de toute la construction, except ceux qui tapissent les parois du bassin et des canalisations . Si le lit suprieur, fait de briques de forme carre , mesurant 58 cm de ct , n'est pas en relation avec le radier des canalisations , en revanche , le deuxime lit se prolonge sous les conduites o il forme une des composantes du radier.

La coupe rvle que la partie suprieure de la corniche nord est plus haute de quelques centimtres que celle de la corniche sud . Il peut l encore s'agir d'une dformation due au glissement de terrain : l 'examen des parements extrieurs montre de lgres fractures dans l'appareil des murs . Les moellons s 'cartent et toute la canalisation se redresse lgrement. Ce phnomne s'explique par le lger chevauchement,

15) Sur Je mur sud : longueur 1 ,23 rn, sur Je mur nord : 1 , 15 m. 16) Celui qui est au sud mesure 1 ,65 rn de largeur sur 0,20 rn d'paisseur.

Celui qui est au nord mesure 1 ,75 rn de largeur sur 0 ,17 rn d'paisseur. 17) Longueur des cts parallles l'axe du monument : 1 ,85 m.

Longueur des cts perpendiculaires l'axe du monument : 1 ,70 m.

31

mis en vidence en 1982 , dans le secteur aval . En revanche le fond du bassin n'est pas horizontal , il s 'incline de l'amont vers l'aval (fig . 3) . Le changement de pente entre le bassin et les canalisations rvle une flexure cet endroit . Ces mouvements ont parfois entran un dbordement latral de quelques lits de mllons hors du parement : c'est le cas sur le ct sud, l o se fait le chevauchement (ph .9) .

L'tude dtaille des parties intrieures du bassin et des canalisations ne relve pas de cet article . Seuls les relevs effectus en 1982 font ici l'objet d'un commentaire . Il s 'agit d 'une coupe longitudinale partant du conduit souterrain et allant l 'extrmit de la canalisation par le canal nord (B-B ' ) , et de trois coupes transversales , la premire dans le bassin (C-C') , la seconde au dpart de la canalisation (D-D') , la troisime au milieu de cette dernire (E-E') .

Coupes longitudinale et transversale dans le bassin (fig. 3 et 5)

La conduite souterraine dbouche dans une salle rectangulaire

flanque d'une abside , dans laquelle les Bndictins ont vu un rservoir vot l 'origine . Le terme de rservoir est ambigu car il laisse supposer que l'espace est envahi par l'eau. Leur dessin(18) prsente la mme ambigut : le figur choisi reprsente-t-il le mortier de tuileau ou le passage de l'eau ? En fait , le bassin et les canaux d'arrive et de dcharge sont entours par une plate-forme (ph .S) recouverte , l'poque antique , de dalles en pierre , dont il reste quelques fragments . Bien que les Bndictins affirn1ent que cette banquette tait tapisse de trois pouces de ciment >; (dont il rie subsiste aucune trace)

' "on a peine

imaginer qu'elle ait pu tre recouverte" par l'eau; car . les murs possdent un petit appareil en moellons et non un parement en briques triangulaires enduit de mortier. D'autre part , la porte donne accs directement cette plate-forme.

Seuls , le bassin et le canal qui le relie la conduite souterraine sont parements de briques (avec des traces de revtement de mortier encore visible dans le bassin) . Ce canal , long de trois mtres a la mme largeur que la conduite souterraine (1 ,30 rn) et une hauteur .qu'on peut estimer comprise entre 0 ,70 rn et 0 ,80 m. En consquence , le niveau de l'eau dans la conduite ne pouvait dpasser une hauteur quivalente celle du canal , sans crer un dbordement sur la plate-forme . Dans la section souterraine actuellement dgage , le revtement de mortier recouvre un parement de briques(19) visible sur une hauteur de 0,92 rn, sans doute plus grande l'origine car la base du mur n'a pas t dcouverte . Ce parement de briques est surmont de deux lits de moellons calcaires qui supportent le dpart de la vote .

18) H. M. B . , t. 1, pl. XVIII, fig. 1 .

19) Cet emploi de la brique n'est pas signal dans les descriptions des coupes l e long du trac souterrain. \

32

De toutes ces remarques , on peut donc dduire que les parois tanches sont plus leves qu'il n'est ncessaire , avec une marge dpassant 25 cm, puisque le. niveau de l'eau n'atteignait que les 4/10 de la hauteur de la conduite . A la sortie du canal reliant le trac souterrain au bassin , l'eau s 'coulait entre deux montants de pierre dont il subsiste les bases , spars par deux marches galement en pierre (hautes de 23 et 20 cm et larges de 20 cm) donnant accs au fond du bassin (ph.5) . La profondeur de ce dernier par rapport la plate-forme est de 1 , 15 rn (1 ,30 rn environ , si l'on restitue la couverture de dalles) . Il est revtu d'un mortier de tuileau fin , bord d'un bourrelet en forme de rond bien visible le long des parois de briques , mais presque disparu au pied des marches de pierre .

