istoria literaturii franceze

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    cipinel

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    HISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANAISE MOYEN GE ET XVIE SIECLE.

    Lector drd. Angelescu Paula

    La thmatique du cours

    Surprendre le devenir de la littrature dans son processus illustr dans une chronologie de textes et d'auteurs structure dans un systme.

    L'identification des formes structurantes et du contenu des textes littraires d'une poque l'autre. La relation entre la ralit et la fiction.

    Les influences de la littrature franaise sur les autres littratures. Les influences d'autres littratures sur celle franaise.

    La comprhension du texte littraire comme acte de communication mais galement comme instrument de consolidation et de dveloppement de la langue franaise.

    L'influence de la littrature sur le rel : un monde plus profond et plus complexe comme effet de la littrature.

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    Bibliographie

    Moyen ge

    TEXTES

    Pour les textes suivants, diffrentes anthologies franaises ou roumaines : La Chanson de Roland ; Chrtien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier la

    Charrette ; Marie de France, Lais ; Guillaume de Lorris, Roman de la Rose ; Jean de Meung, Roman de la Rose ; Roman de Renart ; Farce de Matre Pathelin ; Franois Villon, Testament.

    Pour la posie des troubadours et des trouvres et pour les fabliaux, diffrentes anthologies franaises ou roumaines. Pour Tristan et Iseut, texte intgral, diffrentes versions franaises ou roumaines.

    Pour tous les textes choisis en franais, les versions actualises de la langue franaise.

    HISTOIRES LITTRAIRES

    PNZARU, Ion, Introduction l'tude de la littrature mdivale franaise, Editura Universitii din Bucureti, 1999. http://www.unibuc.ro/eBooks/medieval/curs/indexlivre.htm

    VOICU, Mihaela, Histoire de la littrature franaise du Moyen ge, Xe - XVe sicles, Editura Universitii din Bucureti, 2003. http://www.unibuc.ro/eBooks/IIs/MihaelaVoicu-2003/cuprins.htm

    XVIe sicle

    TEXTES

    Clment Marot, Joachim du Bellay et Pierre de Ronsard, diffrentes anthologies franaises ou roumaines.

    Franois Rabelais, Gargantua, Pantagruel, diffrentes versions, franaises ou roumaines.

    Marguerite de Navarre, Heptamron, anthologies. Michel de Montaigne, Essais, diffrentes versions, franaises ou roumaines

    ou anthologies.

    HISTOIRES LITTRAIRES

    DRIOL, Michel, Histoire de la littrature en France au XVIe sicle, Hatier, Paris, 1989.

    Vous pouvez choisir dautres histoires littraires du XVIe sicle.

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    ETUDES LITTRAIRES

    CIUCHINDEL, Luminia, tudes sur la littrature franaise, Le Cinquime Livre de Pantagruel, un aboutissement de limitation, pp. 155-161 et Mythe et ralit dans lthique de lHeptamron de Marguerite de Navarre pp. 139-143, Editura Fundaiei Romnia de Mine , Bucureti, 2004.

    TOMA, Dolores, Du baroque au classicisme, Montaigne, pp. 51-55, Editura Babel, Bucureti, 1998.

    ZRNESCU, Narcis, LA RENAISSANCE. LA POSIE FRANAISE, Editura Fundaiei Romnia de Mine , Bucureti, 1999.

    MANUEL:

    Angelescu, Paula, Moyen ge et du XVIe sicle, Editura Fundaiei Romnia de Mine, Bucureti, 2007

    PRCISIONS :

    I. Vous pouvez choisir dautres histoires de la littrature franaise du Moyen ge et du XVIe sicle.

    II. Les notes que le guide contient dans ses chapitres vous renvoient aux histoires littraires ou aux tudes de la bibliographie, dsignes par leurs abrviations : CIUCHINDEL, PNZARU, TOMA, VOICU, ZRNESCU.

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    Moyen ge

    I

    Objectif : Lidentification de grands repres culturels qui prcdent et dterminent les dbuts de la littrature mdivale franaise : histoire, langue, glise.

    Notions importantes : langue vulgaire, clercs, chevalier chrtien

    Les historiens situent le Moyen ge aprs la chute de l'Empire romain d'Occident, en 476, et avant la Renaissance. Mais les dbuts de la littrature franaise mdivale ne se manifestent pas avant le XIe sicle.

    Les grands repres historiques et culturels prcdant et formant la priode dsigne par le terme Moyen ge: la fin de lAntiquit et la Vulgate, la romanisation et lexpression de la religion chrtienne prparant la gense de lexpression de la religion chrtienne prparant la gense de la langue, la rennaisance carolingienne, la chevalerie chrtienne et les croisades.

    (Angelescu, Moyen ge et du XVIe sicle, pag. 7-12) Un sicle avant le premier texte potique franais Au VIIIe sicle c'est la renaissance carolingienne, Charles dit le Grand

    rve de refaire l'Empire romain l'aide du christianisme. Il veut rtablir la puret de la langue latine en demandant aux vques de recopier les textes antiques chapps aux invasions germaniques. sa cour d'Aix-La-Chapelle il s'entoure d'intellectuels (l'rudit Alcuin d'York qui vient d'Angleterre, Eginhard et d'autres) (PNZARU, La culture lpoque carolingienne. p. 20).

    En 813 le Concile de Tours ordonne aux prtres de prcher in linguam rusticam gallicam c'est dire en langue populaire gauloise, ce qui reprsente la reconnaissance officielle du roman par l'glise.

    Les premiers textes crits en roman - Les Serments de Strasbourg, dat de 842, reprsentent le trait

    d'alliance conclu par deux des fils du roi Louis le Pieux, texte consign par Nithard (PNZARU, Lavnement des nouvelles langues. p. 21). - La squence de Sainte-Eulalie, 881 ou 882, c'est le premier texte littraire, un pome religieux chant pendant la liturgie (PNZARU, p. 30).

    - Vers le milieux du XIe sicle (1040), la Chanson de saint-Alexis (PNZARU, p. 31).

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    Tradition crite et tradition orale

    L'emploi du roman ct du latin pourrait reprsenter la premire preuve en faveur d'une culture orale englobant thmes, lgendes, mythes, auprs de la culture officielle fonde sur les textes sacrs et les auteurs latins (VOICU 3 Culture savante/culture populaire, p. 27).

    La littrature mdivale qui nous est connue par l'crit est pourtant lie sa diffusion orale et les textes accompagns de musique, de gestes, de commentaires faits par les jongleurs dterminent tant la conception que la rception de l'uvre soumise aux transformations subies pendant les performances des jongleurs. Les notions d'uvre et d'auteur se distinguent de manire diffrente la ntre au commencement littraire du Moyen ge, leur sparation se produisant lentement. Au dbut de l'poque dont nous parlons, seulement les clercs disposent de l'criture et possdent des bibliothques, leur intrt tant dress seulement vers les compositions caractre difiant. Parmi eux apparaissent, partir du XIIe sicle des auteurs qui n'emploient plus le latin mais ils crivent en romanz. Mais il y a aussi ct des clercs les jongleurs qui s'adressent un public plus large, habitants des campagnes, des bourgs et des chteaux (VOICU, 4. Clercs et jongleurs, p. 28).

    .

    - Quelle est la signification du mot clerc ? Si initialement le terme dsigne lhomme de lglise, il arrive signifier celui qui sait lire et crire.

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    Fodalit et chevalerie chrtienne

    Le statut de soldat pendant la fodalit n'est pas permis chacun. l'origine, le chevalier est un vassal capable combattre cheval pour son seigneur. Vers le Xe sicle l'glise se donne pour tche d'humaniser la socit fodale. L'institution religieuse enrle les fodaux turbulents dans ce qu'on appelle trve de Dieu (l'interdiction des violences et des guerres pendant certains jours de la semaine mais surtout pendant les ftes). En transformant l'institution de la chevalerie, l'glise en gagne la force, et le crmonial d'adoubement qu'elle ralise reprsente l'admission dans l'ordre des chevaliers : une nuit de prires en veillant aux armes prcde l'investiture du jeune homme, qui le matin reoit la communion devant les vassaux. L'image de ce crmonial pourrait nous servir de pendant pour l'image de la mort de Roland, le hros de l'pope franaise, la Chanson de Roland.

    - Que signifie la renaissance carolingienne ? - Quels sont les premiers textes crits en langue vernaculaire ? - Comment se rpandent les textes ? - Quel est le rle de lglise ? - Quel est le rle des jongleurs ?

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    II

    L'pope des Franais, la Chanson de Roland .

    Objectif : Lidentification des traits dfinissant les chansons de geste.

    Notions importantes : Faide, chrtient

    Le pome pique ou pope reprsente dans la tradition occidentale conjointement un rcit en vers et une thmatique o le hros joue le rle central.

