LA CULTURE MATÉRIELLE DES QIPTCHAQ D'APRÈS LES SOURCES DE L'ÉPOQUE

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    LA CULTURE MATRIELLE DES QIPTCHAQ D'APRS LES SOURCES DE L'POQUEAuthor(s): Andr BabkineSource: tudes Slaves et Est-Europennes / Slavic and East-European Studies, Vol. 18 (1973), pp.93-111Published by: Canadian Association of SlavistsStable URL: http://www.jstor.org/stable/41035664 .Accessed: 29/08/2013 06:55

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    11. Jedynak St., Etyka polska od Galla Anonima do Kopernika , Studia Filozoficzne, Warszawa, 1973/1.

    12. Karas Mieczyslaw, The Cracow Circle of Nicholas Copernicus , the Jagellonian University Prs, Cracow, 1973.

    13. Knight David C, Copernicus, Titan or Modern Astronomy, New York, 1965. 14. Koyre Alexandre, La revolution astronomique : Copernic, Kepler, Joreiu , raris,

    1961. 15. Kuhn T.S., La rvolution Copernicienne , Paris, 1972, UNESCO. 16. Lipinski Edward, De Copernic Stanislaw Leszczynski , Pans- Warsaw, 1961. 17. Rybka Eugeniusz, Cztery wieki rozwoju mysli kopernikanskiej , FWJN, Warszawa,

    1972. 18. Rybka Eugeniusz, Przemyslaw : Kopernik, czlowiek i mysl , Wiedza Powszechna,

    Warszawa, 1972. 19. Suchodolski Bolestaw, Poland, the land or Copernicus , Ossolineum, Wroclaw,

    1973. 20. Stachiewicz Wanda, Kopernik i jego swiat , JfiiN, ontreai, iy/3. 21. Szperkowicz J., Nicolas Copernic 1473-1973, P.W.N., Warszawa, 1972. 22. Thomas Henry, Copernicus , New York, I960. 23. Wedkiewicz Stanislaw, Copernic ^et la Pologne, Bulletin de l' Acadmie Polonaise

    des Sciences et des Lettres, tudes Coperniciennes, Paris 1955-57, No. 13-16. 24. Zinner E., Enstehung und Ausarbeitung des copernicaniscnen Lenre , unangen,

    1943. 25. Zonn W., Rewolucja kopernikanska , Iskry, Warszawa, 1972.

    LA CULTURE MATRIELLE DES QIPTCHAQ D'APRS LES SOURCES DE L'POQUE

    par Andr Babkine

    Dans le cadre de l'tude d'une civilisation, la tendance analyser les phno- mnes de la vie quotidienne doit tre de plus en plus accentue, car cet aspect a souvent t nglig au profit de l'tude des classes sociales dirigeantes ; c'est pourquoi nous voulons appliquer ce principe l'tude d'un peuple turc appel Qiptchaq ou Coman. Les Qiptchaq ont domin les steppes pontiques et une grande partie de l'Asie occidentale du X au XHIe sicle. Ils contrlaient ainsi tout le commerce venant d'Asie centrale et celui du nord de l'Europe et de Bolgar allant vers Byzance et l'Europe du sud. Les Qiptchaq taient ainsi parvenus un certain niveau de dveloppement. Cependant la culture matrielle du peuple Coman n'a fait l'objet d'une tude que rcemment et d'une faon assez limite dans le cadre de l'analyse des fouilles de la Commission Archologique du Don et de la Volga. 1 Les autres informations que l'on a sur

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    ce peuple nous proviennent surtout des comptes rendus de voyageurs de l'poque ou encore du Codex Cumanicus, dictionnaire latin-coman-perse du XlIIe sicle.

    Une tude de la culture matrielle d'un peuple doit comporter des donnes sur diffrents objets comme, la nourriture, le vtement, les produits de l'arti- sanat, les murs, la mode, les croyances, les modes de guerre, etc.

    1 - tude de la vie quotidienne des Comans d'aprs Petakhia, Rubruk et Plan de Car pin.

    La nourriture la plus rpandue chez les Comans tait la viande et le lait. Gardezi disait, en parlant des Kimak qui formaient une partie de la population cornane : ils prparent pour l'hiver de la viande sche de mouton, de cheval ou de vache, chacun selon ses moyens. 2

    Le rabbin Petakhia nous donne aussi une bonne description du menu quotidien des Comans :

    They eat no bread in the land of Kedar, but rice and millet boiled in milk, as well as milk and cheese. They also put pieces of flesh under the saddle of a horse, which they ride and, urging on the animal, cause it to sweat. The flesh getting warm, they eat it. 3

    Les Comans avaient en effet d'immenses troupeaux qui leur servaient de nourriture. Les chroniques russes rapportent qu' chaque expdition des Russes dans le pays des Comans, les Russes ramenaient, lorsque l'expdition s'avrait heureuse, de nombreux animaux tels que vaches, moutons, chevaux, chameaux. 4

    Dans les tumuli qui servaient de spultures aux Comans on trouve souvent la tte et les jambes d'un cheval sacrifi la mort de son matre, disposes dans une position anatomique ; mais le restant du corps est absent : nous concluons que la partie manquante tait consomme.

