LES MUDRAS. TUDE DES GESTES Prface. DFINITION ET ORIGINE DES MUDRAS: - Dfinition des mudras : des gestes sacrs originaires de l'Inde - Origine des mudras : la gestuelle des ...

  • Published on
    25-Mar-2018

  • View
    222

  • Download
    6

Transcript

  • 1

    Flicie ARTAUDTAC 4 insas

    Mmoire de fin dtudes sous la direction deJetty ROELS et Eric PAUWELSOctobre 2002

    Mudra dcrivant les deux dons du Guru ( professeur ):Lacte de donner de la main droite; denseigner de la main gauche.Bronze Nepal, XVIeme sicle.

    LES MUDRAS. TUDE DES GESTES SACRS

  • Sommaire

    Prface.

    DFINITION ET ORIGINE DES MUDRAS:- Dfinition des mudras : des gestes sacrs originaires de l'Inde- Origine des mudras : la gestuelle des yogis et des prtres de l'Inde vdique- Dveloppement des mudras : l'utilisation thrapeutique des mudras et les mudras entrent

    dans la danse.

    LES MUDRAS COMME GESTUELLE RELIGIEUSE :- Introduction:

    Les mudras dans l'hindouisme, le bouddhisme et le yogaVoyage des mudras en Asie

    - Les mudras dans l'iconographie religieuse :Les mudras du Bouddha historique : de l'histoire au symboleLes mudras du bouddhisme sotrique : sceaux qui runissent l'humain et le divin

    - Faire corps et me avec le divin : tude des rites de la secte shingonLa " comprhension silencieuse " de l'enseignement sotriqueLa fusion avec le Bouddha par l'esprit, le corps et la voixLe thtre des gestes du rituel de Djo Foudo

    - Conclusion

    LES MUDRAS DANS LA DANSE INDIENNE :- Introduction/

    Les mudras sont-elles une langue communicante ? L'exprience du Rasa

    - La danse comme expression du " Manifeste et du Cach "Comparaison entre la langue des mudras et le langage des signes franaisRles du symbole et de la mtaphore dans le langage gestuel des mudras

    Lart interprtatifFaire jaillir le sens cach

    - La danse comme rituel et comme prireOrigine sacre de la danseLa danse comme bhakti-yoga et nada-yogaLa danse comme rituel commmoratifLa danse cosmique de Shiva

    - Conclusion

    CONCLUSION GNRALE:- Les symboles religieux dans le thtre actuel- Faire un geste qui soit un signe- Rgnrer le langage verbal par lexprience corporelle

    BIBLIOGRAPHIE

    2

  • 3

    Photo: Marie-Laure de DeckerPhnom Penh, Cambodge 1971

  • PRFACE :

    Alors que je prparais mon sujet de mmoire cette phrase m'a frappe car je cherchais unsujet qui me permette d'tudier le Barhata-Natyam, qui est une danse du Sud de l'Inde que j'ap-prends depuis deux ans. La dimension mystique de l'expression veillait galement mon attention,car un sujet qui " problmatise " la danse indienne, pouvait difficilement faire abstraction ducaractre sacr qui lui est attribue.La premire chose que nous ayons apprise en cours de danse est le Namast, c'est--dire le salutqui ouvre et ferme chaque moment de danse, que ce soit un moment d'apprentissage ou dereprsentation. Le salut commence par les pieds qui frappent deux fois la terre; aprs on s'ac-croupit, et les mains touchent alternativement le sol et les yeux ; enfin on se relve et on salue.Ce geste est un geste de rvrence religieuse, mais aussi une manire de toucher le sol sur lequeld'autres personnes ont accompli et pratiqu la mme danse et par l, s'inscrire dans la tradition.Il s'agit ni plus ni moins de reconnatre l'origine et la longue filiation de la danse, les dieux quil'ont initie mais galement toutes les personnes qui en dansant l'ont achemine jusqu' nous, etqui du certaine manire soutiennent l'effort de celui ou celle qui va se mettre danser.Rflchir sur les origines et le caractre sacr dzes mudras est pour moi une prise de contact avecl'histoire de cette danse, prise de contact d'autant plus ncessaire, que je suis loigne de la cultureindienne. Essai pour combler l'cart culturel peut-tre, mais galement pour comprendre quelschos cette danse peut avoir avec la pratique thtrale.