    La Chanson de Roland, dont la version la plus clbre crite en anglo-normand est conserve la bibliothque d'Oxford, date de la fin du XIe sicle (1080-1110) et surprend le modle d'une poque des plus spectaculaires de la France, celle de Charlemagne, o commence se constituer l'Etat, la nation, o l'empire a une grande autorit territoriale et linguistique galement. Vrit potique et non pas historique le texte surprend quand mme l'esprit d'une poque avec ses conflits de l'extrieur, les luttes contre les Sarrasins, et ses conflits de l'intrieur, les luttes entre vassaux, les trahissons, dont le ressort est le plus souvent l'orgueil. La Chanson de Roland est un monument de la littrature franaise par sa valeur esthtique et par la confirmation du modle hroque. Mais elle est galement un document qui retient le mode de vie un certain moment historique, un tmoin prcieux qui nous aide approximer le monde voqu, parce que la Chanson de Roland dcoupe la vie d'une certaine partie de la socit, des bellatores, moins des oratores et pas du tout presque des laboratores (VOICU, p.35 ; PNZARU, 2. LES CHANSONS DE GESTE, pp. 62-71).

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    Les cycles

    partir du XIIIe sicle les chansons de geste sont regroupes en getes ou cycles. La geste du roi ds son premier texte (en latin) entrane Charlemagne dans des aventures hroques et romanesques et on arrive la fin du XIe sicle, o dbute le hros, voir un Charlemagne g de deux cents ans. Le cycle Garin de Monglane a comme hros Guillaume d'Orange, personnage historique de l'poque de Charlemagne. Dans Le charroi de Nmes appartenant ce cycle, Guillaume dguis en marchand cache mille chevaliers dans ses tonneaux pour conqurir Nmes. La prise d'Orange est la chanson o Guillaume dlivre, semblablement Charlemagne, les villes occupes par les Sarrasins. Il enlve ainsi la belle paenne Orable, devenue son pouse Guibourc, aprs la christianisation. Le cycle de Doon de Mayence prsente les barons rvolts contre Charlemagne et leurs luttes et vengeances de famille. Parmi les plus populaires, Renaud de Montauban et Girard de Roussillon o les hros, aprs avoir lutt contre Charles, consacrent leur vie la foi, le premier en partant en plerinage, le deuxime en accomplissant des actes pieux.

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    Les hypothses mises sur la naissance des chansons de geste

    La gense des chansons de geste continue susciter le dbat. Les ides traditionalistes lances au XIXe sicle, par Gaston Paris, lient

    l'apparition des chansons de geste une tradition populaire. Mais les cantilnes 1 dont parle Gaston Paris ne sont que des hypothses.

    Joseph Bdier, l'lve de Gaston Paris attribue la Chanson de Roland un gnie, dont la cration, la premire de ce genre devient le modle de toutes les autres imitations antrieures. Mais la tradition populaire n'a aucun rapport avec le statut de gnie comme individu et sa thorie individualiste ne peut pas s'appuyer non plus sur son analyse des routes des plerins avec leurs glises et leurs sanctuaires mentionns par les pomes et qui auraient offert aux jongleurs l'information historique ou lgendaire.

    S'ensuivent d'autres tudes et vers le milieu du XXe sicle les chansons de geste sont considres partir de la thorie de l'oralit.

    Applique pour les pomes homriques, par Milman Parry, cette thorie est le rsultat d'une exprimentation sur les chansons des guslars de Bosnie. Un mme guslar enregistr avec une mme chanson sept mois d'intervalle est convaincu d'avoir chant chaque fois la mme chanson. En ralit il utilise les mmes formules2 pour chanter peu prs la mme chose, ce qui autorise Milman Parry parler du style formulaire. Il s'agit l de l'emploi de formules strotypes qui exigent surtout un art combinatoire et non pas seulement un acte de rptition, dfinitoire en effet dans une culture populaire. Mais tablir ce qui s'est conserv et ce qui a t improvis dans une tradition orale cela tient du processus et non pas des productions d'une tradition orale. Le devenir mme du genre pique dans la forme franaise dmontre la force organisatrice de loralit : les chansons de geste sont regroups par les jongleurs autour des thmes pour une meilleure reprsentation.

    - Quels sont les thmes des chansons de geste ? - Quels sont les personnages des chansons de geste ? - Quelle est la signification des chansons de geste ? - Quel est le sujet de la Chanson de Roland ? - Quelle est la valeur de la Chanson de Roland ?

    Quel est le public des chansons de geste ? Dune part elle a un public htrogne : paysans, chevaliers, petite noblesse. Dautre part le public des chansons de geste et des jongleurs est international.

    ______________________________

    1 Pomes lyrico-piques syntagme qui ne clarifie pas le problme.

    2 On pourrait les dfinir comme des phrases incompltes qui peuvent tre remplies en fonction de chaque nouvelle performance

  • 10

    III

    LA POSIE, des troubadours aux trouvres.

    Objectif : Lidentification de lunivers de la canso et son devenir.

    Notions importantes : Courtoisie, finamor, troubadours, trouvres.

    Les troubadours

    La courtoisie, un art de vivre et de penser reposant sur le raffinement des murs, reprsente le comportement de l'aristocratie du Sud de la France. Dans cette socit nat la fin du XIe sicle la posie des troubadours. Le premier pote est Guillaume d'Acquitaine, comte de Poitiers (1071-1127). Cercamon est lui aussi l'un des plus anciens troubadours du XIIe sicle.

    L'amour courtois est conu pour perdurer. Semblablement au chevalier, le pote devient le vassal au service de la femme aime. Cette relation entre l'amant et la dame renvoie la notion de fin'amor, renferme dans l'univers des posies du Sud. La canso des troubadours est une posie lyrique musicale, de 40 60 vers, rparties en strophes (coblas) et suit deux tendances : trobar clus, posie hermtique, reprsente par Rimbaud d'Orange et Marcabru et trobar leu, posie plus accessible, reprsente par Jaufr Rudel, Bernard de Ventadour (PNZARU, , pp. 92-98).

    Les trouvres

    La posie du Sud est imite dans le Nord par les trouvres dans la moiti du XIIe sicle. Ils font entendre dans leurs pomes des voix diverses, marquant la subjectivit naissante (Gace Brl). Les trouvres donnent la posie non chante, tels les Congs de Jean Bodel (qui compose avant 1202), posie qui annonce le lyrisme personnel. Aux XIIIe sicle, Rutebeuf compose des dits qui dsignent la posie rcite. La Complainte Rutebeuf c'est la confession de sa vie malheureuse, ses dits varis, souvent satiriques, annonce Franois Villon (PNZARU, pp. 105-113).

    - Que signifie la courtoisie ? - Que signifie lamour courtois ? - Les auteurs du Midi et lunivers de leur posie. - Les imitations en langue dol et les compositeurs du Nord. - Le devenir de la posie chante.

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    IV

    LE ROMAN

    Objectif : Lidentification des lments qui contribuent la naissance dun genre, le roman.

    Notions importantes : Jongleur breton, philtre, chevalier errant .

    Les romans antiques

    Au dbut le mot roman dsigne une uvre traduite du latin en langue vulgaire. Les romans antiques sont des rcits o des auteurs anonymes, des clercs exposent au public lac qui ne connat pas le latin, des lgendes et des rcits historiques de l'Antiquit. Mais ce monde est peupl par la noblesse chrtienne du XIIe sicle : Roman de Thbes, Roman d'Enas et Roman de Troyes (PNZARU, p. 115).

    C'est l'imaginaire breton qui rivalise l'influence de l'Antiquit

    Tout d'abord les lgendes celtiques avec leur merveilleux et l'espace de l'Autre monde se rpandent galement au Pays de Galles et en Petite Bretagne grce aux jongleurs gallois et bretons. Les premiers arrivent en France ds le dbut du XIIe sicle. D'autre part, en 1155, dans son Roman de Brut (la traduction de Historia regum Britanniae de Geoffroi de Monmouth) l'anglo-normand Wace voque, lui aussi, ces fables, ces histoires fictives de la mythologie celtique parlant du roi Arthur et de ses chevaliers que les Franais connaissent grce au chanoine de Bayeux (PNZARU, p. 118)

    .

    Marie de France

    Initialement chant, le lai suit l'volution narrative ds le XIIe sicle. Marie de France compose ses douze lais narratifs vers 1160. Assemblant et rimant les chansons bretonnes, Marie de France compose des rcits romanesques voquant l'atmosphre arthurienne et en prtant des sentiments courtois aux personnages. Le Lai du chvrefeuille conte un pisode de la lgende de Tristan (VOICU, pp. 62, 63).

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    Tristan et Iseut

    Les romans de Tristan se rattachent galement la matire de Bretagne. Les manuscrits mdivaux se regroupent en deux catgories. Une version dite commune (depuis Bdier) concerne plusieurs textes (de Broul, d'Eilhart d'Oberg, La Folie de Tristan de Berne, Le Tristan en prose franais). Elle s'adresse un auditoire divers, l'effet du philtre ne dure que trois ans et pose la problmatique de l'amour dans la socit fodale. La vassalit, la courtoisie, la religion, sont envisags dans les devoirs de Tristan envers le roi, par rapport aux jeunes chevaliers.