    Parmi les produits laitiers, une place prpondrante incombait au lait de jument, avec lequel les Comans prparaient le koumis. Petakhia notait que les Comans utilisaient le lait de jument en guise de boisson. Gardezi aussi a not que les Comans, l't, se nourrissent de lait de cheval, qu'ils appellent kumys >>.5

    Le rle important du lait est mis en vidence par le crmonial du serment. On prenait pour ceci un rcipient de cuivre qui avait la forme d'une figure humaine. On le remplissait de lait.

    Voici comment Petakhia dcrit ce crmonial qui tait surtout utilis lors du dpart de deux voyageurs :

    They fill a vessel of cast copper of the shape of a human face and the traveller and his escort drink thereout, after which they never prove faithless.

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    Selon Petakhia, il y avait aussi une autre forme de serment :

    This is the manner in which the sons of Kedar pledge their faith to each other. One man thrusts a needle into his finger and invites the intended companion of his journey to swallow the blood of the wounded finger. He and that other person become, as it were, the same blood and flesh. 6

    propos de l'utilisation du lait par les Comans, la chronique Hypatienne apporte aussi son tmoignage. En l'anne 1185, le jour de l'vasion du prince Igor, le chroniqueur dit que les Polovcy s'taient enivrs avec du kumys. 7

    Nous ne pouvons videmment accorder foi la chronique de Nestor qui dit propos des Polovcy qu' ils mangeaient des cadavres et toutes sortes de choses impures, des hamsters, des zisels . 8 De mme on peut difficilement croire Rubruk quand il dit en dcrivant la Crime que

    Quand arrivrent les Tartares, une telle multitude de Comans envahit cette province, que tous s'enfuirent jusqu'au rivage de la mer, que les vivants mangeaient les mourants, selon ce que m'a racont un marchand qui l'a vu : les vivants dvoraient et dchiraient de leurs dents les chairs crues des morts, comme les chiens les cadavres. 9

    Pourtant Rubruk est ordinairement digne de foi ; mais justement ici, Rubruk dit qu'on le lui a racont. Dans les deux cas ce sont des bruits qui couraient l'poque sur les nomades.

    On trouve aussi une description des Comans chez Robert de Clari, en ce qui concerne leur vie quotidienne et surtout leur nourriture :

    Si vous dirai quel gent chil Commain sont. Che sont une gent sauvage qui ne erent ne ne semment, ne n'ont borde ne maison, ains ont une tentes de feutre, uns habitacles ou ils ne muchent, et se vivent de lait et de fromage et de chair. Si y a en est tant de mouskes et de mousquerons que ils n'osent issir hors de leur tentes waire preu devant en l'iver. En yver si issent hors de leur tentes et de leur pas, quant ils voellent faire leur chevauchir. Si vous diront que il font. Cascuns d'aus a bien dis chevax ou douze ; si les ont si duit qu'il les sivent partout la ou il les voellent mener, si montent puis seur l'un et puis seur l'autre. Si a cascuns des chevax, quant il oirrent, un sakelet pendu au musei la ou se viande est... 10

    Cette description de Clari corrobore nos autres sources sur les murs des Comans.

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    2 - Les richesses des Comans, d'aprs les chroniques russes, La geste d'Igor , Robert de Ciar?, Rubruk, Ihn al-Athir et le Codex Cumanicus.

    La plus grande richesse des Comans est son btail. Si un Coman voulait payer une ranon, il proposait du btail. Ainsi dans la lgende du Coman prisonnier celui-ci amena Kiev, pour payer sa ranon, deux troupeaux de chevaux. Le khan Bel'duz, en 1103, proposa pour ranon de l'or, de l'argent, des chevaux et du btail . X1 La vie du nomade tait tellement conditionne par son btail que la saison des incursions comanes en territoire russe tait l'automne, aprs que les animaux eussent t bien nourris et avant le dpart vers le sud pour passer l'hiver.

    D'autre part en lisant les chroniques ou La geste d}lgor, on voit que les Comans possdaient de nombreuses richesses ou plutt une grande varit de richesses et que les Russes s'emparaient d'un butin trs riche lors de leurs expditions. Ainsi, l'auteur de la geste d'Igor rapporte ce qui suit :

    Le vendredi, ds l'aube, ils pitinaient les bandes paennes des Koumanes et se dispersaient comme des flches par la plaine, enlevant les belles filles Koumanes, et, avec elles, l'or, les passementeries, les samits prcieux. Avec les couvertures, les manteaux, les pelisses, ils jetaient des ponts sur les marcages et les fanges, des ponts avec les tissus des Koumanes. 12