    4

    " Nous allons maintenant accompagner la mortet connatre de nouveau le chagrinNous allons danser de nouveau et terrasser les dmonsSi l'on ne sait pas d'o vient la danse On ne doit pas en parlerSi on ignore l'origine de la danseOn ne peut pas danser. "

  • DFINITION ET ORIGINE DES MUDRAS

    Des gestes sacrs originaires de l'Inde.

    Les mudras sont des poses ou gestes des mains, vraisemblablement originaires de l'Inde qui ont tet sont encore employes dans de multiples pratiques caractre religieux. C'est ce qui leur vaut d'-tre nomms par les chercheurs de diffrentes disciplines comme " gestes sacrs " ou " gestes mys-tiques " ou encore " gestes magiques " leur appellation tant bien entendu lie au rle qu'ellesdtiennent dans ces diffrentes pratiques. Ainsi parle-t'on encore de " langage symbolique " dansles ouvrages sur la danse indienne puisqu'elles ont t dveloppes dans cet art, jusqu' devenir unvritable langage de signes permettant de raconter des histoires. Elles se sont implantes dans d'au-tres pays que l'Inde par le biais mme de ces pratiques, puisque l'Inde fut grande exportatrice dedisciplines spirituelles.On les retrouve dans des arts de reprsentation, tels que la danse, mais galement la peinture et lasculpture aussi bien que dans des pratiques spirituelles, cultes, rites, mditations. On atteste leur pr-sence dans l'iconographie hindouiste et bouddhiste, dans les danses indiennes, balinaises, dans desrites du bouddhisme sotrique japonais, dans les anciens cultes tantriques indiens, dans le yoga quifut lui-mme assimil aux pratiques de dlivrance inhrente au bouddhisme et l'hindouisme. Lesmudras ne peuvent donc tre rattaches une religion particulire mais sont lies la longue vo-lution spirituelle de l'Inde et sa grande capacit crer, fusionner, et exporter diffrents modesde croyance et d'expressions de ces croyances.

    5

    Danse de Devi. Collection prive.

  • L'tude prsente ne se veut pas une description exhaustive de l'emploi des mudras dans lelarge domaine religieux et sacr, mais bien plutt la prise de contact avec la notion de geste sacr -c'est--dire ce qui le dfinit et lui permet d'exister en tant que tel - en regardant des pratiques ol'utilisation des mudras a t particulirement dveloppe, et sur lesquelles des tudes srieuses ontt faites.Il n'en ressortira vraisemblablement pas une dfinition unie, ni complte, de ce qu'on appelle gestesacr, mais un corpus d'exemples et de paramtres qui permettront d'approcher plus concrtementpourquoi on dit de ces gestes des mains- si courants par ailleurs dans notre langage quotidien- qu'ilssont " liturgiques" ou " mystiques " ou " symboliques ". Cette approche me permettra galementd'tudier comment les mudras font sens en tant que langue gestuelle, et d'tudier ainsi une typolo-gie de gestes.

    Origine des mudras : la gestuelle des yogis et des prtres.

    Le terme de mudra se rfre une gestuelle religieuse propre la fois aux yogis et aux pr-tres de l'poque vdique. Ces derniers auraient accompagnes leurs rcitations sacres de ces ges-tes des mains.L'poque vdique correspond en Inde une priode de premire formalisation des croyances reli-gieuses par l'laboration des quatre livres sacrs des Vedas entre 1700 et 1200 avant notre re.Quant savoir si la pratique rituelle des prtres fut antrieure ou simultane de celle des yogis, nousl'ignorons. Les premires traces de yoga sont trs anciennes, elles remontent 2000 2500 ansavant notre re. Cependant l'emploi des mudras dans le yoga n'est formalis que bien plus tard. Onsuppose que les yogi accompagnaient et stimulaient leurs exercices de mditation l'aide de cespositions de doigts. On retrouve d'ailleurs dans l'iconographie religieuse de nombreuses mudras demditation, attribues Bouddha ou diffrents dieux de l'hindouisme, ce qui laisse penser quela pratique des yogi aurait inspir ces reprsentations.

