La reine et le guerrier

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Le premier chapitre du nouveau roman de Karen Miller.

Text of La reine et le guerrier

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  • La Reine et Le GueRRieR

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  • Du mme auteur

    Le Mage du Prince, La Prophtie du royaume de Lur , volume1

    Le Retour du Sorcier, La Prophtie du royaume de Lur , volume2

    LImpratrice de Mijak, Les Seigneurs de guerre , volume1

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  • Fleuve Noir

    KaRen MiLLeR

    La Reine et Le GueRRieR

    Les Seigneurs de guerre, vol. 2

    Traduit de langlais (Australie) par Cdric Perdereau

    Rendez-vouS aiLLeuRScollection dirige par Bndicte Lombardo

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  • titre original :The Riven Kingdom

    (Godspeaker, book two)

    ouvrage publi sous la codirectionde Patrice duvic

    Le Code de la proprit intellectuelle nautorisant, aux termes de larticle L. 122-5, 2e et 3ea, dune part, que les copies ou reproductions strictement rserves lusage priv du copiste et non destines une utilisation collective et, dautre part, que les analyses et les courtes citations dans un but dexemple ou dillustration, toute repr sentation ou reproduction intgrale ou partielle faite sans le consentement de lauteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (art. L. 122-4). Cette reprsentation ou reproduction, par quelque procd que ce soit, constituerait donc une contrefaon sanctionne par les articles L.335-2 et suivants du Code de la proprit intellectuelle.

    2007 by Karen Miller. 2011, Fleuve noir, dpartement dunivers Poche,

    pour la traduction franaise.

    iSBn 978-2-265-08973-0

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  • 7Pour Glenda Larke, une trs bonne auteure, et une encore meilleure amie.

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  • 9PReMiRe PaRtie

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    ChaPitRe un

    Le roi dthrie tait mourant.assise son chevet, Rhian tenait sa main frle et respirait le

    moins possible. Son monde tait une bulle de verre ; si elle expi-rait trop profondment, il se briserait, et elle avec.

    Ce nest pas juste, ce nest pas juste, ce nest pas justePerdu dans ses litanies au coin de la chambre, le trs vn-

    rable Justin lun des ecclsiastes principaux du Prolat Marlan, condamn prier pour lme de son pre, penchait son crne ras sur son chapelet. Rhian avait envie de crier force dentendre ses perles cliqueter.

    Jaimerais que vous sortiez, que vous nous laissiez seuls. Je ne veux pas de vous. Ce moment nous appartient, nous navons plus assez de temps pour le partager.

    elle dut se mordre la lvre pour retenir de nouvelles larmes. elle pleurait si souvent quelle se sentait humide, comme de la mousse. et quoi bon pleurer, de toute faon ? Les larmes ne sauveraient pas son pre. il tait bris, il steignait.

    Je serai bientt orpheline.Cela faisait dix ans quelle ltait dj en partie. Sans les por-

    traits du chteau, elle ne se rappellerait peut-tre mme pas le doux visage de la reine ilda. Ctait une ide terrifiante, de perdre sa mre deux fois. et ses frres, tait-elle destine les perdre deux fois, eux aussi ? Ranald et Simon ntaient morts que depuis deux mois, elle entendait encore leur voix aux abords du sommeil. Mais ctait probable ; et aprs eux, leur pre, deux fois galement ? tous ces doubles deuils. o tait dieu, dans tout cela ? dormait-il ? ou sen moquait-il ?

    Maman, les garons, et maintenant mon papa chri. Je sais que je

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    suis la cadette, la nature veut que je reste la dernire mais pas si tt ! Mentends-tu, Dieu ? Cest trop tt !

    Comme sil sentait sa rbellion, le trs vnrable cessa dgre-ner son chapelet.

    votre altesse, le roi va sans doute dormir pendant des heures. votre temps serait peut-tre mieux utilis en prire.

    elle aurait voulu rpondre: Je crois que jai assez pri pour nous deux, venJustin. Mais si elle ne se retenait pas, il rappor-terait ses propos au chapelain personnel de la princesse, helfred, qui prviendrait le Prolat Marlan. et Marlan en prendrait ombrage.

    il ntait pas sage dnerver Marlan.aussi rpondit-elle, le cur agit de crispations: Je prie, venJustin. Chacun de mes souffles est une prire.Le trs vnrable hocha la tte, pas tout fait convaincu. Cest louable, votre altesse, mais il serait sans doute plus

    judicieux dadresser vos prires depuis la chapelle du chteau.Ctait peut-tre un trs vnrable, mais il navait aucune

    autorit sur la fille du roi. Pour masquer sa colre, elle se tourna de nouveau vers le visage cadavrique de son pre, sa peau jaunie et flasque sur les os dcharns. Quand elle parla, ce fut dune voix gale, douce, dont nul naurait pu soffusquer. Sois une dame, toujours gracieuse et distingue.

    Jirai la chapelle en temps utile. Pour le moment, venJustin, mme endormi, je sais que Sa Majest est rassur par ma prsence.