    La version dite courtoise (Thomas, Folie d'Oxford, Gottfried de Strasbourg, Tristramsaga) dcrit les tats psychologiques, s'adresse un auditoire raffin et l'effet du philtre ne s'affaiblit pas. De sensibilits et d'poques diffrentes tous les textes de Tristan s'tendent de 1135 (la version la plus ancienne du Gallois Brri connue la cour de Poitiers, mais perdue) jusqu'au XIIIe sicle, vers 1230, le Tristan en prose.

    La conjoncture qui domine les faits c'est un accident, par suite duquel nat une grande passion. Le roman n'est pas un loge l'adultre mais une lamentation concernant la condition humaine, victime d'une passion dont elle n'est pas responsable mais dont elle est pourtant coupable. Le culpabilit des amants, le problme pos avec insistance dans le roman, est la consquence de ne pas avoir respect les normes : de la famille, du vassal, du courtisan, de la religion . Inexistant au Moyen ge, le texte du XXe sicle, appartenant au mdiviste Joseph Bdier, ranime lesprit des conteurs mdivaux, par le rassemblement et lRarmonisation de textes refltant des sensibilits diffrentes. Dans Les enfances de Tristan (Thomas) on connat le futur hros civilisateur : Tristan (confi par Rohalt le Foi-Tenant Gorvenal) reoit une ducation physique et guerrire (lance, cu, pe, arc, saut de fausss), morale (respect de la parole donne, haine du mensonge) et caractristique la vie de cour (venerie, chant, harpe). Aprs son adoubement, Tristan reconquiert sa terre, quil donne pourtant Rohalt pour retourner en Cornouailles et devenir le vassal de son seigneur, le roi Marc, son oncle.

    Dans deux autres pisodes (Le Morholt dIrlande et La Belle aux cheveux dor) Tristan figure le chevalier preux et courtois qui vainc le Morholt, que les barons nosent pas affronter, qui vainc aussi le dragon menaant lIrlande, gagnant ainsi pour le roi la belle Iseut. ce chevalier courageux les barons refusent aussi le duel judiciaire. Et par opposition Morhelt, dont larme et empoisonne, Tristan possde les armes bnies des jeunes chevaliers.

    Lpisode du Philtre, o laccident dclenche lamour, reprend les diffrences chrtiennes et paennes (la lgimit de lamour des parents de Tristan, soppose la liaison coupable, dclanche par le vin herb prpar par la mre dIseut elle-mme ne confie pas son sort Dieu :.

    Ladultre nest pas seulement une faute personnelle. Il menace surtant la cour, la lgimit futur de toute descendance. Les barons invoquent leur statut ( de vritables matres des provinces) pour transformer leur haine envers Tristan en chantage politique. On assiste ainsi au pige des barons, mais invent par Froncin,

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    symbole du dmon. Le roi pardonnant devient implacable ( Le saut de la chapelle). Il doit agir pour retrouver sa puissance. Mais de cette faon il refuse aux amants un procs pour pouvoir se justifier, mais surtout il leur refuse le droit au jugement de Dieu, ce qui reprsente lcart de Marc de la qualit essentiellement royale: la justice.

    Les amants sont ainsi condamns par une justice humaine, par un roi qui se venge, sans couter le snchal Dinas (qui reprsente les gardiens des usages), sans couter mme Dieu (par le refus du duel judiciare).

    Lamour est la consquence dune erreur, commise par Brangien. Lamour devient ainsi limage de lirresponsabilit des amants, pourtant coupables. Lamour prend aussi limage de la lpre (Iseut arrache aux lpreux) Limage de Broule, la diffrence de la suggre la brutalit de lamour. Lexistence mme de Tristan est marque par deux femmes mourant damour, vnements chargs de significations diffrentes: le regret de la rpartation pour Blauchefleur, la fusion de la mort par Iseut. (VOICU, p. 67, PNZARU, Analyse des versions du XIIe sicle, pp. 130-136).

    Chrtien de Troyes

    Chrtien de Troyes (1135-1185) est considr le crateur du roman moderne. Lunivers narratif de ses romans est pris dans les lgendes celtiques, provenant de la Petite Bretagne ou du Pays de Galles. Dans cet univers quil recre, le roi Arthur runit autour de lui llite des chevaliers et dans tous ses romans on retrouve presque le mme schma narratif. Un incident se produit qui dtermine lun des chevaliers dArthur de quitter la cour. Sensuivent des pisodes qui dessinent la figure du chevalier errant et lespace trange quil

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    parcourt: forts loignes de toute civilisation, rivires impossibles traverser, espaces sauvages et tranges qui voquent lAutre Monde des lgendes celtiques. Et lamour qui intervient dans toutes les aventures, un amour que le chevalier emprunte la posie lyrique, mais ce nest plus lamour adultre vou la mort comme dans Tristan et Iseut. La femme est place au centre de laction et du monde courtois. Le hros de Chrtien de Troyes nest plus lemblme dune nation, dun peuple, il reprsente sa propre personne, en proie une histoire, une aventure quil connat mal, laventure tant chez Chrtien le hasard. Dans le tumulte des pripties surgies aprs une crise, le hros est conduit au dpassement de soi et la prise de conscience de son rle social (VOICU, Une formule narrative, p. 69).

    Lancelot ou Le Chevalier la Charrette

    crit la cour de Marie de Champagne, le roman emploie la matire confie lcrivain par la comtesse mme. Lincident dclanchant ce roman arrive le jour de lAscension la mme cour, celle du roi Arthur. Un chevalier inconnu provoque le roi dlivrer ses prisonniers et dclare en mme temps quil ne croit pas lexistence dun chevalier qui soit digne de recevoir la reine en gage dans le combat contre lui. Le snchal Keu exige la mission provocante. Aprs le dpart de la reine avec lirrflchi snchal, Gauvain, le neveu du roi, proteste et part la recherche de la reine. Il rencontre, en arrivant auprs de la fort, un chevalier inconnu qui, lui, semble connatre Gauvain. Ainsi les deux chevaliers partent la recherche de Guenivre. Lancelot, dont le nom est dvoil au vers 3660, monte dans la charrette destine au transport des criminels mais Gauvain, lui, se gardant bien de cette folie, accepte seulement de suivre la charrette infamante. Le nain qui conduit la charrette promet Lancelot de le mener la reine. Si la Raison dicte Lancelot de dfendre son honneur ( ne devoir rien entreprendre / qui lui vaille honte ou blme. /) lAmour lui exige dy monter ( Amour est en son cur / et le commande et le somme / de monter sans retard/ ).

    Les deux chevaliers dcouvrent que la reine est prisonnire de Mlagant, fils du roi Bademagu. Deux ponts plus dangereux lun que lautre, le Pont de lEau et le Pont de lEpe sont le seul accs au royaume. Le Chevalier de la charrette, qui continue garder secrte son identit franchit tous les obstacles, qui surgissent devant lui. Fatigu et bless il russit combattre Mlagant quil force admettre sa dfaite, aveu fait laide aussi du pre du vaincu, le roi Bademagu qui blme son fils et traite le vainqueur comme un hte de marque. Mlagant se venge en fermant Lancelot dans une tour isole. Il russit pourtant sen vader, aid par une jeune fille et tranche la tte de Mlagant.

    De spirituelle chez Perceval, la qute devient identitaire, amoureuse chez Lancelot. Linjure initiale est rpare mais si Mlagant respecte les codes en vigueur dans la chevalerie en enlevant la reine, Lancelot en revanche est dloyal, il viole la foi due son suzerain, son adultre ayant comme seule justification lamour rciproque des deux amants. Lauteur construit mme une situation ironique. Bademagu dsigne Keu de garder la reine dans la chambre de laquelle il doit coucher. En voulant entrer dans le lit de la reine Lancelot se blesse aux barreaux de la fentre ce qui cre la confusion avec le snchal Keu, pas encore rtabli de ses blessures et accus en consquence. Qui sengage prouver son innocence? Justement Lancelot, victorieux dans le duel judiciaire contre

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    Mlagant, laccusateur de Keu. Mais de cette faon ce nest pas linnocence de la reine qui est prouve comme dans Tristan et Iseut. Lancelot veut obtenir lamour de la reine. Lamour de Lancelot nest pas courtois, o le chevalier en sexposant aux dangers rend gnralement hommage au mari de la dame et par consquent lamour courtois renforce le lien social. Par contre lamour de Lancelot est un facteur menaant ce lien, semblablement celui de Tristan.

    Condamn par tous pour avoir mont dans la charrette de linfamie, Lancelot est condamn par la reine justement pour avoir hsit dentreprendre ce geste ( elle ne lui pardonne pas davoir hsit ). Avec Lancelot lindividu gagne son importance, lesprit chevaleresque tant consacr lamour terrestre qui il doit le meilleur de lui-mme. La confirmation de son identit il la retrouve dans les yeux de son amante. Son nom cach est rvl seulement par sa dame car elle est la seule savoir reconnatre ses actes (VOICU, La Qute de la Dame, pp. 73-74, PNZARU, Lancelot ou Le Chevalier de la Charrette).

