Installation de Julie Bessard   la Fondation Saint-John ...fon .Julie Bessard La n©cessit© d’un

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  • O I S EAUX

    Installation de Julie Bessard la Fondation Saint-John Perse,

    Cit du Livre, Aix-en-Provence,du 22 juin au 24 novembre 2012

  • O I S EA U X

    32 J U

    L I E B E S S

    A R D

    Saint-John Perse, Oiseaux, I

    Linstallation de Julie Bessard transfigure totalement lespace de la Fondation. J.B.

    Ce sont ces vers plus que dautres peut-tre que mvoque linstallation de Julie Bessard la Fondation Saint-John Perse. Dans une lumineuse pnombre sont poses, prtes lenvol, les ailes majestueuses et improbables doiseaux rver, tandis que, comme sils staient dj immobiliss sur la rive, leurscompagnons incandescents les veillent. Levisiteur rve. Moment drob tout, sauf laposie. Asctisme du vol! crit encore le pote.

    C H AT O I E

    M E NT S D

    E L E N V O

    L

    P A R MU R I E L

    C A L VE T D I

    R E C TR I C E

    D E L A F O N D

    A T I ON S A I

    N T - J OH N P E

    R S E

    C.F.

    Cest une grande chance pour la Fondation davoir pu accueillir les uvres de Julie Bessard. Lamagnificence chatoyante des oiseaux tient dudfi. Il faut la merveilleuse patience cratrice de lartiste pour, agrafe aprs agrafe, crer ces oiseaux dont laprsence irradie dune aura secrte, totmique. Lalumire et limage vido tiennent du mme mystre. Prsentes, indispensables, elles sont pourtant comme deviner. Tout oscille dun lent et paisible mouvement baign dans une atmosphre de magie que limage projete, infime et dlicate, signe comme un pome.

  • Julie BessardCes formes, qui reviennent sans cesse dans mon travail, que ce soit en dessin, enpeinture ou en volume, me sont essentielles. Ce sont toujours cesfigures qui surgissent et qui sont nes de lancessit dhabiter cet espace-l. Cest une rponse lenfermement gographique et intrieur, formes qui prennent souvent la forme dailes.

    Antoine SpireQuand je vois cette exposition, jeperois la recherche de lautre, je vois la filiation Saint-John Perse/Chamoiseau/Julie Bessard dans cette qute pour apporter ce qui avait t oubli: lexistence. Quand on regarde lexposition, on voit que les oiseaux nous amnent vers lautre et lon peroit un tel mouvement, une telle dynamique, une telle nergieque lon pressent cette nergie aller vers lautre.

    Julie BessardJespre que lnergie que jai insuffle mon travail suscitera une relation comme celle que jai noue avec lcriture de Saint-John Perse. Ctait trs impressionnant de se tenir ct de ce texte que je nai pas beaucoup lu car je voulais quil reste comme un foudroiement chaque fois que jen lirai un passage. Mon travail ne prtend pas illustrer lintgralit des Oiseaux, mais a t orient par des morceaux du texte qui mont particulirement parl et mme provoqu des visions despace. Cette srie de chants, que je nai pas fini dexplorer, reste pour moi encore mystrieuseet inaccessible.

    O I S EA U X

    54 J U

    L I E B E S S

    A R D

    Antoine SpireNous voil loin de la dcoration. Cest la connaissance poursuivie comme une recherche dme et la nature enfin rejointe par lesprit, aprs quelle lui a tout cd , crit Saint-John Perse dans Oiseaux. Cest la premire question que je voudrais aborder avec Julie Bessard car Saint-John Perse tait trs attach cette notion de recherche dme, particulirement dans ce texte.

    Julie BessardJe ne vois pas d autre ncessit de crer que cette recherche essentielle de la manire dtre au monde.

    Antoine Spire Il y a des petits lans de vcu commun que recre lartiste, disait Saint-John Perse.Sont-ils prsents chez vous?

    Julie BessardLa ncessit dun rapport la nature et de proximit avec des nergies ma fait rester en Martinique pour vivre et crer. Essayer de ressentir la feuille, larbre, loiseau, sont des pratiques qui me sont familires. Cest parce que je sens une proximit et que je pense pouvoir la porter que je cre, cest ma traduction de ces petits lans communs.

    Saint-John Perse, Oiseaux, XIII

    Cet entretien entre Julie Bessard & Antoine Spire

    a eu lieu la Cit du Livre, le soir du vernissage de lexposition,

    le 22 juin 2012.

    J.B. Julie Bessard dans la lumire du Grand corset qui ponctue le 3e tableau de linstallation.

    E N TR E T

    I E N

    A V E C A N T O

    I N E SP I R E

    ( E X T RA I T S )

    Antoine SpireLoiseau habite la mtamorphose, dit Saint-John Perse. Je trouve cette phrase trs prsente dans lexposition car cest vraiment la mtamorphose des oiseaux qui est en face de nous et ceci grce notre imagination qui nous emmne comme sur un aronef pour aller explorer quelque chose qui est le monde de lautre, un monde extrmement diffrent de celui o nous risquons dtre enferms, quelquefois sans issue par rapport ce qui se passe aujourdhui. Sans solution, nous sommes amens partir pour nous mtamorphoser et loiseau ouvre sur cette mtamorphose, cest cela qui est extraordinaire.

