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Cahier émancipationS Chine : un partenaire à ne pas imiter Grèce : qui est responsable de la dette ? 5 Ukraine : vers un nouveau marché de dupes… 7 Zurich : le Festival « Lampedusa » 11 Journée mondiale du droit de grève 13 Genève : nos candidat·e·s sur la liste « Ensemble à gauche » 14 Théâtre Saint-Gervais Genève : harcèlement et relations de travail délétères 18 ESPAGNE : PODEMOS ET LA MARCHE DU CHANGEMENT 6 Bimensuel socialiste, féministe, écologiste nº 263 12 février 2015 4 fr. · 2.50 € www.solidarites.ch FRANC FORT À QUOI JOUE LA BNS ?

Journal solidaritéS 263

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Franc fort : à quoi joue la BNS ?

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Page 1: Journal solidaritéS 263

CahierémancipationSChine :un partenaireà ne pas imiter

Grèce : qui est responsable de la dette ? 5

Ukraine : vers un nouveau marché de dupes… 7

Zurich : le Festival « Lampedusa » 11

Journée mondiale du droit de grève 13

Genève : nos candidat·e·s sur la liste « Ensemble à gauche » 14

Théâtre Saint-Gervais Genève : harcèlement et relations de travail délétères 18

ESPAGNE : PODEMOS ET LA MARCHE DU CHANGEMENT 6

Bimensuel socialiste, féministe, écologiste nº 263 12 février 2015 4 fr. · 2.50 € www.solidarites.ch

FRANC FORT

À QUOIJOUE

LA BNS?

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solidaritéS 26312 février 2015

Sozialversicherungsbeiträge

0%

10%

20%

30%

40%

Cotisations sociales

Impôts directs(Confédération, canton, commune, église)

Primes de caisses-maladie (réduction de primes comprises)

Impôts indirects et taxes

Charge totale

3000 fr.7000 11000 15000 19000

Sommaire 2 JOURNAL SOLIDARITÉSCase postale 2089 • 1211 Genève 2T +41 22 740 07 40 • F +41 22 740 08 87 [email protected] • www.solidarites.chCCP 17-216950-1Demandes d’abonnement et changements d’adresse par mail à : [email protected] rédaction Jean BATOU Resp. du numéro Daniel SÜRI Comité de rédactionHadrien BUCLIN (Lausanne), Mirjam BRUNNER(Berne), Maryelle BUDRY (Genève),Jean BURGMEISTER (Genève), Pablo CRUCHON(Genève), Urs DIETHELM (Bâle),Jean-Michel DOLIVO (Lausanne),Marianne EBEL (Neuchâtel), Gilles GODINAT(Genève), Razmig KEUCHEYAN (Paris),Dan LA BOTZ (New York), correspondant aux Etats-Unis, Jorge LEMOS (Lausanne), Isabelle LUCAS (Lausanne), Aude MARTENOT(Genève), Camille Jean PELLAUX (Neuchâtel),Stéfanie PREZIOSO (Genève), Pierre RABOUD(Lausanne), Hans-Peter RENK (Le Locle), Audrey SCHMID (Genève),Thibault SCHNEEBERGER (Genève),Daniel SÜRI (Lausanne), Marie-Eve TEJEDOR(Genève), Pierre VANEK (Genève), Henri VUILLIOMENET (Neuchâtel),Giulia WILLIG (Genève)Mise en page Niels Wehrspann Webmaster Sébastien L’HAIRE Couverture Niels Wehrspann Tirage 5 000 ex. / 20 numéros par anAbonnementsAnnuel 80 fr.Etudiant·e·s, chômeurs·euses, AVS... 40 fr.Soutien 150 fr.3 mois à l’essai Gratuit !Contacts régionaux du mouvementGenève 25, rue des Gares • C.P. 20891211 Genève 2 • T +41 22 740 07 40F +41 22 740 08 87 • [email protected] 12–9441–1Vaud Case postale 5708 • 1002 [email protected] • CCP 17–783321–2T +41 79 391 14 54Neuchâtel C.P. 3105 • 2001 NeuchâtelT +41 78 661 02 70 • [email protected] CCP 20–6305–2

I l y a une dizaine de jours, le Tages-Anzeiger zurichois ou-vrait le feu sur les bas revenus

dans le pays, coupables de faire pression sur les moyens revenus en bénéficiant de trop de prestations de l’Etat. Cette affirmation s’appuie sur une étude de Monika Engler, publiée il y a trois ans déjà par le laboratoire d’idées néo libéral Ave-nir Suisse. Elle examine pour chaque mé-nage les impôts et les taxes payés et les prestations et transferts reçus de l’Etat. Mais comment fait-elle pour arriver à ce résultat de bas revenus vivant en quelque sorte aux cro-chets des moyens revenus ? Y’a un truc ? Ben oui : dans les revenus dits de transfert figurent les rentes AVS, AI et LPP. Si vos revenus ne sont constitués que par ces rentes, c’est-à-dire si vous êtes un ou une retrai-tée sans autres revenus, comme c’est souvent le cas pour les bas

salaires, vous êtes d’épouvantables profiteurs des prestations étatiques, selon la savante présentation de Mme Engler, reprise par le Tages-Anzeiger. Qui, faisant l’âne pour avoir du son, laisse ainsi croire que ces rentes résultant de cotisations sont des prestations de l’Etat à ses nécessiteux… L’étude englérienne, qui contient quelques autres perles du même acabit, est évidemment démentie par la réalité. Dans son rapport sur la répartition des revenus et de la fortune en Suisse, l’USS a bien mis en évidence que les inégalités de revenus dans le pays le mettaient au troisième rang européen (seules l’Allemagne et la Grande-Bretagne font mieux) et que la fonction re-distributive de l’Etat, qui devrait amoindrir ces écarts, était faible. Sur son blogue, Daniel Lampart, l’économiste en chef de l’USS, a publié le graphique ci- contre, qui

compare les charges pesant sur les bas et les hauts salaires. La démonstration est parlante : la redistribution est quasiment nulle entre les salaires de 3000 francs et ceux de 19 000 francs par mois. Ces derniers payent certes plus d’im-pôts directs, mais sont proportion-nellement bien moins grevés par les autres ponctions, en particulier par les dépenses d’assurances. Quant

aux informes « classes moyennes » dont les médias nous battent et rebattent les oreilles, censées sup-porter tout le poids de la pauvreté des classes inférieures, elles sont dans la moyenne justement, loin de la saignée supposée. Hauts ou bas salaires, il leur reste environ 60 % pour vivre. Sauf que 60 % de 3000 francs, c’est pas tout à fait équiva-lent à 60 % de 19 000 francs… 7 DS

INÉGALITÉS SOCIALES

ON PROGRESSE,ON PROGRESSE

ÉDITORIAL 3

EN MOUVEMENTSoirée de soutien à Alexander Kolchenko 4

Ciné-débat sur la Grèce 4

Berlin : manifestation en mémoire des morts de Ceuta 4

INTERNATIONALGrèce : qui est responsablede la dette ? 5

Etat espagnol : Podemos et la Marche du changement 6

Ukraine : vers un nouveau marché de dupes… sera-t-il le dernier ? 7

NATIONALLe 1 %, les 99 % et le franc fort 8

Ecopop : un vote xénophobe aux relents racistes 9

ÉCO–LOGIQUEBiodiversité :« Vers une sixièmeextinction de masse » 8

SUISSE ALÉMANIQUELe Festival « Lampedusa » à Zurich 11

FÉMININ–MASCULINFemmes et souveraineté alimentaire : un nouveau droit,pour un autre monde ! 12

MONDE DU TRAVAIL18 février 2015 Journée mondialepour le droit de grève 13

GENÈVELes 15 candidat·e·s de solidaritéS au Conseil municipalen Ville de Genève appellent à voter la liste nº 7 « Ensemble à Gauche » 14

LPol : questions sur la boîte de Pandore des articles illégaux de la lex Maudet 15

Brèves 15

VAUDStop à la marchandisationde notre espace public 16

Bâtiment : les employeurs n’ont pas froid aux yeux 16

NEUCHÂTELLa CNCI, un lobby patronalqui brasse du vent 17

La Chaux-de-Fonds : 4000 personnes contre la politique du Conseil d’Etat 17

Le Locle : baisses de salaires programmées 17

CULTUREHarcèlement et relations de travail délétères : le bilan hu-main est catastrophiqueau Théâtre de Saint-Gervais 18

Derrière l’étendard culturel « critique », la mesquinerie au quotidien 18

À VOIRTélévision 19

À LIRELivres en lutte 19

AGENDA 20

CAHIER ÉMANCIPATIONSChine : un partenaireà ne pas imiter

Une charge presque identique sur les bas et les haut revenus.Charge, par les impôts et redevances, d’une personne seule en pour cent du revenu mensuel brut (données 2012, en moyenne nationale)

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ce :

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Editorial 3

L a mise en consultation par le Conseil fédéral d’un projet d’arrêté fédéral visant l’ouverture totale du marché de l’électricité a suscité des opposi-

tions significatives, mais minoritaires, de la part de plusieurs collectivités publiques, dont seulement deux gouvernements cantonaux (Vaud et Genève). Multidis (groupe d’intérêt des distributeurs romands) a ainsi pris position contre ce projet. Or, la plupart des entre-prises d’électricité publiques et privées sont membres de l’Association des entreprises électriques suisse (AES). Celle-ci « prône une concur-rence ouverte et totale dans la fourni-ture d’électricité ». Pourtant, la libéralisation totale aura des conséquences très néfastes pour les entreprises d’électricité dont le capital social provient des pouvoirs publics à raison de 88,1 %. Et nombre d’entreprises électriques, ne possé-dant pas de capital de dotation au niveau communal, sont intégrées aux finances des administrations commu-nales. Ainsi, l’influence des pouvoirs publics dans la branche y est encore plus prononcée que ne le laisse apparaître la seule répartition du capital des entreprises non étatiques.

Selon le Conseil fédéral, les ménages auraient tout à gagner à la libéralisation. Cela pourrait être vrai ponctuellement, mais cela serait de toute manière marginal puisque 70 % du prix de l’électricité dépend des coûts fixes (entretien du réseau, impôts et taxes). Par contre, en tant que ci toyen·ne·s, les consomma-teurs et consommatrices seront perdants, car les entreprises communales et cantonales soumises au contrôle démocratique – avec ses limites – seront fortement affaiblies par rapport à des sociétés com-merciales privées, lesquelles par définition n’ont de comptes à rendre qu’à leurs actionnaires. La libérali-sation irait donc de pair avec une privatisation crois-sante de la production et de la vente d’électricité. Le projet du Conseil fédéral serait une entrave sérieuse à la planification des activités des entre-prises publiques et aux investissements dans le renouvelable. Le contexte européen illustre bien les

immenses difficultés à venir. Le gouvernement alle-mand met en œuvre la renonciation au nucléaire en augmentant la production d’électricité à bas prix (notamment grâce à des subventions étatiques, selon une récente étude de la Commission européenne) et en remettant en service des centrales au charbon tout en subventionnant le solaire et l’éolien. Compte tenu de la stagnation économique actuelle en Europe, ces nouvelles capacités de production excédentaires entrainent une baisse du prix du kilowattheure (kWh).

Dans ces conditions, les entreprises hydrauliques helvétiques (58 % de la production électrique en Suisse) sont toutes en difficultés. Elles ne parviennent pas à amortir leurs coûteux investissements, ce qui met en danger le tournant vers le renouvelable. Une libéralisation totale sur le marché intérieur ampli-fierait ce phénomène et condamnerait les énergies renouvelables. Or le prix du kWh européen ne reflète pas les coûts véritables, à savoir l’impact climatique dû au rejet de CO₂ par les centrales thermiques, ainsi que le coût de la gestion des déchets et du démantèle-ment des centrales nucléaires. Libéraliser totalement le marché de l’électricité revient à se soumettre au mécanisme capitaliste de la privatisation des béné-

fices et de la socialisation des coûts. Pris dans une telle concurrence, les entreprises publiques d’électricité devraient abaisser leur prix de vente en référence au « prix du marché euro-péen », et la pression sur l’emploi et les salaires des travailleurs et travail-leuses de la branche serait maximale.

La première étape d’ouverture du marché de l’électricité est intervenue en 2009. Elle ne concerne que les gros consommateurs (plus 100 000 kWh/an). La deuxième étape doit intervenir

dans le cadre de la négociation d’un accord sectoriel entre la Suisse et l’Union européenne. Il impliquerait une séparation de la propriété et de l’exploitation du ré-seau de transport (monopole naturel) d’avec les autres activités liées à l’électricité, telles que la production et le négoce (marché), « de manière à garantir une utili-sation non discriminatoire du réseau de transport ». La première activité est entièrement régulée, y compris les bénéfices, la seconde activité serait entièrement libé-ralisée, soit livrée à la recherche du profit maximum. Cette séparation existe déjà sur le plan comptable. De-main, elle pourrait aller jusqu’à la séparation physique et juridique complète, ce qui entrainerait le démantèle-ment de nombreuses entreprises publiques d’électrici-té, notamment les services industriels des communes. Ce projet insensé est à l’image du caractère de plus en plus parasitaire du capitalisme contemporain qui, telle la tique, cherche à se greffer sur les activités produc-tives pour y puiser de nouvelles sources de profits. 7

Pierre-Yves Oppikofer

MARCHÉ DE L’ÉLECTRICITÉ

L’OUVERTURE TOTALE ESTUNE DUPERIE

Unelibéralisation totalecondamnerait les énergies renouvelables

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P reuve de l’intérêt que sus-cite l’arrivée au pouvoir de SYRIZA, ce sont environ

70  personnes, en majorité des jeunes, qui étaient présentes. La soirée a débuté par la projection du film Ne vivons plus comme des esclaves réalisé par Yannis Youlountas. Ce titre reprend une expression qui a fleuri sur les murs et dans les différentes manifestations d’une Grèce tou-chée violemment par les poli-tiques d’austérité qui lui ont été imposées. Le film revient sur la crise et sur les différentes luttes qui se sont mises en place pour lui résister, des quartiers auto-gérés aux mouvements contre les privatisations en passant par les hôpitaux gratuits. Un débat s’est tenu à la suite de la projection, en présence du réalisateur et d’Anastasia Kou-kouna, doctorante en histoire et spécialiste de la Grèce. La discus-sion a permis à la salle et aux deux invité·e·s de traiter de l’actualité en Grèce. Parmi les enjeux récurrents,

on peut retenir la volonté de mieux comprendre la composi-tion du monde politique grec, et notamment du choix du parti communiste grec (KKE) de ne pas participer au gouvernement. Mais c’est évidemment SYRIZA qui a suscité le plus fort intérêt. Sans juger trop vite le gouvernement d’Alexis Tsipras, la discussion a porté sur sa capacité à changer véritablement les choses. Tout en se réjouissant de cette victoire et de certaines premières mesures, la salle tout comme les invité·e·s relevaient certaines incertitudes, notamment quant à la politique menée par SYRIZA vis-à-vis de la dette. Son lien avec les différents mouvements populaires et autres expériences alternatives, comme le maintien de ce lien après la vic-toire électorale, ont aussi été dé-battu. Les perspectives et débats lancés lors de cette soirée sont appelés à gagner en intensité dans les mois à venir. 7

Pierre Raboud

En mouvement 4

A Lausanne, le 28 janvier dernier, a eu lieu une soirée dédiée aux luttes contre l’austérité en Grèce. A la suite de la victoire de SYRIZA aux élections, un film et un débat ont permis de discuter de la situation et des perspectives en Grèce.