Une drivation part en biais vers le nord-est , dont le fond est fait de grandes dalles de calcaire passant sous les parois et formant un lger seuil de 5 cm de haut (ph . 6) . Son entre est flanque de deux blocs de pierre trs dgrads(20) , possdant chacun deux rainures verticales(21) qui appartenaient un systme de vannes , large de 91 ,5 cm entre les pidroits. Entre ces blocs et le passage vot , les parements des parois sont construits en briques . Il ne subsiste aucune trace d'un ventuel revtement de mortier . Les restaurations - peu heureuses -ralises dans le coude du canal , ne permettent pas de connatre l'tat antique . Au del, vers l 'aval , la conduite est peine dgage. Sa largeur intrieure est de 0 ,50 rn, sa vote est dtruite (ph . 7) .

Coupes longitudinale et transversale dans la canalisation (fig. 2-3-6) .

Un seuil , haut de 28 cm et fait de grandes dalles de calcaire juxtaposes , supporte deux gros blocs de pierre calcaire galement, trs rods , mais de forme paralllpipdique l'origine . Ils sont placs verticalement dans le prolongement des murs extrieurs des canalisations(22) . Un troisime bloc, effondr dans le bassin , marquait l'extrmit du mur central qui spare le passage arien de l'aqueduc en deux canalisations . Ces trois blocs appartenaient au systme de fermeture , comme en tmoignent les encoches visibles sur les parties suprieures , mais ils sont de hauteur diffrente , ce dont i l faudra tenir compte dans les essais de restitution . Les dalles de pierre formant le seuil sont recouvertes , sur 10 cm d'paisseur, d'un mortier de tuileau trs rose et homogne . Sous l'effet du glissement de terrain et du lger chevauchement de la partie amont du monument sur la partie aval , les canalisations

20) Le bloc plac l'est mesure 0,96 rn sur 0,22 m. Le bloc plac l'ouest mesure 0,92 rn sur 0,24 m. 21) Elles sont places respectivement 0,20 rn et 0,63 rn partir du bassin. 22)

Longueur Largeur Hauteur

Bloc canalisation nord 0,92 m 0,52 m 0,68 m

Bloc canalisation sud 0,92 m 0,36 m 1 ,04 m

Bloc effondr dans le bassin 0,70 m 0 ,30 m

33

s'levent de 0 ,32 rn sur une longueur de 9 ,60 m. Leurs murs extrieurs ont une largeur de 0 ,60 rn, laquelle il faut ajouter l'paisseur du mortier qui recouvrait les parois . Quant au muret central , il mesure avec ses revtements , 0 ,45 m.

Les parements des murs des canalisations sont construits en briques triangulaires(23) revtues de mortier , sur 0,92 rn de hauteur . En revanche , les parties hautes des murs , places au-dessus du niveau d'eau maximum, sont difies en moellons de pierre calcaire selon la technique du petit appareil : cette construction n'est plus visible que sur un secteur trs dgrad du canal nord. La coupe dans le radier (fig. 2) montre que le fond des canalisations est fait d'un mortier de tuileau trs rose , faible granulomtrie, de 8 cm d'paisseur , reli au revtement des parois par un quart de rond . Ce lit de tuileau repose sur trois couches de composition diffrente : d'abord un mortier de chaux, blanc, ml des fragments de brique , et pais de 10 cm, puis un lit de briques de 6 cm, enfin un mortier de tuileau granulomtrie moyenne de 3 cm. L'ensemble repose sur un soubassement fait d'un blocage de moellons et de mortier.

Les murs de pierre sont construits selon la technique du petit appareil . Les moellons des parements non enterrs ont des dimensions variant entre 14 et 21 cm pour la longueur et 7 et 10 cm pour la hauteur . Les dimensions moyennes tournent autour de 16 et 8 cm. Leur face externe est hache obliquement , du haut gauche vers le bas droite . Les j oints sont tirs la pointe . La rainure est marque d'une matire colorante brun-rouge encore visible par endroit . Dans le parement extrieur de l'abside le mortier des j oints dborde lgrement sur la pierre . Le calcaire utilis est blanc , lgrement gris ; il pourrait provenir de carrires de la cte de Moselle , prs d' Ancy(24) . Quant aux carrires de Norroy, elles auraient fourni la pierre des impostes(25) .