    On trouve aussi chez Robert de Clari une description des richesses des Comans : c'est la fille du khan Burus roi des Commains , comme dit Clari, qui vient Constantinople pour pouser Henri 1er de Hainaut, empereur latin d'Orient avec une trs riche dot dont voici l'inventaire :

    li fist bailler soixante sommiers tous chargs d'avoir et d'or et d'argent et de draps de soie et de riches joiaus, ne n'i avoit sommier qui ne fus couvers d'un vermeil samit, qui n'estoit Ions qu'il trainoit bien sept pies ou huit chascun par derrire. 13

    D'o provenaient ces richesses des Comans ? De deux sources principales : le commerce et le pillage. Lors de son passage Sudak, Rubruk, en effet, soulignait l'importance de cette ville, comme centre commercial. Il dit en parlant de la Crime :

    Au milieu, vers la pointe mridionale du triangle, se trouve une ville qui est appele Soldaia, qui regarde Sinopolis en biais. C'est l que dbarquent tous les marchands qui viennent de Turquie pour aller aux terres du nord, et que s'embarquent ceux qui viennent de Russie et des terres du nord pour passer en Turquie. Les uns y apportent

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    du petit-gris et autres fourrures prcieuses ; les autres des toiles de coton ou gambase, des draps de soie et des pices aromatiques. 14

    On sait que Sudak tait contrle par les Comans. Ibn al-Athir aussi souligne l'importance de Solkhat (Sudak) : Les Tartars, dit-il,

    arrivrent Solkhat, cette ville des Qiptchaq, d'o ils reoivent leur marchandise, parce qu'elle est au bord de la mer des Khazars. Des navires y abordent avec des vtements ; ceux-ci se vendent et en change on achte aux Qiptchaq des jeunes filles, des esclaves, des fourrures burtasses, des castors, des cureuils et d'autres marchandises qui se trouvent dans leurs rgions. 15

    Mais ce n'est pas seulement cette ville que contrlaient les Comans, mais aussi les villes de Bolgar, Saqsin, Sarkel, Tmutarakan' et les voies commerciales qui traversaient la steppe comme la Zaloznyj puf le Solonyj puf et la voie dite iz varjag v greki. Les Comans avaient en fait saisi l'hritage des Khazars.

    D'aprs Iakoubovski, les Comans contrlaient aussi le commerce du bl russe Trbizonde et le commerce du lin russe et des esclaves Derbent. 16

    D'autre part les Comans, i.e. la branche asiatique des Comans, les Qangli, contrlaient les routes d'Asie, grce leur centre, Sygnak. On connat l'impor- tance du commerce entre l'Asie antrieure et l'Asie orientale par la dimension de la caravane qui en 1218 allait de Mongolie Urgenj et qui fut pille Otrar : elle se composait de cinq cents chameaux et de quatre cent cinquante hommes et elle transportait des fourrures, des tissus, de l'or et de l'argent. 17

    D'Urgenj les marchandises se dirigeaient vers Bolgar et Sudak en passant par Saqsin. En effet Saqsin jouait un rle de transit dans le commerce entre la Crime, Bolgar, la Russie, le Khorezm, l'Asie centrale et la Chine. 18

    On voit donc l'ampleur que prenait le commerce dans la Decht-i-Qiptchaq, et pour un compte rendu dtaill des marchandises qui faisaient l'objet de ce commerce en particulier pour Sudak, il n'y a qu' considrer dans le Codex Cumanicus les groupes de mots rassembls sous les rubriques : Merci- monia que pertine[n]t ad [m] [er] catore[m] 19, Hec contine[n]t de spetia[r]io et spetia[a]ia 20 No[m]i[n]a lapiduu[m] precioxoru[m} , Pelipa[r]ius . 21 On rencontre dans le premier de ces groupes des noms de tissus comme stupa [setae} (soie grge), bonbecinus (ver soie), canauu (filasse), lana (laine), linum (lin), seta (soie), vellutus (velours), tasta (taf- fetas), brocha (brocart) etc.. On rencontre aussi dans le premier groupe les noms de couleurs. On devait videmment utiliser des teintures pour ces tissus. Dans le deuxime groupe on trouve les noms de diverses marchandises orien- tales comme les pices, les huiles parfumes, les plantes mdicinales : voici

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    quelques-uns de ces noms : piper (poivre), piper longus (piment), canella (cannelle), nuces (noix) etc.. Dans le groupe intitul No[m]i[n]a lapiduu[m] precioxoru[m] on voit des noms comme robinus (rubis), safirus (saphir), smeradus (meraude), diamante (diamant) etc.. Enfin dans le quatrime groupe on voit des noms de fourrures comme lepus (livre), vulpe (renard), va'f'i'urri' (petit-gris), mart ori (martre) etc..22

    On peut cependant se demander juste titre : qu'advenait-il de ce commerce lors des conflits entre Russes et Comans ? En effet, en considrant les chroniques russes on voit que rares sont les annes o il n'est pas fait mention d'une expdition russe ou d'un raid coman. Toutefois, quelques faits nous montrent trs bien que l'tat de guerre ne nuisait pas au...

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