CINÉ-DÉBATSUR LA GRÈCE

L e 6 février 2014, des mi grant·e·s tentent, dans une action collective, le passage de la clôture de barbelés qui enserre Ceuta, en-

clave espagnole sur le territoire marocain, pour entrer dans le territoire de l’Union européenne. Pris entre la police marocaine et la Guardia civil espagnole, certains essayent de passer par la mer. La Guardia civil tire avec des balles enro-bées de caoutchouc et avec du gaz lacrymo-gène sur les personnes qui sont dans l’eau. Des policiers marocains, soutenus par des racistes locaux, participent aussi à la chasse meurtrière aux mi grant·e·s. Quinze morts sont identifiés, une cinquantaine de personnes sont portées dis-parues, les survivants ont été brutalement – et

illégalement – refoulés en territoire marocain. En mémoire de ces événements, la CISPM (Coalition internationale des sans-papiers, migrant·e·s et ré fu gié·e·s) organisait une mani-festation à Berlin le 6 février 2015, suivie d’une rencontre internationale de trois jours. La mani-festation reliait les ambassades des deux Etats directement impliqués, l’Espagne et le Maroc, en passant par le Bundesrat, la chambre des Länder allemands, pour souligner l’implication de l’Alle-magne dans la guerre aux mi grant·e·s menée à l’échelle européenne. Les sans-papiers, migrant·e·s, réfugié·e·s et activistes antiracistes ont aussi manifesté leurs revendications dans le nouveau centre de

Berlin, bâti et aménagé après la réunification non comme l’expression de la réunion des peuples, mais comme l’apothéose du capital triomphant et du règne de l’argent au cœur de la ville. Ils ont rappelé au passage que l’Europe vit des richesses du reste du monde et notamment de l’Afrique. A la fin de la journée, les par ti cipant·e·s à la rencontre de la CISPM ont pu entendre des té-moignages sur les événements de Ceuta. C’est sous ces auspices que se sont ouverts leurs tra-vaux de consolidation de la CISPM comme pla-teforme d’action transnationale de migrant·e·s. Trésor, militant de la CISPM et cofondateur de la Voix des migrants, une des organisations initiatrices de la manifestation du 6 février passé, sera en Suisse du 14 au 24 février, pour témoigner des dix ans qu’il a passés sur les routes de la mi-gration du Cameroun vers l’Europe, entre autres à travers la Méditerranée. Il présentera aussi le téléphone d’alarme de la Méditerranée, où il milite comme médiateur et traducteur. 7

Genève me 18 février 19 h Café GavrocheNeuchâtel ma 24 février 20 h GarageRenseignements supplémentairessur solidarites.ch

BERLINMANIFESTATION EN MÉMOIRE DES MORTS DE CEUTA

ARRÊTEZ LA GUERREAUX MIGRANTS !

Samedi14 février 201521 hEspace Autogéré30 rue César-Roux

JackytCaptain BongosNiels (Socialiste) TissuChevreuil & Célestine

trip rockpost-punkoutsider discohousetechno minimal

SOIRÉEDE

SOUTIENAU

PRISONNIERPOLITIQUE

ALEXANDERKOLCHENKO

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A leksandr Kolchenko est un anarchiste et antifasciste ukrainien originaire de la

Crimée. A la suite de l’occupation russe de cette région, il a été arrêté avec trois autres personnes et ils ont été transférés à Moscou. Il est accusé de faire partie d’une organisation d’extrême droite

ukrainienne et risque d’être condamné à 20 ans de prison. Aleksandr Kolchenko est un antifasciste que la police poli-tique tente de faire passer pour un fasciste ! Aleksandr Kolchenko est détenu arbitrairement et accusé de crimes absurdes ! 7

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L a renaissance de la Grèce, libérée de la domination ottomane en 1830, se fait dans un pays qui n’a pratiquement pas connu

d’Etat durablement constitué. Sa bourgeoisie cultivera longtemps ses intérêts en dehors du pays (à Alexandrie ou à Smyrne, aujourd’hui Iz-mir), ce que ses descendants continuent de faire aujourd’hui (les armateurs grecs de Londres et New York). Ce désintérêt relatif – tant que les bénéfices des armateurs ne sont pas imposés ! – ainsi que le jeu des puissances européennes fera de l’Etat grec un Etat contrefait. Il n’arrivera ja-mais à prélever correctement l’impôt ni à établir un cadastre. L’Eglise est ses biens, nombreux, resteront hors d’atteinte. Rapidement gangréné par le clientélisme des clans politiques et la corruption, l’Etat verra gonfler ses effectifs (un salarié sur quatre). Le poids du secteur informel prive l’Etat de 25 % de ses revenus. Ce dernier, en revanche, depuis la Deuxième Guerre mondiale au moins, consacre une partie de ses ressources à un budget militaire hypertrophié, que la Troï-ka ne remettra pas en cause, les commandes profitant à l’industrie d’armement européenne.

Des colonels au néolibéralisme

Ainsi choyée, l’armée, repaire de l’extrême droite anticommuniste, prend le pouvoir en 1967 ; les colonels établissent une sanglante dictature jusqu’en 1974. La dette de l’Etat est alors mul-tipliée par 4. Utilisée surtout pour accroître la machine répressive, cette dette remplit toutes les conditions pour être jugée odieuse, selon la définition du théoricien de cette doctrine de droit international : « Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas selon les besoins et les intérêts de l’Etat, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier » (Alexander Sack). Nourri par les déficiences structurelles évo-quées plus haut, l’endettement va s’accroître en fonction aussi des politiques fiscales néo-libérales. Ajoutons à cela quelques aventures financières, comme les Jeux olympiques de

2004 (20 milliards d’ardoise), qui suivent de près l’entrée de la Grèce dans l’euro (2001). Pour répondre aux critères européens, les comptes publics (déficit et endettement) seront quelque peu trafiqués pour dissimuler un endettement déjà important. Les instruments financiers de la tromperie seront fournis par la banque d’affaires Goldmann-Sachs. Le vice- président (2002–2005) de cette banque pour l’Europe s’appelle alors Mario Draghi ; il dirige aujourd’hui la BCE et tance vertement le gouvernement grec. Pas gêné, le sieur Draghi ! Selon l’orthodoxie néolibérale, les banques centrales n’ont pas à se mettre au service des politiques publiques. Les Etats doivent donc se financer sur les marchés financiers. C’est ce que fera régulièrement la Grèce au grand bénéfice des banques privées, qui se financent à des taux nettement moins élevés que ceux auxquels elles prêtent. La construction financière, basée sur un argent facilement accessible et des crédits aisé-ment obtenus cache sa fragilité derrière un bon taux de croissance grec.

Tout cela va vaciller puis s’écrouler à la suite de la crise des subprimes en 2008–2009. Les Etats capitalistes viennent au secours des banques privées. Et que font ces dernières ? Elles utilisent une partie des fonds reçus pour les sauver de la faillite en spéculant sur la dette grecque ! En pa-riant sur le fait que le capitalisme européen ne laissera pas tomber la Grèce. Un premier plan d’aide lié à des « ajustements structurels », lire des mesures d’austérité, est accordé par le FMI et l’Union européenne en 2010. La spéculation s’en donne à cœur joie : entre le 1er décembre 2009 et le 11 novembre 2011, le taux des obligations grecques à dix ans est passé de 4,84 % à 41 %. Aucun Etat, aucune économie ne peut supporter cela longtemps. La spirale de l’endettement pour mieux payer la dette se conjugue dès lors avec une récession nourrie par l’appauvrissement du peuple grec et la montée du chômage.

La restructuration de 2012

Formée du FMI, de la BCE et de la Commission européenne, la Troïka décide en mars 2012 d’ef-facer 102 milliards d’euros de la dette grecque. Les médias applaudirent cette bonté d’âme. Alors que l’effacement est lié à l’octroi d’un nou-veau prêt de 130 milliards, amenant en contre-partie une politique d’austérité encore plus dure et qu’il s’agit moins d’aider la Grèce que de venir en aide aux banques (grecques, françaises et allemandes surtout). Certes, les prêteurs privés perdent de l’argent. Mais bien moins qu’ils en auraient perdu s’il leur avait fallu vendre aux prix du marché. Ils échangent des titres nominaux de 100 euros, valant entre 15 et 30 euros sur le mar-ché, contre des nouveaux titres valant 46,5 euros. La dette grecque passe alors en mains publiques et c’est la législation britannique qui s’applique désormais aux avances faites par la Troïka. La suite est mieux connue, menant à l’endettement record actuel. Le gouvernement actuel a donc toutes les rai-sons de mettre en cause l’endettement du pays, gravement accru par la politique de la Troïka elle-même et dont une bonne partie est incon-testablement odieuse. 7

Daniel Süri

International 5

A l’heure où la BCE montre ses muscles, coupant brutalement l’un des robinets d’approvisionnement des banques grecques et où le ministre allemand des Finances Schäuble joue les caïds face à son homologue grec Varoufakis, il nous a semblé utile de rappeler à grands traits par quels mécanismes la Grèce s’est endettée. Loin de la légende d’un peuple vivant au-dessus de ses moyens.

GRÈCE

QUI EST RESPONSABLEDE LA DETTE ?

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A près des années de mobilisa-tion dans les rues, les grèves, les Marées citoyennes, le

cycle social ouvert par le mouve-ment des Indignés (le 15 M) a laissé place à une nouvelle période, carac-térisée non pas par la mobilisation sociale, mais par l’espoir politique de virer les partis du régime hors des institutions. Le nouveau cycle s’ouvre avec la naissance de Pode-mos, qui bouscule les superstruc-tures politiques avec l’éclatement de Izquierda Unida (IU), les convul-sions au sein du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) et l’appa-rition de nouvelles formations ou alliances politiques en vue des élec-tions municipales de mai 2015.

Podemos et le 15M

Les dirigeants de Podemos avaient choisi la Puerta del Sol, à Madrid, pour l’entrée en scène de leur for-mation politique. Cette même place, bondée il y a trois ans par le 15M et maintenant par Podemos, montre que ce dernier se veut l’héritier du plus grand mouvement sociopoli-tique né depuis le franquisme. Certains commentateurs relèvent que Podemos incarne « le saut vers la politique », que n’avait pas franchi le 15M. A mon avis, il s’agit de deux sujets politiques distincts nés à la même époque. Le 15M fut un mouvement de contestation du système politique et économique dans une phase très embryonnaire. En revanche, Pode-mos est un nouveau sujet, né de l’onde longue du 15M, mais conçu pour la conquête des institutions et l’exercice du pouvoir politique dans le cadre du système. C’est clairement l’orientation de sa direction, après l’Assemblée citoyenne constituante, ou la formulation de nouvelles

propositions programmatiques après les élections européennes. La marche du 31 janvier a mon-tré la différence de composition sociale de ces deux mouvements. Au début, le 15M rassembla beau-coup de gens très jeunes, sur des thèmes évoquant des changements systémiques, humains ou globaux. Podemos, en revanche, a réuni un secteur à composition sociale plus « plébéienne » et plus hétérogène du point de vue de l’âge, où se mélan-geaient les aînés et les jeunes, ainsi qu’une partie de l’ancienne gauche et une participation majoritaire des classes populaires et travailleuses.

Un franc succès, malgré une grave erreur

La participation massive du 31 janvier ne devrait pas nous ame-ner à passer sous silence certaines erreurs. Comme la décision de convoquer cette manifestation de manière unilatérale, sans consulter les bases et en alimentant les spé-culations sur la volonté de Pode-mos de monopoliser l’opposition à l’actuel pouvoir politique.

De nombreux enthousiastes attri-buent ce succès à la stratégie géniale des dirigeants Pablo Iglesias et Iñi-go Errejón. Je ne suis pas d’accord. Indépendamment de leur intelli-gence politique, l’expérience des Marées citoyennes, du 15M ou des Marches de la dignité montre que la démocratie, l’auto- organisation à la base et l’unité des collectifs, des plateformes et des organisations est le meilleur moyen de contribuer à l’aspect massif et au succès des mo-bilisations. Certes, il n’existe pas une seule façon de procéder, mais la manière de faire des mouvements sociaux ces dernières années a permis de créer un climat d’entente démocra-tique, permettant d’en finir avec les vieilles pratiques bureaucratiques et dirigistes pratiquées durant plus de trente ans par les syndicats majori-taires, le PSOE ou le PCE. La Marche du changement fut un succès, non par sa convocation unilatérale, mais par la puissante volonté de changement existant chez des millions de personnes qui n’en peuvent plus et qui ont vu en Podemos le meilleur outil de chan-gement politique. Cette envie et cette volonté de changement ont prédominé et l’emporteront, durant

une longue période, sur les critiques ou les objections (et sur les erreurs de Pablo Iglesias).

Le projet : « gagner » ?

Pablo Iglesias répète avec tant d’in-sistance : « nous sommes venus pour gagner » qu’il semble tout subor-donner à cet objectif. La manifes-tation du 31 janvier fut décidée sans consultation préalable, parce qu’il fallait répondre rapidement aux at-taques, émanant de divers médias, contre les dirigeants de Podemos. Le processus constituant au sein de Podemos a montré des déficits démocratiques importants. Cette involution démocratique fut sui-vie d’une autre, programmatique, modérant les revendications, via les médias, sans débat public.

