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L‘ELLIPSE DANS L‘EXPRESSION - dante.univ-tlse2. · PDF file2Fink, Eugen. Epilogue zur Dichtung. V. Klostermann, Frankfurt am Main. 1971, p26. 7 dans son Cours de linguistique générale

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    LELLIPSE DANS LEXPRESSION:

    LECART LITTERAIRE CHEZ MERLEAU-PONTY

    1

    Susannah RAYMOND-BARKER

    Mmoire Master 2

    Sous la direction de L.Mouze

    1 Figure 1: Un pome de Emily Dickinson, not sur une enveloppe. Disponible ladresse :

    http://tumblr.austinkleon.com/post/63754567710.

    http://tumblr.austinkleon.com/post/63754567710

  • 2

    Je dis : une fleur ! et, hors de loubli o ma voix relgue aucun contour, en tant

    que quelque chose dautre que les calices sus, musicalement se lve, ide mme

    et suave, labsente de tous bouquets.

    -Mallarm, Crise de vers

  • 3

    Rsum

    Au dbut des annes cinquante, Merleau-Ponty a fait un tournant vers une philosophie qui

    sintressait moins au sujet transcendantale, et davantage aux questions ontologiques globales.

    En modifiant les thories postsaussurienne dune diffrence invisible qui dynamise le

    dploiement de la parole, Merleau-Ponty a pu faire une analyse de lenchevtrement empirique-

    idel dans loprativit de ltre. Ce mmoire de masters a pour but danalyser les rapports et

    les taches aveugles qui dynamisent loprativit latente de la chair du monde et de la parole

    oprative de la littrature qui en fait expression, ainsi que les crises esthtiques que les taches

    aveugles chiastiques provoquent chez lcrivain.

    Summary

    In the early 1950s, Merleau-Ponty underwent a turn towards a philosophy that was less

    interested in the transcendental subject and more interested in global ontological questions. By

    modifying postsaussurean theories of an invisible diffrence that dynamises the operation of

    speech, Merleau-Ponty was able to do an analysis of the ideal-empirical entanglement of being.

    This masters thesis aims to analyse the links and the blind spots that dynamise the latent

    operativity of the flesh of the world and of the operative speech of literature which expresses

    it, as well as the aesthetic crises that these chiastic blind spots can provoke in the author.

    Mots cls Merleau-Ponty, chiasme, crivain.

    Key words Merleau-Ponty, chiasm, writer.

  • 4

    Remerciements

    Je voudrais adresser ma gratitude la directrice de ce mmoire, Ltitia Mouze pour sa

    disponibilit et son vif intrt pour le thme abord. Ses conseils ont contribu alimenter ma

    rflexion.

    Je dsire aussi remercier Anne Coignard davoir accept dassister au jury de soutenance, et

    aussi de ses aides pratiques pendant mon anne erasmus mundus ici Toulouse. Lorganisation

    du programme erasmus mundus europhilosophie est une grande tche, et je suis trs

    reconnaissante de son effort qui a permis un rassemblement de jeunes philosophes venant de

    partout dans le monde.

    Jaimerais exprimer ma gratitude tous les professeurs qui mont enseign pendant les deux

    annes du programme luniversit Charles de Prague, luniversit de Coimbra et

    luniversit Toulouse-Jean-Jaurs. Ces deux annes tait les plus enrichissantes de ma vie

    (acadmiquement et culturellement). La patience et la flexibilit langagire de nos professeurs

    nous a fourni une formation philosophique archi-europenne. Participer dans un cours sur

    Bergson en allemand en Rpublique tchque serait un exemple paradigmatique de lexprience

    europhilosophique.

    Je voudrais remercier Jean-Christophe Goddard davoir lanc le programme avec le soutien de

    lUnion Europenne, et de son engagement enthousiaste dans le partage transculturel de la

    philosophie.

    Finalement, un grand merci mes parents, ma sur et mes amis pour leur confiance et leur

    support inestimable pendant mes activits universitaires. Pendant lcriture de ce mmoire, qui

    traite le sujet de lexpression et langoisse ontologique quil provoque chez les crivains, je

    pensais souvent mon arrire-grand-pre Arthur Darwood qui, il y a cent ans, a aussi voyag

    en Europe, passionn de la culture franco-allemande. Il venait pour combattre au front de la

    Premire guerre mondiale pourtant. Une fois revenu en Angleterre, il na jamais prononc ni

    crit un mot sur ses expriences. Je souhaite alors ddier ce mmoire sa mmoire.