    - Quel est le monde des lgendes antiques ? - Le rle des jongleurs gallois et bretons. - Limaginaire de Tristan et ses textes. - Chrtien de Troyes et la qute amoureuse.

  • 16

    V

    Le Roman de la Rose, un roman qui a deux auteurs.

    Objectif : Comprendre ce que signifie le style allgorique dans le Roman de la Rose.

    Le public est prpar au Moyen Age une double lecture par les fables pratiques dans lenseignement moral, lexemplum utilis dans la prdication et la parabole. Luvre de Guillaume de Lorris, crite vers 1230, cest luvre courtoise la plus raffine depuis 1150, dit Paul Zumthor, son roman tant plus proche de la chanson damour que du roman. Le rcit, qui est une fiction, expose la conception de lamour. Lauteur prtend raconter le songe qui lui arrive vingt ans. Il rve de se rveiller un mois de mai dans un verger entour dun mur o se trouvent peintes des figures hideuses : Envie, Avarice, Vieilesse. Oyseuse ouvre la porte au jeune homme et le conduit dans une prairie o dansent Plaisir, Amour, Beaut, Richesse, Courtoisie. Frapp par les flches dAmour il est pourtant empch dapprocher la Rose par Danger, Haine, Peur. Motif frquent dans la posie du XIIe et XIIIe sicles, la Rose signifie en comparaison jeunesse et fracheur de la femme aime, comme symbole elle signifie beaut et pudeur et chez Lorris devient lemblme de lamour partir de laquelle lauteur construit ses allgories antithtiques. Le continuateur du roman de Lorris est Jean de Meung qui critique les fondements de la courtoisie, en introduisant le discours de la Raison, adress au jeune chevalier qui pleure lemprisonnement de Bel-Accueil. La science pdagogique remplace les analyses subtiles de Lorris. Le discours de Nature est une vritable encyclopdie des connaissances du Moyen ge. Le second Roman de la Rose, satire de la finamour, change la signification de la Rose qui se charge de valeur rotique naturelle. Le XIIIe sicle se reflte dans les dissonances et les contradictions des deux romans, recopis, traduits et imits jusquau XVe sicle, et imprims ds 1480 (VOICU, pp. 116-121).

    Retrouvez ce que signifie: - Lunivers courtois chez Guillaume de Lorris. - Le continuateur de Guillaume de Lorris. - Un roman et deux idologies opposes.

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    VI

    Limaginaire qui nest pas courtois

    Objectif : Identifier lautre vision du monde.

    Notions importantes : Contes, Renart.

    Fabliaux, contes rire en vers

    Donn par le Nord, le genre se manifeste du XIIe sicle au premier tiers du XIVe sicle. Les 150 textes sont dsigns par des termes diffrents, exemple, dit, conte et fabliau (drivant de fable) et opposent les motifs nobles aux plus communs, voir bas, le burlesque au srieux et la licence rotique aux subtilits de lamour. Brivet, plan et intrigue simples, tons divers du comique et la morale, mais pas toujours prsente, ce sont des traits communs, revtant des situations et des personnages types : le mari cocu, le prtre lubrique, la femme ruse, la querelle de mnage (Le Vilain mire, repris par Molire dans Mdecin malgr lui), le quiproquo et la sottie. Anonymes ou crits par de grands auteurs comme Jean Bodel (Gombert et les deux clercs, Vilain de Bailleul, Le Vilain de Farbus). Le schma narratif des fabliaux vient dun fond immmorial et les motifs, dans la plupart des cas, sont invents en Europe Occidentale (PNZARU, pp. 178-182).

    Roman de Renart (XIIe XIIIe sicles)

    Le titre Roman de Renart, inconnu du Moyen ge, dsigne 26 branches (rcits en ancien franais), de longueur variable (de cent octosyllabes plus de trois mille) dont la construction autonome sintgre un tronc commun. Si les fabliaux font varier leurs protagonistes, le Roman de Renart reprend dans chaque branche Renart comme personnage central et lun de ses complices et/ou victimes. Cette pope animale parodie la socit fodale par le ton bas qui ne dsigne pour autant une cration populaire. partir du texte latin Ysengrimus crit par le clerc Nivard, en 1148 Gand, les adaptations ultrieures en langue vulgaire des pisodes du texte mentionn sont suivies par des histoires nouvelles. Dans tous ces rcits linfluence folklorique se retrouve dans les contes danimaux dont les motifs remontent dans le pass recul. Le comique repose sur le triomphe de la ruse renardienne, dont lambigut voulue nuance tantt une ruse positive tantt une ruse ngative et limage du trompeur le plus fort dvoile que toutes ses victimes sont leur tour trompeurs, au moins dintention. Le succs norme du roman est prouv par un fait linguistique ponctuel : Renart, le nom propre, a remplac le nom commun employ lpoque, goupil (PNZARU, pp. 182-183).

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    VII

    Les chroniqueurs du Moyen ge

    Objectif : Identifier le non fictionnel

    Si les premiers chroniqueurs crivent en latin (le chroniqueur de Charlemagne, Eginhard ou Grgoire de Tours, le chroniqueur de lpoque mrovingienne), les premiers chroniqueurs du XIIIe sicle qui emploient le roman renoncent galement aux vers pour la prose quand ils crivent sur la IVe croisade, o ils participent comme acteurs et tmoins.

    Acheve par lanne 1207, la chronique de Geoffroi de Villehardouin, tmoin de la IVe croisade, prtend tre objective par ses informations exactes, mais lauteur ne distingue pas entre la volont humaine et celle de la divinit dans le droulement de la croisade (VOICU, p. 91).

    Jean de Joinville donne la biographie du roi Louis IX, Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis, contenant galement des aspects autobiographiques (PNZARU, p. 56 ; VOICU, p. 92).

    Au XIVe sicle, Jean Froissart rdige ses Chroniques (comprenant quatre livres) partir de 1373 jusqu la fin du sicle. Il y voque surtout la guerre de Cent Ans et les conflits qui opposent les deux pays, la France et lAngleterre. (PNZARU, pp. 204-205)

    Le XVe sicle donne le premier des historiens modernes, Philippe de Commynes, conseiller et chambellan du duc de Bourgogne, quil quitte pour Louis XI dont il est ministre. Il rdige les huit livres de ses Mmoires entre 1489 et 1498. Il dtruit les mythes mdivaux et sa rflexion rappelle Machiavel et annonce Montaigne (VOICU, p. 139).

    Prcisez par crit : - Lunivers des fabliaux. - Formes et termes qui dsignent le fabliau. - Thmes, personnages et comique dans les fabliaux. - Roman de Renart, sa forme et ses sources. - Personnages de Roman de Renart. - Le comique dans le Roman de Renart.

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    VIII

    Le Thtre

    Objectif : Identifier la naissance et suivre le devenir du thtre dans le Moyen ge.

    Notions importantes : Jeu, mystres, farces.

    Lglise cest le lieu de dpart pour le thtre franais du Moyen ge qui a comme celui grec des origines religieuses. La liturgie en latin enregistre pendant les ftes importantes (Pques et Nol) la reprsentation de scnes des Evangiles par les prtres, ds lpoque carolingienne. Ces ornements qui revtent la liturgie rendent plus vive la participation des fidles la ritration des vnements majeurs de la religion chrtienne. Plus tard, seconde moiti du XIIe sicle, la premire pice de thtre srieux quitte lglise. Un auteur anonyme compose en franais le Jeu dAdam qui se dploie sur le parvis de lglise. Au XIIIe sicle, Jean Bodel dArras laisse le plus ancien miracle, Jeu de saint Nicolas (1210) une histoire nave et comique, qui accentue le processus de lacisation du thtre. Paris, (seconde moitie du XIIIe sicle) Rutebeuf crit le Miracle de Thophile (700 vers), le clerc qui aprs avoir reni Dieu et donnant son me au diable, se rpent et invoque la Vierge qui arrache Satan le pacte sign par le clerc infidle. Le mot jeu cest le terme gnrique qui dsigne surtout au XIIIe sicle les reprsentations dramatiques. Le Jeu de la Feuille, compos en 1276 par Adam de la Halle (le Bossu) pour la Confrrie des jongleurs et des bourgeois dArras reprsente la naissance du thtre profane. Le Jeu de la Feuille, nous prsente la satire des clercs bigames, un fou omniprsent qui dvoile les bourgeois voulant schapper limpt, la Roue de la Fortune qui rgne partout (VOICU, p. 99). Dans la seconde moiti du XIVe sicle, les Miracles de Notre-Dame, de brefs rcits, font voir sur scne le mme dnouement : lintervention de la Vierge, dont la dvotion est en plein essor lpoque. Les mystres, textes dune grande tendue, dont lapoge se manifeste la fin du XVe sicle et au dbut du XVIe sicle, reprsentent le thtre srieux qui dramatise des scnes de lAncien Testament, des Evangiles, des Actes des Aptres, et des vies de saints. Le mot Mystre (qui vient du latin ministerium, reprsentation) renvoie la notion de jeu, au-del mme du thtre. La longueur de ces textes peut arriver jusqu' 60.000 vers. Ce genre dducation religieuse se droule sur un thtre rond o les acteurs invitent le public dans une communion de la foi. Les Mystres de la Passion, la varit la plus populaire, sont consacrs la mort du Christ. Dans cette actualisation o lacteur joue Christ mourant sur la Croix pour le rachat de lhumanit, un dnouement loquent prouve la force de la transfiguration : durant une reprsentation de 1437 le prtre quincarne Jsus est sur le point de mourir. La participation de la communaut au thtre du Moyen ge est particulire. Non seulement les gens sorganisent dans des associations, telle la socit de la Basoche forme de jeunes avocats et procureurs du Parlement de Paris, mais cest la socit entire engage dans cette forme dart (PNZARU, 7. Le Thtre, pp. 186-197).

