Je me souviens ».

  • Published on
    05-Jan-2017

  • View
    218

  • Download
    2

Embed Size (px)

Transcript

  • Squence propose par Claire Bosc et Delphine Delansay

    Sance 1 : SOUVIENS-TOI / MEMENTO

    I. Activit dcriture:

    Proposez une suite cette formule Je me souviens . Votre production nexcdera pas 6 lignes.

    II. Je me souviens ou les souvenirs denfance en images

    Supports : extraits de films publicitaires

    https://www.youtube.com/watch?v=b2qTla3vccY Souvenirs denfance Mac Donald www.youtube.com/watch?v=29uLQZLGJhQ Souvenir denfance Bonne maman

    III. Exercices sur le vocabulaire

    Support : Article Histoire de mot dAnne Szulmajster-Celnikier, extrait de La Mmoire de Christian Derouesn et Antoine Spire, 2002.

    1. Faites une liste de tous les mots qui se rapportent Je me souviens .

    2. Souvenir nest autre que subvenire, savoir, sub mentem venire venir lesprit . : quels sont

    les apports de cette tymologie ?

    3. A partir des expressions ou citations suivantes, identifiez les diffrents lieux de la mmoire :

    a. jai ce souffle fort sur le cur Molire b. laffront que loffenseur oublie en insens

    Vit et toujours remue au cur de loffens Hugo

    c. ce mot mest rest sur le cur d. je sais mon texte par cur

    e. a mest sorti de la tte f. enfonce toi a dans le crne

    4. Comparez les constructions suivantes :

    Je me rappelle / je me souviens

    - Te souvient- il de notre extase ancienne ? - Pourquoi voulez-vous donc quil men souvienne ? Verlaine

    5. Proposez des antonymes au mot mmoire.

    6. Dfinissez les trois mots suivants les uns par rapport aux autres : a. Mmoire

    b. Souvenir c. Rminiscence

    7. Dfinissez : a. Un mmoire

    b. Une mmoire c. Des mmoires

    https://www.youtube.com/watch?v=b2qTla3vccYhttp://www.youtube.com/watch?v=29uLQZLGJhQ

  • Squence propose par Claire Bosc et Delphine Delansay

    Sance 1 bis : JE ME SOUVIENS Vers la problmatique

    "Je me souviens" de Georges PEREC, en 1988 au Festival dAvignon, interprt par Sami FREY,

    seul en scne sur une bicyclette. https://www.youtube.com/watch?v=8vl5y54b3iU (7,24 8,54)

    Je me souviens Georges Perec, 1978 (extrait)

    Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue franaise, 1993.

    Document 2 : Georges Perec, Je me souviens, 1978

    35

    Je me souviens du match Cerdan-Dauthuille.

    36

    Je me souviens que la ville dAlger stend entre la pointe Pescade et le cap Matifou.

    37

    Je me souviens qu la fin de la guerre, mon cousin Henri et moi marquions lavance des armes

    allies avec des petits drapeaux portant le nom des gnraux commandant des armes ou des corps

    darmes. Jai oubli le nom de presque tous ces gnraux (Bradley, Patton, Joukov, etc.) mais je me

    souviens du nom du gnral de Larminat.

    38

    Je me souviens que Michel Legrand fit ses dbuts sous le nom de Big Mike .

    39

    Je me souviens quun coureur de 400m fut surpris en train de voler dans les vestiaires dun stade (et

    que, pour viter la prison, il fut oblig de sengager en Indochine).

    40

    Je me souviens du jour o le Japon capitula.

    41

    Je me souviens dun morceau dEarl Bostic qui sappelait Flamingo.

    42

    Je me souviens que je me demandais si lacteur amricain William Bendix tait le fils des machines

    laver.

    43

    Je me souviens de lAdagio dAlbinoni.

    44

    Je me souviens de lmission de Jean Lec : Le Grenier de Montmartre.

    45

    Je me souviens du contentement que jprouvais quand, ayant faire une version latine, je

    rencontrais dans le Gaffiot une phrase toute traduite.

    Question : A quels domaines se rattache chaque souvenir ?

    https://www.youtube.com/watch?v=8vl5y54b3iU

  • Squence propose par Claire Bosc et Delphine Delansay

    Document 3 : Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue franaise, 1993.

