I-LE PEUPLEMENT CELTIQUE ET LA ROMANISATION

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  • I-LE PEUPLEMENT CELTIQUE ET LA ROMANISATION

    La germanisation d'importants territoires de l'Empire romain en de du Rhin, de-puis le pas de Calais jusqu' la Suisse, et les vicissitudes, partir de 843, des acquisitions territoriales de ce qui deviendra l'tat fran-ais sont, conjointement, l'origine de la Wallonie, ne politiquement il y a quelques annes peine. Encore fallait-il que les populations qui occupaient l'actuel pays wallon aient t trs largement acquises la langue latine. Pralable qui nous est trop familier, mais qui ne va pas de soi. Ainsi la langue basque continue, en cette seconde moiti du XXe sicle, d'tre parle de Bayonne Bilbao mme si, au temps de l'Empire, elle a cd beaucoup de terrain de-vant le latin. C'est dire que la conqute par les Romains des peuples celtiques de Gaule a t suivie d'une assimilation culturelle par-faitement russie. Ce succs colonial dcisif vaut qu'on s'interroge sur son mcanisme alors mme que les dernires colonies euro-pennes achvent de disparatre. Ncessaire-ment notre aperu devra remonter jusqu' la celtisation de nos rgions.

    LES CELTES Il est difficile de prciser la priode vers la-quelle les Celtes commencrent s'implanter dans nos rgions : la documentation dont nous disposons ne propose que des renseigne-ments fort indirects qui, pour tre apprcis, doivent tre replacs dans un large contexte europen.

    A LA RECHERCHE DES CELTES: ARCHOLOGIE ET LINGUISTIQUE

    En vue d'identifier et de localiser les Celtes, les archologues retiennent, quant eux, la conjonction entre les plus anciennes loca-lisations chez les auteurs classiques et la dis-persion cette mme poque d'une certaine communaut d'objets ou d'habitudes sociales tangibles au plan archologique. Les premiers textes qui parlent des Celtes re-montent la fin du VIe sicle, vers 500 peu prs : ce sont des mentions - hlas fort bryes - faites par l'un des premiers historiens grecs, Hcate de Milet en Asie Mineure. Hcate nous apprend essentiel-lement que Massilia (Marseille), fonde en Ligurie tait proche de la Celtique. Un demi-sicle plus tard, vers 450 av. J.-C., Hrodote reparle des Celtes mais tout fait occasion-nellement et pour signaler propos du Danu-be que ses sources se trouvent dans le pays des Celtes. Malheureusement faute d'une bonne documentation sur l'Europe occiden-tale - ce dont il nous avertit lui-mme -, Hrodote situe trs mal les sources du Danube. Quoi qu'il en soit, voici ds la premire moi-ti du Ve sicle au moins, deux rgions attri-buables aux Celtes et voisines l'une de l'autre : l'Est de la France au nord de Mar-seille et le Sud-Ouest de l'Allemagne vers les sources du Danube. Or, prcisment, partir du VIe sicle av. J.-C., se sont multiplies en Bourgogne, aux

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  • sources du Danube et du Neckar ainsi que dans les rgions intermdiaires (Alsace et plateau suisse), des tombes d'un style parti-culier, recouvertes d'un tumulus et pour-vues de riches dpts d'objets: vaisselle, armes, bijoux et, surtout, char d'apparat quatre roues. L'exemple le plus clbre est celui de la tombe de Vix en Bourgogne. Ces spultures, tmoins de la richesse d'une aristocratie, renferment souvent aussi des importations venues du domaine grco-trus-que (ce qui, du reste, fournit l'archologue d'utiles recoupements chronologiques). Malgr toutes les difficults de principe qu'il y a vouloir reconstituer la diffusion d'une langue partir de l'emploi d'objets de cer-tains types, on admet - et un accord gnral s'est fait l-dessus- qu'il est possible d'iden-tifier en gros les Celtes travers les vestiges matriels appartenant au facies occidental du vaste complexe culturel hallstattien rcent, rpandu alors depuis les Alpes orientales jusqu' la Bourgogne, et du Main jusque dans le Nord de l'Italie: ce qui exclut nos rgions de la Celtique primitive. Dans ces reconstitutions ethniques, certains n'hsitent pas remonter plus haut encore dans le temps, jusqu' la dernire sub-division de l'ge du bronze, attribuant des 'proto-Celtes' l'ensemble culturel dit des 'Champs d'Urnes'. Cet ensemble qui se for-me la fin du XIIIe sicle av. J.-C. dans le centre de l'Europe, comporte la gnralisa-tion du rite funraire de l'incinration : des urnes renfermant les cendres des morts taient ensevelies sans tertre recouvrant et non loin les unes des autres. A ce rite dis-tinctif se joint un rpertoire plus ou moins spcifique de formes cramiques et mtalli-ques; mais de fortes traditions demeurent sensibles et il ne faudrait pas exagrer non plus la cohrence de 'l'expansion' des Champs d'Urnes vers l'ouest: vers nos r-gions notamment. Il faut souligner aussi tout le risque d'erreur qui s'attache aux raisonne-ments de cet ordre car comment pourrions-nous tre srs que telle continuit vidente dans les aspects matriels archologiquement