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    Moralits, farces et sotties

    la fin du XVe sicle et au XVIe sicle le thtre enregistre ct des mystres, les moralits, les farces et les sotties.

    Les moralits mettent en scne des personnages allgoriques. Le genre de la moralit invente le type humain dans la socit dsign par : Homme, Chacun, Tout le Monde, Gens. Une autre dnomination, plus familire est le groupe dsign partir des estats : Pcheur, Petit, Grand, Pauvre, Commun, Petit Peuple. Conue pour des fins difiantes, la moralit sapparente au mystre, elle peut dailleurs tre joue en complment un mystre.

    La sottie tout comme la moralit a des figures, une action et une mise en scne conventionnelles, et les mmes dnominations, Chacun, Monde. Elle peut tre moralisante ou politique. Les Sots peuvent se prsenter en tant que tels. De mme ils peuvent figurer les juges de la socit dans leurs robes, ou des emblmes de leur statut. Ils sont prsents en groupe, men par Mre sotte, Prince des sots, qui lance le cry et conduit le dialogue. La sottie se dploie en plein air, comme la farce, sur la place du march ( Paris, la foire de Saint-Denis).

    La farce dsigne le genre comique dans le registre bas de la caricature. La farce peut tre intgre dans les Mystres, comme intermde. Par les sujets et le mcanisme du comique les farces rappellent les fabliaux. La diffrence est donne par la concentration de lintrigue et lchange verbal ralis dans la multitude des voix des acteurs et dans leur performance qui est valorise. Le facteur principal du rire cest le langage qui utilise le drapage des sens, propre / figur et la transgression des registres (obscnit / scatologie) (VOICU, pp. 148-150).

    - Quelles sont les premires manifestations du futur thtre franais mdival ? - Quel est le rle du thtre dans la socit mdivale ? - Quelles sont les formes laques du thtre ? - Quelles sont les formes du thtre comique ?

    Franois Villon

    Objectif : Retenir les contrastes de la personnalit de Villon. Identifier les aspects contradictoires composant sa vision du monde.

    N en 1431, Franois de Montcorbier, orphelin de pre, est pris en charge par Guillaume de Villon, son plus que pre (Testament v. 849), qui lui donne son nom et soccupe de son ducation. En 1452 il obtient la licence et la matrise s arts. En 1455 blessant mortellement un prtre il quitte Paris. Aprs les lettres

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    de rmission (1456) Villon est complice dans une bande qui vole au collge de Navarre. Aprs la dcouverte du vole (en 1457), il quitte de nouveau Paris et en 1458 il se trouve la cour de Charles dOrlans.

    En 1461 il et emprisonn Meung-sur-Loire sur lordre de Thibaut dAussigny pour une faute inconnue. Dgrad, humili et tortur, le pote est profondment marqu par cette captivit. Le mme an Villon est libr grce au roi Louis XI. Il revient Paris (en 1462), et accus pour le cambriolage de Navarre il est libr contre la promesse de restituer ce quil a vol. Mais il est repris pour sa participation une altercation o un notaire est bless. Condamn tre trangl et pendu, il fait appel et (en janvier 1463) le Parlement annule le jugement et bannit Villon pour dix ans. Le pote disparat aprs son dernier pome dit Ballade de lAppel.

    La rcurrence du mot testament, repris dans des formes diffrentes, lais et testament, identifie dans la posie de Villon les deux sens majeurs fondant son univers. Dune part le monde est vu partir dun ordre spirituel, majeur et grave. Cest ce sens grave que renvoie le mot testament : dans son sens juridique, le terme dsigne le rglement dun hritage, dans son sens religieux il identifie le rglement de la relation humaine avec la divinit et dans son sens figur, il identifie lhritage spirituel de lhumanit. Mais de lautre ct se construit lautre sens, celui ironique, comique, identifi dans linventaire des donations. Laccent y est mis sur le ridicule, linsignifiance de lexistence humaine est mise en vidence. Lopposition des deux sens suggre lessence mme de la condition humaine hsitant entre linsignifiance, lphmre et le dramatique, le ct grave du statut humain.

    La nature humaine se retrouve dans ses attitudes ternelles : les regrets concernant soit la jeunesse perdue soit une mauvaise situation sociale, soit le regret du temps qui passe et la peur engendre par la vieillesse qui apporte la mort (VOICU, pp. 169-173).

    En dehors des pomes compris dans le Lais et le Testament, quelques pices sont runies dans les Posies diverses et les 11 Ballades en jargon sont souvent mises part.

    Plusieurs formes fixes revtent la posie de Villon. La ballade, qui comprend 3 strophes sur les mmes rimes, termines par le mme vers (refrain) et un envoi (ddicace). Dabord chant, la ballade perd progressivement son accompagnement musical pour dvelopper sa rhtorique et sa thmatique. Le rondeau, une autre forme fixe, peut avoir 2 strophes, une de 5 vers lautre de 3 suivie dun refrain, ou il peut avoir 7 ou 8 vers composs sur 2 rimes (VOICU, pp. 169-173).

    Devoir : Cherchez la signification en identifiant les thmes dans les versions roumaines et franaises des pomes suivants de Villon : Ballade des pendus, Ballade des dames du temps jadis.

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    I. XVIe sicle

    Objectif : Dfinir les lments constituant le courant dides de la Renaissance.

    Notions importantes : Humanistes, Rforme.

    I. COMPOSANTES CULTURELLES

    Renaissance

    Pour les historiens le dbut du XVIe sicle est marqu par la dcouverte de lAmrique par Cristophe Columb, en 1492.

    Le XVIe sicle est pour certains espaces culturels le sicle de la Renaissance, dont les repres temporels sont diffrents : Italie, du XIVe au XVIe sicle, France, Allemagne et Pays-Bas, XVIe sicle.

    La Renaissance cest linfluence rciproque dune double expansion de lhomme : gographique et spirituelle. En Occident surtout, lhomme explore lunivers, le globe, le corps humain. Exemple remarquable : Lonard de Vinci (1452 1519) dont les tudes vont de la gomtrie, la fortification, lirrigation jusqu ltude du vol des oiseaux. Il est dessinateur, anatomiste, sculpteur, architecte, ingnieur, crivain, musicien. Limprimerie (invente en 1450) a des consquences majeures : fixe les textes anciens ou contemporains, ce qui a pour rsultat la naissance de lopinion publique. Le polonais Nicolas Copernic dmontre le double mouvement des plantes, ce qui fait clater tout un systme de croyances religieuses, lhomme ne se trouvant plus au cur de lunivers, selon les vrifications scientifiques.

    Humanisme, humanistes

    Lhumanisme reprsente le mouvement desprit caractrisant les humanistes de la Renaissance, qui se dfinit par leffort dtudier les textes originaux latins et grecs des Anciens et par le dsir de connatre lAntiquit avec son histoire et ses coutumes qui taient les siennes. ce rveil de lesprit critique les humanistes ajoutent le syntagme latin litterae humaniores qui signifie ltude des lettres rend plus digne du nom dhomme . Le mme syntagme dsigne au Moyen ge les tudes profanes, par opposition aux tudes religieuses, auxquelles elles sont infrieures. Ce changement radical trouve, historiquement parlant, ses explications, entre autres, dans lexode des savants grecs chasss (aprs la conquise de Constantinople par le Turcs, en 1453) en Italie o ils enseignent la langue grecque. Lhumaniste est dabord un rudit qui tudie les textes antiques dans leur langue originale, la diffrence de beaucoup de textes grecs connus au Moyen ge seulement par leurs traductions latines. Et si au Moyen ge lhomme regarde Dieu, lhomme de la Renaissance regarde lhomme.

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    La Rforme et ses consquences

    Aprs avoir critiqu, en 1517, le pouvoir de pape de vendre des Indulgences qui peuvent pardonner tous les pchs, Luther publie en 1534 la traduction allemande de la Bible. Lautorit des textes sacrs latins cesse. La libert de la pense, lesprit critique ce sont les consquences majeures que la Rforme dtermine dans le courant dides quest la Renaissance. Une nouvelle religion soppose ainsi au pape et le protestantisme revt plusieurs formes, dont lvanglisme en France qui inquite le roi. Si initialement Franois Ier, influenc par sa sur Marguerite de Navarre, protge les vanglistes, aprs laffaire des placards (affiches contre la messe sur la porte de la chambre du roi) il ragit, contraint par la Sorbonne, qui est lautorit religieuse. Cest le dbut des perscutions. Clment Marot sexile en Italie aprs sa condamnation la mort, dautres sont excuts en place publique. En 1546, Etienne Dolet, imprimeur, est brl vif pour les textes hrtiques dits. Entre 1562-1598 la France subit une srie de massacres, le plus clbre tant celui de 1572, de la Saint-Barthlemy, quand Paris des catholiques assassinent des milliers de protestants.

