Communication de l’Abb© Jacques .Comme philosophe, Karol Wojtyla est essentiellement un philosophe

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CommuniCation de monsieur labb JaCques bombardier 425

Communication de lAbb Jacques BomBArdier

Sance du 25 mai 2007

Jean Paul ii et les droits de lhomme.

Premire partie : Les hritagesLes hritages ecclsiaux

Pour beaucoup de nos contemporains, Jean Paul ii est le Pape des droits de lhomme. il est vrai que sa rflexion sur ce sujet court dans tous ses discours diplomatiques, dans un grand nombre de ses sermons lors des nombreux voyages et tout particulirement, dans les grandes allocutions lonu ou lunesCo. il ne faut pourtant pas oublier que si Jean Paul ii est trs personnel dans cette manire daborder ce sujet, comme Pape il est aussi un hritier.

en effet, les premires rflexions sur ce sujet des droits de lhomme ont t faites par le Pape Pie Xii, notamment dans les deux messages radiodiffuss de nol 1942 et 1944. Pie Xii, dans ces deux textes, se place trs nettement dans la perspective de la reconstruction des etats aprs la seconde Guerre mondiale, autant la reconstruction intrieure des diffrents etats deurope que la reconstitution dun ordre international juste, capable dassurer la Paix. Pie Xii y raffirme la place capitale du principe dmocratique et en mme temps, la dignit inviolable de la personne humaine, sujet de droits inalina-bles et de devoirs. Cette dignit de la personne humaine - Pie Xii nemploie pas lexpression droits de lhomme mais de la personne humaine - est perue comme un principe axiomatique de lordre juridique. dans ses messages, en pleine guerre et sous la domination des diffrents fascismes en europe, Pie Xii analyse particulirement la libert de lhomme face letat. Cette pense papale est redevable Jacques maritain ou se meut dans la mme perspective.

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la pense de leglise va franchir une tape capitale avec lencyclique, Pacem in terris, de Jean XXiii en 1963. Jean XXiii, hritier du travail thologique dans ce domaine des annes 50, affirme le point suivant qui est comme le principe interprtatif de tout le document : tout tre humain est une personne, ayant une nature doue dintelligence et de volont libre, il est donc un sujet de droits et de devoirs qui dcoulent immdiatement et conjointement de sa propre nature et qui doivent pour cela, tre considrs comme universels, inviolables et inalinables. La libert est ainsi la mthode daction propre de ltre humain en tant que personne [1] Cette dclaration a pour corollaire, - et cest capital - le rle de letat et des gouvernants qui est de garantir la reconnaissance et le respect de ces droits, leur conciliation mutuelle et leur expansion et en consquence, de faciliter chaque citoyen laccomplissement de ses devoirs.[2] on remarquera au passage, que dans les textes pontificaux de Pie Xii et de Jean XXiii, les droits de lhomme ne vont jamais sans les devoirs qui en dcoulent dune part, et quils sont toujours replacs dans le contexte de letat de droit, dautre part.

Pacem in terris innove-t-elle autant quon a voulu le dire ? Ce nest pas tant le lieu ici den dbattre. mais une chose est sre : la tradition catholique a toujours affirm la dignit de la personne humaine enracine dans la christologie. Cest mme en mditant sur ltre du Christ que leglise chrtienne indivise, aux iiime et iVme sicles, a invent cette notion de Personne, tre individuel, matre de sa destine, mais dans une relation fconde et ontologique, structurelle, avec les autres humains dont il reoit et quil enrichit de lui-mme.

Ce que fait Pacem in terris, cest de traduire en termes socio-politiques cette dignit et de montrer que cette dignit doit se manifester sous la forme concrte de droits et de liberts dont lexercice rel ne peut tre mis en doute ou en question. Il ny a pas de reconnaissance relle de la dignit de la personne si celle-ci ne peut effectivement exercer ses droits propres et sa libert propre.[3]

avec le Pape Paul Vi, un pas va tre franchi, lors de son discours lonu en 1970 pour le 25me anniversaire de lorganisation internationale : le Pape parle cette occasion de la dclaration universelle des droits de lhomme de 1948 en disant : elle demeure nos yeux lun des plus beaux titres de gloire de votre Organisation.[4] en 1973, pour les 25 ans de la dclaration, il crira : Le Saint Sige donne son plein appui moral lidal commun contenu dans la Dclaration comme aussi lapprofondissement progressif des Droits de lhomme qui y sont exprims.[5] Ces dclarations seront suivies deffets : la normalisation des relations entre lonu et le saint-sige et la participation du saint-sige la Confrence sur la scurit et la Coopration en europe (1972) dont les accords de lacte final dHelsinki sont le fleuron et o le saint-sige a jou un rle important. Cet Acte final parle du respect des droits de lhomme et des

