Le mois d'après

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  • LE MOIS DAPRES

    LOGEMENT PRCAIRE: DES BNFICIAIRES DU SERVICE SOCIAL DE LAUSANNE TMOIGNENT

  • Usage des textes et images: aprs citation des auteurs, les textes et les images sont librement disponibles pour tout article en lien avec la confrence de presse organise au cours de lt 2013. En dehors de ce cadre, les textes et les images restent libres de droits, les condi-tions de leur usage tant toutefois soumises laccord pralable de leurs auteurs.

    LE MOIS DAPRESLOGEMENT PRCAIRE: DES BNFICIAIRES DU SERVICE

    SOCIAL DE LAUSANNE TMOIGNENT

    Remerciements

    Cest vous que nous souhaitons dire merci, vous qui nous avez permis, linstant dune rencontre, dentrer quelque peu dans votre intimit, dans ce chez vous qui ne lest pas vraiment, ou plus pour longtemps. Parce que vous les pratiquez, contre votre gr, ces lieux improbables, vous savez en parler mieux que quiconque. Ce lit dune chambre dhtel la fois sommier, table et canap, ce lavabo servant dvier et de douche la fois, ces livres qui vous seront retirs et placs dans un garde-meuble, ces objets apparemment anodins pour ceux qui ne connaissent pas linscurit du lendemain, par vos paroles, les voici transfigurs en tmoins dune ralit quil nest plus question de dissimuler. Nous tenons galement remercier les femmes et les hommes, assistants sociaux du service social de Laus-anne, qui nous ont permis de faire ces rencontres. Directement confronts la ralit du terrain, ils constatent jour aprs jour ce que vivent toujours plus de Lausannois-es, mais galement que cette ralit dpasse, de par son ampleur, leur pouvoir dintervention. A travers les tmoignages de ceux qui bnficient de leur soutien, cest aussi leur voix que nous entendons, en filigrane.

  • Index

    P. 3 Construire... pour habiter Par Oscar Tosato et Michel CornutP. 4 Moritz Aberegg Il nest plus temps de se dire: Tant pis, cest comme a.P. 8 Sabrina Sabeg Dsormais je peux comprendre quon puisse scarter du chemin, je le comprends vraiment bien.P. 12 Bernard Kaurin Pour moi, la dignit, a inclut le logement.P. 16 Serge Chiolino Avoir un endroit o je peux rester la journe, oui, a change tout.P. 20 Marianne Jaggi On ne trouve pas dappartement parce quon ne veut pas de nous.P. 24 Sellappanathan Thurairasasingam Lattestation du social... Mais cest quoi a, monsieur?P. 28 Tiffany Berger Ma fille, elle, elle est ne lhtel. Cest chaud! P. 32 Fabio Braconi Mme avec des containers, on arrive faire des maisons, au moins des logements provi- soires.P. 36 Laura Mulopo Je connais beaucoup de mamans qui sont dans mon cas...P. 40 Yves Ramseier Si le juge de paix signe lavis dexpulsion, eh bien, jattendrai la police et je leur dirai: Allez-y!P. 44 Un hbergement prcaire, et cher... Statistiques relatives au relogement en htel Lausanne

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    Construire...

    Confronte la ncessit de loger de plus en plus de sans-abri, ma direction propose au Conseil communal daccepter de construire des hbergements relais qui prendront place temporairement dans des friches ur-baines sous forme de logements modulaires. Daucuns sinterrogeront. Est-ce son rle de construire? Et ces logements ne sont-ils pas trop bas de gamme?

    Ces questions sont lgitimes. Notre meilleure rponse, cest certainement de montrer sans dtour ce que vivent les personnes et les familles durablement dpourvues de chez soi. Je les remercie pour leur tmoignage trs courageux, toujours saisissant, bouleversant parfois. Et je remercie galement le service social pour son engagement leurs cts. Oscar TosatoDirecteur de lenfance, de la jeunesse et de la cohsion sociale

    ... pour habiter

    Telle est la ralit: les plus dmunis sont dsormais privs de laccs au logement. On ne compte en effet plus les habitants de notre pays qui cherchent un appartement depuis des annes, en vain. Peu de collectivits publiques en ont fait autant que Lausanne pour le logement social, et nul doute que leffort doit tre mieux partag dsormais. Mais en attendant? Que doit faire le service social de Lausanne, lorsque le simple fait de prsenter une garantie dlivre par ses soins peut vous exposer, auprs des grances immobilires, une fin de non-recevoir immdiate et sans appel? Que rpondre aux familles durablement prives de domicile, aux prises avec les difficults multiples, et le plus souvent insurmontables, qui en dcoulent?

    Mme un simple Portakabin son nom vaut cent fois mieux quune chambre dhtel ou le salon dun ami, que lon occupe quelques semaines avant de nouvelles errances. Chacun na-t-il pas besoin, avant tout, de pouvoir se poser, avoir un chez soi? Nous construirons du modulaire partout o cela est possible, pour remettre nos usagers la cl de ces quelques mtres carrs qui vont changer leur vie parce quils pourront, enfin, les habiter.