Les sondages raliss sur le pourtour du monument ont t presque striles , hormis la dcouverte de quelques fragments de tegulae (provenant de la toiture de l'aqueduc ?) et d'une aire o l'on a gch du mortier, accole au parement sud, proximit de la premire grande cassure . Un drain , de direction N-0/S-E , apparat le long du mur sud de la canalisation. Entre ce drain et la corniche , une grosse pierre renverse , de forme rgulire(26) provient sans doute de la construction , mais on ignore son emplacement et son rle . Aucune trace d'accs n'a t dcele devant la porte du bassin . Si ce dernier a servi de sanctuaire , comme le pense M. Quencez , il devait avoir bnfici d'un accs amnag . L encore le glissement du monument a pu bouleverser le contexte.

23) R. JOLIN, op. cit. , p . 71 . 24) H. M. B. , p. 142-143 . 25) M. TOUSSAINT, op. cit. , p. 7. 26) L : 0,92 m; 1 : 0,50/0,63 m/0,48 m ; h : 0,27 m.

34

Surveillance des travaux dans le lit de la Moselle

Les travaux dans le lit de la Moselle relvent d'entreprises prives exploitant les sablires et du Service de la Navigation qui intervient pour consolider les berges . Les archologues du G. U. M. R. A. sont intervenus pour faire respecter l'interdiction donne par le Service dpartemental de l'Architecture , d'exploiter le sable proximit du trac du pont-aqueduc . Avertis de l'existence d'un commerce d'objets archologiques charris par la Moselle et dposs dans les alluvions , ils ont galement tent d'exercer une surveillance dans ce domaine - en pure perte dans la majorit des cas . Toutefois un archologue prhistorien , Denis Jacquemot , a rcupr une barque du XVme sicle , deux pieux trouvs sur le trac de l'aqueduc (voir infra) et une gamelle en mtal non date .

Au dbut de 1981 , nous prvnmes la D . A. H. L. que le Service de la Navigation envisageait la destruction du radier et des restes de pilier dans le bras droit de la Moselle pour stopper les affouillements de l'eau sur la rive droite. M. Burnand demanda au Centre National de Recherches Archologiques subaquatiques d'Annecy (C. N. R. S. A . ) , d'effectuer un relev pralable des structures conserves. Quelques recherches en archives firent apparatre que les piles avaient t arases en 1932 dans le bras gauche navigable la cote 167,10 , puis en 1968 la cote 165 , 10 rn (le plan d'eau tant 169 ,30 rn d'altitude) . D'autres travaux eurent lieu en 1971 ou 1972 , mais aucun document ne subsiste .

En utilisant les profils raliss par le Service de la Navigation au fond du lit de ce bras de la rivire , MM. Grandjean et Marguet du C. N. R. S . A. ont tabli un schma thorique qui propose trois piles de 6 rn de ct , quidistantes de 15 m. Les profils en long montrent une lvation du fond de 1 ,25 rn 1 ,55 rn sur le trac de l'aqueduc : s 'agit-il d'un radier porteur continu sur lequel auraient repos les piles ou les restes des parties ariennes croules ? La rponse peut tre donne par des investigations sur le bras droit de la Moselle non navigable . Or la reconnaissance effectue par le C. N. R. S. A. l'automne 1981 ne fut pas suivie de l'intervention lourde prvue pour l'hiver 1982 . La question du radier continu et l'cartement des piles restent en suspens .

En novembre 1984, Mme M. D . Waton, ingnieur la D . A. H. L . , intervint Ars-sur-Moselle pour surveiller les travaux du Service de la Navigation, destins renforcer la berge sur la rive gauche de la rivire canalise; la surveillance archologique tait motive par le fait qu' cet emplacement il y avait un massif de maonnerie portant un calvaire et donn , ds l'poque des Bndictins , comme les vestiges d'une pile de l'aqueduc(27) . Le rapport de Mme Waton est joint en annexe .

27) H. M. B. , p. 141.