    Retrouvez : - La signification de la Renaissance. - La signification de lhumanisme.

    II. LA POSIE du XVIe sicle

    Objectif : - Lidentification des modles, des formes, du contenu de la posie. - Identifier la constitution de ce quon appelle une cole potique.

    LA POSIE au dbut du XVIe sicle

    Clment Marot (1496-1544) est dune part le pote officiel, clbrant dans ses rondeaux, ballades et pigrammes les vnements du rgne. Dautre part cest le pote scandaleux qui mange du lard en carme (signe de luthranisme ) et, dnonc par la Sorbonne, il est emprisonn, exprience dcrite dans Enfer, une satire des gardiens de prison double dune rflexion trs humaniste sur la libert individuelle et la justice. Les ptres, crits pendant lexil, sont une satire du monde qui lentoure, dans sa clbre ptre au Roy il essaie de convaincre Franois Ier de sa fidlit

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    la Couronne. Marot abandonne peu peu les formes hrites du Moyen ge, la ballade, le rondeau, qui est le genre de la posie courtoise et amoureuse. Il assure le passage des Grands Rhtoriqueurs (dont la posie recherche valorise la versification et les raffinements stylistiques et moins limagination) une posie plus personnelle, et cest lui qui introduit en France le sonnet (ZRNESCU, pp. 96-104).

    La Pliade Le groupe et la potique commune

    Vers le milieu du XVIe sicle (1547) trois jeunes (entre seize et vingt-cinq ans) runis autour dun savant hellniste, Jean Dorat, enseignant au Collge de Coqueret Paris, connaissent les potes grecs et latins, Homre, Virgile, Horace mais galement les italiens Ptrarque, Arioste. Ce premier noyau form par Joachim du Bellay, Pierre de Ronsard et Jean Antoine de Baf, slargit par larrive dautres potes mais autour de quatre grands : Ronsard, Du Bellay, Jodelle et Baf.

    Le manifeste littraire et la potique commune

    Aprs la publication de lArt potique par lavocat Thomas Sbillet (1548), les lves de Dorat rpondent par un ouvrage polmique : Dfense et Illustration de la langue franaise, sign par Joachim du Bellay. Sans tre thoricien proprement dit, Joachim du Bellay expose dans Dfense et Illustration de la langue franaise ses opinions concernant le pote et la posie. Linspiration est galement importante que le fait de travailler la langue employe par la posie. Il ne suffit pas, dit Joachim du Bellay, le gnie pour tre pote mais Qui veut voler par les mains et les bouches des hommes, doit longuement demeurer en sa chambre et Sur tout nous convient avoir quelque savant et fidle compagnon, ou un ami bien familier, voir trois ou quatre, qui veuillent et puissent connatre nos fautes, et ne craignent point de blesser notre papier avec les ongles (Dfense et Illustration de la langue franaise, II, 11). Le pote doit galement suivre des rgles. Les Anciens sont le modle qui nourrit la posie de la Pliade, et non pas une simple imitation. Ce modle intresse la langue galement, et recourir aux mots grecs pour enrichir le franais est une ncessit, les Latins ont eux-mmes enrichi leur langue par des emprunts au grec. Les genres traditionnels du Moyen ge, le rondeau ou la ballade ne sont plus accepts par Du Bellay. Le pote doit suivre les genres antiques nobles reprsents par lode ou lpope. Et en ce qui concerne les genres nouveaux il faut prendre le sonnet pratiqu par Ptrarque.

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    Joachim du Bellay (1522-1560)

    Les Regrets (1558) reprsentent un recueil de 191 sonnets. Son voyage Rome qui devait tre le rve de voir lItalie, devient pnible. Pendant les six ans dexil il se sent abandonn par sa mre patrie. Les sentiments communiqus, les dceptions mais surtout la nostalgie du pays natal donnent une posie de la plainte, llgie, qui rappelle les traditions grecques et latines. Les pomes sont aussi une critique sociale ou religieuse ladresse du monde romain, attitude suivant le mme modle latin, de sorte que lexprience personnelle est double de la tradition littraire. Les Antiquits de Rome (1558) Le recueil contient des sonnets et son titre rsume les thmes dvelopps : Le Premier Livre des Antiquitez de Rome contenant une generale description de sa grandeur et comme une deploration de sa ruine. Plus un songe ou vision sur le mesme subject . Cest un thme traditionnel abord dans une manire qui prfigure le baroque (ZRNESCU, pp. 120-124).

    .

    Pierre de Ronsard (1524-1585)

    Aprs avoir conquis la gloire avec les Odes (1550) et les Amours de Cassandre (1552), Pierre de Ronsard est appuy par Marguerite de Navarre auprs du roi, lui conseillant une posie plus simple. Il devient le pote officiel dont les ides sont exposes dans Discours des misres de ce temps.

    Les Quatre Premiers Livres des Odes, illustrent linspiration des formes potiques de lAntiquit. Ronsard reprend ainsi le modle de lode inspir par les potes grecs, Anacron et Pindare ou par le latin Horace. Lode anacrontique est une forme peu contraignante la diffrence du rondeau, de la ballade et du sonnet. Lode pindarique qui est un pome de clbration, est repris par Ronsard dans son premier recueil. Dans son Ode Michel de lHspital Ronsard clbre celui qui le soutient auprs du roi.

    Lcrivain de la Pliade, Pierre de Ronsard, connat en 1545 Cassandre Salviati qui se marie lanne suivante, devenant ainsi une nouvelle Laure inspirant un nouveau Ptrarque. Dans les Amours, un recueil de 183 sonnets, le pote compose pour Cassandre le Premier Livre. Dans un des sonnets y inclus on retrouve des figures courtoises, Bel-Accueil et Faux-Danger, et son amour est exprim dans la tradition courtoise : Amour me tue, et si je ne veux dire / Le plaisant mal que ce mest de mourir / Tant jay grand-peur quon veuille secourir / Ce doux tourment pour lequel je soupire. Le Second Livre contient les Sonnets pour Hlnes. Dans les Amours de Marie le pote donne limage de la vie rustique, de la nature, reprenant la tradition des potes bucoliques latins comme Virgile, choisissant la simplicit de lexpression et de limage.

    Les Hymes, o le thme majeur est le rapport homme-nature, chantent galement le ciel, les toiles, les princes et les rois, exprimant la supriorit de lhomme dans ses rapports avec la nature. Ronsard peroit un monde ternellement entran dans le mouvement cr par les forces naturelles de la vie et de la mort. Cette vision de lhistoire et de lunivers prfigure la posie baroque ou Montaigne. Hyme la mort donne cette image de linstabilit :

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    Mais la forme se change en une autre nouvelle, Et ce changement l, vivre au monde sappelle, Et mourir, quand la forme en une autre sen va.

    (ZRNESCU, pp. 112-119).

    - Quels sont les potes officiels ? - Quels sont les reprsentants de la Pliade ? - Quelles sont les thories de la Pliade ? - Quelles sont les formes traditionnelles et les formes nouvelles de la posie du XVIe sicle ? - Quel est le contenu des pomes ou des recueils de pomes les plus reprsentatifs du XVIe sicle ?

    III. Franois Rabelais (1483 1553)

    Objectifs : - Identifier les ides humanistes refltes dans luvre de Rabelais. - Dfinir le rire chez Rabelais

    N prs de Chinon, en Touraine, dans une famille de juristes, Franois Rabelais se fait moine chez les Franciscains, ensuite chez les Bndictins. Il abandonne lhabit monacal pour tudier la mdecine. En 1532 il est mdecin Lyon o il publie le premier roman Les Horribles et Epouvantables Faits et Prouesses du trs renomm Pantagruel, roi des Dipsodes et deux ans plus tard, 1534, il publie La Vie trs horrifique du grand Gargantua, pre de Pantagruel . Les deux ouvrages sont condamns par la Sorbonne (cest lpoque de lAffaire des Placards ).

