Développer l’économie rurale par l’inclusion financière ...· Développer l’économie rurale

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  • Dvelopper lconomie rurale par linclusion financire: le rle de

    laccs au financement

    NOTES DORIENTATION DES POLITIQUES

    TRAVAIL DCENT DANS LCONOMIE RURALE

  • Les communauts rurales sont celles qui ont le plus besoin de services financiers, mais restent les plus mal desservies cet gard. Linclusion financire des zones rurales peut librer leur immense potentiel conomique, et bnficier aux pauvres en milieu rural en y augmentant le revenu des mnages et en y favorisant le travail dcent. LOrganisation international du Travail (OIT) peut largement contribuer cet objectif en mobilisant sa capacit technique en cette matire et en intgrant les stratgies daccs au financement dans ses travaux sur lconomie rurale, et en dmultiplier leffet en sappuyant sur ses mandants.

  • Dvelopper lconomie rurale par linclusion financire: le rle de laccs au financement

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    1. Logique et justificationLes liens entre un systme financier solide, la croissance conomique et le dveloppement font lobjet dtudes depuis de nombreuses annes, et nombreux crits thoriques et empiriques dmontrent lexistence dune relation positive entre ces facteurs1. La situation nest pas diffrente en ce qui concerne le dveloppement de lconomie rurale, qui doit se fonder sur le travail dcent. Toutefois, les communauts rurales sont trs mal pourvues en services financiers. Selon les dones de Global Findex, 62 pour cent de la population adulte mondiale dtenaient un compte dans une institution financire officielle, ou avaient accs des services financiers sur tlphone portable2 en 2014, avec des disparits entre les femmes et les hommes (58 et 65 pour cent respectivement), et entre les rgions, les moins bien dotes tant le Moyen-Orient et lAfrique du Nord, et lAfrique subsaharienne (14 et 34 pour cent respectivement). Bien que les donnes de 2014 ne permettent pas dtablir une distinction cet gard entre les zones rurales et urbaines, les donnes antrieures indiquent un cart considrable partir de 2011, seuls 46 pour cent des adultes en zone rurale bnficiant daccs au financement, comparativement 58 pour cent en milieu urbain3.

    Les rsidents des zones rurales ont besoin de services financiers pour diverses fins: produire (constitution dactifs et de fonds de roulement); assurer leur protection (attnuer lexposition aux risques, y compris en matire de sant); acheter du btail, du matriel et des intrants agricoles; entretenir les infrastructures;embaucher de la main-doeuvre pour les plantations et les rcoltes;transporter les produits vers les marchs; effectuer et recevoir des paiements; grer les flux de revenus en saison de pointe pour couvrir les dpenses durant la basse saison; investir dans la formation, le logement et la sant; ou faire face aux urgences.

    Les institutions financires officielles (p. ex. les banques commerciales, rurales, ou de dveloppement agricole) ne proposent pas de services durables en zone rurale, ou leur offre ne rpond pas la demande, ce qui entrave le potentiel de dveloppement de ces communauts :

    Les cots de transaction sont levs en zone rurale, notamment dans les rgions isoles, en raison de la

    1 Voir R.W. Goldsmith: Financial structure and development (New Haven, Connecticut, Yale University Press, 1969); R. McKinnon: Money and Capital in Economic Development (Washington, DC, The Brookings Institution, 1973); R.G. King et R. Levine: Finance and Growth: Schumpeter might be right, dans The Quarterly Journal of Economics (1993, Aot), pp. 717-737; R. Levine: Financial Development and Economic Growth: Views and Agenda, dans Journal of Economic Development, VOL. XXXV (1997), pp. 688-726; R. Levine, N. Loayza, et T. Beck: Financial Intermediation and Growth: Causality and Causes, dans Journal of Monetary Economics, vol. 16, n1 (2000), pp. 31-77; Beck, T.: The Role of Finance in Economic Development: Benefits, Risks, and Politics, Document de travail n38 (European Banking Centre, 2011); et autres.

    2 Banque mondiale: Global Findex. Diponible sur ladresse suivant : www.worldbank.org/globalfindex [consult le 16 avril 2015].

    faible densit de population, du manque dinfrastructures (communication, lectricit, transports) et du faible niveau moyen des transactions, ce qui renchrit les services financiers. Par ailleurs, les cots de transaction prohibitifs dissuadent les mnages de dposer leur pargne dans les tablissements bancaires, les privant ainsi de la possibilit daccumuler un patrimoine financier.

    Les systmes juridiques qui ne garantissent pas les droits de proprit ngociables saccompagnent gnralement de mcanismes inadquats de garantie et dexcution des contrats, ce qui restreint encore laccs au financement. En consquence, certains produits, tels le financement long terme, sont quasi-inexistants en zone rurale.