    (se) souvenir :

    Verbe intransitif et pronominal. Rfection de lancien franais suvenir (1080), sovenir (1130) issu

    du latin classique suvenire : venir en aide, remdier , survenir et en latin imprial se prsenter

    lesprit . Ce verbe est compos de sub marquant la position infrieur et de venire venir.

    Les emplois :

    Souvenir : verbe intransitif demploi littraire, seulement en phrases impersonnelles au sens de

    revenir la mmoire (1080) : me souvient de , il me souvient deou que . Do la tournure

    potique quil men souvienne . Il sest employ en ancien franais au sens latin de secourir (1270

    sovenir), limin par lemprunt subvenir .

    Se souvenir de quelque chose, de quelquun (XIVme sicle), expression forme sur le modle de se

    rappeler : avoir de nouveau prsent lesprit . Ce pronominal succder la forme intransitive

    souvenir de qqch .

    En emploi absolu (1876), se soubvenir correspond avoir la facult dvoquer les faits passs .

    Valeurs particulires : se souvenir de qqch = garder qqch lesprit pour en tenir compte (1549) avec une

    nuance affective pour exprimer une reconnaissance, lintrt ou laffection, ou au contraire la rancune

    (1636). Il sest alors substituer souvenir quelquun de qqch (fin XVme) > Je men souviendrai

    (1798), et la menace Il sen souviendra (s.e. il sen repentira).

    Le nom souvenir : infinitif substantiv (fin XIIIme). Le nom semploie en particulier avant 1648 au

    sens de mmoire. Par mtonymie, il dsigne ce qui rappelle quelque chose ou quelquun. De l,

    spcialement souvenirs : narration des pluriel. Il est alors analogue Mmoires. La locution en

    souvenir de signifie pour garder le souvenir de (1823).

    Et par extension, souvenir semploie pour dsigner un objet qui rappelle la mmoire de quelquun. Puis

    un bibelot qui rappelle un lieu, une rgion (XXme sicle). En psychanalyse, souvenir-cran (XXmre)

    dsigne un souvenir ou un pseudo souvenir denfance qui fait cran un autre souvenir investi dangoisse.

    Souvenance : nom littraire, pour un souvenir lointain. Semploie dans lexpression ma souvenance ,

    i.e. autant que je men souvienne , expression rcente qui reprend le moyen franais et le franais

    classique de ma souvenance (fin XVme).

  • Squence propose par Claire Bosc et Delphine Delansay

    Sance 2 : Je me souviens : DE LEXPLICATION MYTHIQUE A LEXPLICATION

    SCIENTIFIQUE

    Regards croiss sur le fonctionnement de la mmoire (perceptions, sensations, reprsentations,

    irruption, conservation, stockage, prsence de loubli au sein-mme de la mmoire) : dialogue entre

    crivains et scientifiques.

    Partie 1 : les apports de lAntiquit Supports :

    Mnemosyne and a Muse. Lekythos, Museo Archeologico Nazionale di Siracusa Alain Lieury Psychologie de la mmoire, Dunod, 2005. Bertrand Gervais, Le Labyrinthe et loubli in Archibald, Samuel, Bertrand Gervais et

    Anne Martine Parent, L'imaginaire du labyrinthe. Cahier Figura. En ligne sur le site de

    lObservatoire de limaginaire contemporain, 2002. Cicron De Oratore, II, 352-354. Saint-Augustin, Confessions, VIII, 12.

    Document 1 : Alain Lieury1 Psychologie de la mmoire, Dunod, 2005.

    Mnmosyne et les Muses

    Cest avec le pote Hsiode (VIIme s.)

    que nous apprenons que la mmoire est difie.