    Ce qui est remarquable dans ces premiers emplois des mudras, c'est qu'ils persistent encore de nosjours :" Les hymnes vdiques, surtout ceux du Sama-Veda continuent toujours tre chants et psalmo-dis l'aide de mouvements extrmement complexes et prcis des doigts. Le mot mudra est sou-vent associ celui de mantra, syllabe sacre renfermant la puissance vibratoire d'une divinit par-ticulire. Signifiant au sens littral " sceau " la mudra est le pouvoir octroy la main pour " sceller" l'action rituelle : celle-ci renferme dans le geste l'intensit d'un tat intrieur, d'une image divine,d'une volont personnelle. Comme une sorte d'opration magique, la main cre tout un universdont l'origine est scelle dans le cur de l'homme. Le yogin en est l'exemple extrme lorsque samudra renferme le souffle l'intrieur de son corps, donnant vie la puissante kundalini (nergiecosmique)".( Katia Legeret Manuel Traditionnel du Bharata-Ntyam p120)La mudra dfinie comme sceau nous apporte de prcieuses informations sur le sens et le rle deces gestes de main. La mudra s'excutant le plus souvent en joignant ou en fermant les doigts ou

    6

    * Voici la phrase exacte de Gertrud Hirshi :

    " Lorsque je mditais rcemment sur la notion de " mudr ", le symbole de sceau m'est apparu avec une force particulire. Nous aussi,

    nous utilisons inconsciemment un certain geste pour sceller, par exemple un accord conclu avec quelqu'un ou mme avec la conscien-

    ce cosmique, ou pour donner un poids particulier une dcision. De la mme manire, nous pouvons aussi sceller quelque chose avec

    nos forces intrieures : nous pouvons aussi conclure un trait avec nous-mme. Un sceau protge aussi toujours ce qu'il y a de mys-

    trieux. Je ne crois pas que nous comprendrons jamais entirement l'essence d'une mudr. Car, l o il y a du mystre, on touche au

    divin -de sorte que chaque mudr nous amne aussi en fin de compte une liaison spciale avec la conscience cosmique ( ou ce qu'on

    appelle le divin ). " ( Gertrud Hirshi Les Mudras. Le yoga au bout des doigts. p16)

  • encore les mains entre elles, on comprend pourquoi ce geste renferme et scelle l'nergie dgagepar celui qui le fait. En fait, on peut remarquer comme le dit Gertrud Hirshi, dans Mudra Le yoga aubout des doigts*, que nous faisons dans la vie de tous les jours, des gestes inconscients pour confir-mer une dcision intrieure ou pour donner du poids une dcision particulire : un poing qui sesert sous le coup d'une volont, ou parce qu'on marque son adhsion. Appliqu au domaine reli-gieux, ce geste devient conscient il devient un acte rituel d'authentification. Dans son article "Mudra, La main enchante ", Savitry Nar la dfinit ainsi :" Elle dsigne la fois l'anneau sigillaire et le sceau et par extension tout ce qui contient la notiond'impression : tampe, cachet, plomb. ( ) Lorsque le culte se prsente comme un rituel ou uneprire -psalmodie d'un texte ou d'une formule secrte- les mudras servent " estamper " le pouvoirdes mots et des gestes dans la reprsentation (murti) de la divinit. " (Savitry Nar " Le courrier del'Unesco " p34) Ainsi non seulement la mudra scelle une nergie ou une dcision intrieure par une action physique,mais elle est galement signe authentique de son pouvoir et du pouvoir des sons. On retrouve cedouble aspect de la mudra dans son quivalent japonais. Le mot " In " signifie galement sceau etenglobe la fois les gestes des mains et les formules qui accompagnent les rites. Enfin, tout commele sceau authentifie un document, la mudra exclut toute possibilit de mensonge. Elle est selonIngrid Ramm-Bonwitt comme un contrat conclu entre le croyant et la divinit. ( Mudras. Le langagesecret des yogis p245).Tout ceci nous claire sur le rle que devait dj avoir pour le prtre de l'poque vdique l'utilisa-tion conjointe des mudras et des rcitations sacres, que ce soient des mantras ou les textes sacrsdes Vedas.

