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Le puits et le pendule

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Text of Le puits et le pendule

  • EDGAR ALLAN POE

    LE PUITS ET LEPENDULE

  • EDGAR ALLAN POE

    LE PUITS ET LEPENDULETraduit par Charles Baudelaire

    1842

    Un texte du domaine public.Une dition libre.

    ISBN978-2-8247-0649-8

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    Sources : Bibliothque lectronique duQubec

    Ont contribu cette dition : Association de Promotion de lEcriture et de la

    Lecture

    Fontes : Philipp H. Poll Christian Spremberg Manfred Klein

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  • Le puits et le pendule

    Impia tortorum longos hic turba furores,Sanguinis innocui non satiata, aluit.Sospite nunc patria, fracto nunc funeris antro,Mors ubi dira fuit vita salusque patent.atrain compos pour les portes dun march quidevaitslever sur lemplacement du club des Jacobins, Paris.

    . Ce march march Saint-Honor, na jamais eu ni portes niinscriptions. Linscription a-t-elle exist en projet ? C. B.

    J , bris jusqu la mort par cette longue agonie ; et,quand enfin ils me dlirent et quil me fut permis de masseoir,je sentis que mes sens mabandonnaient. La sentence, la ter-rible sentence de mort, fut la dernire phrase distinctement accentuequi frappa mes oreilles. Aprs quoi, le son des voix des inquisiteurs meparut se noyer dans le bourdonnement indfini dun rve. Ce bruit appor-tait dans mon me lide dune rotation, peut-tre parce que dans monimagination je lassociais avec une roue de moulin. Mais cela ne dura quefort peu de temps ; car tout dun coup je nentendis plus rien. Toutefois,

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  • Le puits et le pendule Edgar Allan Poe

    pendant quelque temps encore, je vis mais avec quelle terrible exagra-tion ! Je voyais les lvres des juges en robe noire. Elles mapparaissaientblanches, plus blanches que la feuille sur laquelle je trace ces mots, et minces jusquau grotesque ; amincies par lintensit de leur expressionde duret, dimmuable rsolution, de rigoureux mpris de la douleurhumaine. Je voyais que les dcrets de ce qui pour moi reprsentait le Des-tin coulaient encore de ces lvres. Je les vis se tordre en une phrase demort. Je les vis figurer les syllabes de mon nom ; et je frissonnai, sentantque le son ne suivait pas le mouvement. Je vis aussi, pendant quelquesmoments dhorreur dlirante, la molle et presque imperceptible ondula-tion des draperies noires qui revtaient les murs de la salle. Et alors mavue tomba sur les sept grands flambeaux qui taient poss sur la table.Dabord, ils revtirent laspect de la Charit, et mapparurent comme desanges blancs et sveltes qui devaient me sauver ; mais alors, et tout duncoup, une nause mortelle envahit mon me, et je sentis chaque fibrede mon tre frmir comme si javais touch le fil dune pile voltaque ;et les formes angliques devenaient des spectres insignifiants, avec desttes de flamme, et je voyais bien quil ny avait aucun secours esp-rer deux. Et alors se glissa dans mon imagination comme une riche notemusicale, lide du repos dlicieux qui nous attend dans la tombe. Lidevint doucement et furtivement, et il me semble quil me fallut un longtemps pour en avoir une apprciation complte ; mais, au moment mmeo mon esprit commenait enfin bien sentir et choyer cette ide, lesfigures des juges svanouirent comme par magie ; les grands flambeauxse rduisirent nant ; leurs flammes steignirent entirement ; le noirdes tnbres survint : toutes sensations parurent sengloutir comme dansun plongeon fou et prcipit de lme dans lHads. Et lunivers ne futplus que nuit, silence, immobilit.

    Jtais vanoui ; mais cependant je ne dirai pas que jeusse perdu touteconscience. Ce quil men restait, je nessaierai pas de le dfinir, ni mmede le dcrire ; mais enfin tout ntait pas perdu. Dans le plus profond som-meil, non ! Dans le dlire, non ! Dans lvanouissement, non ! Dansla mort, non ! Mme dans le tombeau tout nest pas perdu. Autrement,il ny aurait pas dimmortalit pour lhomme. En nous veillant du plusprofond sommeil, nous dchirons la toile araneuse de quelque rve. Ce-