35

PROBLEMES RESOLUS ET QUESTIONS EN SUSPENS

Les points claircis

La littrature archologique et historique a repris quelquesfois cette lgende sans fondement que l'aqueduc n'avait jamais servi , parce qu'il n'avait pas t termin . Il ne faut pas tirer de notre mconnaissance du point d'arrive de l'aqueduc Metz, l'ide qu'il n'a j amais atteint la ville ! Les travaux sur les arches Jouy ont montr que les conduites avaient t rpares , ce qui suppose une utilisation. . . Lors de la construction de l'autoroute A 31 , E. Biehler avait pu faire des observations dans la conduite tranche par des engins : il avait remarqu qu'un dpt de calcaire de 2 cm recouvrait le fond de la canalisation, ce qui atteste , l aussi, une utilisation . Cependant , au sujet des dpts , un auteur du XIXe sicle V. Simon, (qui joua un rle important dans le classement et la restauration de l'aqueduc Jouy) a dduit que l'aqueduc n'avait pas t d'un long usage , parce que le dpt calcaire n'tait ordinairement pais que de 2 mm(Zs) . Le cas des eaux nori incrustantes est rare , et l'on sait que les aqueducs romains ont connu des diminutions de dbit importantes du fait des dpts : ce n'est d'ailleurs pas tant la rduction de la section que la rugosit des parois incrustes qui rduit le dbit . Ce fut le cas des aqueducs de Vienne , de Nmes, du Pont du Gard, de Saintes(29l . Pour valuer le temps d'utilisation et le dbit , un approfondissement de la question des dpts doit donc tre entrepris(30) .

Un problme soulev par Grenier(31) trouve une solution rapide : cet auteur s'tonnait de voir trois rtrcissements sur la photographie de l'aqueduc que lui avait envoye E. Delort , cinq sur le dessin des Bndictins(32l , sept dans l'tude architecturale de Doell(33) . En fait la photographie reprsente les arches au-dessus de la route de Jouy (rive droite) ; tandis que le dessin de l'Allemand concerne la pile au bord de la route sur la rive gauche (pour laquelle nous n'avons compt que six rtrcissements dont la base) . Quant aux Bndictins , ils ont dessin , en la restituant dans son tat d'origine , une des piles de Jouy-auxArches , assez bien conserve, qui est situe entre la route et la rive de la Moselle . Actuellement , sur cette commune, quatre rtrcissements sont visibles sur les deux premires piles; cinq, dont la base , sur les deux suivantes ; quatre , dont la base , sur les cinquime et sixime ; trois de la septime la dixime pile . Les autres , en direction du bassin de Jouy,

28) V. SIMON, Revue d'Austrasie, 1843 (cit par J. Lalance, op, cit. , p. 37) . 29) A. TRIOU, >, Gallia, XXVI,1968 , p. 119-144. Cet auteur a calcul qu'aprs 50 ans de service, l'paisseur du dpt atteignait 0,5 cm.

30) Le dpt visible sur le revtement de mortier de la conduite souterraine Ars est aussi fin qu'une coquille d'uf. 31) A. GRENIER, op. cit. , p. 206. 32) H. M. B . , pl. XVIII.

33) A.DOELL, op. cit. , p. 302.

36

sont trs rodes . Sur le terrain, l'examen de ces piles nous a montr la diversit existant dans la hauteur de chaque lment , ainsi que les nombreux remaniements qu'a connus le monument , comme en tmoignent son aspect et les mesures prises la base des archesC34l .

Dans un autre domaine , Lalance rfutait l'affirmation des Bndictins selon laquelle d'autres sources alimentaient l'aqueduc le long de son trac . Il pense que la captation de la source de la Luzerailles est tardive , ce que nous croyons volontiers en examinant l'amnagement de son arrive au bassin de Jouy. En revanche , la dcouverte d'un conduit maonn dbouchant dans le coude de la canalisation souterraine , en amont du bassin d'Ars , confirme la thse des Bndictins . Ce conduit (haut de 0 ,90 rn, large de 0 ,82 rn et prsentant cinq lits apparents de briques sur 0 ,33 d'lvation) achemine les eaux de la Source SainteFontaine . Inversement existait-il des prises d'eau en plus de celle connue au bassin d'Ars-sur-Moselle ? C. Niclot y fait allusion : D'autres ouvertures ont t trouves au long de l'ouvrage , distantes des regards de visites , et ne peuvent correspondre qu' des prises d'eau, la thorie du trop-plein longtemps admise , ne peut se justifier, puisque l'aqueduc n'avait pas d'affluentsC35l . Seules des interventions sur le terrain permettront de confirmer cette affirmation.

Une question importante est quasiment rsolue , elle concerne la datation du monument . Le pieu, rcupr par D. Jacquemot dans la sablire, provient d'une fondation d'une pile , ou d'un des barrages difis dans la rivire pour permettre la construction du pont-aqueduc. Une tude dendrochronologique , ralise sur ce bois grce une intervention de V. Blouet , a donn une information prcise que nous connaissons , sans avoir encore reu le rapport officiel , et qui confirme la datation de la fin du 1er sicle de notre re propose empiriquement jusqu'alors .