Les sondages continuent de don-ner des résultats spectaculaires à Podemos. Toutes nos critiques ne sont pas la préoccupation principale des citoyens. Pablo Iglesias et Pode-mos restent – et resteront longtemps – dans un « état de grâce », où on leur pardonnera afin de rendre possible le triomphe d’une nouvelle forma-tion politique. La misère, l’inégalité, les expulsions, les coupes sociales, le chômage et la corruption dominent les préoccupations de caractère dé-mocratique ou programmatique au sein ou hors de Podemos. Aujourd’hui, l’important pour la majorité des citoyens qui veulent le changement, c’est : « Oui, on peut ! », avant d’être au clair sur : « Mais com-ment peut-on ? ». Les anticapitalistes ne manqueront pas de s’engager dans le débat stratégique, program-matique, tactique et démocratique. Nous devons vaincre le gouverne-ment ennemi, mais aussi de réflé-chir avec nos amis. 7

Jesús Jaén(membre de Anticapitalistas,mouvement au sein de Podemos)Texte original espagnol sur anticapitalistas.orgTraduction et adaptation :Hans-Peter Renk

International 6

ÉTAT ESPAGNOL

PODEMOS ET LA MARCHEDU CHANGEMENTLe 31 janvier, une grande manifestation convoquée par Podemos parcourait les rues de Madrid. Comme toujours, les estimations varient : 300 000 personnes d’après les organisateurs, 100 000 d’après la police et 153 000 pour El Pais. La différence avec les précédentes manifestations, c’est que ses organisateurs furent les dirigeants d’un parti politique âgé d’un an, Podemos.

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D urant ces derniers jours, le monde s’est figé en attendant les résultats d’une série de pourparlers sur le Donbass, avec la parti-

cipation des principaux intervenants concernés : la Russie, l’Union européenne, les États-Unis et l’Ukraine. Un trait distinctif de ces négociations a été leur caractère secret. Des portes closes à Kiev, derrière lesquelles Hollande, Merkel et Po-rochenko ont parlé entre eux, le jeudi 5 février ; des portes closes à Moscou, derrière lesquelles Hollande et Merkel ont parlé le vendredi 6 fé-vrier avec Poutine ; une conférence téléphonique entre les quatre chefs d’Etat dimanche; enfin, une rencontre de Merkel avec Obama à Wash-ington, le lundi 9 février. L’opacité totale des propositions faites, ainsi que des conditions et scénarios imaginés par chacune des parties peut laisser place aux hypothèses les plus pessimistes comme à l’espoir d’une percée diplomatique. Pourtant, tous les observateurs sont d’accord sur une chose: jamais ce conflit n’a été aussi proche d’une guerre de grande envergure.

Quel avenir pour le Donbass et l’Ukraine ?

L’offensive de janvier dans le Donbass, dans laquelle les troupes russes étaient impliquées presque ouvertement, est devenue probable-ment le dernier acte possible d’une « paix impo-sée » aux conditions de Poutine. Il s’agit d’un marché de dupes, d’un jeu sanglant qui est le préféré du président russe. Testé à plusieurs reprises au cours de l’année dernière, il a prati-quement épuisé tout son potentiel aujourd’hui. Il est donc temps d’abattre d’autres cartes : l’UE veut éviter la guerre en Europe à tout prix ; les

États-Unis sont disposés à fournir des armes et à jeter de l’huile sur le feu en évitant toute participation directe ; le Kremlin est prêt à faire presque n’importe quoi pour obtenir une vic-toire formelle sans déclaration de guerre à son pays voisin. C’est comme ça que se présente l’équation du pouvoir à la veille de ce marathon de négociations. Il y a des raisons de croire qu’une solution tac-tique peut être trouvée. Une option qui implique-rait l’introduction de forces collectives de main-tien de la paix sous l’égide de l’ONU ou de l’OSCE pourrait satisfaire Poutine, car elle garantirait : a) la légalisation de la présence des troupes russes dans l’Est de l’Ukraine (la participation de la Rus-sie à cette « mission de paix » en serait une condi-tion impérative ; b) la non-adhésion de l’Ukraine

à l’OTAN et à l’UE dans un avenir prévisible (le secrétaire général de l’OTAN l’a confirmé ouver-tement lors de la conférence d’hier à Munich) ; c)  la prohibition de toute livraison d’armes à l’Ukraine ; d) la participation en première ligne de la Russie à la poursuite des négociations sur le statut du Donbass.

Le Grand Jeu des puissances impérialistes

Les représentants de la soi-disant « République populaire de Donetsk » ne participent pas aux négociations entre « gens sérieux », sans pour autant développer de complexe d’infériorité à ce propos ; ils ont aussi confirmé leur volonté d’accepter le scénario de « maintien de la paix ». Dans cette hypothèse, l’UE montrerait à nou-veau son rôle symbolique pour le maintien de la paix et de la sécurité en Europe, et resterait l’un des principaux participants au club fermé habilité à décider du sort de l’Etat ukrainien. Les États-Unis pourraient aussi consentir à une telle option, plaçant cette responsabilité sur les épaules de l’UE et obtenant en retour le soutien de l’Europe (et peut-être même de la Russie, vu le rapprochement de leurs positions sur la crise syrienne) sur un terrain prioritaire comme celui de la lutte contre l’État islamique. Cependant, quels que soient les résultats tac-tiques de ces négociations, leur succès ou leur échec – qui peut avoir des conséquences graves, comme la guerre dans le Donbass et l’approfon-dissement de la crise économique en Russie, en raison de l’escalade des sanctions – elles ne

peuvent déboucher que sur une impasse straté-gique totale. D’abord pour la politique de Pou-tine dans son propre pays et par rapport aux territoires de l’ex-Empire soviétique. Ensuite, pour l’Ukraine, dont la souveraineté et l’indé-pendance seraient utilisées comme monnaie d’échange dans le cadre d’un Grand Jeu interna-tional. Enfin, pour les ha bi tant·e·s du Donbass, pour qui « la meilleure option » pour les 20 ans à venir serait le statut de la Bosnie d’aujourd’hui, un pays appauvri et divisé, mis en place et géré par « les soldats de la paix ». 7

Ilya BoudraitskisJournaliste et historien, membre du Mouvement socia-liste russe (Quatrième internationale). Traduit par Hanna Perekhoda pour solidaritéS d’après l’original russe, paru le 7 février, sur le site OpenLeft.ru.

LE SORT DE L’UKRAINE AUX MAINS DES GRANDES PUISSANCES

VERS UN NOUVEAUMARCHÉ DE DUPES…SERA-T-IL LE DERNIER ?Le 5 février 2015, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande ont entamé des négociations, d’abord avec le président ukrainien Porochenko puis, le lendemain, avec le président russe Vladimir Poutine, afin de discuter d’un règlement pacifique du conflit en cours dans l’Est de l’Ukraine. C’est le début d’un Grand Jeu entre puissances impérialistes – Union européenne, Etats-Unis et Russie – dont le but déclaré est d’éviter une guerre de grande envergure en Ukraine grâce au sacrifice des populations du Donbas, auxquelles pourrait être réservé un sort analogue à celui des Bosniaques, et au bradage de la souveraineté et de l’indépendance de l’Ukraine. (HP)

La population du Donbass est prise dans l'étau des grandes puissances.

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P ourquoi la BNS a-t-elle dé-cidé de renoncer au cours plancher de 1,20 franc pour

1 €, qu’elle avait défendu depuis septembre 2011 ? D’abord, pour évi-ter d’acheter des milliards d’euros supplémentaires afin de contrer l’envolée du franc. L’attrait de la de-vise helvétique repose en partie sur un niveau d’endettement très faible des collectivités publiques, qui n’a cessé de diminuer depuis 2004, alors que celui de la zone euro explosait après le début de la crise, en 2008. En 2013, il ne représentait plus que 36,3 % du PIB helvétique, contre 92,6 % pour la zone euro. Or, l’assouplissement quantitatif annoncé par la Banque centrale européenne (BCE), soit le rachat des dettes publiques des Etats pour un montant de 60 milliards d’euros par mois sur 19 mois, va encore ac-croître ce différentiel.

Les 99 % vont trinquer

Ce changement de cap, décidé par les trois membres du Directoire de la BNS, va avoir des conséquences sur la vie quotidienne de millions de gens, en Suisse d’abord, où il servira de prétexte à des réductions d’emplois, au chômage partiel, ain-si qu’à des baisses de charges pour les entreprises (salaires, impôts, prélèvements sociaux), qui justi-fieront de nouvelles réductions des dépenses publiques et des presta-tions. Les retraités passeront aussi à la caisse : selon une première éva-luation du cabinet Towers Watson du 16 janvier, l’envolée du franc au-rait creusé un trou de 30 milliards (4 %) dans la fortune des caisses de pensions. A l’étranger aussi, de nom-breuses collectivités publiques ont été atteintes pour avoir libellé leurs emprunts en francs suisses, en par-ticulier en Allemagne et en France, qui verront le service de leur dette exploser, de 3 % à 12 %, voire à 17 %. Il en va de même de centaines de milliers de foyers d’Europe centrale

et orientale (Pologne, Hongrie, Roumanie, Croatie, etc.), dont les emprunts hypothécaires ont été contractés en francs suisses.

Querelle de famille

Qu’à cela ne tienne ! Le président de la BNS Thomas Jordan, ex- professeur d’économie à l’Univer-sité de Berne, est un monétariste dogmatique, pour qui la fonction essentielle d’une banque centrale est de lutter contre l’inflation. A ses yeux, la BCE ne doit pas placer la Suisse dans le sillage d’une poli-tique monétaire préconisée par les « canards boiteux » de la zone euro, en dépit des réticences de l’Alle-magne, de l’Autriche et des les Pays-Bas (le mentor du patronat helvé-tique, P. Fischer, défend le même point de vue dans la Neue Zürcher Zeitung du 17 janvier). Rompant avec le style flam-boyant de son prédécesseur, Phi-lipp Hildebrand, issu de l’Union bancaire privée (UBP), dont l’UDC avait précipité la démission en jan-vier 2012, Jordan est dépeint par

Christoph Blocher comme une « souris grise ». Sa discrétion est ain-si louée par les grands patrons de la finance helvétique, ces « gnomes de Zurich » que dénonçaient les travaillistes britanniques des an-nées  1960. Leur indépendance relative repose en effet sur le secret absolu et sur de savants jeux d’équi-libre entre puissances rivales. En Suisse, les milieux patronaux agitent la menace de licenciements et de délocalisations pour obtenir de nouveaux gages de l’Etat ainsi que de nouvelles concessions de la gauche. De leur côté, les cercles dirigeants du Parti socialiste et de l’Union syndicale déplorent la déci-sion de la BNS et la prient de modé-rer la hausse du franc. En réalité, ils entendent surtout que les autorités et le patronat négocient avec eux la nature de la potion qu’ils s’ap-prêtent à prescrire à la population. Tout ceci ressemble à une querelle de famille, puisque per-sonne ne met en cause les choix stratégiques de la BNS, qui visent à défendre les atouts de la place économique suisse (entendez : les positions de force de la bourgeoi-sie). Le président de son Conseil de

banque, l’ex-conseiller d’Etat socia-liste Jean Studer en sait quelque chose, lui qui fut le héraut de la baisse des impôts des entreprises dans le canton de Neuchâtel.

Championne du monde de la compétitivitéEn 2014, avec un euro à 1,20 franc, la balance commerciale de la Suisse présentait un solde positif de 30 milliards, qui n’avait cessé de croître depuis 2005, en dépit de la

revalorisation continue du franc. Mieux : hors de la zone euro, où la Suisse exporte plus de la moitié de ses produits, son excédent com-mercial frise les 50 % ! L’industrie suisse semble donc en mesure de résister à un franc encore plus fort. C’est que de 1991 à 2013, la producti-vité du travail industriel y a progres-sé de 70,4 %, contre 8 % pour ce qui est des salaires (S. Guex, solidaritéS, nº 51, 10 juillet 2014). Les performances de cette industrie sont une preuve de sa capacité d’adaptation. Alors que l’euro s’était déprécié de 29,5 % en 4 ans, de 1,66 franc au dernier tri-mestre 2007, à 1,17 franc au troi-sième trimestre 2011, le solde de la balance commerciale helvétique a tout de même bondi de 13,9 mil-liards (en 2007) à 24 milliards (en 2011). Un renchérissement du franc de près de 30 % en 4 ans n’a donc pas empêché une augmentation de 73 % du solde commercial du pays. Ajoutons que les deux tiers des importations helvétiques, en pro-venance de la zone euro, coûteront moins cher, tandis que la grosse moitié de ses exportations, desti-nées au reste du monde, subiront

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LE 1 %, LES 99 % ET LE FRANC FORT

Le renchérissement du franc n’a pas empêché une augmentation de 73 % du solde commercial de la Suisse entre 2007 et 2011.

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un renchérissement moins mar-qué. De surcroît, si l’on tient compte des services, des revenus et des transferts, le solde des comptes courants de la Suisse présente un excédent trois fois supérieur à ce-lui de son commerce. C’est sur la foi de telles performances que le World Economic Forum décerne à la Suisse, depuis plusieurs années, le titre de championne du monde de la compétitivité.

Puissance industrielle de premier plan

Le secteur manufacturier a réussi à compenser la hausse continue du franc par des gains de productivité supérieurs. C’est pourquoi, malgré la crise, la production industrielle suisse de 2013 était de 6,7 % supé-rieure à celle de 2007, contraire-ment à celle de tous les autres pays de vieille industrialisation, même l’Allemagne (–0,3 %) (S. Guex, soli-daritéS, nº 51, 10 juillet 2014). Le maintien du taux plancher de l’eu-ro à 1,20 franc durant plus de 3 ans, de septembre 2011 à janvier 2015, visait précisément à lui permettre de rebondir. De 2011 à 2014, dans un climat de recul de la production industrielle de l’Europe et de l’Amérique du Nord, la politique de la BNS a ainsi facilité un nouvel accroissement de 25 % de l’excédent commercial de la Suisse. Et à l’avenir, si l’euro se maintient à 1,05 – 1,10 franc, ce qui est l’objectif que la BNS, soit une baisse de cours de ± 10 %, et que le dollar et le yuan reculent un peu moins, le choc devrait être absorbé sans trop de difficulté. Cette rési-lience, l’industrie suisse ne la doit pas seulement à ses performances

en termes de productivité, mais aussi au crédit bon marché que lui assure la place financière, à une fiscalité avantageuse, à la paix sociale garantie, aux marchés de niche qu’elle domine, à l’augmen-tation de sa production à l’étranger (2 emplois sur 3 y sont localisés), où elle peut continuer à acheter des concurrents à bon compte, etc.

