Enqu£¾tes sur les violences urbaines - Vie publique entretiens avec les diff£©rentes parties prenantes

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  • > Enquêtes sur les violences urbaines

    2006

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  • En application de la loi du 11 mars 1957 (art.41) et du Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992, toute reproduction partielle ou totale à usage collectif de la présente publication est stricte- ment interdite sans autorisation expresse de l'éditeur.

    Il est rappelé à cet égard que l'usage abusif et collectif de la photocopie met en danger l'équilibre économique des circuits du livre.

    © La Documentation française - Paris, 2006 ISBN : 978-2-11-006357-1

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    SOPHIE BOISSARD DIRECTRICE GÉNÉRALE DU CENTRE D’ANALYSE STRATÉGIQUE

    Beaucoup a déjà été dit et écrit sur l’épisode de violences urbaines qu’a connu la France au cours de l’automne 2005. La plupart des analystes ont mis en avant le caractère exceptionnel de ces événements, tant par leur durée que par leur ampleur géographique, certains allant jusqu’à évoquer un véritable embrasement national. Mais ces explications globalisantes rendent malaisément compte de la diversité et complexité du phénomène tel qu’il a pu être observé sur le terrain : actes de vandalisme isolés dans certains quartiers, affrontements très violents dans d’autres.

    Elles ne permettent pas davantage de comprendre la chronologie fine des faits ni les conditions dans lesquelles ces troubles se sont diffusés dans l’es- pace, touchant de proche en proche des communes situées sur l’ensemble du territoire français, chaque zone ne connaissant, en règle générale, que quelques jours de troubles.

    Pour mieux comprendre ce qui s’est joué dans les quartiers concernés et tenter d’expliquer pourquoi certaines communes ont connu des épisodes de grande violence, là où d’autres, situées à proximité et se trouvant a priori dans une situation sociale et économique comparable, restaient au contraire largement épargnées, le Centre d’analyse stratégique a demandé au prin- temps dernier à deux équipes de sociologues d’engager des études de terrain. Deux sites ont été retenus, tous deux situés en Seine-Saint-Denis : la commune d’Aulnay-sous-Bois, qui a connu un épisode de violences d’une particulière intensité au tout début du mois de novembre, et la commune voisine de Saint-Denis, moins touchée.

    Les deux équipes, menées respectivement par Olivier Galland et Michel Kokoreff, ont conduit leurs travaux dans un laps de temps relativement court : trois mois. À partir d’une analyse de la géographie des troubles, des entretiens avec les différentes parties prenantes (les habitants des quartiers concernés – familles, jeunes – et les différents acteurs institutionnels) ont été réalisés sur la base d’un questionnaire identique. Elles ont tenté ainsi de mieux comprendre les ressorts qui avaient conduit certains jeunes à prendre

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    part à ces violences ou au contraire à s’en distancier. Elles se sont aussi intéressées à l’influence de l’environnement familial, amical et institutionnel et ont tenté de mettre en perspective les discours tenus rétrospectivement sur ces événements.

    Ces travaux, d’autant plus remarquables qu’ils ont été menés à bien dans des délais réduits, aboutissent, par des voies différentes et par delà les dis- parités de contexte et d’approche, à des conclusions convergentes.

    Ils montrent d’abord que ces phénomènes sont le fait de très jeunes ado- lescents, toujours de sexe masculin, obéissant à des ressorts complexes, mêlant notamment réaction à un événement dramatique survenu dans une commune voisine, défense d’un territoire, imitation des pairs mais aussi défoulement collectif quasi ludique.

    Ils font également apparaître combien ces jeunes, quel qu’ait été leur degré d’implication dans les événements de l’automne dernier, ont du mal à analyser a posteriori ces épisodes de violences, d’abord en raison de la reconstruction dont ceux-ci ont été l’objet à travers les médias, mais surtout en raison de leur « banalisation », de leur inscription dans un quotidien dont l’affrontement semble être la règle.

    Ils mettent en évidence l’importance de la logique de groupe, des pairs, logique qui supplante, auprès des plus jeunes, toute autre influence – des adultes, mais aussi des grands frères.

    Enfin, apparaît nettement le caractère conflictuel des relations entre les repré- sentants institutionnels, incarnés au premier chef par les forces de police, et les jeunes, qui ont le sentiment de n’être respectés ni reconnus au-delà de leur quartier.

    Au-delà de ces ressorts communs, qui transparaissent au fil des différents entretiens, l’on perçoit également comment l’environnement social et insti- tutionnel a pu influer sur le déclenchement de la crise et sa résolution. En cela, les cas de Saint-Denis et Aulnay se différencient nettement.

