Emploi qualifi£© et sous-qualifi£© chez les travailleurs ... Emploi qualifi£© chez les travailleurs

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  • Tous droits réservés © Recherches sociographiques et Université Laval, 2012 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des services d’Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d’utilisation que vous pouvez consulter en ligne. https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/

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    Document généré le 10 sep. 2020 10:46

    Recherches sociographiques

    Emploi qualifié et sous-qualifié chez les travailleurs immigrants sélectionnés du Québec : cheminements en emploi et effet de la grille de sélection Qualified and under-qualified employment among selected immigrant workers in Quebec : Employment paths and effect of the selection grid Karine Bégin et Jean Renaud

    Migration et marché du travail au Québec Volume 53, numéro 2, mai–août 2012

    URI : https://id.erudit.org/iderudit/1012402ar DOI : https://doi.org/10.7202/1012402ar

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    Éditeur(s) Département de sociologie, Faculté des sciences sociales, Université Laval

    ISSN 0034-1282 (imprimé) 1705-6225 (numérique)

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    Citer cet article Bégin, K. & Renaud, J. (2012). Emploi qualifié et sous-qualifié chez les travailleurs immigrants sélectionnés du Québec : cheminements en emploi et effet de la grille de sélection. Recherches sociographiques, 53 (2), 287–313. https://doi.org/10.7202/1012402ar

    Résumé de l'article Malgré l’intérêt croissant entourant l’utilisation des compétences des immigrants sur le marché du travail, le sujet demeure peu étudié. Cet article porte justement sur les parcours des travailleurs immigrants sélectionnés du Québec dans des emplois correspondant à leurs compétences. À l’aide de données longitudinales, les transitions d’emploi sont d’abord étudiées. Ensuite, une analyse des trajectoires permet de regrouper en grandes catégories les immigrants présentant un profil similaire. En dernier lieu, des régressions logistiques multinomiales permettent de voir l’effet des critères de sélection sur l’appartenance aux divers profils précédemment identifiés.

    https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/ https://www.erudit.org/fr/ https://www.erudit.org/fr/ https://www.erudit.org/fr/revues/rs/ https://id.erudit.org/iderudit/1012402ar https://doi.org/10.7202/1012402ar https://www.erudit.org/fr/revues/rs/2012-v53-n2-rs0287/ https://www.erudit.org/fr/revues/rs/

  • R S EMPLOI QUALIFIÉ ET SOUS-QUALIFIÉ CHEZ LES

    TRAVAILLEURS IMMIGRANTS SÉLECTIONNÉS DU QUÉBEC : CHEMINEMENTS EN EMPLOI ET EFFET DE

    LA GRILLE DE SÉLECTION

    Karine Bégin et Jean Renaud

    Malgré l’intérêt croissant entourant l’utilisation des compétences des immi- grants sur le marché du travail, le sujet demeure peu étudié. Cet article porte justement sur les parcours des travailleurs immigrants sélectionnés du Qué- bec dans des emplois correspondant à leurs compétences. À l’aide de don- nées longitudinales, les transitions d’emploi sont d’abord étudiées. Ensuite, une analyse des trajectoires permet de regrouper en grandes catégories les immigrants présentant un profi l similaire. En dernier lieu, des régressions logistiques multinomiales permettent de voir l’effet des critères de sélection sur l’appartenance aux divers profi ls précédemment identifi és.

    Mots clés : Immigration, travailleurs sélectionnés, grille de sélection, inser- tion professionnelle, suréducation, analyse longitudinale

    L’utilisation des compétences et de la reconnaissance des acquis étrangers des immigrants a fait l’objet de nombreux débats publics au Québec ces dernières années, trouvant souvent écho dans les médias. D’une part, on y souligne l’occupation d’emplois sous-qualifi és par des immigrants, alors que des pénuries criantes de travailleurs se font sentir dans certains secteurs du marché de l’emploi (Presse canadienne, 2009 ; Baillargeon, 2007 ; Pélouas, 2007 ; Presse canadienne, 2004) et les coûts associés à cette sous-utilisation des compétences des immigrants (Piché, 2005 ; Bouchard, 2005 ; Cauchy, 2004). D’autre part, on y traite également de la diffi culté de faire valoir ses diplômes étrangers et les lourdes procédures requises afi n de s’inscrire auprès d’un ordre professionnel (Rodgers, 2009 ; Drolet, 2009 ; Beaupré, 2004 ; Michon, 2004 ; Angély, 2004 ; Cauchy, 2004). La situation ne manque pas de retenir l’attention du politique qui en fait une priorité (Couton, 2002). L’administration publique entreprend également des actions ; le ministère responsable de l’immigration au Québec s’est notamment efforcé au fi l des ans

    Recherches sociographiques, LIII, 2, 2012 : 287-313

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    de mettre en place des mesures favorisant l’accès aux professions réglementées (MICC, 2008). L’intérêt porté à cette question montre l’importance accordée à l’in- sertion économique des immigrants et à leur participation active à l’économie du pays d’accueil à la pleine mesure de leur potentiel, et ce particulièrement dans le cas d’une immigration sélectionnée en vertu de motifs économiques comme c’est le cas au Québec.