    Gargantua Rsum

    Le livre commence, aprs un prologue, par voquer la naissance de Gargantua, fils de Grandgousier. N par loreille de sa mre Gargamelle, aprs une gestation de onze mois, au lieu de crier comme les autres enfants il demande en scriant : A boire ! A boire ! (VI). Sensuit la prsentation de lenfance du jeune gant qui passe son temps boire, manger et dormir ; manger, dormir et boire ; dormir, boire et manger (XI). Dans plusieurs chapitres (XIV XXIV) Rabelais critique dune part lenseignement de la Sorbonne et dautre part il prsente lidal pdagogique de la Renaissance. Grandgousier assure finalement lducation de son fils par un prcepteur humaniste, Ponocrates. Gargantua part avec son pdagogue humaniste Paris, o le gant te les cloches de Notre-Dame pour garnir sa jument. Lducation humaniste (XXI XXIV) occupe tout le temps du gant accompagn par son rptiteur mme aux lieux secrets . La guerre picrocholine se dclenche (XXV) pour une raison infime : les vendeurs de fouaces du pays de Picrochole refusent de vendre leurs produits aux bergers de Grandgousier, qui fait tout pour viter la guerre mais son voisin dvor dambition refuse la conciliation et ses troupes se mettent inconsidrment en guerre dvastant la contre de Grandgousier. Frre Jean des

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    Entommeures (XXVII) extermine tous ceux qui attaquent son abbaye. Malgr les gestes pacifistes de Grandgousier, Picrochole ne renonce pas la lutte. Grandgousier est victorieux mais pour empcher une autre guerre il accorde aux vaincus tous leurs biens, ses fidles des terres et veut donner Frre Jean des Entommeures une riche abbaye. Il la refuse mais demande la fondation dune autre selon ses propres projets. Ce sera Thlme (qui signifie volont ).

    Comment lire ? Si Rabelais prend le modle mdival du rcit, il le transforme profondment par le bouleversement de lordre des lieux et des temps, par larrt de lhistoire pour des digressions : lune concerne la dure des grossesses dans le rcit des origines familiales, une autre, le symbolisme des couleurs, en parlant des vtements de Gargantua. Le gigantisme est pris par Rabelais dans le folklore, dans les mythes celtiques. Il permet de dvelopper le fantastique et le merveilleux. Les gants ne sont pas des monstres, mais tout au contraire, gnreux et bienveillants. Le gigantisme permet un certain comique des dimensions et des quantits, suggrant lnormit des proportions. Cette vision est applique aux vtements, la nourriture du gant bb, ses jouets. Ladolescent mange par mgarde quelques plerins en salade.

    Pantagruel Rsum

    Semblablement la structure du roman chevaleresque, le livre prsente la gnalogie avec ses lgendes, la naissance, lenfance. Aprs le prologue, on apprend la naissance du gant Pantagruel, mais aussi la mort de Badebec, sa mre, laccouchement. Hsitant entre les tudes de mdecine et de droit, le hros entreprend un voyage pour connatre les Universits de France (Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Avignon, Bourges, Orlans). Ce tour finit Paris, o le pdantisme dun tudiant limousin, fait ragir Pantagruel, qui le punit. La bibliothque de labbaye Saint-Victor dvoile la strilit dune ducation purement livresque. Le hros reoit de son pre une lettre exaltant lhumanisme qui lui veille un plus grand dsir dtudier. Pantagruel rencontre Panurge qui pour se prsenter parle dans toutes les langues du monde et ce nest que finalement quil emploie le franais. La ruse de Panurge apporte la victoire de Pantagruel engag dans un dbat publique contre le savant Thaumaste. Dans lpisode droul dans le pays dUtopie envahi par les Dipsodes, ces derniers sont vaincus par Pantagruel et ses compagnons grce la ruse mais galement aux interventions surnaturelles. pistmon ( le sage ) regagne sa tte coupe dans les luttes, grce la poudre que Panurge portait toujours en une de ses fasques . Ramen la vie, pistmon raconte ce quil a vu aux Enfers : les puissants mnent une vie misrable et par contre ceux discrdits par ce monde jouissent de tous les pouvoirs.

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    Thmes et genres

    Les fictions de Rabelais sont peuples par les gants pour plaire au public de lpoque. Les rcits folkloriques sont apprcis, tout comme le roman de chevalerie. Mais lauteur parodie galement la narration pique et chevaleresque : les batailles, les duels et les personnages surhumains de Pantagruel qui vainc six cent soixante chevaliers et trois cent gants (XXIII XXXIV). La mme parodie pour les guerres picrocholines de Gargantua o le roi sage du royaume dUtopie qui est Grandgousier triomphe de son voisin le roi ambitieux et belliqueux, Pricrochole. Le domaine de lducation est galement critiqu pour promouvoir en mme temps les idaux de la Renaissance. Dans lidal humaniste qui dnonce la guerre, on identifie lattitude pacifiste de Rabelais.

    Tous les problmes graves, la guerre, lducation, le droit et la religion sont envisags par rapport aux institutions qui les reprsentent. Ce rapprochement permanent entre le srieux et le comique dmontre la possibilit de pouvoir tout parodier, sans limites, mme les autorits. Rabelais publie ainsi son premier livre sous le pseudonyme de Matre Alcofrybas Nasier, tant conscient du danger dtre condamn par la Sorbonne et mme dtre jug hrtique, risquant ainsi dtre brl vif.

    Le jeu avec les mots

    Le personnage pris dans le rcit populaire qui inspire Rabelais dans son Pantagruel est dailleurs trs familier dans les mystres du Moyen ge. Cest un diablotin qui peut insuffler la soif aux ivrognes. Cette qualit emprunte au personnage populaire est annonce ds le titre du livre, Pantagruel roi des Dipsodes , o le mot Dipsodes renvoie au grec dipsa soif . Et partir de cet tymon le franais a dipsomanie (alcoolisme). Dans le titre du premier livre (chronologiquement parlant), dans le prologue, le syntagme abstracteur de quinte essence fait allusion une opration chimique, suggrant une 5e cuisson dans le processus de transformation dun lment. la fin de cette tape pourrait ainsi rsulter une 5e essence c'est--dire la quintessence . Le prologue a lintention de raliser une nouvelle relation entre le livre et ses lecteurs, auxquels Rabelais sadresse par Buveurs trs illustres . Le dernier mot du syntagme renvoie au champ lexical brillant, enlumin, clair suggrant le visage color de celui qui boit. Mais le vin, galement ambigu, source de vie et source dexcs, suggre ses effets trs diffrents. Cette valorisation du vin revient dans une autre scne parodique. Dans le Cinquime livre les Pantagruelistes descendent au Temple de la Dive Bouteille o la prtresse Bacbuc revt Panurge dun costume rituel et lui fait excuter plusieurs gestes mystrieux pour pouvoir entendre le mot de la dive bouteille. Et ce mot mystrieux la qute duquel Panurge voyage ds le Tiers Livre (1546) est Trinch , bois en allemand. La question qui engendre langoisse de Pantagruel, et par consquent ce long voyage, est de savoir sil doit ou non se marier, de peur de ne pas tre tromp. (CIUCHINDEL pp. 155-161)

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    - Quelles sont les sources de son uvre ? - Quelles sont les modalits de raliser le comique ? - Quelle est la dimension du comique chez Rabelais ? - Quels sont les aspects caractrisant lhumanisme, retrouvs chez Rabelais ? - Quels sont les aspects de la vie de lauteur reflts dans son uvre ? - Quels sont les personnages ? - Comment sont construits les personnages ?

    IV Les autres formes narratives. Marguerite de Navarre (1492-1549)

    Objectif : Identifier dautres formes narratives

    Loeuvre de Rabelais qui contient une mme histoire dans ses cinq livres reprsente une exception. Dans cette poque les rcits en prose sont gnralement des textes courts, subissant dune part linfluence des contes populaires, oraux, dautre part linfluence de Boccace avec son Dcamron (1351). L Heptamron de Marguerite de Navarre suit le modle italien dans une traduction rcente. Si le Dcamron de Boccace est le recueil de nouvelles cadre o pendant dix jours dix devisants racontent chacun une histoire par jour, Marguerite de Navarre veut composer cent histoires, mais le temps lui manque, et son uvre en contient soixante-douze, publies aprs sa mort. Son uvre est originale par lintrt moral et psychologique qui dpasse lintrt narratif (CHIUCHIDEL, pp.139-143).

    - Quel est le modle de Marguerite de Navarre ? - Quels sont les aspects originaux de LHeptamron ?

    V Michel de Montaigne (1533-1592)

    Objectif : Identifier lhumaniste Michel de Montaigne et dcouvrir le nouveau genre dans les Essais .

    Michel de Montaigne (1533-1592), nat dans le Prigord, prs de Bordeaux, dans une famille de ngociants anoblis depuis peu. Michel reoit au chteau personnel une ducation humaniste, aprs une enfance vcue auprs des paysans pour apprendre rester auprs du peuple. Un prcepteur allemand lui enseigne exclusivement le latin comme langue vivante et toutes les personnes de la famille doivent lui parler le latin et non le franais : Quant au latin qui ma t donn pour naturel. Dans son apprentissage le jeu occupe un grand rle et non les contraintes. Il tudie la philosophie Bordeaux, le droit Toulouse puis Paris. 24 ans il est nomm conseiller au Parlement de Bordeaux o il connat un autre jeune magistrat, tienne de La Botie, dont la mort, 6 ans plus tard le marque profondment. Aprs la mort de son pre, il vend sa charge et se retire dans son chteau o il commence lexprience des Essais . En lisant il fait des

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    notes, des rflexions. Des crivains antiques, Csar, Snque, Ovide, Horace, Virgile, Lucrce mais aussi des crivains modernes nourrissent ses Essais , dont il publie 2 livres en 1580. Sa maladie, la gravelle, loblige faire, le mme an, un voyage pour se gurir. Il traverse la France et arrive en Allemagne et en Italie. Comme maire de Bordeaux il dfend la ville contre les protestants et contre les ligueurs, son attitude tolrante le rendant suspect aux deux partis. Il est mme emprisonn quelques heures par les ligueurs en 1588 pendant un voyage Paris. Les annes de la partie finale de sa vie sont marques par les guerres de Religion.

