Les ambassades russes a la Cour de Louis XIV, d'après les documents des Archives du ministère des Affaires étrangères

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    Les ambassades russes a la Cour de Louis XIV, d'aprs les documents des Archives du ministredes Affaires trangresAuthor(s): Marianne SeydouxSource: Cahiers du Monde russe et sovitique, Vol. 9, No. 2 (Apr. - Jun., 1968), pp. 235-244Published by: EHESSStable URL: http://www.jstor.org/stable/20169492 .Accessed: 16/06/2014 17:52

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  • ARCHIVES

    LES AMBASSADES RUSSES

    A LA COUR DE LOUIS XIV

    D'APR?S LES DOCUMENTS DES ARCHIVES

    DU MINIST?RE DES AFFAIRES ?TRANG?RES

    Si la France et la Russie ont eu des contacts d?s le Moyen Age, les relations diplomatiques officielles ne datent, elles, que du r?gne de Louis XIV.

    Jusqu'au milieu du xvne si?cle, la Russie ?tait ? peine connue en France ; les premiers envoy?s moscovites, Ivan Kondyrev en 1615 et Konstantin Macehin en 1654, n'avaient pas pu engager le dialogue et avaient ?t? renvoy?s au tsar avec un sac de pistoles et une lettre de compliments du roi de France. Comme les d?crit A. Rambaud1

    d'apr?s les documents de l'?poque, c'?taient

    ? des hommes barbus et chevelus, v?tus avec une magnificence barbare et sordide,

    portant des fourrures au c ur de l'?t?, tra?nant une horde de laquais qui ressem

    blaient ? des janissaires, parlant une langue inou?e que l'on ne finissait par

    comprendre qu'? l'aide d'une cha?ne inou?e d'interpr?tes et d'une s?rie de traduc

    tions ; apportant des parchemins ind?chiffrables en caract?res bizarres [...] affichant des pr?tentions, des exigences, des susceptibilit?s ?tonnantes ; s'?ton

    nant ou pleurant quand un nom manquait dans la kyrielle interminable des

    pays inconnus sur lesquels leur ma?tre ?tait cens? r?gner [...] insupportables aux Ministres, d?sagr?ables au Roi, mais ameutant sur leur passage le peuple des badauds parisiens... ?.

    Ils venaient annoncer au roi de France l'av?nement des tsars Michel et Alexis et lui demander d'aider la Russie dans sa lutte contre les Polonais et les Su?dois.

    En dehors du caract?re pittoresque, abondamment d?crit dans les journaux et les documents de l'?poque, ces premiers envoy?s ne semblent pas avoir jou? de r?le dans l'?tablissement de relations

    diplomatiques suivies entre la Russie et la France. On comprenait mal la raison de leur visite, et leurs r?cits sur les Polonais ou les viola

    i. Instructions donn?es aux ambassadeurs et ministres de France depuis les trait?s de Westphalie jusqu'? la R?volution Fran?aise. VII : Russie, Paris, 1890 1891 (introd. de A. Rambaud).

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  • 236 MARIANNE SEYDOUX

    tions de fronti?res par des cosaques et des Tatars n'int?ressaient gu?re la Cour de France.

    C'est seulement dans la seconde moiti? du xvne si?cle que la Russie

    prend aux yeux des Fran?ais une importance politique croissante, dans la mesure o? elle nuit indirectement ? la France en s'attaquant aux pays qui sont ses alli?s contre le Saint Empire : Su?de, Pologne et Turquie.

    Cherchant un d?bouch? vers les mers libres et repouss?e de la

    Baltique par la Su?de, la Russie tente de se frayer un chemin vers la Mer Noire, entrant en conflit avec la Pologne, l'Empire ottoman et le khanat de Crim?e. C'est ? cette occasion que les souverains

    moscovites vont rechercher l'aide et l'appui des grandes puissances de l'Europe occidentale : la France et l'Espagne.

    C'est sous le pr?texte officiel d'?tablir des relations commerciales avec la France que le tsar Alexis, puis la r?gente Sophie, et enfin Pierre vont envoyer, tour ? tour, une s?rie d'ambassades ? Louis XIV et lui demander son appui contre les Polonais et contre les Turcs.

    Les trois textes que nous pr?sentons ici, tir?s des Archives du minist?re des Affaires ?trang?res1, concernent les ambassades mosco vites re?ues par Louis XIV et donnent plus particuli?rement la descrip tion (r?dig?e en 1716) de deux ambassades marquantes : celle de

    Pierre Potemkin en 1668, et celle de Jacob Dolgorukij en 1687.

    a) La plus connue de ces ambassades, la mieux re?ue aussi, est celle en 1668 du stolnik Petr Ivanovic Potemkin, gouverneur de

    Borovsk, accompagn? de son fils Stefan et du djak Simeon Rumjancev. Les envoy?s venaient annoncer ? Louis XIV et ? Philippe II d'Espagne la fin de la guerre entre la Russie et la Pologne, et proposer d'?tablir des relations commerciales :

    ? Sa Majest? le Tsar et Grand Prince Alexis Mikha?lovitch d?sire entretenir

    avec Sa Majest? le Roi de France et de Navarre, des rapports de bonne alliance

    et d'amiti? fraternelle... En outre, le Tsar, notre puissant ma?tre, d?sire nouer

    des relations commerciales avec le Royaume de France, de mani?re ? ce que les habitants des deux empires puissent ? l'avenir les fr?quenter respectivement

    pour se livrer ? des op?rations de n?goce ?2.