Axes de recherche

Que peut-on attendre d'une nouvelle recherche sur le trac de l'aqueduc ? Si la technique de construction de la conduite souterraine est bien connue , il faut encore en prciser le trac et affiner le calcul de la pente . Les altitudes donnes par LalanceC36l , partir des relevs des Bndictins entre autres , donnent une pente de 0,50 rn par kilomtre pour les sections Gorze-Ars et Jouy-sud de Metz. Si l'aqueduc se

34) Largeur entre la 5mo et la 6mo pile 4,23 rn Largeur entre la 6mo et la 7mo pile 4,80 rn Largeur entre la 7mo et la 8mo pile 4 ,77 rn Largeur entre la Smo et la 9mo pile 4,63 rn

Mesures prises la base des piles

Longueur du ct longitudinal

Longueur du ct transversal

35) C. NICLOT, op. cit. , p. 2-3 .

36) J. LALANCE, op. cit. , p. 15 .

Pile S Pile S

4,80 rn 4,25 rn

5 ,00 rn 4,33 rn

37

prolongeait jusqu'aux Hauts de Sainte-Croix , comme le pense R. Jolin , en donnant cependant ce site non l'altitude de 187 rn mais celle du niveau archologique, on obtient une pente moyenne de 0,75 m/0,80 m(37J . Ces chiffres contrastent fortement avec celui de la partie arienne entre Ars et Jouy qui est, si l 'on restitue l'altitude primitive du bassin d'Ars , de plus de 4 rn de dnivellation pour 1100 rn environ , soit 3 ,60 rn au kilomtre : on peut admettre que les rigueurs de l'hiver aient fait craindre le gel , mais on ne peut exclure totalement une erreur de calcul des constructeurs , car les instruments des niveleurs n'taient pas trs prcis et la traverse d'une valle aussi large devait crer des difficults(38l .

Les calculs de R. Jolin posent des problmes(39) : si l'altitude de 198 , 13 rn donne pour la coupure II par la route D 12 est juste , l'aqueduc aurait une pente trs forte en amont et trs faible en aval , si on restitue l'altitude originelle du bassin d'Ars . Sans revenir sur l'erreur de cet auteur concernant ce bassin , qui rend sans valeur le calcul de la pente du pont-aqueduc, d'autres confusions se sont glisses dans les chiffres et les calculs concernant le tronon, hypothtique , allant de la ferme Saint-Ladre aux Hauts de Sainte-Croix .

Un nouveau relev s'impose donc, prenant en compte toutes les coupes , celles qui sont publies et d'autres comme celle qui apparat dans une carrire au nord de Jouy (dont R. Jolin n'a pas eu connaissance) . Cette recherche systmatique est complter par des enqutes auprs des villageois , des tudes au rsistivimtre , quelques coupes nouvelles . Quant au dbit de l'aqueduc, il a fait l'objet de calculs en 1769(40) et mme en 1757 , selon Lalance(41) qui reprend la question en utilisant d'autres travaux du XIXme . Il en ressort que le dbit tait suffisant pour entretenir une population de 90 .000 habitants, chiffre que n'atteignait pas - loin de l ! - Divodurum.

Il ne faut gure esprer obtenir de renseignements sur l'arrive de l'aqueduc Metz : un relev de V. Simon proximit de la ferme Saint-Ladre(42l redonn par R. Jolin prouve que l'aqueduc tait soutenu par un pont dont chaque pile est faiblement fonde (1 rn) . Il est donc peu probable que le dveloppement de l'urbanisation ait laiss des traces suffisantes de l'arrive de l'aqueduc Metz pour que les services archologiques soient prvenus de leur mise jour l'occasion de travaux.

Des questions subsistent concernant le trac de l'aqueduc entre le bassin d'Ars et celui de Jouy. Certaines peuvent trouver une solution .

37) Si la mesure donne par R. JOLIN concernant la coupe de l'aqueduc par l'autoroute A 31 est juste , la pente est moins forte dans la section souterraine en amont de ce point, et, par consquent, plus forte l'aval, l o la conduite redevient sans doute arienne.

38) Sur ces questions, voir Aqueducs romains, Les Dossiers de l 'Archologie, no 38, p. 12.

39) R. JOLIN, op. cit. , p . 77. 40) H. M. B . , p. 150-151 .

41) J. LALANCE, op. cit. , p. 31-36. 42) V. SIMON,

A. Grenier(43) comparant les mesures des arches donnes par les Bndictins et par Doell , tente partir d'une photographie (p . 200) d'tablir approximativement de nouvelles mesures portant sur la largeur des piles et sur les cordes des arcades . . . Malgr tout le respect d un savant comme Grenier , il faut reconnatre l'inutilit de la dmarche . Un relev moins empirique reste donc faire .