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    SOMMAIRE

    INTRODUCTION p6

    1 LEXPRESSION CHEZ MERLEAU-PONTY

    a) Vers une ontologie structuraliste ..p11

    b) Chair et Langage ...p20

    2 LE ROLE DE LA PAROLE POETIQUE

    a) Lexprience de lcrivain p27

    b) Lesthtique de la littrature chez Blanchot .p34

    c) Le langage littraire comme thrapiep42

    CONCLUSION..p48

    Bibliographie..p51

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    Introduction

    Depuis lpoque romantique, la fragmentation de lart a ouvert un espace vide dans lart. Dans

    la peinture par exemple, nous voyons lutilisation des blocs de couleur en aplat alors que des

    compositeurs comme John Cage considrent que lespace vide quest le silence peut tre la

    musique en elle-mme. Mais le vrai point de dpart de ce travail sera lespace vide littraire

    qui sest ouvert. Un espace vide qui se manifeste par lutilisation des points de suspension (ou

    en grec des ellipses- : manque ou omission). Dans ce mmoire je veux me focaliser

    sur les racines de cette tendance esthtique et la question de savoir ce que lellipse littraire

    expose exactement. Je pense que lontologie structuraliste des crits tardifs de Merleau-Ponty-

    surtout dans Signes (1960), Le visible et linvisible (1964) et La Prose du Monde (1969)

    pourrait contribuer formuler une rponse cette question. Lart et la philosophie se refltent

    et spanouissent mutuellement, et je partage lide dEugen Fink, qui disait dans son Epilogue

    la posie que le philosophe peut essayer dutiliser lart comme Wegweiser2 ou en franais

    comme fil dAriane dans son labyrinthe rempli de faux chemins et de noirceur.

    Dans mon mmoire je veux poursuivre la thmatique de lespace vide dans le langage

    en mappuyant sur Saussure, Merleau-Ponty et les crits des thoriciens de la littrature tel que

    Blanchot et Paulhan. Je me suis laisse inspirer par le livre W ou le souvenir de lenfance de

    Georges Perec. Ce livre incorpore lespace vide littralement et physiquement. Perec voulait

    transmettre lintransmissible dans ce rcit- la dportation de sa mre Auschwitz-Birkenau. Il

    avait six ans, et il tait cach chez sa tante la dernire fois quil a vu sa mre. Elle fut dporte

    Auschwitz le sept juillet, donc le 07.07. Cest pour cette raison que l o le septime chapitre

    devrait se trouver, Perec a laiss une page blanche avec trois des points de suspension. Sa vie

    avant et aprs sa dportation, les deux parties de lhistoire se situent des deux cts dun

    vnement quil ne peut reprsenter quen tant quespace vide, puisque quand il essaie de

    formuler des penses sur ce sujet, les mots lui manquent. Peut-tre que Perec sest laiss

    inspirer par Victor Hugo, qui dans son recueil de posie chronologique Les Contemplations a

    laiss une page blanche avec une ligne de points de suspension dans la chronologie pour

    marquer le 4 Septembre 1843- le jour o sa fille sest noye dans la Seine. Le dicton Les mots

    me manquent est un dicton trs vieux, mais le dveloppement de la smiologie de Saussure

    2Fink, Eugen. Epilogue zur Dichtung. V. Klostermann, Frankfurt am Main. 1971, p26.

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    dans son Cours de linguistique gnrale donn en 1914 nous permet de regarder la structure du

    langage de prs et dessayer de comprendre comment nos signes, avec leur systme de

    diffrence ngative peuvent nous sembler insuffisants.

    Le Cours de Linguistique de Saussure montre de manire systmatique comment le

    langage construit notre ralit. Il dsigne le langage comme systme o tout se tient- ce qui a

    comme consquence quun mot en soi na pas de sens- ou au moins pas de sens qui soit situ

    et concret. Les mots nobtiennent leur sens que par leurs rapports les uns aux autres. Le sens

    ne se situe pas dans les mots eux-mmes, mais dans les valeurs produits par leur diffrence,

    grce notre capacit incroyable de construire spontanment des structures de diffrence. La

    pense est le fruit de notre babillage (distinctions entre voyelles et consonants) et vice versa.

    Il ny a pas dhirarchie.

    Philosophies et linguistes se sont toujours accords reconnatre que, sans le secours

    des signes, nous serions incapables de distinguer deux ides dune faon claire et

    constante. Prise en elle-mme, la pense est comme une nbuleuse o rien nest

    ncessairement dlimit. Il ny a pas dides prtablies, et rien nest distinct avant

    lapparition de la langue. En face de ce royaume flottant, les sons offriraient- ils par

    eux-mmes des entits circonscrites davance? Pas davantage. La substance phonique

    nest pas plus fixe ni plus rigide; ce nest pas un moule dont la pense doive

    ncessairement pouser les formes, mais une matire plastique qui se divise son tour

    en parties distinctes pour fournir les signifiants dont la pense a besoin. Nous pouvons

    donc reprsenter le fait linguistique dans son ensemble, cest--dire la langue, comme

    une srie de subdivisions contigus dessines la fois sur le plan indfini des ides

    confuses (A) et sur non moins indtermin des sons (B).3

    Mme si le langage nous frappe comme lettre mort4, il y a des forces invisibles qui le creusent

    de lintrieur. Les signes qui construisent nos phrases sont composs de bruits et de concepts

    attribus aux bruits diffrents. Lat

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