    Il ne saurait être question de donner à ces études une portée générale qu’elles ne prétendent pas avoir. Elles apportent cependant, par la richesse et la finesse de leurs analyses, des éléments utiles pour nourrir la réflexion col- lective et améliorer la réponse que les politiques publiques peuvent apporter, au plan local et national, tant en termes de prévention que de gestion de crises de cette nature.

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    Sommaire> 7

    AVANT-PROPOS SOPHIE BOISSARD 5

    PARTIE 1

    L’EXEMPLE D’AULNAY-SOUS-BOIS 9

    INTRODUCTION 9

    L’ENQUÊTE ET LE CONTEXTE 11 Un objet aux contours flous 11

    Quelques éléments de contexte 16

    DÉROULEMENT ET BILAN DES ÉMEUTES 27 Temporalités des émeutes : une dynamique en quatre temps 27

    LA GESTION DES ÉMEUTES : DIFFICULTÉ D’ANTICIPATION ET RÉPONSES MULTIPLES 33 La police des émeutes : les difficultés de l’anticipation 34

    La prévention des émeutes : l’impact limité des stratégies de médiation 37

    LES DYNAMIQUES D’IMPLICATION DES JEUNES 45 Que veut dire avoir participé ? 45

    Les motifs d’implication 48

    Trois figures interprétatives 55

    CONCLUSION 63 Un contexte de tensions géographiques, sociales et institutionnelles 63

    La gestion des émeutes : du débordement à la reprise de l’initiative 64

    Les jeunes, entre pluralité des conduites et demande commune de recon- naissance 65

    Expliquer les dynamiques de violence à Aulnay : quelques hypothèses 66

    BIBLIOGRAPHIE 69

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    Sommaire>8

    PARTIE 2

    L’EXEMPLE DE SAINT-DENIS 71

    INTRODUCTION 71

    QUE S’EST-IL RÉELLEMENT PASSÉ ? 75 Une situation sociale difficile en Seine-Saint-Denis 75

    Une ville-mosaïque traversée par des effets de dualisation 76

    Une géographie surprenante des émeutes 79

    Une chronologie resserrée 80

    Des conflits d’évaluation de la portée des émeutes et de leur intensité 81

    LE REGARD DE LA JEUNESSE DES CITÉS SUR LES ÉMEUTES 82 Les jeunes rencontrés 82

    Le discrédit des « grands » 86

    La disponibilité des « petits » 87

    Prendre part aux émeutes 90

    LA GESTION POLICIÈRE DES VIOLENCES URBAINES 95 La dynamique protestataire vue par des gradés 95

    Le dispositif policier de gestion de crise : centralisé, décentralisé, innovant et producteur de réassurance 97

    Sécurité publique, maintien de l’ordre et violences urbaines 100

    Déontologie et professionnalisation 104

    MÉDIATIONS ET PACIFICATION DES ACTEURS LOCAUX 109 Désamorcer le face à face jeunes-police 109

    Renouer le dialogue 115

    « La police », « les jeunes » et « le quartier » 121

    CONCLUSION 130

    ANNEXE 1 PRÉSENTATION DE L’ENQUÊTE ET MÉTHODOLOGIE 133

    ANNEXE 2 ELÉMENTS CARTOGRAPHIQUES 136

    BIBLIOGRAPHIE 139

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    L’exemple d’Aulnay-sous-Bois> 9

    L’EXEMPLE D’AULNAY-SOUS-BOIS Vincenzo CICCHELLI

    (Cerlis, Paris 5/CNRS)

    Olivier GALLAND (Gemas, CNRS)

    Jacques de MAILLARD (université de Rouen/PACTE)

    Séverine MISSET (Cerlis, Paris 5/CNRS)

    Introduction

    À Aulnay, les émeutes ont été précoces, violentes et se sont éteintes rapi- dement. Elles ont commencé relativement tôt, puisque dès le week-end qui suit le déclenchement des violences à Clichy, une certaine effervescence apparaît dans certains quartiers d’Aulnay. Surtout, les jours qui suivent ont été marqués par une croissance rapide des actes de dégradation et d’affron- tements avec la police. C’est entre le 1er et le 4 novembre qu’ont eu lieu les principales violences à Aulnay. Les émeutes y ont été brutales, dans la mesure où des dégradations importantes ont été commises. Symboliquement, la flambée du concessionnaire Renault dans la nuit du 2 au 3 novembre a attiré les médias internationaux sur Aulnay, la destruction complète d’un magasin de moquette ou encore d’un foyer de personnes âgées ont été des actes très largement répercutés par la presse. En outre, les émeutes à Aulnay ont été caractérisées pendant deux nuits par des affrontements directs et violents entre les jeunes et la police. Enfin, dernière caractéristique, ce