Chantage patronal

Le patronat attend des autorités qu’elles améliorent encore les « conditions-cadres » de l’écono-mie en permettant une pression accrue sur les sa larié·e·s (baisses des rémunérations, flexibilisation des horaires, libéralisation du mar-ché du travail, précarisation des contrats, chômage partiel, etc.). La troisième réforme de la fisca-lité des entreprises devrait encore garantir de nouvelles économies d’impôts de 3 à 4 milliards par an pour les sociétés. Les employeurs peuvent aussi jouer sur la division des salariés, un an après le succès de l’initia-tive de l’UDC « Contre l’immigra-tion de masse », même si la droite patronale cache de moins en moins sa volonté d’en repousser l’application, si ce n’est de faire revoter le peuple. Les frontaliers sont déjà montrés du doigt en rai-son de leur gain de change, alors qu’un nombre croissant de Suisses vivent aussi de l’autre côté de la frontière… Une chose est donc sûre: les secteurs les plus exposés du patronat, notamment du tou-risme, entendent faire jouer à la main-d’œuvre étrangère le rôle de variable d’ajustement.

Quelle politique de gauche ?

La Wochenzeitung a récemment polémiqué contre Daniel Lampart, économiste en chef de l’USS et membre du Conseil de la BNS, qui critiquait l’abandon du taux plan-cher de l’euro. Pour elle, il s’agissait d’une subvention déguisée aux exportateurs. Pourtant, en suppri-mant le taux plancher, la BNS et la droite patronale, loin de sacrifier les intérêts des milieux bourgeois, entendent utiliser la spéculation sur le franc comme levier pour ac-croître la compétitivité de la place économique suisse sur le dos de la majorité de la population. C’est pourquoi un débat qui se limite à la politique des changes passe à côté des enjeux principaux d’une autre politique économique. Ce n’est pas aux salarié·e·s de faire les frais des cours élevés du

franc. Les milieux dirigeants  – bancaires, en particulier – n’en-couragent-ils pas la spéculation depuis des décennies en refusant tout contrôle des mouvements de capitaux ? C’est pourquoi, comme je le défendais dans l’éditorial du précédent numéro de solidaritéS, au lieu d’appeler à l’union sacrée pour défendre l’économie suisse, les syndicats devraient exiger de l’Etat fédéral et de la BNS – qui n’ont pas hésité une seconde à dégager des dizaines de milliards pour sauver l’UBS en 2008 – qu’ils placent sous contrôle public et ren-flouent les entreprises dont l’exis-tence pourrait être menacée par la hausse du franc. Pourquoi le gouvernement et la BNS n’ont-ils pas tenté de résis-ter à la hausse du franc en accep-tant des ratios d’endettement et de déficits publics comparables à ceux des partenaires écono-miques de la Suisse ? Au lieu de dépenser 300 milliards de francs pour acheter des euros, depuis l’automne 2011, la banque centrale aurait pu prêter le même montant aux collectivités publiques pour alimenter un plan de soutien à la recherche, à l’éducation, à la santé, aux retraites, au logement social, à la défense de l’environnement, etc., créant aussi de nombreux emplois. Ce faisant, ils auraient porté la dette publique suisse au niveau de celle de l’Allemagne, un montant malgré tout « raisonnable », tout en contribuant à freiner la hausse du franc pour « servir les intérêts généraux du pays » (ou plutôt « de la population»), comme la Consti-tution lui en donne mandat. C’est une politique de rechange de ce type qu’une gauche digne de ce nom devrait défendre, ce qui sup-poserait bien sûr des mobilisations sociales de grande envergure. 7

Jean Batou

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Malgré la crise, la production industrielle suisse de 2013 était de 6,7 % supérieure à celle de 2007.

S elon une récente étude publiée par Vox, le vote sur l’initiative EcoPop de novembre dernier a été

déterminé pour l’essentiel par la position des élec­teurs·trices vis­à­vis de l’immigration. Pour preuve : 3 % des par ti san·ne·s de ce texte l’ont soutenu pour des raisons démographiques, et 1 % seulement pour des rai­sons écologiques. « Les partisans du OUI envisageaient avant tout cette initiative comme un moyen de dimi-nuer la proportion des étrangers dans la population [la fameuse Überfremdung] et de garantir la mise en œuvre de l’initiative contre l’immigration de masse ». Ainsi, la majorité des élec teurs·trices de l’UDC ont voté OUI à EcoPop, alors que la direction de leur parti appelait à voter NON, contre 19 % seulement des élec teurs·trices verts, en dépit de son argumentaire prétendument « écologiste » (NZZ, 5 février). 7

ECOPOP : UN VOTE XÉNOPHOBE AUX RELENTS RACISTES

Jérô

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Eco–logique 10

L es livres publiés dans cette collection sont organisés selon le même principe : une

réunion de trois ou quatre spé-cialistes du thème traité qui, sous la conduite de Sylvestre Huet, débattent des aspects les plus saillants de la question. Il s’agit là d’une forme assez vivante de vul-garisation scientifique, qui échappe à la lourdeur pédagogique d’autres présentations. Il faut néanmoins avoir une vague idée de ce dont il retourne, car ce ne sont pas des ouvrages d’initiation.

Moment de l’extinction et dette d’extinction Annoncé avec le titre Biodiver-sité : vers une sixième extinction de masse ?, ce livre est paru sans son point d’interrogation. Un petit chan-gement qui renvoie directement à la deuxième question débattue, celle de « la difficile mesure de l’extinc-tion », à laquelle nous avions consa-cré une partie de notre dossier sur la biodiversité (no 247, 29.4.2014). Les quatre scientifiques débatteurs sont Raphaël Billé (coordinateur de pro-jet au Secrétariat général de la com-munauté du Pacifique à Nouméa), Phlippe Cury (directeur du Centre de recherche halieutique méditerra-néenne et tropicale de Sète), Michel Loreau (écologue et directeur de re-cherche au CNRS) et Virginie Maris (philosophe de l’environnement). C’est à Michel Loreau que l’on doit la précision suivante concernant le moment présent de l’extinction de la biodiversité : « Il y a effectivement un consen-sus sur le fait que nous entrons dans une extinction de masse… si tout se poursuit comme actuellement. Sur ce point, il n’y a pas de débat. Le débat peut porter sur le fait de savoir si on est déjà entré dans cette phase ou pas. Toutes les projections montrent que nous y entrons et que cela risque de devenir catastrophique. Le débat scientifique est de savoir à quel terme

cela se joue. Est-ce que l’on peut déjà parler de sixième extinction de masse ou bien faut-il attendre encore un peu pour le dire ? C’est une question d’échéance, mais pas une question de réalité du phénomène. » Il définira plus loin une notion intéressante, qui permet de tenir compte de la durée dans le proces-sus d’extinction d’une espèce, celle de « dette d’extinction » : « L’extinc-tion globale d’une espèce, comme on l’a déjà mentionné, est un proces-sus très long et très complexe. Il faut d’abord que tous les individus d’une population disparaissent – il s’agit alors d’une extinction locale. Puis que l’ensemble des populations d’une es-pèce ait disparu de manière certaine pour aboutir à une extinction globale. A moins d’une destruction complète d’un habitat – ce qui arrive de plus en plus malheureusement – c’est donc un processus extraordinairement long et complexe. L’extinction est comme une lente agonie qui peut prendre des dé-cennies, voire même des siècles, dans des conditions normales, pour arriver à son terme et de nombreuses espèces qui vivent encore à l’heure actuelle sont en réalité d’ores et déjà condam-nées à l’extinction ; nous avons donc une « dette d’extinction » vis-à-vis des générations futures, et c’est un pro-blème qui n’est sans doute pas suffi-samment mis en exergue.»

La place du capitalisme

Difficile, à travers quelques brefs extraits, de donner une idée de la richesse des questions abordées et des réponses apportées. Mention-nons cependant, à titre d’exemple, la différence qu’il peut y avoir entre les destructions environnementales antérieures au capitalisme et celle d’aujourd’hui, telle que l’analyse Virginie Maris :

« D’un point de vue historique, si l’on compare les destructions actuelles en milieux tropicaux au peuplement européen ou aux grandes colonisa-tions, on dispose, aujourd’hui de moyens techniques d’exploitation et de destruction qui sont infini-ment plus puissants. Lorsqu’il s’agit d’abattre une forêt, on peut faire en une journée ce qui aurait pris trente ans il y a cinq siècles ! Et surtout, la destruction du mi-lieu ne correspond plus du tout aux mêmes logiques vivrières que du temps des grandes migrations hu-maines. Longtemps, on a demandé aux écosystèmes de produire ce qui allait être consommé par les habi-tants. Aujourd’hui, dans les zones tropicales, la déforestation n’est pas un enjeu de subsistance, ce n’est

pas la pression des populations lo-cales qui est significative, mais le fait que l’on exploite des milieux pour exporter d’abord le bois puis, après que la forêt a été remplacée par des cultures ou des pâturages, les pro-duits agricoles sont envoyés sur les marchés mondiaux. L’ampleur et la distribution de l’impact écologique sont donc radi-calement différentes […] ».

Evidemment, lorsqu’il s’agit, dans la deuxième partie de l’ouvrage, de partir à la recherche des causes pro-fondes de la biodiversité, c’est-à-dire de s’avancer dans un domaine qui est habituellement celui des sciences dites humaines, le pied de nos scientifiques se fait moins sûr et la démarche plus hésitante. Donner sa juste place — soit la première — au capitalisme dans la situation actuelle ne va pas de soi, même s’il arrive à Virginie Maris (souvent) et à Michel Loreau (quelquefois) de le faire. 7

Daniel Süri

Chroniqueur scientifique de Libération, Sylvestre Huet dirige la collection « 360 » aux Editions La ville brûle. Le dernier ouvrage paru traite de la situation actuelle de la biodiversité.

BIODIVERSITÉ

« VERS UNE SIXIÈMEEXTINCTION DE MASSE »

Petit résidu de forêt vierge au milieu de champs de soja au Brésil

LES QUESTIONS ABORDÉES

— Les océans : de la surexploitation des ressources aux transformations des écosystèmes

— La difficile mesure de l’extinction

— Les mécanismes de l’extinction des espèces

— Le futur de la biodiversité

— Les causes profondes de la sixième extinction de masse

— La défense de la biodiversité

— Les actions de conservation ou de protection de la biodiversité

— Marchés, subventions et monétarisation de la biodiversité

— Quels enjeux de société

— Eviter ou limiter la sixième extinction : utopie ou réalisme ?

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I l y a un an, des représentant·e·s de l’Ecole autonome de Zurich prenaient part à une rencontre de plusieurs organisations,

groupes de base, ONG et mi li tant·e·s à Lam-pedusa. Cette rencontre permit de formu-ler collectivement et d’adopter la Charta di Lampedusa. Ce document critique l’actuelle politique migratoire, source d’inégalités et d’exploitation, de l’Union européenne (UE) et de pays comme la Suisse qui font de facto par-tie du régime migratoire européen. C’est une politique réactionnaire dans la crise du capi-talisme néolibéral, dans laquelle la seule di-mension universelle reconnue est l’argent, et qui vise la division et la désolidarisation entre les travailleuses et travailleurs migrants et les « indigènes ». Ce régime fait le tri entre les êtes humains qui ont le droit de se déplacer libre-ment et ceux à qui on le refuse. C’est la simple répartition entre citoyens/non-citoyens et Eu-ropéens/non- Européens, qui décide qui aura accès ou non aux biens communs de l’Etat et de la société. En fonction du statut du séjour et de catégories biopolitiques, on décide qui sera soumis à la répression policière et qui

pourra s’appuyer sur les droits fondamen-taux. La Charta di Lampedusa revendique une réorientation complète sur les plans éco-nomique, politique, juridique et culturel. Ce revirement commence par le développement d’une conception renouvelée, fondée sur la liberté et des perspectives d’avenir pour tous les humains, indépendamment de la nationa-lité et de l’origine.

Le projetLampedusaFestival

Le regroupement qui formula alors la Charta di Lampedusa est très lâche, mais les liens entre l’Ecole autonome et le « Collettivo Aska-vusa » existent toujours et se sont même res-serrés durant l’année passée. Ainsi, lors du 1er Mai 2014, Askavusa fit venir une partie de l’exposition PortoM à Zurich; la Kochareal fut le lieu d’échanges avec des mi grant·e·s et des ré fugié·e·s de l’Ecole autonome et de l’Espace pour l’autonomie et le « désapprendre » (Auto-

nome Schule und Raum für die Autonomie und das Ferlernen, RAF-ASZ). En automne 2014, un groupe d’activistes de Zurich prit part au Lam-pedusaFestival, un festival politique et du film, organisé par Askavusa et consacré au thème de la migration, qui se déroulait pour la sixième fois sur l’île. De retour, nous vint l’idée de présenter à Zurich une partie du Lampedusa-Festival, de poursuivre les discussions com-mencées, de renforcer les liens établis et de les inscrire dans le contexte local. Le projet LampedusaFestival – organisé par l’Ecole autonome Zurich, l’association connact et la Rote Fabrik – permet au public d’ici de voir les principaux moments du LampedusaInFes-tival, oppose différentes expressions artistiques au discours dominant sur l’exil et la migration, projette le film lauréat du festival ainsi que d’autres films de son programme et présente des initiatives auto-organisées par des mi-grant·e·s en Italie et en Suisse. Le programme du Festival Lampedusa à Zurich comprend quatre expositions, quatre projections de film (souvent en présence des principaux comé-diens ou du metteur en scène), quatre débats, un concert et une représentation théâtrale.

Lampedusan’est pas un destin inévitable

Nous sommes conscients qu’il s’agit d’une en-treprise risquée : ces dernières années, Lampe-dusa est devenu le lieu des projections les plus diverses, non seulement de la politique, mais aussi des médias, des organisations d’entraide et des droits humains, ainsi que de la culture. Lorsque l’on entend le mot Lampedusa, on l’as-socie immédiatement à des images ou des re-présentations souvent fortement marquées par notre propre impuissance, par une peur diffuse (ou une mauvaise conscience) et non pas par les réalités existentielles, les rêves et les pers-pectives de ces êtres humains que notre regard d’observateur extérieur distancié transforme en « victime en détresse ». Organisateurs et organi-satrices du Festival Lampedusa à Zurich, nous avons aussi ce regard extérieur, comme les visi-teurs et visiteuses des expositions et les par ti-cipant·e·s aux débats. Nous ne voulons et ne pouvons pas influencer ce qu’ils et elles feront de leurs impressions, ni la manière dont ce qui aura été vu ou entendu se traduira, sous sous quelle forme, dans leur engagement et leur tra-vail politiques. Mais nous restons malgré tout persuadés que des changements substantiels de la politique de migration en Europe sont nécessaires et qu’il faut pour cela un mouve-ment fort, capable de lier les résistances et les perspectives locales avec un réseau et des mo-bilisations internationales. Pour nous, il est important de rappeler que «Lampedusa» et ce que nous associons à ce nom n’est pas simplement l’inévitable «destin» de milliers de migrant·e·s, mais qu’il y a des responsabilités politiques derrière cela et que le tout s’insère dans un système de guerres, de surveillance, de patrouilles et de camps d’in-ternement étroitement imbriqués, qui a depuis longtemps pris pied sur le continent européen et en Suisse. 7

Barbara Müller et Raphael JakobLampedusaFestival(Titre et intertitres de la rédaction)

LE FESTIVAL« LAMPEDUSA » À ZURICH

En mouvement 11Suisse alémanique

Nous poursuivons ci-dessous la présentation de mouvements contestataires en Suisse, entamée dans notre dernier numéro, en donnant la parole à deux membres de l’Ecole autonome de Zurich, faisant partie des organisations du Festival « Lampedusa ».