    Mnmosyne, fille dUranus, avait un tel charme

    que Zeus, matre de lOlympe, sunit elle durant

    neuf nuits : Zeus aima encore Mnmosyne aux

    beaux cheveux, et cest delle que lui naquirent les

    neuf muses au bandeau dor . Chacune des muses

    prsidait un domaine de la connaissance, Clio

    pour lHistoire, Euterpe pour la

    MusiqueMnmosyne restait prs de Zeus et lui

    contait les victoires des Dieux contre les Titans ;

    elle avait une telle mmoire quelle avait la

    capacit de se souvenir des pomes et des

    chansons que lui demandait Zeus, ainsi

    personnifiait-elle la mmoire. Le culte de

    Mnmosyne tait, dit-on, rpandu dans la rgion

    dOlympie et consistait en une sorte de cure avec

    diffrentes eaux, des eaux pour la mmoire et des

    eaux pour loubli (Lth). Sans doute, le fait de ne

    plus boire du bon vin grec pleine amphore tait-

    il en fait le vrai secret de Mnmosyne, car le

    remde doubli apport par Dionysos a t tt

    confondu avec les simples effets du vin et

    livresse2!

    Mnemosyne and a Muse. Lekythos, Museo

    Archeologico Nazionale di Siracusa

    1 Professeur mrite de psychologie cognitive l'Universit de Rennes II. Spcialiste franais de la mmoire,

    2 Michle Simondon, La Mmoire et loubli dans la pense grecque jusqu la fin du Vme s. avant J.-C., 1982.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_de_Rennes_II

  • Squence propose par Claire Bosc et Delphine Delansay

    Document 2 : Bertrand Gervais3, Le Labyrinthe et loubli in Archibald, Samuel, Bertrand Gervais

    et Anne Martine Parent (dir.), L'imaginaire du labyrinthe. Cahier Figura. En ligne sur le site de

    lObservatoire de limaginaire contemporain, 2002.

    Dans le monde grec, on associait, afin de les opposer, Mnmosyne, la mre des Muses, et Lth.

    Lune est la personnification de la mmoire et l'autre, de l'oubli. En fait, Mnmosyne est, du moins dans la Thogonie d'Hsiode, la figure du bon oubli, d'une catharsis qui permet de se librer des maux quotidiens et des soucis, par l'coute des chants qui rvlent ou qui glorifient. Se souvenir d'un pass glorieux, s'investir

    tout entier dans un rcit, s'identifier des hros passs et leurs actions, c'est oublier les vicissitudes de son existence actuelle. C'est en ce sens que le chant des Muses et de Mnmosyne permet d'atteindre un oubli

    cathartique. L'oubli n'est alors qu'un dplacement de l'attention. Lth s'impose, quant elle, comme la figure du mauvais oubli, celui qui ne fait pas que distraire ou soulager, mais qui altre les facults. Lth est enfant de Nuit. En fait, elle en est une petite-fille, puisque sa mre est ris qui est, elle, fille de Nuit.

    Puissance funeste, tout fait trangre au bienfaisant oubli , elle est une divinit redoutable, violente et anarchique.

    Document 3 : Cicron De Oratore, II, 352-358.

    On raconte que soupant un jour Cranon, en Thessalie, chez Scopas, homme riche et noble, il rcita une ode compose en l'honneur de son hte, et dans laquelle, pour embellir son sujet, la manire des

    potes, il s'tait longuement tendu sur Castor et Pollux. Scopas, n'coutant que sa basse avarice, dit Simonide qu'il ne lui donnerait que la moiti du prix convenu pour ses vers, ajoutant qu'il pouvait, si bon lui

    semblait, aller demander le reste aux deux fils de Tyndare, qui avaient eu une gale part l'loge. Quelques instants aprs, on vint prier Simonide de sortir : deux jeunes gens l'attendaient la porte, et demandaient avec instance lui parler. Il se leva, sortit, et ne trouva personne; mais pendant ce moment la salle o Scopas

    tait table s'croula, et l'crasa sous les ruines avec tous les convives. Les parents de ces infortuns voulurent les ensevelir; mais ils ne pouvaient reconnatre leurs cadavres au milieu des dcombres, tant ils

    taient dfigurs. Simonide, en se rappelant la place que chacun avait occupe, parvint faire retrouver chaque famille les restes qu'elle cherchait. Ce fut, dit-on, cette circonstance qui lui fit juger que l'ordre est ce qui peut le plus srement guider la mmoire. Pour exercer cette facult, il faut donc, selon Simonide,