    Le r?cit tr?s d?taill? de cette ambassade se trouve dans l'ouvrage de Galitzyne sur la Russie au xvne si?cle, ainsi que dans le rapport

    i. ? Ordonnance du Roy sur la fa?on de recevoir les ambassadeurs du Grand Duc de Moscovie ?, 5 ao?t 1668 (cf. infra, p. 239). ? Sur la d?pense faite de la part du Roy Louis XIV pour faire d?frayer et traiter le Sieur Poterskin, ambassadeur du Czar Alexis pr?s sa Majest? en 1668

    ?

    (cf. infra, pp. 239-240). ? Sur le c?r?monial observ? en France ? l'?gard des Ministres envoy?s par

    les Czars de la Grande Russie ?, septembre 1716 (cf. infra, pp. 240-244). Source : M?moires et documents du minist?re des Affaires ?trang?res de France

    sur la Russie, III, f?. 117-129. 2. Lettre du tsar ? Louis XIV, dans E. Galitzyne, La Russie au XVIIe si?cle,

    Paris, 1885, p. 342.

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  • LES AMBASSADES RUSSES A LA COUR DE LOUIS XIV 237

    pr?sent? au tsar par Potemkin lui-m?me ? son retour de Russie1.

    Apr?s sept mois pass?s en Espagne, Potemkin arriva avec une suite

    nombreuse, le 5 ao?t 1668, ? Bordeaux, o? il fut accueilli par un envoy? du roi et escort? jusqu'? Paris, d?fray? de toutes ses d?penses2. Tout au long de ce r?cit, deux probl?mes dominent : les d?penses et le

    protocole. Conform?ment aux usages diplomatiques de la Cour de

    Moscou, les envoy?s russes voulaient ?tre re?us ? l'?gal des ambassa deurs des plus grands empires, et surtout ?tre enti?rement d?fray?s de toute d?pense. Les relations avec Moscou ?tant longues et difficiles, il leur ?tait impossible d'emporter assez d'argent pour subvenir ? leurs besoins et ? ceux de leur suite, d'autant qu'il ?tait d'usage d'apporter un nombre important de cadeaux. La liste de ceux qu'ils firent au roi pour cette ambassade est d'ailleurs impressionnante3.

    Les r?sultats de cette ambassade furent modestes : une lettre

    pleine de bonnes paroles de la part du roi, et l'envoi ? Moscou par Colbert d'un agent commercial : Goosens ;

    b) La deuxi?me en date des ambassades, celle d'Andr? Vinius, n'est pas relat?e dans le document que nous pr?sentons plus loin. En octobre 1672, Andr? Vinius apporta une lettre du tsar Alexis rendant compte des r?voltes des cosaques et des incursions des Tatars et des Turcs, et demandant ? Louis XIV de s'allier ? la Russie et ?

    l'Espagne contre les Turcs. Vinius n'eut qu'une seule audience de Louis XIV, et fut rapidement reconduit aux fronti?res avec 500 pistoles et une lettre du roi, qui ?tait fort peu soucieux de conclure une alliance contre les Turcs, ses alli?s ;

    c) En 1681, le tsar Feodor envoya ? nouveau Pierre Potemkin,

    accompagn? du djak Stefan Volkov, demandant la m?diation du roi de France pour mettre fin ? la guerre contre les Turcs et les Tatars, et renouvelant les offres pr?c?dentes concernant le commerce entre les deux pays ;

    d) En 1685, Semen Jerofeevic Almazov et le djak Semen Ippolitov apport?rent au roi une lettre en latin4 de la part des tsars Ivan et Pierre. La r?ponse de Louis XIV ?tait une fois de plus tr?s vague. Le rapport d'Almazov n'ayant pas ?t? publi? en Russie, cette ambassade reste tr?s peu connue, et le document que nous pr?sentons ci-dessous la confond avec celle de Jacob Dolgorukij qui est de deux ann?es post? rieure ;

    e) L'ambassade du prince Jacob Dolgorukij et du prince Jacob Mycetskij en 1687 a laiss? par contre, en France et en Russie, un vif souvenir. Les ?pisodes de leur visite, largement comment?s dans le

    i. ? Statejnyj spisok P. I. Potemkina ?

    (Rapport diplomatique de P. I. Potem

    kin), in Putehstvija russkih poslov XVI-XVII vv. Statejnye spiski (Voyages des ambassadeurs russes