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A l’origine, cette revendication de la sou-veraineté alimentaire a été formulée à l’occasion du Sommet mondial de

l’alimentation en 1996 par Via Campesina, qui coordonne au niveau international des organisations de petits et moyens paysans, de travailleurs agricoles, de femmes rurales et de communautés indigènes. La Marche mon-diale des femmes est alliée à ce mouvement. Comme Via Campesina, elle s’engage pour une redistribution des terres et des conditions de production égale entre femmes et hommes. La souveraineté alimentaire présente une solution de rechange aux politiques agricoles néo-libérales: elle donne la priorité à la pro-duction agricole locale pour nourrir la popu-lation, défend l’eau comme un bien public et le libre accès aux semences.

La souveraineté alimentaire pour transformer le rapport à la vie

Qu’elles soient paysannes ou non, les femmes sont intéressées au premier chef par le contrôle des conditions de travail, de production et de distribution des aliments ; la proximité est pour elles une garantie de stabilité et de qualité. Pou-voir connaître comment est produite la nourri-ture que nous consommons intéresse bien sûr tout le monde, mais la contribution des femmes à l’alimentation est majeure : de l’agriculture à la préparation des repas, dans les cantines, sco-laires ou autres, mais aussi dans les familles, ce sont principalement elles qui sont à l’œuvre. Le fait est bien connu : si l’on compte aussi bien le travail non rémunéré que le travail rému-néré, les femmes et les jeunes filles travaillent partout dans le monde nettement plus que les hommes. Dans les villes comme dans les cam-pagnes, elles sont souvent les premières levées et les dernières couchées.

Quand les femmes bougent, le monde bouge !

Comme le soulignait Miriam Nobre en 2007 dans un éditorial de Nyéléni qu’elle signait alors

comme coordinatrice du Secrétariat interna-tional de la MMF : « Parvenir à la souveraineté alimentaire implique non seulement de changer le modèle de production des aliments, mais aussi leur consommation. Cela veut dire prendre le temps de préparer le repas, de manger, de parta-ger, mais aussi d’avoir du temps […]. Ce change-ment ne peut pas se baser sur l’augmentation du travail des femmes. Pour avoir plus de temps, nous n’avons besoin ni de fast-food ni de conserves; nous avons besoin de politiques publiques soute-nant la reproduction, comme l’alimentation dans les écoles et les restaurants populaires et surtout… il faut répartir le travail équitablement entre tous et toutes ! » (Bulletin Nyéléni no 6 – « Femmes et souveraineté alimentaire », 2007). S’engager pour le principe de la souverai-neté alimentaire implique un autre rapport au temps, mais aussi un réel partage des tâches domestiques et éducatives entre femmes et hommes. C’est une base pour un autre monde. L’énergie nécessaire pour la mise en œuvre de ce droit fondamental – porteur d’espoir – se trouve et se puise dans la solidarité.

Les femmesse mobilisentaussi en Suisse

Elles s’engagent activement dans la récolte des signatures de l’initiative fédérale « Pour la souveraineté alimentaire », à la campagne comme à la ville. C’est l’occasion pour elles de lutter ensemble pour de meilleures conditions de vie et de travail, de parler de tout ce qui ne va pas, mais aussi de leurs espoirs. Les paysannes revendiquent comme toutes les autres femmes l’égalité avec les hommes. Ce droit constitutionnel, loin d’être réalisé dans le monde paysan, est d’autant plus important que le travail de la terre est devenu précaire et incertain. Des actions de sensibilisation et d’éduca-tion populaire sont organisées dans différentes régions de Suisse pour montrer l’importance du droit de disposer librement des semences locales et mettre en évidence les problèmes causés dans le monde entier par les multinatio-nales de l’agrobusiness. Conférences publiques, forums, films-débats ont lieu dans plusieurs villes et régions. A la demande de la MMF, les villes de La Chaux-de-Fonds et de Neuchâtel ont déjà mis à disposition des emplacements en plein centre pour y semer dès le 8 mars du blé et des fleurs des champs. D’autres villes et villages seront sollicités, et cha cun·e est invité à semer du blé dans un coin de jardin, sur son balcon... L’idée est de favoriser une prise de conscience générale sur l’importance de lut-ter pour sortir l’alimentation et l’agriculture de l’Organisation mondiale du commerce et des accords de libre-échange et de signer l’initia-tive d’Uniterre. Le but est de montrer que cette revendication de la souveraineté alimentaire, loin d’impliquer une vie de repli ou en autarcie, appelle de nouvelles solidarités entre les villes et les campagnes, entre les pays du Sud et du Nord, une nouvelle façon de penser et de vivre notre rapport au temps, à la nourriture et au monde, en rupture avec les logiques d’exploi-tation capitaliste et patriarcale. 7

Marianne Ebel

Féminin–masculin 12

FEMMES ET SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

UN NOUVEAU DROIT,POUR UN AUTRE MONDE !Des femmes luttent dans le monde entier pour que la souveraineté alimentaire soit reconnue et instaurée partout comme un droit fondamental. Dans le cadre de sa 4e action planétaire, La Marche mondiale des femmes en a fait un thème central dans plus de 60 pays, situés sur tous les continents.

Dans les villes comme dans les campagnes, les femmes sont souvent les premières levées et les dernières couchées.

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solidaritéS 26312 février 2015

«C ela fait maintenant plus de deux ans que les représen-tants patronaux au sein de

l’OIT, instance multilatérale tripar-tite chargée de garantir l’application d’un code international du travail, tentent d’affaiblir les régulations mondiales en matière de travail. Plus particulièrement, les em-ployeurs persistent dans leur refus de reconnaître que le droit de grève est protégé par la Convention nº 87 de l’OIT, dans les articles sur le droit d’organisation, et qu’il s’exerce par-tout dans le monde. Ils bloquent les travaux de la commission des normes de l’OIT, au détriment des attentes des travailleurs·euses de divers pays. Les représentants des travailleurs et travailleuses ont exigé que ce conflit soit renvoyé à la Cour inter-nationale de justice. Mais le Conseil d’administration de l’OIT du 14 no-vembre 2014 a suivi les employeurs et renvoyé la décision à la séance suivante qui aura lieu le 23 février à Genève. D’où l’importance de la mobilisation dans cette ville.

La grève : arme des travailleurs et travailleuses

La grève est un droit humain fonda-mental, acquis de dure lutte et ins-crit dans la constitution de 90 pays, y compris la Suisse depuis 1999. Ce droit est garanti par le Pacte inter-national relatif aux droits écono-miques, sociaux et culturels et par la Charte sociale européenne. La grève est plus qu’un droit hu-main individuel, c’est le droit collec-tif de lutter ensemble, de s’organiser jusqu’à arrêter le travail au niveau

d’un service, d’une entreprise, d’une branche ou d’un pays entier. C’est l’arme ultime des travail leurs·euses pour se révolter contre l’exploitation et l’oppression, imposer un rapport de force et obtenir gain de cause. Depuis les premiers combats pour la journée de huit heures, des salaires justes, des assurances sociales, des jours de repos hebdo-madaire, le droit aux vacances ainsi que l’absence de discrimination et d’exploitation au travail, le droit fondamental des tra vail leurs·euses de cesser le travail a permis le pro-grès social. Les syndicats et tra vail leurs·euses en Suisse et à Genève recourent ré-gulièrement à la grève. De la grève des TPG contre les licenciements à celle du personnel des services pu-blics contre les plans d’austérité, de l’Hôpital pour de meilleurs salaires à celle de Merck-Sérono contre la fermeture du site, aux journées d’ac-tions des travailleurs du bâtiment pour la retraite anticipée et contre le démantèlement des acquis de la convention collective à la grève des EDS de Partage, le recours à la grève a été et sera indispensable pour lut-ter contre la précarisation de l’em-ploi, les salaires de sous-enchère, la fermeture de sites, les baisses de salaire, les délocalisations d’entre-prise, le démantèlement des acquis conventionnels.

Les patrons fossoyeurs du droit de grève

Au sein de l’OIT, la Suisse s’est pro-noncée contre un recours immédiat devant la Cour Internationale de justice et préconise une médiation préalable. Ainsi il joue le jeu des employeurs qui depuis des années bloquent les travaux. La partie patronale de la délégation est conduite par M. Blaise Matthey, secrétaire général de la Fédération des entreprises romandes (FER). Cependant qu’en novembre 2014 la FER participait au concert mondial des attaques au droit de grève au sein de l’OIT, l’UAPG, Union des associa-tions patronales genevoise, se fendait d’une attaque d’une virulence sans précédent contre la grève du person-nel des TPG, taxée d’illicite, illégale, préventive et disproportionnée, ce alors que des emplois et des licencie-ments étaient en jeu. En ce jour de mobilisation inter-nationale pour le droit de grève, les syndicats adressent donc une lettre à M. Matthey, en lui rappelant qu’on ne peut pas à la fois prôner un discours de partenariat social et dynamiter ce partenariat en empêchant l’exercice des droits syndicaux fondamentaux, le premier d’entre eux étant le droit de grève. […] » 7

18 FÉVRIER 2015 

JOURNÉE MONDIALEPOUR LE DROIT DE GRÈVEDepuis que la crise et les plans d’austérité sont contestés par des mouvements syndicaux et sociaux partout dans le monde, les patrons s’en prennent au droit de grève. Une journée mondiale pour ce droit a donc été appelée par la Confédération syndicale internationale (CSI) et d’autres organisations syndicales internationales. En Suisse, trois rassemblements se tiendront à Genève, soutenus par l’USS et Travail.Suisse. Voici des extraits du tract d’appel des syndicats genevois(CGAS et Cartel intersyndical).

Monde du travail 13TOUR DU MONDE DES ATTAQUES AU DROIT DE GRÈVE

Le droit de grève est un droit humain protégé par la Convention nº 87 de l’OIT, par l’art. 6 de la Charte sociale européenne et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; toutefois des nombreux Etats violent systématiquement ce droit :

— Chine, Etats-Unis, Inde, Iran, Brésil sont parmi les grandes puissances économiques qui n’ont jamais signé la Convention nº 87 de l’OIT.

— En Afrique du Sud en 2012, une grève dans une mine de platine à Marikana a été sauvagement réprimée par la police, bilan : 34 morts, 78 blessées graves et 250 arrestations.

— En Espagne, le Code pénal continue à utiliser des procédures qui sont l’héritage de la dictature franquiste et qui limitent le droit à la grève; actuellement, plus de 260 grévistes sont objet de poursuites pénales ou administratives et risquent de 2 à 8 ans de prison.

— En Chine, l’organisation d’une grève est considérée de plus en plus comme un délit et des centaines de syndicalistes sont condamnés à la prison ; à ce propos, l’histoire de Wu Guijun reste exemplaire.

— En Allemagne, la grève est interdite dans les services publics (30 % des salariés).

— La Suisse est le seul pays d’Europe à n‘avoir pas ratifié la Charte Sociale européenne.

Informations sur les rassemblements : cgas.ch

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14GE

Rémy PAGANIAncien syndicaliste SSP & SIT, Maire de Genève en 2009–2010 et 2012–2013, ce conseiller admi-nistratif chargé des construc-tions et de l’aménagement se bat pour des logements bon marché et la défense de quar-tiers populaires. Exclu arbitrai-rement du Conseil des TPG pour s’être opposé aux hausses des tarifs, il a obtenu d’y revenir.

Vera FIGUREKPrésidente de la commission des finances du Municipal de la Ville et ancienne cheffe du groupe EAG et présidente du Municipal, cette enseignante est membre de la Société Pédagogique Genevoise (SPG). Syndiquée UNIA et SSP, elle est aussi membre du GSsA et d’Attac et co-responsable de la commission féminismeS de solidaritéS.

Maria PÉREZComédienne, conseillère munici-pale très engagée contre la privatisation du téléréseau 022 Télégenève/Naxoo et en défense des locataires de la Gérance immobilière municipale (GIM), elle est membre du Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT), du groupe femmes UNIA et de l’Association des habitant·e·s de la Jonction.

Olivier BAUDPrésident du Conseil municipal de la Ville de Genève, il a été membre de la Commission des Arts et de la Culture qu’il a pré-sidée. Enseignant spécialisé, ce syndicaliste a été président du Cartel intersyndical et pendant huit ans de la Société Pédago-gique Genevoise (SPG), il est aussi syndiqué SSP, membre de Pro Vélo, de l’AVIVO et d’Attac.

Brigitte STUDERCheffe du groupe EAG au Muni-cipal de la Ville de Genève où elle participe aux commissions sociale et de l’aménagement, cette psychologue FSP, militante féministe, est membre active de SURVAP – Association d’ha bi-tant·e·s des Pâquis, syndiquée au SIT, engagée aux Jardins de Cocagne, dans solidarité Nord-Sud et dans le Collectif Urgence Palestine…

Morten GISSELBAEKArchitecte indépendant, membre du conseil de la Fondation de la Ville de Genève pour le loge-ment social, il est porte-parole du Collectif 500, responsable de l’initiative pour l’extension souterraine de la Gare Cornavin et la préservation des Grottes. Membre de l’Association des ha bi tant·e·s de l’Ilôt 13 et de ContrAtom, il a été chef du groupe EAG au Municipal.

Stéfanie PREZIOSOHistorienne, spécialiste notamment des origines du fascisme, de l’antifascisme et de la résistance, professeure d’université, cette conseillère municipale (membre de la com-mission des Arts et de la Culture notamment) est rédactrice du bimensuel anticapitaliste et féministe solidaritéS et membre de l’Association pour l’étude de l’histoire du mouvement ouvrier.