    Linformation financire est souvent dficiente dans les communauts rurales. Cela empche les mnages et les entreprises dlaborer des stratgies efficaces de gestion des risques et, par exemple, de comprendre le fonctionnement des polices dassurance et la ncessit dhonorer rgulirement les chances.

    En consquence, les institutions financires informelles ou semi-formelles et dautres prestataires, comme les ngociants ou les fournisseurs dintrants, ou les rseaux de distribution, tels les socits de tlphonie mobile ont graduellement acquis un rle majeur dans la prestation des services financiers. Cependant, ces prestataires informels ont souvent une capacit institutionnelle et managriale insuffisante, et noffrent quun nombre restreint de services financiers, souvent sans encadrement rglementaire. En outre, fonctionnant hors du systme financier traditionnel, certains dentre eux facturent parfois des taux dintrt prohibitifs, voire usuraires.

    Le changement climatique touche particulirement les conomies rurales, qui ne peuvent pas faire face et sadapter limpact croissant des scheresses, des inondations ou des temptes, parce quelles nont pas accs lassurance ou des prts durgence pour surmonter ces catastrophes soudaines, ou un financement long terme qui leur permettrait de sengager dans des activits moins risques.

    Compte tenu de ces difficults, de nombreuses initiatives ont t prises en milieu rural, afin doffrir de nouveaux types de services financiers (Encadr 1)3.

    3 Outre lcart entre les donnes rurales ou urbaines, les donnes Global Findex 2011 et 2014 dfinissent diffremment la dtention dun compte: les anciennes donnes se fondent exclusivement sur la dtention dun compte dans une institution financire (banque ou autre type dtablissement financier, comme une caisse de crdit, une cooprative ou une institution de microfinance), tandis que les donnes plus rcentes prennent en considration la dtention dun compte dans une institution financire ou lexistence dune relation bancaire distance. Cette redfinition aurait contribu une augmentation entre les deux sries de donnes.

  • Dvelopper lconomie rurale par linclusion financire: le rle de laccs au financement

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    ENCADR 1. Evolution de la prestation de services financiers en zone rurale Les migrations vers les villes ou les rgions rurales voisines

    accroissent le volume des transferts de fonds entre les membres des familles, et partant, la demande de services fiables de virement despces.

    Les Banques postales dpargne commencent jouer un rle important dans les services de dpt en zone rurale, par exemple au Kenya, en Afrique du Sud et en Rpublique-Unie de Tanzanie4.

    On assiste une augmentation du nombre dinstitutions financires coopratives appartenant leurs membres, par exemple les groupes dentraide, les associations villageoise dpargne et de prt, les coopratives dpargne et de crdit et les associations de crdit. Les coopratives peuvent faire appel au financement crois, et les fdrations des coopratives dpargne et de crdit permettent leurs membres de raliser des conomies dchelle, comme la cooprative de Mixtlan et la Fdration UNISAP au Mexique5. Au Burundi, les coopratives de crdit recueillent plus de dpts et consentent plus de prts que les banques commerciales 6.

    Plusieurs institutions de microfinance ont renforc leurs activits en zone rurale (p. ex. la Banque ACLEDA au Cambodge)7, mais dautres y ont mis fin en raison des pressions du march. La microfinance a favoris laccs des mnages ruraux pauvres au financement, mais prouve des difficults offrir des services financiers aux petits agriculteurs8.

    Il existe des carts importants entre les conomies revenu lev et les conomies en dveloppement en matire dassurance. En 2011, on comptait 2,5 polices dassurance par adulte dans les pays revenu lev, mais seulement 0,5 dans les pays en dveloppement9, o ce chiffre est nettement infrieur dans les zones rurales. En revanche, laccs lassurance est favoris par les rgimes bnficiant dun soutien public, et par les Associations mutuelles. En Inde, 37 millions de familles sont inscrites au Programme national dassurance maladie (RSYB)10, et 20 millions dagriculteurs margent

    4 G. Nagarajan; R. Meyer: Rural Finance Today, dans Finance for the Poor, vol. 7, n4 (2006).5 M. Hirschland et al.: Financial Services in Remote Rural Areas: Findings from Seven Member-Owned

    Institutions, dans Reaching the Hard to Reach: A comparative study of member-owned financial institutions in remote rural areas (Antigonish, Nova Scotia, Coady International Institute, 2008).

    6 O.P. Ardic, K. Imboden et A. Latortue: Financial Access 2012: Getting a more comprehensive picture, Reports by CGAP and its partners, n6 (Washington, DC, CGAP, 2013).

    7 Nagarajan et Meyer, 2006, op. cit.8 M.K. Sharma, J. Zhang: Agricultural Finance for Sustainable Development, Expanding Agricultural

    Market Opportunities & Promotion of disadvantaged small farmers and MSMEs. Document de travail, Workshop on Enhancing Exports Competitiveness Though Value Chain Finance (Afrique du Su