    Julie BessardLimaginaire est oblig de se mettre en place pour trouver une manire de supporter lenfermement que je ressens en habitant sur une le et, bien sr, il y a le dsir de chercher dans le temps, lespace et dans les cultures une identit qui ne soit pas celle que lon nous impose.

    Antoine SpireJulie Bessard ne travaille pas sur lidentit antillaise comme un combat politique, mais sur ce sur ce mal-tre qui lui donne cette nergie pour rester dans cette le et en mme temps souhaiter en sortir. Saint-John Perse parlait la fois de lenfermement dans lle et de la ncessit de sen extraire pour essayer de partir vers le tout autre, ltranger, vers tout ce qui est extrieur. Ces formes sont un moyen dexplorer le monde et nous ouvrent lapossibilit de lexplorer.

    Le mur des Ailes rouges mues par le vent. C.F.

    F.L.

  • O I S EA U X

    76 J U

    L I E B E S S

    A R D

    Nous sommes sortis de ces postulations identitaires qui avaient besoin de signeset de symboles, de signalisations ethno-territoriales, du rapport formalis a uneculture, une histoire, une conscience decommunaut, la monstration et ladmonstration des absolus deltre cette manire dexister la verticale exclusive dans lexistant du monde. Saint-John Perse lavait compris: arc-bout dans son universel, chevel dans le dsir de ne relever daucun temps, daucun territoire, daucune culture, daucune chausse du monde, il stait efforc dhabiter et son nom et la posie; et pour cheminer, il mobilisait lesarchtypes mythiques, symboliques ou religieux du monde entier, comme si sa posie avait su demble que les temps primordiaux recelaient des nergies qui nous seraient utiles, nous tous aujourdhui, et quils nous permettraient de rinstaurer des relations de connivences avec lemonde, la nature, lespeuples et les imaginaires. Chaque pome de Perse pousse cette tranget. Dune forme son ombre, dune ombre sa forme, Julie Bessard invoque cette mme tranget o rde les signes anciens, des ombres animales, des formes au-del de lhybride que loncroit reconnatre, qui se droulent sans fin, comme un rcit, et qui reste ouvertes comme des chants et des fables, et qui nous disent que le monde qui fait monde est en train de renatre, quil va de nouvelles enfances, et quil faut nous tenir prts vivre cette aventure. Nous maintenir endevenir[in Christiane Falgayrettes-Leveau (dir.), Animal, ditions Dapper, 2007]

    I N C OM M E

    N C EM E N

    T S

    M D IT A T I O

    N S A UP R S

    D E J UL I E B

    E S S A RD

    P A R PA T R I C

    K C H AM O I S E

    A U ( EX T R A

    I T )

    Lenvol des Grandes ailes dans le bleu du ciel. C.F.

    F.L.

  • O I S EA U X

    98 J U

    L I E B E S S

    A R D

    LEnvol, Fondation Clment, Martinique, 2007.

    Ombres portes, cmac, scne nationale, Martinique. R.C.

    ENTRE CIEL ET MER, JULIE BESSARD, UNE CUISINIRE CLESTEClaude Bago, ralisatrice Une cuisinire donc, mais du genre cleste, de celle qui travaille en lvitation dans un espace indit, quelque part entre trivialit et sublime. Elle coud, elle casse, ellearrache, elle cloue et paradoxalement fait merger des figures ariennes qui sattardent entre Elle organise des constellations alatoires ou part la dcouverte dquilibres fragiles, en laborant des formes non identifiables, qui stirent parfois mouvantes, simplement en devenir. Que lamagieadvienne! Puisse le vent du large souffler jusqu nous. On vous invite au voyage vers unintemporel, un suspendu Et alors? dira lincrdule Alors! Laissons-nous toucher par la grce. Rvons. A U

    T R ES

    E X P

    O S IT I O

    N S

    Le Dragon de lexposition Ombres portes

    au Muse Dapper, Paris, 2008.

    LART EST SOUVENT UNE MANIRE DE SUPPORTER LE MONDEentretien de Virginie Andriamirado avec Julie Bessard (extrait), Africultures, 2008

    Vous travaillez beaucoup sur la prsence/absence, jouant sur les oscillations dombre et de lumire, de mouvement et dimmobilit. Comme si vous creusiez lentre-deux. Cest ce qui motive la base de luvre?

    Oui. Je travaille aussi sur lapparition et la disparition, la perception des choses et leur fragilit. Il y a unparadoxe dans ces pices qui sont ralises avec beaucoup dagrafes, ncessitant des mouvements rptitifs. Elles sont trs matrialises, travailles, habites par la ralisation et en mme temps leurprsence avec les ombres les rend fragiles, elles crent des choses qui disparaissent. Les uvres ne sont jamais sres de leurs ombres ni de leur double, donc de leur image et de leur identit.

    DU FANTASTIQUE, DE LONIRIQUE ET DE LUTOPIEJean Marie-Louise, in Recherches en esthtique, 2005

    La production artistique de Julie Bessard est exemplaire de la manire dapprofondir la relation qui unit lart lintime. Pour rendre visible cetterelation, Julie Bessard procde par une approche intellectuelle et sensible qui autoriserait si telle tait lintention

    lanalyse de son uvre sur deux modes. Lun, proccup de la forme, s