Dans le lit de la Moselle , les hypothses proposes pour l'cartement des piles demandent une confirmation archologique . On ne peut imaginer , compte tenu des largissements successifs des piles de haut en bas , et du nombre de ces largissements d la grande hauteur du pont au-dessus de l'eau , que l'cart entre chaque pile n'ait pas t agrandi , faute de quoi elles risquaient de laisser un faible passage la navigation. L'existence d'un radier continu supportant le pont-aqueduc n'est pas dmontre . M. Toussaint et G. Collot(44) pensent que son existence tait ncessaire pour assurer la solidit de l'ensemble , mais n'tait-il pas plus simple de fonder chaque pile sur pieux , comme au Vieux pont de Trves dat de 71 ap . J. C. ? Le Service de la Navigation, en canalisant un bras de la Moselle , s 'est trouv dans l'obligation de faire sauter un barrage : s 'agit-il du radier ou plutt des masses de maonnerie effondres dans le lit de la rivire ? Toutes ces questions , pour tre rsolues , supposent de lourdes investigations archologiques , qui ne s'imposent gure . Nous ne saurons j amais quel type de couverture protgeait la double canalisation . Les Bndictins , dcrivant son arrive dans le bassin de Jouy(45) voquent une vote , mais leur dessin ne permet pas de reconstituer sa construction. Ils avouent leur mconnaissance de la partie centrale(46) mme s'ils font rfrence Pierre Dive (cit par G. Mercator) qui dit avoir vu sur le sommet des arches une maisonnette . . . ouverte des deux cts . Toussaint au contraire estime que des dalles plates recouvraient le monument et prcise que de nombreuses dalles trouves au pied des arches ne laissent subsister aucun doute cet gard (47) . Pour le bassin d'Ars , les Bndictins sont affirmatifs : la couverture du dessus de la vote , tait faite d'un toit de tegulae et d'imibrices(48) .

La fonction toujours propose pour les bassins des deux monuments d'Ars-sur-Moselle et de Jouy-aux-Arches est la dcantation des limons . Or ces bassins sont peu profonds , de forme diffrente et faible distance l'un de l 'autre . Celui d'Ars est rectangulaire et le dpart de la double canalisation est 0 ,28 rn au dessus du fond, contrairement au canal qui prend naissance sur le ct nord presque sans seuil : cette

43) A. GRENIER, op. cit. , p . 206-208.

44) G. COLLOT, La civilisation gallo-romaine dans la cit des Mdiomatriques, 1 , 1964, p. XVI.

45) H. M. B . , p. 145 et pl. XVIII fig. 13 . 46) Idem, p . 42.

47) M. TOUSSAINT, op. cit., p . 9 , et note 1 .

48) Idem, p . 140 .

39

dernire drivation tait-elle le dversoir des dpts accumuls dans le bassin ? Dans ce cas il pouvait trs vite s'obstruer et, pour jouer ce rle , il fallait une pente trs forte afin que la force du courant entrane les alluvions . D'autres auteurs en font une vacuation du trop-plein d'eau en cas de crue . En fait, sans nier une possible dcantation, nous pensons que le bassin permettait avant tout , grce l'altitude diffrente des canalisations qui en partent , une prise d'eau rgulire pour la conduite se dirigeant au nord vers Ars , o pouvaient se trouver dans l'Antiquit des activits artisanales ou un vicus dont nous n'avons pas conserv les traces. Le dbit de cette prise d'eau tait rgl par un systme de vannes dont les rainures verticales, visibles sur les pidroits en pierre , marquent l'emplacement.

Quant au bassin de Jouy-aux-Arches , en aval , il est circulaire et plus profond. S'il a servi la dcantation, c'est uniqument pour les eaux de la Luzerailles . Mais le captage de cette source semble correspondre un amnagement tardif. L'explication la plus simple a t donne par les Bndictins : pour casser le courant aprs la traverse sur le pont-aqueduc dont la pente tait forte , et faire tournoyer les eaux avant leur pntration angle droit dans la conduite aval, il tait ncessaire de construire un bassin circulaire .