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  • Le puits et le pendule Edgar Allan Poe

    pendant, une seconde aprs, tant tait frle peut-tre ce tissu, nousne nous souvenons pas davoir rv. Dans le retour de lvanouissement la vie, il y a deux degrs : le premier, cest le sentiment de lexistencemorale ou spirituelle ; le second, le sentiment de lexistence physique. Ilsemble probable que, si, en arrivant au second degr, nous pouvions vo-quer les impressions du premier, nous y retrouverions tous les loquentssouvenirs du gouffre transmondain. Et ce gouffre, quel est-il ? Commentdu moins distinguerons-nous ses ombres de celles de la tombe ? Mais, siles impressions de ce que jai appel le premier degr ne reviennent pas lappel de la volont, toutefois, aprs un long intervalle, napparaissent-elles pas sans y tre invites, cependant que nous nous merveillons doelles peuvent sortir ? Celui-l qui ne sest jamais vanoui nest pas celuiqui dcouvre dtranges palais et des visages bizarrement familiers dansles braises ardentes ; ce nest pas lui qui contemple, flottantes au milieude lair, les mlancoliques visions que le vulgaire ne peut apercevoir ; cenest pas lui qui mdite sur le parfum de quelque fleur inconnue, cenest pas lui dont le cerveau sgare dans le mystre de quelque mlodiequi jusqualors navait jamais arrt son attention.

    Au milieu de mes efforts rpts et intenses, de mon nergique ap-plication ramasser quelque vestige de cet tat de nant apparent danslequel avait gliss mon me, il y a eu des moments o je rvais que je rus-sissais ; il y a eu de courts instants, de trs courts instants o jai conjurdes souvenirs que ma raison lucide, dans une poque postrieure, maaffirm ne pouvoir se rapporter qu cet tat o la conscience parat an-nihile. Ces ombres de souvenirs me prsentent, trs indistinctement, degrandes figures qui menlevaient, et silencieusement me transportaienten bas, et encore en bas, toujours plus bas, jusquau moment o unvertige horrible moppressa la simple ide de linfini dans la descente.Elles me rappellent aussi je ne sais quelle vague horreur que jprouvaisau coeur, en raison mme du calme surnaturel de ce coeur. Puis vient lesentiment dune immobilit soudaine dans tous les tres environnants ;comme si ceux qui me portaient, un cortge de spectres ! avaientdpass dans leur descente les limites de lillimit, et staient arrts,vaincus par linfini ennui de leur besogne. Ensuite mon me retrouve unesensation de fadeur et dhumidit ; et puis tout nest plus que folie, la

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  • Le puits et le pendule Edgar Allan Poe

    folie dune mmoire qui sagite dans labominable.Trs soudainement revinrent dans mon me son et mouvement, le

    mouvement tumultueux du coeur, et dans mes oreilles le bruit de ses bat-tements. Puis une pause dans laquelle tout disparat. Puis, de nouveau, leson, le mouvement et le toucher, comme une sensation vibrante pn-trant mon tre. Puis, la simple conscience de mon existence, sans pense, situation qui dura longtemps. Puis, trs soudainement, la pense, et uneterreur frissonnante, et un ardent effort de comprendre au vrai mon tat.Puis un vif dsir de retomber dans linsensibilit. Puis brusque renais-sance de lme et tentative russie de mouvement. Et alors le souvenircomplet du procs, des draperies noires, de la sentence, de ma faiblesse,de mon vanouissement. Quant tout ce qui suivit, loubli le plus com-plet ; ce nest que plus tard et par lapplication la plus nergique que jesuis parvenu me le rappeler vaguement.

    Jusque-l, je navais pas ouvert les yeux, je sentais que jtais cou-ch sur le dos et sans liens. Jtendis ma main, et elle tomba lourdementsur quelque chose dhumide et dur. Je la laissai reposer ainsi pendantquelques minutes, mvertuant deviner o je pouvais tre et ce quejtais devenu. Jtais impatient de me servir de mes yeux, mais je nosaispas. Je redoutais le premier coup doeil sur les objets environnants. Centait pas que je craignisse de regarder des choses horribles, mais jtaispouvant de lide de ne rien voir. la longue, avec une folle angoisse decoeur, jouvris vivement les yeux. Mon affreuse pense se trouvait doncconfirme. La noirceur de lternelle nuit menveloppait. Je fis un effortpour respirer. Il me semblait que lintensit des tnbres moppressait etme suffoquait. Latmosphre tait intolrablement lourde. Je restai paisi-blement couch, et je fis

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