Tobia SCHNEBLIArtisan fabricant d’hélices de bateau, secrétaire de l’Associa-tion des locataires de la zone industrielle des Charmilles (ALAAZIC), membre de l’associa-tion d’ha bi tant·e·s SURVAP, ce conseiller municipal (commis-sions des Arts et de la Culture et des Travaux) est membre des comités du Groupe pour une Suisse sans Armée et du Collectif Urgence Palestine.

Pablo CRUCHONCe travailleur social, militant et ancien secrétaire syndical au Syndicat des Services Publics (SSP/Vpod), est le nouveau et dynamique secrétaire cantonal de solidaritéS. Syndiqué à UNIA, il anime le comité « Touche pas à mes services publics ! » et il est membre d’ATTAC et de l’l’Associa-tion pour l’étude de l’histoire du mouvement ouvrier (AEHMO).

Ariane ARLOTTIArtiste et photographe engagée, diplômée de l’ESAV, cette conseil-lère municipale de 2007 à 2011, a créé « Destination Checkpoints », un travail en photos et vidéos réa-lisé en Palestine pour dénoncer le Mur de séparation et la manière dont les dispositifs de surveil-lance et de « sécurité » installés au cœur de la vie quotidienne influent sur les comportements en société.

Gloria CASTROAujourd’hui infirmière travaillant à l’Hôpital cantonal (HUG), cette ancienne syndicaliste étudiante, secrétaire de la CUAE (association d’é tu diant·e·s de l’Uni de Genève) a mené de front ses études en sciences sociales et un travail de conductrice de tramways TPG. Elle est syndiquée au SIT, ancien-nement au SEV.

Gazi SAHINAnimateur et gérant du Café Gavroche, lieu incontournable de convergence conviviale et de débats politiques et sociaux multiples à Genève, ce militant antiraciste et écosocialiste s’engage notamment sur le front de la solidarité internationaliste.

Ynés GERARDOAide-soignante, sociologue, militante du Syndicat interpro-fessionnel de travailleuses et tra-vailleurs (SIT), elle est engagée pour les droits humains de tous les migrant·e·s et la solidarité internationale, notamment avec l’Amérique latine et la Marche Mondiale des Femmes (MMF)

Alfredo CAMELOPsychologue FSP, anthropologue et artiste peintre, spécialisé en aide aux victimes et psychologie d’urgence, il est cofondateur de l’association Pluriels, qui anime un centre de consulta-tions ethnopsychologiques pour migrant·e·s. Internationaliste engagé, il est membre de la Commission internationale de solidarité

Bruno MONTEIROAncien employé du secteur ban-caire, il a mené des études en sciences et politiques sociales et a travaillé au Centre de Contact Suisses-Immigré·e·s. Engagé en matière de vie nocturne et de culture alternative, ce polyglotte représente et défend une Genève multiculturelle et ouverte.

LES 15 CANDIDAT·E·S DE SOLIDARITÉS AU CONSEIL MUNICIPALEN VILLE DE GENÈVEAPPELLENT À VOTER LA LISTE Nº 7« ENSEMBLE À GAUCHE »solidaritéS présente un groupe de 15 candidat·e·s – 7 femmes et 8 hommes engagés – sur la liste unitaire de la gauche combative pour laquelle ils appellent à voter et faire voter massivement le 19 avril prochain. Voter, avec eux-elles, pour Ensemble à Gauche (Liste 7), c’est renforcer une gauche combative, en lien avec les associations, syndicats et habitant·e·s, qui défend la justice sociale, la redistribution des richesses et l’égalité. Ensemble, nous pouvons construire une autre Ville: solidaire, conviviale, écologique, qui résiste à la marchandisation et aux politiques d’austérité de la droite et de l’extrême droite ! Pour le Conseil Administratif, votez la liste nº 5 avec notamment Rémy Pagani et Vera Figurek

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solidaritéS 26312 février 2015

15GE

C ette LPol réincorporait no-tamment des dispositions introduites en février 2013

dans la Loi sur la police existante, et qui avaient alors été attaquées, à juste titre, devant le Tribunal fédéral (TF) par des élu·e·s PS et Verts. Moins d’un mois après le vote de cette LPol au parlement, le TF tranchait d’ailleurs sans ambiguïté en faveur de ces re-cou rant·e·s et annulait des dispo-sitions relatives à l’« observation préventive » (art. 21a, al.2), aux « recherches secrètes » (art. 21b), ainsi qu’aux « enquêtes sous cou-verture » (art. 22) estimant que ces dispositions ne remplissaient pas les « exigences d’un Etat de droit » en matière de contrôle judiciaire, de droit de recours et d’information post hoc des per-sonnes concernées. Cet arrêt du TF jetait une lumière bienvenue sur l’esprit peu démocratique de la LPol et de la majorité qui l’a votée ; il apportait de l’eau au moulin des op po sant·e·s et représentait une raison de plus de pour voter NON le 8 mars prochain.

Errare humanum est,perseverare diabolicumLe scandale est en effet patent : des dispositions légales, annu-lées par le TF et donc immédia-tement supprimées de la loi ge-nevoise actuellement en vigueur, ont été réintroduites par la petite porte dans la nouvelle loi et de-vront, le cas échéant, faire l’objet d’un nouveau recours pour être annulées une deuxième fois! Re-naissant de leurs cendres sous la forme des articles 56, 57 et 58 de

la nouvelle LPol, ces dispositions, à elles seules, justifieraient de vo-ter NON à la loi pour sanctionner cette forfaiture. Mais le scandale va plus loin : dans la brochure de votation, en-voyée à chaque électeur et élec-trice, le Conseil d’Etat occulte vo-lontairement et de manière peu démocratique toute la problé-matique. Les autorités appellent donc sans sourciller le corps élec-toral genevois à voter OUI à des dispositions pourtant reconnues contraires à l’Etat de droit, sans piper mot de l’arrêt du TF à ce su-jet et des conséquences qu’elles entendent en tirer. Une démarche pour le moins malhonnête.

Des questions embarrassantes

Au-delà de la mauvaise foi, le fait de ne pas aborder cette question découle sans doute aussi d’un autre problème. En effet, tout débat sur ces articles appelle au moins trois questions plutôt gê-nantes pour les autorités :

— Comment et dans combien de cas ces articles illégaux ont-ils été utilisés dans la période allant de février 2013 à octobre 2014?

En effet, soit ces articles ne ser-vaient à rien et leur réintroduc-tion au forceps dans la LPol serait incompréhensible, soit ils répon-daient, et c’est le plus probable, à la volonté de donner une base « légale » – ou plutôt en l’espèce pseudo-légale ! – à des pratiques policières en cours…

— Quelles garanties avons-nous que le « matériel »

recueilli illégalement dans le cadre de la mise en œuvre ces articles n’ait pas été utilisé et soit détruit ?

En effet, pour que le jugement du TF déploie ses effets, encore faut-il que les autorités genevoises en tirent toutes les conséquences, ce qui ne paraît pas être le cas, et qu’elles rendent des comptes à ce sujet en toute transparence.

— Quelles garanties avons-nous, si ce « matériel » a été utilisé d’une manière ou d’une autre, qu’une réparation adéquate soit attribuée aux personnes victimes de ces abus et que les suites judiciaires éven-tuelles en découlant soient annulées ?

Ces interrogations seront posées par le soussigné sous forme de question écrite urgente au Conseil d’Etat lors de la pro-chaine session du parlement cantonal le 19 février. 7

Pierre Vanek

En septembre 2014, une majorité du Grand Conseil votait une Loi sur la police (LPol) mal ficelée, liberticide et antisyndicale, contre laquelle nous lancions un référendum, à l’appui du NON de gauche indispensable, pour renvoyer à l’expéditeur cette Lex Maudet bâclée et problématique.

LPOL

QUESTIONS SUR LA BOÎTEDE PANDORE DES ARTICLESILLÉGAUX DE LA LEX MAUDET

BRÈVES

MUNICIPALES ENCORE

L ors des élections du 19 avril, solidaritéS présente des

candidat·e·s dans plusieurs loca­lités. Outre nos 15 candidat·e·s en Ville de Genève présentés ci­contre, notre mouvement sera repré­senté par des candidat·e·s dans les communes de Vernier, Chêne­Bougeries et Lancy. Dans notre prochain numéro, nous présen­terons ces camarades qui portent notre combat dans les autres localités du canton. Merci à elles et à eux !

MOBILISATION ANTI-AUSTÉRITÉ RÉUSSIE

L a mobilisation – débutée en décembre, contre les mesures

d’austérité du Conseil d’Etat appuyé par une majorité de droite et d’extrême droite, attaquant de front les plus démuni·e·s et les tra­vailleurs et travailleuses du secteur public – avait une échéance impor­tante le 29 janvier dernier. A l’appel des syndicats, un jour de grève de la fonction publique a été prévu conjointement à une manif lancée par le comité « Touche pas à mes services publics ». Après plus d’un mois, la capacité des syndicats et du comité à mobiliser était au cœur des enjeux. Pari tenu! En effet, la grève a été bien suivie dans le secteur de l’enseignement avec une participation de 50 à 90 % suivant les lieux. La manif a réuni plus de 4000 personnes, un chiffre en aug­mentation par rapport à décembre. Ainsi, loin de faiblir, la mobilisa­tion s’intensifie, notamment avec l’ajout des revendications des collégien·ne·s, venus en nombre !

RÉFÉRENDUMS AVIVO DÉPOSÉS

A u moment de mettre sous presse, l’AVIVO était en voie

de déposer ses deux référendums contre des coupes antisociales en matière de subsides d’assurance maladie et de prestations com­plémentaires AVS/AI votées en décembre par le parlement. Cela grâce notamment à un effort volon­tariste de solidaritéS, qui a dépassé ses engagements dans la récolte des signatures. L’aboutissement de ces deux référendums est un premier succès dans la résistance que nous opposons aux politiques d’austérité impulsées par le Canton. Nous y reviendrons. 7 PC

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Pour la première fois depuis des années de restrictions, des licenciements économiques sont évoqués dans les services publics. Le personnel des TPG a montré la voie de la seule réponse syndicale possible.

N°7 DÉC. 2014

Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs sit-syndicat.ch

TPG : UNE GRÈVE ET UNE VICTOIRE HISTORIQUEAu terme d’une grève exemplaire menée par le personnel des TPG, SITinfo ouvre ses colonnes au pré-sident de section du SEV-TPG, Vincent Leggiero. 4

USS : UN CONGRÈS POUR PRESQUE RIENSans perspectives de lu�es fortes ni lancement d’initiatives, les conclusions du Congrès de l’USS laissent le SIT insatisfait. 6

DOSSIER CONSTRUCTIONLe secteur de la construction se porte bien, mais pas pour tous: à la sous-traitance abusive s’ajoute maintenant le recours massif au travail temporaire. 8-9

ACTION SYNDICALE PAYANTE DEVANT UN RESTAURANTLes employé-e-s du restaurant MasqueMenos ont réclamé plusieurs mois de salaire impayés à coup de mégaphone. Efficace. 11

PORTRAITEntretien avec Judith Perez, militante du SIT, aide-soignante et animatrice en gérontologie aux Hôpitaux Universitaires Genevois. 13

Conflit ○ Du jamais vu ! En vingt ans de coupes budgé-taires et de mesures « d’ef-ficience » dans les services publics et le secteur subven-tionné, jamais le mot « licen-ciement » n’a été prononcé. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Comment en est-on arri-vé-e-s là ? Quelles réponses syndicales apporter à cette situation inédite ? Derrière la dégradation des conditions de travail et les menaces

sur l’emploi du personnel des services publics, quelles sont les conséquences pour l’ensemble des salarié-e-s de ce�e politique d’austérité me-née par le Conseil d’Etat ?

LICENCIEMENTS INÉVITABLESA coup de 1% par-ci et 2% par-là durant des années, les mesures d’économies impo-sées aux services publics et para-publics ont fini par tou-

cher l’os de ces derniers. Les dépenses de l’Etat ont certes augmenté pour différentes raisons démographiques ou politiques, comme par exemple l’inutile et coûteuse recapitalisation des caisses de pension décidée par le Parlement fédéral. Mais les effectifs dans les services pu-blics et para-publics n’ont pas augmenté en correspondance de l’augmentation des be-soins de la population. Pour

chaque membre du person-nel, il a fallu apprendre à faire plus avec moins. La charge et les cadences de travail ont explosé, les horaires se sont flexibilisés, et la qualité des prestations en pâtit.

Aujourd’hui, « faire avec moins », c’est forcément faire moins de prestations, avec moins de personnel. Or, les mesures « d’efficience » ont

SERVICES PUBLICS

L’escalade

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© Eric Roset

Les syndicatsde Genève

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solidaritéS 26312 février 2015

16VD

P our rappel, il y a plusieurs mois déjà, le groupe par-lementaire La  Gauche

dénonçait par la voie d’une première interpellation la pose des écrans publicitaires dans les trois stations de la capitale vaudoise (Flon, Lausanne Gare et Riponne). Il était notamment question de dénoncer le bilan écologique négatif de ces écrans qui fonctionnaient 18 heures par jour de six heures du matin jusqu’à minuit. Derrière ce bilan écologique alarmant, il y avait lieu de critiquer l’aliénation des usagers et usagères devant une publicité qui pousse à consom-mer de manière constante. Voilà pourquoi le groupe La Gauche a décidé de dénoncer à nouveau la décision du conseil d’admi-nistration des TL, qui a habillé intégralement trois rames du métro M1 et trois autres rames du métro M2. Cette interpellation de la coa-lition La Gauche a permis de dé-battre plus généralement de la mar-chandisation de l’espace public avec une dénonciation de la publi-cité agressive et anti- écologique symptomatique de la société de consommation. Comme d’habi-tude, les partis de droite étaient les premiers à défendre ce matraquage publicitaire, arguant qu’il permet-trait de financer les services publics plutôt que de taxer le contribuable. Un argument hypocrite quand on

sait que ces mêmes partis bour-geois sont les premiers à mettre en place des baisses d’impôts mas-sives, comme la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III). On peut néanmoins saluer la position de la Municipalité qui s’était prononcée contre cette publicité intégrale dans les trans-ports publics, mais en vain, dans la mesure où elle ne représente qu’un tiers des voix au Conseil d’administration des TL. Pour-tant, ce timide refus concentré sur un aspect particulièrement criant de la marchandisation des services publics reste bien en deçà d’une opposition consé-quente à la publicité. De ce point de vue, la Municipalité rouge-verte de Grenoble, en France, a montré la voie en 2014, en an-nonçant le retrait de l’affichage publicitaire dans les espaces publics de la ville ; une position qui n’est pas celle des autorités lausannoises, soucieuses de mé-nager les profits des entreprises publicitaires. A plus court terme, espérons que la résolution votée par le Conseil communal, avec le soutien du groupe des Verts et des socialistes, permette de revenir à la charge contre cette extension toujours plus forte de la publicité dans la sphère publique. 7

Jorge Lemos

STOP À LAMARCHANDISATIONDE NOTREESPACE PUBLICDepuis le début de l’année 2015, les usagers et usagères du métro lausannois se retrouvent dans des rames habillées intégralement d’une publicité, du sol au plafond, en passant par les sièges. En réaction à cette extension toujours plus forte de la marchandisation de notre espace public, le groupe La Gauche (POP – solidaritéS) au Conseil communal de Lausanne a interpellé la Municipalité rose-verte lausannoise.