    Clic-clic-clic fit le chapelet du trs vnrable. il reprit ses marmonnements l o il les avait laisss.

    Sur sa montagne doreillers, son pre sagita. Sous ses pau-pires fines comme le papier, ses yeux roulrent, fivreux. Le pouls battit plus fort dans sa gorge.

    Ranald, murmura-t-il. Ranald, mon fils jarrive, jarrive. (Sa voix, autrefois profonde comme un puits et douce comme la soie, grattait comme un fil dacier rouill.) Ranald, mon bon fils

    Son exhalaison devint un grognement.une bassine deau et un linge doux taient poss porte de

    main, sur le chevet. avec douceur, Rhian humecta les joues et les lvres de son pre.

    tout va bien, papa. ne tagite pas. essaie de te reposer. Ranald !

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    Son pre ouvrit les yeux, des yeux qui rcemment encore brillaient du bleu le plus profond, pur comme un ciel dt. La maladie les avait jaunis, et ils taient chassieux. Pendant un ter-rible instant, ils restrent vagues, troubls. Puis il se rappela delle et soupira.

    Rhian. Je tai prise pour Ranald.elle laissa retomber le linge dans la bassine et serra la main de

    son pre. elle avait peur de lui briser les os, tant ils paraissaient fragiles.

    Je sais, papa. tu rvais.une larme traversa les poils gris sur les joues du roi. Je naurais jamais d laisser Ranald accompagner Simon,

    souffla-t-il. Jai voulu leur faire plaisir, je tenais ce que Ranald maime, et je nai pas cout la voix de la sagesse. et mainte-nant, mon hritier est mort et son frre aussi. Jai failli envers le royaume.

    Ctait devenu un refrain familier. Rhian embrassa la main froide de son pre.

    Mais non, papa. tous les grands hommes envoient leurs fils dcouvrir les terres trangres. ton pre ne tavait pas interdit ce voyage, tout hritier que tu tais. tu naurais jamais pu priver tes propres fils de leurs aventures. Ranald et Simon ont manqu de chance, voil tout. tu nas rien te reprocher.

    dans leur coin, les grains de chapelet de venJustin clique-trent plus fort. Lglise voyait dun mauvais il les superstitions telles que la chance. elle dcocha au vieil homme un regard de mise en garde. vnrable ou non, elle refusait quil nerve son pre.

    Rhian. oui, papa ?il tenta de serrer la main de sa fille. Ma douce fille. Que vas-tu devenir quand je serai parti ?elle le savait, mais ne pouvait pas le dire devant le trs

    vnrable Justin. elle devait le cacher tous ceux qui pourraient rapporter ses paroles helfred et Marlan.

    Chut, papa, dit-elle en lui lissant les cheveux. ne te fatigue pas avec ces paroles.

    Mais il tait vraiment inquiet. Jaurais d te fiancer, Rhian. Je tai abandonne, comme jai

    abandonn tes frres.un nom sonna comme une cloche en son cur. Alasdair. Mais

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    inutile de penser lui. il tait retourn Linfoi, son duch, o son propre pre agonisait galement et puis, le roi ne le portait pas dans son cur.

    Papa, papa, ne tagite pas, le cajola-t-elle. tu dois te reposer. dieu veillera sur moi. (un nouveau coup dil par-dessus son paule.) nest-ce pas, venJustin ?

    contrecur, il hocha la tte. dieu veille sur tous ses enfants, dans la mesure de ce quils

    mritent. et voil, dit-elle. tu vois, venJustin est daccord. (Puis elle

    ajouta, en sentant monter les larmes.) et puis, tu ne ten vas pas. tu mentends, papa ? tu vas te remettre.

    il sourit, une grimace tout en gencives, prsent que toutes ses dents staient dchausses.

    Je nai jamais t trs pieux. Mais mme moi je sais, Rhian, que dieu nen fait qu Sa volont. Je partirai lorsquil mappel-lera, et mme toi, mon tyran espigle, ne pourras mordonner de rester.

    Mon tyran espigle. Ctait un des surnoms quil lui don-nait. Cela faisait longtemps quil ne lavait pas utilis.

    oui, papa, confirma-t-elle.Puis elle embrassa de nouveau les doigts froids de son pre.Peu aprs, il se rendormit. Sans un regard pour le trs

    vnrable Justin et ses soupirs appuys, elle tint la main fragile de son pre et, en dfi la dcision apparente de dieu, souhaita quil vive, quil vive, quil vive.

    Mme dserte, la pice aurait paru exigu. Pour lheure, elle tait bonde, des dames poudres et parfumes y engloutissaient des plateaux de friandises et du chocolat chaud et crmeux servi dans des tasses de porcelaine fine. du moins celles qui taient assises. Les autres, dans des frous-frous de taffetas, de satin, de mousseline et de soie, riaient, glapissaient et se chamaillaient comme des enfants pour les poupes, les peluches dours, de por-celets ou de chats, les archers de bois, les marionnettes peintes, les sifflets de fer et autres babioles que le fabricant de jouets leur prsentait.

    dame dester, pous