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liberts fondamentales, je cite, y compris la libert de pense, de conscience de religion ou de conviction pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion parmi les principes qui rgissent les relations mutuelles des etats. on sait comme cet acte a soutenu la dissidence et la rsistance dans les pays communistes jusqu la Chute du mur de berlin.

la rflexion de leglise sur ces sujets sest cristallise et formalise dans les documents issus du Concile Vatican ii, en particulier pour le sujet que nous traitons, dans la Constitution Gaudium et Spes (n 41)[6] et dans le dcret sur la libert religieuse, Dignitatis humanae. on pourrait y joindre le texte traitant des relations avec le judasme et les diverses religions, Nostra Aetate. Jean Paul ii - lpoque du concile, archevque de Cracovie - a beaucoup particip lla-boration de ces documents dont il avait travaill les thmes, ce qui, dailleurs, nest pas tranger son lection future.

quand il accde au souverain pontificat, dans ce domaine, il hrite dune solide continuit denseignement depuis 30 ans. il va se montrer hritier et novateur tout la fois.

Les hritages personnels.La formation du Pape : une formation moderne (phnomnologie et

personnalisme)Comme philosophe, Karol Wojtyla est essentiellement un philosophe de

lhomme, de la personne humaine dans ses relations avec la vrit, avec les autres, et tout particulirement dans les problmes thiques. Certes la formation de base de Jean Paul ii est assure par la srnit thomiste qui offre une vision de lhomme dynamique, optimiste et quilibre. mais durant ses recherches, le pape sest beaucoup passionn par la phnomnologie de Husserl - le matre de Heidegger et de sainte-edith stein la carmlite allemande morte auschwitz -, phnomnologie que le futur pape a dcouverte grce max scheler, sur lequel il a fait sa thse dagrgation et qui la, en dfinitive, un peu du. Ce travail fait du pape un homme habit par la culture moderne et en particulier par un rapport lhomme concret. Jean Paul ii est passionn par le problme de la subjectivit humaine. il note lui-mme : cette question simpose aujourdhui comme un des problmes idologiques fondamentaux qui se trouve la racine mme de la praxis humaine, la base de la moralit, de la culture, de la civilisation et de la politique.[7] Cette approche phnomnologique fut complte par la lecture de maritain, de mounier[8] dont le personnalisme consonait avec lensemble de sa recherche.

dans cette passion pour lhomme, sa mission dans lhistoire, son rapport la vrit, la nation et la libert - bref, les grands thmes du pape Wojtyla -, il

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ne faut pas oublier linfluence considrable queurent sur le jeune homme Karol Wojtyla, comme sur tous ceux de sa gnration, les potes prophtes polonais (mickiewicz et slowacki) et en particulier Cyprian norwid (1821-1883), dont la tombe est toujours si fleurie et si visite dans la crypte de la cathdrale du Wawel Cracovie. nombreuses lectures par le futur pape des crits de norwid, mmorisations des pomes durant son lyce, mises en scne au thtre rapsodi-que en 1942 Comme le dit Jean Paul ii lui-mme : Au cours de loccupation nazie, la pense de Norwid soutenait lesprance que nous placions en Dieu et dans la priode dinjustice et de mpris o le systme communiste dgradait lhomme, elle nous aidait persvrer dans notre devoir de vrit et vivre dignement.[9] Plus personnellement encore, le pape parlera de norwid ce pote avec qui je suis uni par un lien spirituel intime qui date de mes annes de lyce.[10]

il est vident que ce travail philosophique de Jean Paul ii - noublions pas quil a t professeur dthique luniversit Catholique de lublin en Pologne, quil a dirig des thses mme archevque et jusqu son lection ! - a t port par son exprience historique personnelle, son affrontement deux grands totalitarismes, le nazisme dabord puis le communisme marxiste sovitique. il a connu deux oppressions successives de lhomme et de la nation, lune au nom de lirrationnel, - lexaltation du peuple allemand et de sa culture paenne recherche et idoltre - ; lautre oppression aux prtentions scientifiques et rationnelles, le marxisme. on comprend comment dans un article de 1978,[11] mditant sur lalination humaine, il ait pu sexprimer ainsi : les structures qui contribuent la formation de la socit contemporaine et ce quon appelle progrs, devraient certainement tre apprcies la lumire de cette question fondamentale : crent-elles des conditions pour le dveloppement de la participation des hommes la vie sociale ? Facilitent-elles ltre humain de faire lexprience des autres tres humains comme des personnes ? Ou bien au contraire empchent-elles tout cela, dtruisant la matrice fondamentale de lexistence ou d lactivit humaine ? Cette question nest pas thorique : elle est celle que se pose un homme qui a pass lpreuve de deux redoutables oppressions et qui en a vu les consquences dvastatrices.

Lexprience concrte de la dfense de lhomme.a ce niveau personnel de tr