BÂTIMENT

LES EMPLOYEURS N’ONT PAS FROID AUX YEUXMalgré des températures glaciales, aggravées par la bise ces derniers jours, certains employeurs du bâtiment dans le canton de Vaud ont contraint leurs salariés à travailler en plein air, au mépris de leur sécurité et de leur santé.

S ur le chantier d’Implenia de la rue Haldimand à Yver-don, les rafales de vent ont

déclenché à plusieurs reprises les alarmes des grues, comme ont pu le constater des syndicalistes d’Unia. Pourtant, le chantier n’a pas été interrompu, et les travaux de bétonnages se sont poursuivis par – 5° C. Alors que, comme le souligne un grutier cité par le jour-nal 24 Heures, « conduire une grue avec des rafales entre 70  km/h et 90 km/h, comme vendredi, c’est très dangereux. La charge peut tomber sur les ouvriers situés au-dessous.» De même, le chantier d’Imple-nia dans le quartier lausannois de la Sallaz s’est poursuivi vendredi 6 février, par une température de – 6 °C, ou – 13° C en température res-sentie. Un ouvrier cité par le quoti-dien vaudois souligne que pour le découpage des fers à béton, il est obligatoire de travailler à mains nues : « Avec le froid, les crevasses saignent », ajoute-t-il. Des condi-tions de travail inadmissibles qui ne semblent pas préoccuper la direction d’Implenia : un employé de ce chantier a même été licen-cié, selon ce journal, parce qu’il demandait un arrêt de travail en raison des températures glaciales.

La direction d’Implenia affiche une seule obsession : ne pas prendre de retard dans les travaux qui lui sont confiés, afin d’éviter de payer des pénalités à ses clients, quitte pour cela à faire travailler ses employés par tous les temps. De manière plus générale, cet épisode met en lumière les lacunes béantes de la Convention collective de travail, à la veille de sa renégociation le mois prochain. Dans ce cadre, le syndicat Unia de-mande que les critères permettant d’interrompre un chantier y soient précisés, comme c’est le cas dans d’autres pays, par exemple l’Autriche. Une demande refusée par la Fédé-ration vaudoise des entrepreneurs, qui place sa confiance dans le « bon sens » des chefs de chantier. Le syn-dicat propose aussi la création d’un « fonds intempéries » pour couvrir les deux jours de carence à la charge des employeurs, avant que n’inter-vienne l’assurance-intempéries. Ce fonds devrait aussi couvrir les 20 % de salaire non indemnisés. Le syn-dicat demande enfin que les procé-dures d’adjudication prévoient des jours chômés pour mauvais temps, permettant de repousser d’autant les délais à respecter. 7

Hadrien Buclin

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L es récentes décisions des autorités cantonales et de la direction d’Hôpital neuchâ-

telois confinent à la provocation et ont un avant-goût de fermeture de l’hôpital chaux-de-fonnier. Violer ouvertement le résultat d’un vote populaire datant d’un peu plus d’une année dénote un état d’esprit assez particulier. Défilant d’Espacité à la place de la Gare, les manifestants expri-maient une réalité que le Conseil d’Etat ne pourra pas éternellement contourner. Les villes du haut du canton ne veulent pas être relé-guées en 2e ligue. Organisée par Le Haut veut vivre, cette manifestation regroupait tout ce que la région

compte comme partis, associations et autorités. Parmi les slogans, on pouvait lire « On veut garder l’hôpi-tal », « Respectons la démocratie » « je suis 63,2 % » (en référence au vote cantonal de novembre 2013 sur la répartition équitable des presta-tions hospitalières). Par ailleurs, le collectif Le Haut veut vivre a lancé une initiative populaire intitulée « Pour une maternité dans Les Montagnes neuchâteloises » (il n’existe plus qu’une seule maternité à l’hôpi-tal Pourtalès, de Neuchâtel). soli-daritéS, présent à cette manifes-tation, soutient cette initiative, dont le texte se trouve sur le site lehautveutvivre.ch. 7 HPR

I ls pointent le taux d’aide sociale élevé dans le canton et le coût de la santé pour dire qu’il faut

agir et vite, mais se gardent bien d’interroger le lien entre le coût de la santé et le nombre de personnes relevant de l’aide sociale. Ils pro-duisent des comparaisons intercan-tonales sur les subventions qui ne veulent rien dire, puisqu’ils passent comme chat sur braise sur le fait que le canton a beaucoup externali-sé, notamment toute la santé. Dans les subventions qui « coûtent », le rapport cite l’Université. On avait déjà entendu il y a quelques années des voix venant de la CNCI appelant carrément à supprimer l’alma ma-ter. Est-ce un retour de ce thème ? Autre proposition : « cesser les querelles partisanes et régionales », laissez-nous rire ! Dans le social, il est proposé d’imposer des mesures d’occupation à certaines personnes. Un thème à la mode, mais ici on ou-blie sciemment que cela coûte cher en infrastructures et encadrement et n’a aucun effet sur le taux d’aide

sociale. Du nouveau quand même : « des incitations motivantes aux assistants sociaux qui parviennent à réduire le nombre de cas ». C’est pousser les assistants sociaux à vouloir s’approprier les dossiers des personnes qui retrouveront plus facilement du travail, au détriment des autres. Avec une guerre entre les assistants sociaux et les services, on sera bien avancé. Pas un mot bien sûr sur le marché de l’emploi qui ne veut plus de toutes ces personnes à l’aide sociale. Aucune réponse, et surtout rien qui irait dans le sens d’une ré-duction de la charge de travail des assistants sociaux pour leur per-mettre de consacrer plus de temps aux personnes dont ils s’occupent. Quant à la conclusion du rapport, elle est simplement navrante : pour-suivre la baisse des impôts des entre-prises et des fortunés. La CNCI fait pression pour réduire la dimension sociale de l’Etat et promouvoir les inégalités. Est-ce là son seul but ? 7

Henri Vuilliomenet

LA CNCI,UN LOBBY PATRONALQUI BRASSE DU VENT

17NE

La Une et une pleine page dans l’Express/Impartial dédiée à la chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie (CNCI), à la suite d’une étude sur le canton et ses dépenses qu’elle a commanditée à la société d’audit PwC. PwC, qui vient d’être accusée par la cour des comptes britanniques d’avoir mis en place « la promotion de l’évasion fiscale à échelle industrielle », produit un rapport qui ne nous apprend rien de nouveau, mais vraiment rien. Qui se ressemble s’assemble.

P our le patronat, ce serait finalement aux salarié·e·s d’éponger la facture d’un franc suisse trop lourd par rapport à l’euro.

Deux exemples loclois récents: — Cloos Electronics (venu en 1986) a licen-

cié ses 55 employé·e·s pour fin février et les réembauchera à de nouvelles conditions : « On nous a parlé d’une hausse […] de quatre heures par semaine accompagnée d’une

baisse de salaire de 12 % » ou « Une hausse du temps de travail de 5 %, soit 20 minutes de plus par jour et une baisse de salaire de 5 % » (L’Impartial, 3.2.2015).

— Weckerle Cosmetics (venu en 1998) entend imposer à ses 70 employé·e·s (temporaires ou fixes) des réductions de salaire pouvant aller jusqu’à 20 % (L’Evénement syndical, 6/4.2.2015).

Ces entreprises, attirées par la promotion éco-nomique (signalant « des conditions salariales extrêmement favorables »… pour le patronat), n’ont pas signé de convention collective. Ainsi, une employée de Weckerle indiquait son sa-laire : 3450 francs bruts par mois. Un montant inférieur au salaire minimum prévu dans le can-ton : 3640 francs. Mais celui-ci fait l’objet d’un recours, avec effet suspensif, déposé au Tribunal fédéral par le député PLR Philippe Bauer… Laisser s’installer la dictature patronale, c’est tous les salarié·e·s qui en seront victimes. Résis-tance. 7

Hans-Peter Renk

LA CHAUX-DE-FONDS

4000 PERSONNES CONTRE LA POLITIQUE DU CONSEIL D’ÉTAT

LE LOCLE

BAISSES DE SALAIRES PROGRAMMÉES

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« C’est ici un théâtre, un théâtre ouvert, un théâtre engagé sur les questions du monde. Alors si ceux qui font ce théâtre s’insurgent, c’est que le lien manque brusquement entre ce qui est défendu et ce qui se passe concrètement.»

C’ est ainsi que les ré si dent·e·s du Théâtre de Saint-Ger-vais – ceux et celles que

Philippe Macasdar, directeur de cette institution depuis vingt ans, nomme « ses ambassadeurs » – dé-nonçaient en septembre dernier la perte de sens d’un haut lieu de la culture démocratique et participa-tive à Genève. Les résident·e·s met-taient alors le doigt sur les enjeux liés à la politique culturelle de la direction du Théâtre. Car si la question est syndicale (licenciements abusifs, avertisse-ments, démissions, harcèlement du personnel), elle est aussi partie prenante de la politique culturelle. Parce qu’on ne peut pas séparer la sphère des créateurs et créatrices de celles des collaborateurs et col-laboratrices, des salarié·e·s, qui payent de leur personne chaque jour pour que les spectacles aient lieu, en particulier dans cet es-pace-là. Sauf à dire, bien enten-du, comme le laissait entendre Philippe Macasdar, que le monde du spectacle est un « terrain parti-culier », à part, en quelque sorte… (Le Courrier, 3.09.2014.)

« Ici on travaille ! »

Le 3 février dernier, le syndicat SSP convoquait une conférence de presse, à la suite du licencie-ment, le 28 janvier, d’Ignacio Llu-sia, représentant de la commis-sion du personnel. Arianne Bailat, secrétaire SSP, y soulignait un bi-lan humain catastrophique : pour un effectif de 16 personnes, 3 ont été licenciées, dont 2 membres de la commission du personnel ; 9 avertissements ont été pronon-cés, et 7 démissions présentées en deux ans. Depuis décembre 2013, la commission du personnel, alors nouvellement élue, n’a eu

de cesse de dénoncer la dégrada-tion des conditions de travail et la gestion pour le moins brutale et autoritaire de Bernard Moreau, administrateur nommé en sep-tembre 2012. Or, selon Philippe Macasdar, il ne s’agirait là que de l’effet d’une incompréhension des salarié·e·s de Saint-Gervais de méthodes venues de « grandes institutions françaises » (Le Temps, 3.09.2014), un choc des civilisa-tions, pour ainsi dire. Et c’est toujours sur le ter-rain de la « culture », en guise de réponse au personnel que, le 5 février, Macasdar et Moreau com-mettaient un papillon aux relents patronaux d’un autre âge portant le sous-titre : « Ici on travaille ! ». Et la direction du Théâtre de dénon-cer une fois de plus ceux-celles qui n’auraient « pas saisi les enjeux d’un exercice exigeant et stimulant de nos métiers » en opposant une « action syndicale pour le moins virulente » à « la satisfaction du public », selon une méthode en vogue pour diviser les usagers, les usagères et les salarié·e·s. Com-ment pourrait-on mieux affirmer une conception administrative de la production culturelle, vidée ainsi de sa substance sociale ? C’est pourtant cette direction qui bénéficie (encore) du soutien actif du Conseil de fondation « Saint Gervais Le Théâtre », présidé par la libérale-radicale Renate Cor-nu, ainsi que de l’appui passif de Sami Kanaan, maire socialiste de la ville de Genève en charge de la culture. Interpellé depuis des mois, ce dernier n’a en effet rien entrepris ou presque pour venir en aide à celles et ceux qui font vivre au quotidien cette institu-tion pourtant subventionnée par les contribuables. Gageons que la vieille « Maison des Jeunes et de la Culture » de la rue du Temple, dont les murs ré-sonnent encore des cris de colère et des rires de celles et ceux qui en ont fait, depuis son inauguration, l’un des hauts lieux de la création populaire à Genève, n’a pas dit encore son dernier mot! Il est vrai que cela dépend surtout de nous, les vrais amis de Saint-Gervais. 7

Stefanie Prezioso

DERRIÈRE L’ÉTENDARDCULTUREL « CRITIQUE », LA MESQUINERIEAU QUOTIDIEN

Culture 18

HARCÈLEMENT ET RELATIONS DE TRAVAIL DÉLÉTÈRES

LE BILAN HUMAINEST CATASTROPHIQUEAU THÉÂTREDE SAINT-GERVAISLes autorités genevoises ne peuvent pas rester plus longtemps indifférentes aux conflits incessants que provoque la direction de Saint-Gervais, théâtre qui dépend de ses subventions.

L e Théâtre Saint-Gervais est l’héritier d’une tradition de création critique et de culture

populaire. Philippe Macasdar, son directeur depuis 20 ans, déclare fiè-rement que « l’institution a toujours manifesté l’ambition de défendre les droits des minorités et de combattre l’inégalité sociale et l’injustice, notamment en donnant la parole aux op pri mé·e·s politiques et aux victimes des droits sociaux.» Toutes valeurs qu’un public humaniste reconnaît comme siennes.

Les coulisses

Cette affirmation publique ignore les coulisses du théâtre, des condi-tions de travail qui trop souvent doivent retenir l’attention du syn-dicat. Saint- Gervais, c’est aussi sa poignée de collaboratrices et de collaborateurs qui s’engagent dans ce théâtre parce que les valeurs de sa programmation, les émotions de son public, sont les leurs. Et qui subissent trop souvent une mal-veillance digne d’un patron voyou : plus de vingt démissions en une douzaine d’années, de nombreuses maladies de longue durée et six licenciements récemment, ça fait beaucoup.