    Michel CornutChef du service social de Lausanne (SSL)

  • Moritz Aberegg 40 ans

    Une situation comme celle-ci, oui, cest une pre-mire pour moi. Un licenciement restructura-tion du personnel quils disaient, je vois plutt a comme une opportunit de mettre la porte ceux qui avaient de bons salaires , des petits boulots par la suite, le chmage et puis laide sociale Une voie toute trace pour un divorce, en 2007. Cest un engrenage, un cercle vicieux qui vous prend. Mais aujourdhui, mme si jessaie de ne pas trop y penser, ce qui me fait peur, cest de me retrouver la rue. Je vis chez un ami depuis quelques mois, heureusement quil tait l dailleurs, mais il em-mnage avec son amie, dans quelques semaines, et cest sa mre qui reprend lappartement...

    Je suis inscrit aux appartements subventionns, je cherche, je cherche, mais pour linstant, a ne donne rien. Vous me direz, les listes dattente sont tellement longues, les grances nont que lembarras du choix. Entre un haut revenu et une personne au chmage et avec des poursuites Du coup, lUnit logement du service social maide dans mes recherches de logement: lorsque je d-pose un dossier, un mail de soutien est systma-tiquement envoy la grance concerne. Au moins, je nai pas limpression dtre lch comme a, dans la nature... Mais pour tout dire, quand le service social vous remet une liste avec des htels, des chambres durgence et des adresses du genre

    la Marmotte... oufff On me prpare gentiment tre clochard? Je sais bien quil leur est impossible de trouver une solution pour tout le monde, il y a si peu dappartements et tellement de gens dans ma situation mais croyez-moi, a fait bizarre.

    Vis--vis de mes enfants aussi, cest compliqu Je ne peux pas les recevoir un week-end entier. Je suis oblig de les prendre la journe, de les ramen-er le soir, et rebelote le lendemain. Oblig parfois de rpondre leurs questions: Papa, il na pas dappartement pour linstant, pas assez de sous, pas de travail, et l, il vit temporairement chez un ami... Pas toujours vident, pour eux comme pour moi, mais quand ils sont l, jvite vraiment de leur parler de mes problmes: autant profiter de ces moments o nous sommes ensemble.

    Il faut rester positif! Mettre toutes les chances de mon ct. Jai des problmes: je tente dy faire face. Il faut se battre, tout simplement. Et autant en parler pour aller de lavant, dautant plus que je ne suis pas tout seul dans cette situation, loin de l. Il y a 600000 pauvres en Suisse, et avec ceux qui sont limites, cest prs dun million de per-sonnes qui galrent. Mais quest-ce quon entend tous les jours? Les chiffres du chmage: excellents, 3%. Non! Pareil pour le logement, il faut en parler. Raison pour laquelle je tmoigne aujourdhui. Il y a un problme manifeste pour de plus en plus de gens, il nest plus temps de se dire: Tant pis, cest comme a. En parler, non pas pour critiquer, mais pour trouver des solutions.

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    Il nest plus temps de se dire: Tant pis, cest comme a.

    ----------------------------------------------------------------------------------1. A limage du Sleep-in, la Marmotte met disposition des personnes sans solution dhbergement un lit en chambre commune, durant une ou plusieurs nuits.

    1 Logement

    Aprs 5 annes de colocation et prs de 8 mois hberg par un ami, Moritz Aberegg a obtenu en janvier 2013 un appartement de 1.5 pices via lUnit logement du SSL. Une solution lui vi-tant les alas du relogement provisoire en h-tel ou des hbergements de nuit, lui permet-tant de recevoir ses enfants et surtout dhabiter.

    Formation et emploi

    Gestionnaire de vente durant 5 ans, Moritz Ab-eregg a subi un licenciement conomique. Aprs une premire priode de chmage, il a travaill en tant que logisticien spcialis dans la diffusion de prospectus touristiques, emploi perdu en raison de problmes de sant. Son droit au chmage se ter-minant, un emploi lui est dautant plus ncessaire.

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  • Sabrina Sabeg 43 ans

    Aprs trois ans de sous-location, jai squatt toutes mes amies pendant un an, du coup leurs maris ont eu peur que je mincruste: Elle part aprs le caf, hein? et depuis treize mois, je suis ici, dans cet htel. En fait, tout a commenc il y a cinq ans, quand du jour au lendemain la grance a dcid daugmenter le loyer de 200 francs. Javais un loy-er de retard, a, je le conteste pas, mais ces 200 francs, jai refus de les payer. En plus, le propri-taire ntait mme pas au courant Finalement, jai propos un arrangement, le propritaire tait navr, mais voil, ctait trop tard. A la mme pri-ode, jai quitt mon boulot dans un Call Center, la dure de vie dun agent est de deux ans, moi, jen ai fait six Btement, cest parti comme a.

    Jai touch le fond juste avant que le service social me trouve cette chambre: je navais plus dendroit o dormir, jallais dans les discothques jusqu la fermeture, et puis jessayais de trouver une entre dimmeuble pour me protger du froid. Cest flip-pant, la rue, quand on est une femme. Une fois, jai essay le Sleep-in , jai eu trs peur, je nai pas dor-mi de la nuit. Je me suis dit: soit je deviens toxico et je supporterai, soit je trouv