La question de la double canalisation est apparemment rsolue . Il est sr que la fermeture d'une conduite pour entretien n'arrtait pas l'alimentation en eau , de Metz . Mais pourquoi avoir limit cet avantage au seul pont-aqueduc ? La rponse apporte par G. Collot(49) s 'appuie sur le fait que l'rosion de la canalisation tait plus active dans cette section o la pente est plus forte (pour viter le gel) , ce qui entranait des rparations frquentes . Ch. Niclot va plus loin en affirmant que ce sont les risques de gel eux-mmes qui obligeaient augmenter le dbit en le concentrant dans un seul canal . Ces hypothses ne permettent pas de comprendre pourquoi les sections des canaux sont lgrement diffrentes l'une de l'autre et surtout pourquoi la vanne du canal sud du bassin d'Ars est plus haute que celle du canal nord et fonctionnait diffremment . La question de la rgulation du dbit des eaux n'est donc pas entirement rsolue .

Reste le problme des deux blocs sculpts et des peintures murales dcouvertes dans le bassin d'Ars . Un amnagement dcoratif du monument n'implique pas son utilisation comme sanctuaire des eaux. Mais les peintures murales ont t appliques sur un parement en petit appareil , elles sont donc postrieures la construction du monument. A. Quencez soutient l'ide qu'un petit sanctuaire a t cr une poque o l'aqueduc n'tait plus fonctionnel , mais o le bassin tait encore aliment par la source de Sainte-Fontaine .

49) G. COLLOT, dans La civilisation romaine de la Moselle la Sarre, Mayence, 1983 , p. 255 .

40

Aucune information nouvelle n'est attendre sur la destruction de l'aqueduc. Nous possdons deux terminus : une monnaie de Valens trouve dans la maonnerie(SO) et le texte du XJme qui voque les arches ruines . Il est vraisemblable que les cassures dans la conduite souterraine, dues aux glissements de terrain , soient la cause de l'abandon de l'aqueduc, sans qu'on ait mme voquer les troubles militaires .

* *

*

Pour tre suffisante , la connaissance de l'aqueduc romain de Gorze Metz doit s'enrichir de nouvelles tudes prcisant des points de dtail dj voqus ou contredisant des affirmations mal fondes . Mais il est des points obscurs pour lesquels les problmes poss ne trouveront de solution qu' l'occasion de travaux d'ampleur ou de dcouvertes lies aux modifications du paysage urbain : la traverse de la Moselle et l'arrive dans Metz . .Cette recherche doit tre complte par une tude des autres tronons d'aqueduc dcouverts sur les flancs du Mont Saint-Quentin .

Aujourd'hui , la priorit est au sauvetage du monument remis au jour en 1970 sur le versant de la valle Ars-sur-Moselle . L'achat du terrain , ncessaire pour que les travaux puissent dbuter , a t ralis en 1983 par la commune d'Ars-sur-Moselle . Un projet de toiture en berceau en lamell-coll dont le cot ne dpassait pas 100 .000 F fut prsent par le Service dpartemental de l'Architecture . La participation de l'Etat hauteur de 50 % supposait une participation quivalente des collectivits locales qui ne fut pas obtenue . M. Colardelle , directeur des Antiquits Prhistoriques et Historiques de Lorraine demanda une modification du projet; celui-ci fut ralis en 1984 et prvoit dsormais une toiture pyramidale , mais le devis a plus que doubl . La Direction des Antiquits et le Service dpartemental de l'Architecture s'emploient laborer le montage financier. Il faut runir fonds ordinaires et fonds spciaux et solliciter la municipalit d'Ars-sur-Moselle ainsi que le Conseil Gnral de la Moselle . Et pourquoi pas la ville de Metz ? Hier , les aqueducs illustraient un mode de vie urbain attach des phnomnes de culture collective , gouts, latrines , j ardins mais aussi thermes dont le dveloppement traduit une conception nouvelle des rapports sociaux et des modes de vie . Aujourd'hui , l 'aqueduc messin est un attrait pour la ville , celle-ci ne peut-elle aider au sauvetage du monument d'Ars ? Si aucune solution n 'apparat en 1985, Je devoir des archologues sera de renfouir Je site.

Claude LEFEBVRE

50) V. SIMON, >, M. A. M., 1839-40, p. 265-275 .

41

42

LEGENDE COMMUNE AUX FIGURES SUIVANTES

maonnerie restaure

pierre calcaire

maonnerie

mortier de tuileau

mortier de tuileau

tuile

terre

mise a u net des relevs : Ph. BR UNELLA

PLANCHE 1

Figure 1 : Coupe transversale dans le radier des canalisations sur les arches de JOUY.

0 2 m - -- -

Figure 2 : Coupe transversale des canalisations et du soubassement ARS-SUR-MOSELLE

suivant E-E (cf. fig. 4).

43

t

\

J!.