The show must not go on ! L’absence de reconnaissance du travail des collaboratrices et des collaborateurs, le mépris de leurs attentes et de leurs demandes, dû-ment et clairement formulées; la souffrance au travail engendrée par

une gestion du personnel brutale et perverse, tout cela doit prendre fin maintenant. Le harcèlement, puis le licen-ciement ou la démission de colla-boratrices ou de collaborateurs qui gênent. Et pourquoi gênaient-ils, gênaient-elles ? Tout cela n’a que trop duré. A n e c d o t e c o n c l u s i v e : e n cours d’audience au Tribunal des prud’hommes, une collaboratrice licenciée abusivement suite au référendum contre la liquidation du Centre pour l’image contempo-raine, membre de la commission du personnel et syndicale, dénonçait la souffrance subie. Moquerie de l’avocate de Saint–Gervais « De quoi vous plaignez-vous ? Il y en a qui se pendent ! » 7

Aldjia MoulaïSyndiquée SSP

Un contraste flagrant entre le discours et la pratique (affiche du Théâtre de 2011).

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TÉLÉVISION

MARDI 17 FÉVRIER 20 H 50 · ARTE

CLASSE MOYENNE, DES VIES SUR LE FILLe quotidien de quatre familles de la petite classe moyenne, ébranlées par la crise et confrontées à la peur du déclassement social. En trois volets, un regard profondément hu-main sur ces vies précarisées. En France, dix millions de per-sonnes forment la petite classe

moyenne, oubliée des statistiques et ignorée des politiques. En équilibre instable sur un fil, compte tenu de leurs faibles revenus (à peine au-dessus du seuil de pauvreté, soit 1200 euros pour une personne seule et 2600 pour une famille avec deux enfants), ces hommes et ces femmes se démènent pour ne pas sombrer dans la misère. Frappés de plein fouet par la crise, ils ont vu leur ni-veau de vie se dégrader.

23 H 35 : FRONTALIERS, ENTRE DEUX EAUXAlors que la Suisse durcit sa position sur l’immigration, ce documentaire, sujet du Temps présent du 6 février dernier, nous dépeint le quotidien d’une dizaine de frontaliers fran-çais qui traversent chaque jour le lac Léman pour travailler en Suisse. Comment sont-ils perçus en Suisse ? Surtout que depuis le 9 février 2014, date de la votation en faveur de l’ini-tiative « Contre l’immigration de masse » de l’UDC, ces travailleurs ont conscience qu’ils ne sont plus vrai-ment les bienvenus. Et en France, où ils attisent souvent la jalousie ?

JEUDI 19 FÉVRIER 20 H 10 · RTS UNTemps présent

15 ANS, SANS FAMILLE, CHERCHE REFUGE EN SUISSEReportage de Jérôme Frittel et Stéphane VilleneuveEn 2014, près de 800 mineurs non accompagnés ont demandé l’asile en Suisse. En tant que migrants, mineurs et sans parents, ils sont triplement vulnérables et sont en principe protégés par la Conven-tion internationale des droits de l’enfant. Mais en Suisse, des cantons les laissent végéter, avec à peine de quoi se nourrir convenablement, en attendant leur possible renvoi. La Suisse, berceau du droit huma-nitaire, ferme les yeux. En Suisse, les demandeurs d’asile mineurs non accompagnés sont répartis dans les cantons par la Confédération, sans qu’il ne soit tenu compte des infrastructures sur place. Certaines situations sont cho-quantes. Ainsi Haben, 15 ans, a été placé dans un centre pour adultes près d’Aarau, avec une cinquantaine d’autres mineurs. Pour ne pas dé-penser son maigre argent de poche, le jeune Erythréen passe sa journée

au lit et ne mange que des pâtes. Dans le canton de Vaud, du Valais ou de Zurich, il en va tout autrement. Jabbar, 16 ans, originaire d’Afghanistan, vit au foyer protégé pour mineurs non accompagnés de Malley (VD), où il est entouré d’une équipe éducative.  Avec les 45 autres pensionnaires, il peut se concentrer sur l’école et le sport, en attendant une réponse de Berne à sa demande d’asile. La Confédération de son côté assure que tous les cantons res-pectent la Convention des droits de l’enfant. Or l’enquête de Temps Pré-sent démontre que la Suisse, ber-ceau du droit humanitaire, ferme les yeux sur des situations qu’elle dénoncerait ailleurs. 7

TANIA ANGELOFF ET MARYLENE LIEBERCHINOISES AU XXIe SIECLE :RUPTURES ET CONTINUITÉSParis, La Découverte, 2014

Comment vivent les femmes chinoises au-jourd’hui ? Quel est leur statut et quelles places occupent-elles dans la Chine contemporaine ? En quoi les bouleversements économiques et sociaux depuis les années 1980 ont-ils modi-fié leurs situations et leur accès aux droits ? Observe- t- on des mutations dans leurs rapports à la famille, à l’éducation, au travail et à l’emploi ou encore à la sexualité ? Comment sont-elles représentées au cinéma ? Autant de questions auxquelles cet ouvrage collectif, résolument pluridisciplinaire, entend répondre. Anthropologues, démographes, his-toriens, sociologues et politistes réfléchissent aux mutations que connaît la société chinoise contemporaine, en centrant leur analyse sur les rapports de genre. Au-delà des situations contrastées des femmes chinoises, ce sont les rapports entre les hommes et les femmes et leurs représentations qui sont mis en exergue. En faisant se succéder chapitres de synthèse et

enquêtes de terrain, cet ouvrage donne à voir la réalité foisonnante, hétérogène et nuancée, des rapports sociaux contemporains en Chine.

COMITE INVISIBLEA NOS AMIS

Paris, La Fabrique, 2014

L’insurrection qui vient, le premier ouvrage du Co-mité invisible, situé probablement en France « du côté de ceux qui s’organisent », avait été un suc-cès international en 2007. Curieusement, on ne parle presque pas de ce nouveau livre, pourtant très intéressant : « Les insurrections, finalement, sont venues. A un rythme tel et dans tant de pays, depuis 2008, que c’est tout l’édifice de ce monde qui semble, fragment suivant fragment, se désin-tégrer ». Les Amis de la subversion se trouvent partout et racontent ce qu’ils vivent : à Athènes, à Madrid, à Oaxaca, au Caire, à Londres, devant Wall Street, etc., parmi les Indignés, les insurgés, les révoltés qui occupent les rues et les places au cœur des villes, du monde. Pas encore vraiment révolutionnaires… « La révolution semble par-tout s’étrangler au stade de l’émeute [...] Ce livre est une contribution à son élaboration. A cette fin, ce texte paraît simultanément en huit langues sur quatre continents. Si nous sommes partout, si nous sommes légions, il nous faut désormais nous orga-niser mondialement ». La rédaction reviendra sur cet ouvrage. MB

ANDRE JUFERQUAND LES DESHERITES SOUFFRENT,

LES MULTINATIONALES DANSENTLausanne, Editions de l’Aire, 2014

Combattant pour la justice dans ses paroisses et auprès des requérant·e·s d’asile, le pasteur

vaudois André Jufer analyse les origines des crises économiques en passant au crible les révoltes paysannes anciennes et contempo-raines, la traite négrière, la naissance des multi-nationales et la puissance maléfique des lobbys. Il y a mis son cœur et ses tripes. Raison pour laquelle, en le lisant, on entend en sourdine le blues d’un Noir américain dont les ancêtres avaient fait la terrible traversée de l’Atlantique, le chant des récolteuses de coton et peut-être le cri de rage de certains agriculteurs européens à qui la mondialisation a enlevé la dignité et le sens de la vie.

NICOLE-CLAUDE MATHIEUL’ANATOMIE POLITIQUE 2

Collection « Le genre du monde »Paris, La Dispute, 2014

Nicole-Claude Mathieu (1937–2014) est l’une des théoriciennes les plus importantes du fémi-nisme français. Ses travaux d’anthropologie ont contribué à fonder et continuent aujourd’hui d’irriguer les théories du genre et des rapports sociaux de sexe. L’Anatomie politique 2. Usage, déréliction et résilience des femmes constitue le prolonge-ment du classique qu’est devenu L’Anatomie politique. Catégorisations et idéologies du sexe, réédité en 2013. Ce recueil avait fait connaître à l’échelle internationale les travaux de Nicole-Claude Mathieu qui, dès 1971, faisait sortir les catégories de sexe du naturalisme et, quelques années plus tard, cofondait la revue Questions féministes. 7

Tiré et adapté des présentations des éditeurs, sauf mention contraire

A voir 19A lire

LIVRES EN

LUT TETOUR D’HORIZON

DE L’ÉDITION ALTERNATIVE

RTS

RTS

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solidaritéS 26312 février 2015

ZÜRICH DU 12 AU 15 FÉVRIERLAMPEDUSA FESTIVALExpositions, concerts, projections, ateliers, discussions et théâtre politique. Voir p.11Rote Fabrik & ClubraumOrg.: Autonome Schule Zurich, Connact, Rote Fabrik

LAUSANNE SAMEDI 14 FÉVRIERJOURNÉES DES ALTERNATIVES URBAINESImaginer et expérimenter la ville partagée : place à l’imagination13 h—18 h Pôle Sud 3 avenue J.-J. MercierPlus d’infos : alternativesurbaines.ch

ROCHEFORT (NE) SAMEDI 14 FÉVRIERINAUGURATION DE L’INFOKIOSK DE LA PRISELecture, performances et concerts avec Christophe Siébert, écrivain-performer et le groupe de rock suédois Double TroubleDès 17 h La Prise Imer

GENÈVE MARDI 17 FÉVRIERTUNISIE : 2 ANS APRÈS L’ASSASSINAT DU MARTYR CHOKRI BELAÏD: ÉTAT DES LIEUXConférence-débat avec M. Mondher Kilani (prof. à l’université de Lausanne) et Mohamed Ben Henda (Président de l’ATTS)19 h 30 Maison des associations 15 rue des SavoisesOrg.: ATTS

NEUCHÂTEL JEUDI 19 FÉVRIERANTHROPO’CAFÉS : AU-DELÀ DE L’ART, QUEL ENGAGEMENT ?Avec C. Gaillard, conteuse, V. L’Épée, dessinateur et F. Fischer, artiste- plasticien18 h salon du Béeu Café 27 faubourg du Lac

GENÈVE JEUDI 19 FÉVRIERLE SOULÈVEMENT DU PEUPLE SYRIEN, UNE RÉSISTANCE HÉROÏQUE ABANDONNÉE PAR LE MONDEConférence avec Mariah Al Abdeh, Shiar Nayo, Tareq Ibrahim et Joseph Daher19 h Maison des associations salle Carson

NEUCHÂTEL MARDI 24 FÉVRIERWATCH THE MED : UNE ORGANISATION DE SOUTIEN AUX MIGRANTS DE LA MÉDITERRANÉEConférence-discussion19 h Le Garage 4 rue de l’ÉgliseOrg.: ACAP

LAUSANNE MARDI 24 FÉVRIERASSEMBLÉEE GÉNÉRALE DU COLLECTIF CONTRE LA SPÉCULATION SUR LES MATIÈRES PREMIÈRESPour préparer le Forum du samedi 18 avril et la manifestation de rue du mardi 21 avril20 h Dickens6 4 av. Charles-Dickens

BERNE JEUDI 26 FÉVRIERNOUVELLES CONJONCTURES DU RACISMEConférence avec Manuela Bojadzijev et Serhat Karakayali (HU Berlin). Ces conférences visent à préparer le Congrès national de Kritnet (26–29 mars)18 h 15 Université de Berne Unitobler Plus d’infos : kritnet.ch et kritnet.org

ZÜRICH SAMEDI 28 FÉVRIERMANIFESTATION « BUNT STATT BRAUN ! »14 h HelvetiaplatzOrg.: Juso Zürichrevmob.ch

LAUSANNE SAMEDI 7 MARSTRACES SUR LE NETCycle de conférences sur les données personnelles avec C. Jeanneret, fondateur du siteethack.org 14 h – 16 h Pôle Sud 3 av. J.-J. Mercier263

ABONNEZ-VOUS !JE SOUSCRIS À L’ABONNEMENT SUIVANT :❏ Annuel (80 fr.)❏ Etudiant·e·s, Chômeurs·euses, AVS, AI (40 fr.)❏ Soutien (150 fr.)❏ 3 mois à l’essai (gratuit !)

NomPrénomRueNºNPALocalitéE-mail *

Téléphone ** facultatif

À RENVOYER À :solidaritéSCP 2089 · CH–1211 GENÈVE 2Vous pouvez aussi vous abonner sur internet : solidarites.ch/journal/abonnements.html 

Agenda 20

SAMEDI 7 MARS 13 H 30

MANIFESTATION NATIONALE DES FEMMES

NON À LA RETRAITEÀ 65 ANS,

OUI À L’ÉGALITÉ SALARIALE !

BERNE SCHÜTZENMATTE

LAUSANNE SAMEDI 14 FÉVRIERSOIRÉE DE SOUTIEN AU MILITANT ANTIFASCISTE UKRAINIEN ALEXANDER KOLCHENKO EMPRISONNÉBouffe, boissons, concerts, DJs20 h Espace Autogéré 34 César-Roux

LAUSANNE SAMEDI 21 FÉVRIER2e SESSION DU CYCLE NATIONAL DE FORMATION DE SOLIDARITÉS1 LUTTE DES CLASSES : PROLÉTARIAT,

MOUVEMENT OUVRIER ET RÉVOLUTION SOCIALISTE avec P.-Y. Oppikofer, syndicaliste SSP et membre de solidaritéS

2 LUTTE CONTRE LE PATRIARCAT : RAPPORTS SOCIAUX DE SEXE ET HISTOIRE DE L’OPPRESSION DES FEMMES avec C. Larzilières, membre d’Ensemble au sein du FDG

13 h—17 h Maison de quartier Sous-gare50 avenue Edouard-Dapples

GENÈVE MERCREDI 25 FÉVRIERACTION DIRECTEET DÉFENSE DES CONDITIONS DE TRAVAIL HIER ET AUJOURD’HUIRencontre-débat organisée par le Collège du travail pour la parution du livre d’Alexandre Elsig, LA LIGUE D’ACTION DU BÂTIMENT L’anarchisme à la conquête des chantiers genevois dans l’entre-deux-guerres. Avec :Manuela Cattani, secrétaire générale

du Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT), présidente de la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) ;

Vincent Leggiero, président de la section TPG du Syndicat du personnel des transports (SEV-TPG) ;

Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia, vice-président de la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) ;

Modérateur : Michel Schweri19 h 30 – 21 h 30 Université Ouvrière de Genève (UOG) 3 place des Grottes