    Or, malgré l’attention accordée à la correspondance entre la formation et l’emploi décroché par l’immigrant, on en sait peu sur la présence des immigrants dans des emplois correspondant à leurs compétences au cours des premières années suivant la migration. C’est donc en premier lieu la description du lien à l’emploi qualifi é et sous-qualifi é qui s’impose. Quelle est la part d’immigrants se trouvant dans des emplois correspondant à leurs compétences, ou au contraire la propor- tion occupant des emplois pour lesquels leurs compétences sont sous-utilisées ? Comment évolue la présence en emploi qualifi é et sous-qualifi é au fi l du temps ? Est-ce que les immigrants accèdent rapidement et se maintiennent dans ce type d’emploi, ou prennent-ils un certain temps à les obtenir et les perdent-ils par la suite ? Quels sont les facteurs favorisant ou freinant l’exercice de tels emplois ?

    Par le passé, une seule étude québécoise s’est directement attardée à la question en se penchant sur l’accès à un premier emploi qualifi é (Renaud et Cayn, 2008). Cependant, s’arrêter à l’étude du premier accès à l’emploi qualifi é revient à ne connaître qu’une facette du lien entre la qualifi cation et l’emploi ; or, cette description est insuffi sante pour obtenir une image complète d’un phénomène des plus complexes. Le présent article vise à compléter cette lecture à l’aide de données longitudinales, portant sur des travailleurs immigrants sélectionnés admis au Québec, en abordant les parcours en emploi qualifi é et sous-qualifi é empruntés par les immigrants sous différents angles. Les premières transitions sur le marché du travail retiendront d’abord l’attention, après quoi nous nous pencherons sur la présence en emploi qualifi é et sous-qualifi é au fi l du temps et en dégagerons des profi ls types. Finalement, l’étude permettra de voir comment ces parcours sont affectés par les critères de la grille de sélection en place au Québec.

    EMPLOI QUALIFIÉ ET IMMIGRATION

    Nombreux sont les écrits à propos des performances économiques des immigrants sur le marché du travail canadien, particulièrement en ce qui a trait aux revenus d’emploi ; plusieurs montrent que les immigrants ont un retour sur l’investissement en capital humain inférieur aux natifs et n’arrivent pas à tirer le même avantage de leur scolarité et de leur expérience de travail prémigra- toire, aussi doivent-ils se contenter d’une rémunération inférieure (Reitz, 2003 ; Waslander, 2003 ; Li, 2001 ; Reitz, 2001a ; Grant et Oertel, 1998 ; Bloom, Grenier et Gunderson, 1995 ; Baker et Benjamin, 1994). D’autres vont plus loin et affi rment que les gains des immigrants diffèrent selon l’origine ethnique, le désavantage étant plus marqué selon l’appartenance aux différents groupes de minorités visi- bles (Preston, Lo et Wang, 2003 ; Renaud, Piché et Godin, 2003 ; Swidinsky et Swidinsky, 2002 ; Thompson, 2000 ; Basavarajappa et Jones, 1999 ; Hum et Simpson, 1999 ; Pendakur et Pendakur, 1998).

  • E m p l o i q ua l i f i é c h e z l e s t r ava i l l e u r s i m m i g r a n t s 2 8 9

    Certains sont allés jusqu’à tenter de quantifi er la valeur monétaire du manque de reconnaissance des compétences en milieu de travail. Selon les esti- mations du Conference Board du Canada, les Canadiens encourent des pertes de revenus annuels oscillant entre 4,1 et 5,9 milliards de dollars et les immigrants seraient un des groupes les plus touchés par ce problème (Bloom et Grant, 2001). Les résultats de l’étude de Reitz (2001b) sont encore plus alarmants. L’auteur estime que le gaspillage des cerveaux chez les immigrants entraînait en 1996 des pertes de 15 milliards dont 2,4 milliards seraient directement liés à la sous-utilisation des compétences des immigrants et 12,6 à l’iniquité salariale. Si les montants estimés par ces deux études diffèrent, ils révèlent néanmoins l’ampleur et les conséquences d