Figure 3 : Coupe longitudinale (B-B) PLANCHE 2

u j

w l

Figure 4 : Plan du bassin et du dpart des canalisations ARS-SUR-MOSELLE.

c - - - - - - - - - - - - - - - - A

L--------- - - - - - - - - - -

J,.--F====- . . . . . . - . - - - - . - - . . . . - . - . - . -

w l 0 1 0 m ==

PLANCHE 3

15 m

Figure 5 : Coupe transversale (C-C) dans le bassin

Figure 6 : Coupe transversale (D-D) au dpart des canalisations.

0 4 m

Photo 1

Vestiges de la canalisation sur le sommet de l ' aqueduc Jouy-aux-Arches .

Photo 2

Vue tl "ensemble du bassin 1.l"Ars-sur-Moselle et de la nouvelle partie dgage de ! "aqueduc.

46

Photo 3

Le bassin d 'Ars-sur-Mosel le , vu de l ' amont en direction des arches .

Photo 4

Un e ffet du glisse m e n t de terrain : l ' incl inaison du soubasse ment et de la fondation dans la partie rcemment dgage de l'aqueduc Ars-sur-Moselle .

47

Photo 5

Le dbouch de la canalisation souterraine dans le bassin d'Ars .

Photo 6

Le bassin d'Ars-sur-Moselle, la drivation vers Ars et le dpart de la double canalisation.

48

Photo 7

Le bassin d 'Ars-sur-Mosel le , vu du sud-es t , et la drivation vers Ars .

Photo 8

Le bassin d'Ars-sur-Moselle : dpart Je la corniche sur le flanc sud de la canalisation . En bas : le drain recouvert de briques .

49

Photo 9

Effet du glissement de terrain Ars-sur-Moselle : inclinaison des lits de mllons et dbordement des pierres.

Photo 10

Le bassin d'Ars-sur-Moselle , et le soubassement des canalisations dgag en 1982 .

50

ANNEXE

SURVEILLANCE ARCHEOLOGIQUE SUR LE TRACE DE L'AQUEDUC D'ARS-SUR-MOSELLE (novembre 1984)

Lors du battage d'un rideau de palplanches , pour la protection des lignes SNCF, par le Service de la Navigation fluviale , les Monuments Historiques eurent surveiller la dpose d'un calvaire-autel du XVIIIe sicle, situ sur la rive gauche de la Moselle , dans l'axe de l'aqueduc d'Ars-sur-Moselle .

La Direction des Antiquits prhistoriques et historiques de Lorraine fut charge , aprs le dmontage de ce monument (dat 1736, et comportant deux lments de remploi d'poque Renaissance) , de surveiller la pose des palplanches , car une pile de l'aqueduc romain devait, selon toute probabilit (comme le supputaient les Bndictins du XVIIIe sicle) , se trouver sous le calvaire .

ca lva i re i le suppose

lijiiil 0 l OO m

Une structure >> antique fut rencontre en avant et immdiatement sous la base de ce calvaire plac contre le mur de soutnement des voies ferres. Elle se composait d'une norme masse de mortier liant des pierres brutes de diverses tailles . Sur la face nord (orient vers Ars) subsistait un parement en petit appareil de mllons cisels (de module moyen : 9 x 17 cm, - preuve que cette partie tait

51

destine tre visible - , et d'une longueur de 4 rn sur une hauteur moyenne de 0 ,50 m. Sous cette structure >>, une couche de terre jaune , strile, hormis quelques traces de mortier hydrulique et fragments de tegulae, contenait de nombreuses petites pierres anguleuses .

En raison du phnomne aberrant rencontr (un bloc btonn reposant directement sur une couche de terre d'paisseur moyenne de 0,70 cm(ll) et malgr l 'emplacement de cette >, l o l'on pouvait esprer une pile de la partie arienne de l 'aqueduc, il apparat qu'il ne s'agit pas d'une pile en place mais d'un lment - un > selon les Bndictins - qui , par la suite des travaux effectus proximit (chemin de halage , voies ferres et canalisation du bras de la Moselle) , se serait retrouv cet endroit. Ce que nous avons pu remarquer, lors de notre surveillance archologique , n'empche aucunement d'imaginer, en profondeur, la conservation d'une pile de l'aqueduc. Mais la proximit du canal et la faible profondeur des eaux d'infiltration (1 ,70 rn) empchrent tout sondage profond(ZJ .

Marie-Dominique WATON

1) Cette couche ne peut constituer un radier : il est, en effet, difficile de concevoir une lvation d'une vingtaine de mtres sans fondation; aucune trace de pieu n'a t dcele. Il s'agit vraisemblablement d'une couche de remblai.

2) Nous tenons remercier le Service de la Navigation fluviale qui mit notre disposition une pelle mcanique godet lisse.

52