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    saisissables d'une 'civilisation' prhistorique ne recle pas une transformation linguisti-que? Et, inversement, des innovations en fait de civilisation doivent-elles tre interprtes par nous ipso facto en termes de changements ethniques ou linguistiques? Ces interprta-tions unilatrales ont t dnonces depuis longtemps dans la synthse protohistorique. Ds lors, ne reviendrait-il pas plutt aux linguistes de retrouver les traces des diffren-tes langues utilises dans une contre, par l'examen des origines des noms de lieux et leur tude compare avec la linguistique indo-europenne? Travaillant sur des faits de langue, ne seraient-ils pas mieux placs que les archologues pour tudier les problmes ethniques? Malheureusement dans cette discipline non plus, les difficults ne manquent pas. On en imaginera dj une partie si l'on observe que la grande majorit des formes topo-nymiques de nos rgions ne sont pas attes-tes avant le Xe sicle de notre re, sauf quel-ques noms de peuples, de cours d'eau ou de montagnes qui, eux, apparaissent prs d'un millnaire plus tt, ds l'poque romaine. C'est pourtant partir de cette documenta-tion que certains linguistes tentent de re-monter jusque dans le courant du deuxime millnaire traversant ainsi, tout le moins, mille ans de prhistoire qui furent parcourus de remous ethniques d'une complexit que nous pouvons entrevoir pour les derniers sicles avant notre re grce aux Commen-taires de Csar. Faut-il ajouter que les vestiges toponymiques les plus anciens sont aussi les plus difficiles retrouver car les plus oblitrs par les ap-ports ultrieurs ou les plus dforms; que l'interprtation des cartes de rpartition qui en rsultent ne saurait tre simple; et qu'i-dalement une bonne matrise de la matire suppose, outre la connaissance du latin et du germanique, celle du celtique? Reste enfin l'obstacle majeur: la difficult de mettre en ordre chronologique les groupes de faits toponymiques, et surtout de fixer dans le temps ces 'moments' successifs, de faon

  • pouvoir les confronter avec les donnes archologiques dates. Pourtant des hypothses ont t chafau-des. On a conclu - principalement partir des noms de cours d'eau (hydronymes) -qu'il avait d exister dans les rgions centrales de l'Europe (y compris nos rgions), antrieu-rement au premier changement phontique germanique, une langue indo-europenne qui fut l'anctre commun du celtique, du ger-manique, de l'italique, du balte, etc ... , mais qui n'tait dj plus l'indo-europen initial. Cette langue, l' 'europen ancien', avait d tre en usage durant la seconde moiti du Ile millnaire alors que, vers l'Orient, les langues indo-europennes hittites (attestes ds avant le milieu du Ile millnaire), grec-que (atteste depuis le milieu de ce mill-naire) ou sanscrite (le vdique remonterait ce millnaire) taient dj bien individuali-ses. Son aire de dispersion devait s'tre tendue depuis un foyer centre-europen (o aucun substrat toponymique antrieur n'a t dcel), un vaste territoire allant du Sud de la Scandinavie au Sud de la Sicile, et des Pays Baltes aux les Britanniques. On relverait chez nous pas mal d'hydrony-mes de l'europen ancien, identifiables par certains suffixes tels que -ana (ainsi Aina > Aulne ou Sa/mana > Salm), cara (Samara > Sambre) ou -antia (Villance). Puis, assez vite, l' 'ancien europen' aurait commenc se diffrencier : le germanique se centrant au-del de la Weser, le celtique occi-dental (ou galique) plutt en bordure de la cte franaise, de la Canche au nord, la Garonne ( ?) au sud. Entre ces deux langues en voie de diffrenciation, on en suppose une troisime qu'on songe identifier avec le proto-latin. Des noms comme Peissant ou Piton en garderaient le souvenir. La Wallo-nie, moins l'Ardenne, relverait de ce do-maine intermdiaire. Ensuite un dplacement de population aurait transport (ventuellement au dbut du pre-mier millnaire) ce proto-latin dans la pninsule italienne tandis que le celtique et le

    germanique se seraient partag le territoire abandonn. Toutefois -il convient de le souligner nette-ment et les linguistes sont les premiers le faire - de semblables reconstitutions, vri-tables chafaudages d'hypothses, restent extrmement alatoires.

    LA CELTISATION DE NOS RGIONS

    Nous devons attendre le dbut du deuxime ge du fer, vers 450 av. J.-C., pour que, in-contestablement, la celtisation se manifeste dans nos rgions sur le plan archologique. En effet, la civilisation hallstattienne r-cente succde plus ou moins vite, dans la Celtique primitive, une civilisation dont le matriel est d'un style assez diffrent. On lui a donn le nom de La Tne (d'aprs un site du bord du lac de Neufchtel). Nous y re-trouvons des tombes char avec, souvent dans les rgions riches, des importations grco-trusques. Mais les chars sont mainte-nant des chars de guerre, rapides, deux roues et non plus des vhicules d'apparat. On observe aussi dans la rpartition gnrale de ces spultures un dplacement vers le nord-ouest par rapport la diffusion des tombes char du Hallstattien rcent : la Champagne et la Sarre en forment mainte-nant les ples principaux. Mais avant d'en venir aux traces de la civili-sation de La Tne dans nos rg