    Les Essais ont 107 chapitres runis en 3 livres. Le but est celui de se connatre. Reprenant le principe grec Connais-toi, toi-mme Montaigne considre lcriture un moyen de se connatre et cette connaissance de soi-mme permet ensuite celle du monde. Quelle est la mthode ? Essayer son jugement sur des sujets diffrents, do le sens premier de lessai, qui dsigne la manire dcrire.

    Ds son Avis au lecteur Montaigne explique la conception de ses Essais, o la peinture du moi reprsente un lment essentiel. Consacr ses parents et ses amis le livre leur montrera quelques traits de la manire dtre de lhomme Montaigne. Mais la tentative biographique est dpasse dans le portrait de lhomme en gnral. Ses replis, o le singulier possessif signifie lhomme, est rattach au pluriel possessif notre esprit, qui signifie lhumanit. Il sobserve comme un simple chantillon de lhumanit : chaque homme porte en soi la forme entire de lhumaine condition (III, 2, Du repentir). Montaigne voit que la connaissance de soi lui donne la possibilit de mieux comprendre les autres : Cette longue attention que jemploie me considrer me dresse juger probablement [assez bien] des autres.

    Cette dmarche de lcriture sur soi suppose louverture sur lautre, et dans cet effort de se faire comprendre Montaigne affirme lauthenticit et la fidlit, Me peignant pour autrui je me suis peint en moi de couleurs plus nettes qui ntaient les miennes premires (11, 18).

    En poursuivant cette mthode de connaissance par lcriture, lobjet se modifie, puisque pendant sa formation lcriture forme aussi son auteur : Je nai plus fait mon livre que mon livre ne ma fait, livre consubstantiel son auteur (11, 18).

    Les ides philosophiques de Montaigne, contenues dans sa vision du monde, sont identifies habituellement dans trois tapes :

    1) Le stocisme, sous linfluence de son ami La Botie, qui reprsente le stoque cherchant une mthode de surmonter la souffrance et dapprendre mourir. Mais ce que retient Montaigne du stocisme ce nest pas la force de lhomme, mais tout au contraire sa faiblesse.

    2) Le scepticisme des philosophes de lAntiquit dune part, dautre part la violence, les guerres civiles de ses contemporains, ont pouss Montaigne vers le scepticisme, vers le doute, en consquence. Cette attitude est dveloppe surtout dans Apologie de Raimond Sebond. Initialement Montaigne dfend le thologien espagnol qui considre avoir des arguments pour la foi et la connaissance de Dieu. Mais ensuite Montaigne critique la raison humaine et la sagesse humaine qui doivent reconnatre leur faiblesse, car sans le secours de Dieu, lhomme est infrieur aux animaux qui, eux, ont leur instinct.

    Dans un univers changeant, dans un monde des contradictions o les faits sopposent les uns aux autres, lhomme ondoyant et divers ne peut pas raisonner facilement. Cest ce qui rapproche Montaigne de la vision baroque du

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    monde : toutes choses branlent [Bougent] sans cesse dit-il dans Du repentir, Livre III, 2.

    Ce chapitre raffirme le projet annonc dans lAvis au lecteur : lcriture de soi. La difficult dune telle dmarche est dtermine par linstabilit universelle qui influence son criture. En se rendant compte du caractre droutant dun tel discours, qui change frquemment de perspective, lauteur sefforce de prsenter la lgitimit de sa dmarche en saisissant le processus du devenir qui touche la foi lhomme et lcrivain, lobserv et lobservateur impliqus dans un mcanisme perptuel, que Montaigne prcise :

    Je ne peins pas ltre. Je peins le passage

    3) La dernire perspective philosophique des ides affirmes par Montaigne vers la fin de la vie valorise la connaissance acquise par soi-mme. Mais il se rend compte que ce genre de connaissance peut tre dnature par lamour propre. Et cest ici que le scepticisme de Montaigne devient une remise en question de toute opinion acquise. Et plus prcisment on retrouve son scepticisme dans une critique radicale des murs, des savoirs, des institutions, et cette remise en question reprsente le ct moderne de la pense de Montaigne car le scepticisme aide rconcilier les inconciliables et dirige lhomme vers la tolrance parce que si lhomme ne sait rien de lui-mme, comment peut-il savoir du monde ou de Dieu ? Le scepticisme ne conduit pas Montaigne abandonner toute forme de connaissance mais il arrive une forme de doute qui engendre des questions, ce qui reprsente une forme de connaissance dont les acquis toujours provisoires demandent continuellement tre dpasss : Nous sommes ns quter la vrit ; il appartient de la possder une plus grande puissance .

    Montaigne et lhumanisme

    Les humanistes considrent que la connaissance et lducation rendent lhomme meilleur. Chez Rabelais on retrouve un programme encyclopdique la mesure du gant Pantagruel qui doit devenir un abme de science.

    Chez Montaigne cet encyclopdisme se retrouve dans le cosmopolitisme. En dehors de lenthousiasme engendr par la dcouverte dun nouveau monde, cette attitude se construit par lintermdiaire des Anciens. En disant que lhomme doit voir du-del de son nez, Montaigne rappelle Socrate, qui demand do il est, il ne rpond jamais dAthne mais Du monde, rponse o lon retrouve la notion didentit incluant celle daltrit.

    La devise des humanistes litterae humaniores signifiant ltude des lettres rend plus digne du nom dhomme se retrouve chez Montaigne dans le chapitre De trois commerces o il dit Je suis n [...] la socit et la lecture (III, 3). Il y voque ses amitis : avec les hommes, avec les femmes et le commerce avec les livres. Ce troisime commerce celui des livres est plus sr et plus nous que les autres, affirmation qui fait lcho de litterae humaniores.

    Mme sil parle peu des vnements troubles de son poque, il cherche comprendre ses contemporains en lisant les historiens pour construire un dialogue du pass avec le prsent o les Anciens (Alexandre, Csar) ont le rle de modle.

    Repoussant lducation collective, Montaigne accorde importance la nature individuelle de lenfant, qui doit tre duqu par un prcepteur. Influenc

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    par Erasme qui dit Le premier degr de savoir est lamour de son prcepteur, Montaigne exige un dialogue entre le prcepteur et llve. Lenfant doit avoir un jugement critique, o le mot critique signifie trier, il faut donc trier ses connaissances et les confronter dautres. Lducation pour Montaigne signifie louverture sur la vie et les hommes : Que le monde soit le livre de mon colier.

    Il dsapprouve la mthode qui fait llve redire ce quon lui dit, et le professeur doit avoir plutt la tte bien faite que bien pleine. (TOMA, pp. 51-55) - Retrouvez les influences des ides humanistes dveloppes chez Montaigne. Identifiez : - Les aspects biographiques exposs dans luvre de lhumaniste. - Les aspects biographiques exposs dans le nouveau genre. - Des influences philosophiques chez Montaigne.

    1) Datez les textes: 1. Cantilne de sainte Eulalie a) 880 2. Vie de saint Alexis b) 1040 3. Serments de Strasbourg c) 842

    Rponse : 1a, 2b, 3c

    2) Quel est le personnage envoy par Charlemagne Saragosse ? a) Roland b) Olivier d) Marsile d) Ganelon

    Rponse : d.

    3) Identifiez les crivains illustrs par les textes suivants de leurs uvres: 1. Fais ce que tu voudras A. Villon I Essais 2. Je meurs de seuf auprs de la fontaine B. Montaigne II Gargantua 3. Plutt la tte bien faite que bien pleine C. Rabelais III Ballade du concours de Blois

    Rponse : 1CII, 2AIII, 3BI

    4) Regroupez les lments constituant lunivers des uvres appartenant aux crivains respectifs: 1. parodie des exploits chevaleresques et verve A. Essais linguistique 2. ironie, parodie, mlancolie, satire B. Gargantua et Pantagruel 3. lhomme et la conscience de soi-mme C. Testament

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    I Villon II Montaigne III Rabelais

    Rponse : 1BIII, 2CI, 3AII.

    5) Identifiez les personnages dans les textes des crivains suivants: 1. Montaigne A. Mais o est le preux Charlemagne? a) Essais 2. Rabelais B. Parce que ctait lui; b) Gargantua et Pantagruel parce que ctait moi 3. Villon C. Pantagruel, roi des Dipsodes c) Ballades des seigneurs du temps jadis

    Rponse : 1Ba, 2Cb, 3Ac

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