    De par son origine, on voit que les mudras sont relies des pratiques spirituelles et non une religion dtermine. En effet, l'poque vdique n'est encore qu'une priode de balbutiementde l'hindouisme, o les croyances des migrants indo-europens fusionnent lentement avec lescroyances et cultes des peuples indignes.Selon Jacques Dupuis, le vdisme est une " religion de rites ", rites qui sont avant tout des rites depurification qui permettent d' " approcher le divin " et de " se propitier les Dieux " (Jacques DupuisL'Inde. Une introduction la connaissance du monde indien. p114). Ces rites ne correspondent pas desconcepts moraux -offense ou non l'ordre moral - mais des concepts d'ordre mtaphysique :" Le divin est pur dans son ensemble ; il s'oppose en tant que tel l'humain. Les hommes sont

    impurs en raison de leur caractre prissable et de leur activit () On a trouv depuis longtempsdes moyens rituels de purification, qu'il ne faut point confondre avec le pardon et la rmission despchs en Occident. Tels sont notamment l'ascse, les bains en des lieux dtermins, la rcitationde certaines formules magiques ". ( Jacques Dupuis p112-113).Les mudras sont donc vraisemblablement utilises dans ce cadre rituel, le prtre rcitant les man-tras (formules magiques) en adoptant une position fixe des mains, ou en passant d'une position l'autre au gr des mots ou plutt des sonorits.Cette attitude qui permet de convoquer la divinit par le mot et par le geste nous voque le com-portement chrtien de prire : quand le prtre invite les croyants rciter le " Notre Pre " pendantl'office religieux, il ouvre les mains vers l'assemble, les joint en signe de prire pendant la rcita-tion, et les ouvre de nouveau la fin de celles-ci. Ces mouvements prcisent bien son rle d'inter-mdiaire entre les croyants et Dieu : il se met en contact avec les croyants par le premier geste, etse relie Dieu par le geste ascendant des mains jointes.La mudra pratique par le prtre l'poque vdique, tout comme le geste du prtre pendant lamesse n'est pas pratique dans un lieu indiffrent, ni par une personne indiffrente. Cette prdo-minance du prtre comme dtenteur du savoir et du pouvoir est trs importante dans la religion

    7

  • primitive des rites puisque " les textes sacrs, les rites, les formules magiques (mantra) taient consi-drs comme un matriel contenant un norme pouvoir et dont la manipulation par des officiantsinexperts pouvait tre trs dangereuse. De ce matriel religieux, dpend en effet le Dharma ou l'or-dre du monde, et toute erreur de manipulation pouvait entraner des cataclysmes mtoriques, desmauvaises rcoltes et des famines, des guerres, l'effondrement des royaumes. On comprend ainsique les fonctions religieuses aient toujours t considres comme rserves une lite et que lesBrahmanes aient essay de s'en assurer le monopole. "( Jacques Dupuis p136)Si les mudras taient automatiquement associes la rcitation des mantras, comme on le suppose,ces gestes devaient relever eux aussi d'une connaissance et d'un pouvoir dont le peuple tait priv.Il pouvait en bnficier par l'intermdiaire du prtre mais non pas s'en servir comme moyen per-sonnel de communiquer avec les Dieux. Reginald Massey crit dans son livre sur la danse Kathak ,que les professeurs Brahmines ne voulaient pas que le savoir tombe dans de mauvaises mains, cequi expliquerait l'expression allgorique des textes sacrs ainsi que l'existence des mantras, quidevaient tre interprts par des experts.Cette prcision sur le caractre magique et dangereux du matriel religieux nous donne un autrepoint de vue sur l'emploi conjoint des mudras et des mantras. Leur caractre cod servirait assu-rer le ct secret et magique, dont l'usage et la comprhension auraient t rservs aux prtres. Lepeuple pouvait en recevoir les bnfices mais ne pouvait pas en pntrer le sens exact.

    l'poque vdique,...

Recommended

View more >