    imaginer dans sa tte des emplacements distincts, et y attacher l'image des objets dont on veut garder le souvenir. L'ordre des emplacements conserve l'ordre des ides; les images rappellent les ides elles-mmes :

    les emplacements sont la tablette de cire, et les images, les lettres qu'on y trace. [] Simonide, ou l'inventeur, quel qu'il soit, de cet art, vit bien que les impressions qui nous sont

    communiques par les sens, sont celles qui se gravent le plus profondment dans notre esprit, et que la vue

    est le plus pntrant de tous les sens. Il en conclut qu'il nous serait facile de conserver le souvenir des ides que l'oue nous transmet, ou que l'imagination conoit, si le secours de la vue venait rendre l'impression plus

    vive: qu'alors des objets invisibles, insaisissables nos regards, sembleraient prendre un corps, une forme, une figure, et que ce que la pense ne pourrait embrasser, la vue nous le ferait saisir. Ces formes, ces corps, ainsi que tous les objets qui tombent sous nos regards, avertissent la mmoire, et la tiennent en veil. Mais il

    leur faut des places; car on ne peut se former l'ide d'un corps, sans y joindre celle de l'espace qu'il occupe. Pour ne pas m'tendre outre mesure sur une matire simple et connue de tout le monde, je me bornerai dire

    qu'on doit se servir d'emplacements nombreux, remarquables, vastes, spars par des intervalles peu considrables; employer des images frappantes, fortes, bien caractrises, qui se prsentent d'elles-mmes et fassent une impression vive et prompte. C'est ce que vous apprendrez par l'exercice, qui amnera bientt

    l'habitude. Attachez au mot que vous voulez retenir, l'image d'une chose dont le nom soit peu prs semblable, ou n'en diffre que par la terminaison; rappelez-vous le genre par l'espce, une ide tout entire

    par l'image d'un seul mot, comme un peintre habile fait ressortir les objets par la varit des formes.

    Document 4 : Saint-Augustin, Confessions, VIII, 12.

    Et jentre dans les domaines, dans les vastes palais de ma mmoire, o sont renferms les trsors de

    ces innombrables images entres par la porte des sens. L, demeurent toutes nos penses, qui augmentent,

    3 Professeur, romancier, nouvelliste et essayiste qubcois.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Romancier

  • Squence propose par Claire Bosc et Delphine Delansay

    diminuent ou changent ces pargnes thsaurises par nos sens; et enfin tout dpt, toute rserve, que le gouffre de loubli na pas encore enseveli.

    Quand je suis l, je me fais reprsenter ce que je veux. Certains objets paraissent sur- le-champ, dautres se font chercher davantage; il faut les tirer comme dun recoin obscur; dautres slancent en

    essaim, et tandis que lon demande lun deux, accourant tous la fois, ils semblent dire : Nest-ce pas nous ? Et la main de mon esprit les loigne de la face de mon souvenir, jusqu ce que lobjet ds ir sorte de ses tnbres et de sa retraite. Dautres enfin se suggrant sans peine au rang o je les appelle, les premiers

    cdent la place aux suivants, pour rentrer leur poste et reparatre ma volont. Ce qui arrive exactement lorsque je fais un rcit de mmoire.

    Partie 2 : le dialogue entre crivains et scientifiques.

    Supports : Ren de Chateaubriand, Mmoires d'outre-tombe, 1849-1850.

    Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Du ct de chez Swann , 1913.

    Jean-Yves et Marc Tadi, Le sens de la mmoire, 1999.

    Schmas du cerveau et du fonctionnement de la mmoire.

    Document 5 : Ren de Chateaubriand, Mmoires d'outre-tombe, 1849-1850.

    Hier au soir je me promenais seul ; le ciel ressemblait un ciel d'automne ; un vent froid soufflait par

    intervalles. la perce d'un fourr, je m'arrtai pour regarder le soleil : il s'enfonait dans des nuages au-

    dessus de la tour d'Alluye, d'o Gabrielle4, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il

    y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce que je serai devenu quand ces Mmoires seront

    publis. Je fus tir de mes rflexions par le gazouillement d'une grive perche sur la plus haute branche d'un

    bouleau. l'...

Recommended

View more >