Chroniques 6

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Chroniques Michel Desgranges

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  • Un commencement ? volution ; Retour Hsiode.

    Voici un rcit de cration : Au commencement Dieu cra le ciel et la terre ; () Dieu dit que la terre fasse vgter toutes sortes de vgtations, lherbe portant sa semence,

    larbre fruitier formant son fruit selon son espce, renfermant sa semence () Dieu dit que les eaux pullulent dtres dous de vie, de volatiles volant sur la surface de la

    terre vers ltendue du ciel. Dieu dit : que la terre produise des anims selon leur espce, le btail, les reptiles et les ani-

    maux sauvages terrestres selon leur espce () lternel Dieu forma lhomme de poussire de la terre et lui souffla dans les narines le souf-

    fle de la vie, ainsi lhomme devint un tre anim .Et un rcit de commencement : Donc avant tout fut Chaos (abme) ; puis Gaia (Terre) aux larges flancs, assise sre jamais

    offerte tous les vivants, et Amour, le plus beau parmi les dieux immortels, celui qui rompt lesmembres et qui, dans la poitrine de tout dieu comme de tout homme, dompte le cur et le sagevouloir.

    Et une affirmation : Jamais de naissance, jamais de mort ; personne na commenc ni ne cessera dtre. Le premier texte ouvre le livre par excellence que Mose crivit sous la dicte de Dieu et que

    nous appelons Bible, le deuxime se trouve dans le pome dHsiode nomm Thogonie, jaiextrait le troisime de la Bhagavad-Gt.

    Ces trois textes rpondent aux mlancoliques questions que se pose lHomme quand, assissur une souche moussue lore dun bosquet verdoyant, il contemple le ciel rougi et immensedun crpuscule dt alors quautour de lui courent de craintifs lapins et tournoie sous des tra-nes cotonneuses de nuages candides une prdatrice buse et il se demande, cet Homme son-geur, comment tout cela a commenc et pourquoi lunivers et pourquoi la vie

    Les rponses apportes sont de nature trs diffrentes : pour la Bible est un tre ternel etincr qui cre par laction de sa volont la matire et le vivant, et ce dernier de telle sorte quilpuisse se reproduire lui-mme ; pour Hsiode, il y a dabord un vide puis, sans lien de causa-lit, sans acte, il y a des tres qui vont engendrer des dieux (trs semblables aux hommes dansleur conduite, mais immortels et dots de ce que lon appelle, dans le langage des comics, dessuper-pouvoirs ; pour la cration des hommes par Zeus, et par essai et erreur, cf. Les travaux etles jours) ; pour la Gta, ni commencement ni fin (mme si lhindouisme connat un Brahma cra-teur tout en rduisant toute origine et tous dieux, ou tout dieu, lunique syllabe OM, mais nousne sommes pas dans le mme univers conceptuel que les Hbreux ou les Grecs).

    Pendant fort longtemps, ces rponses ont satisfait les hommes auxquels elles sadressaient (etje nignore pas quil existe beaucoup dautres rponses, mais je ne vais pas ici citer le Popol Vuhni la cosmogonie mongole, le comparatisme religieux ntant pas de mon propos) ; elles furentenrichies (?) de commentaires et dinterprtations (germes de scepticisme) puis est apparu (et jeme limite ici volontairement lOccident) lesprit scientifique fond sur lobservation, et les faitsobservs ont t de plus en plus nombreux (ce sont des dcouvertes) et de plus en plus difficiles intgrer aux rcits si bien qu ceux-ci a t substitue une thorie explicative de lorigine desespces et de la Vie, thorie qui se dit elle-mme scientifique.

    Cette thorie ne se trouve pas en un livre unique et canonique, elle est dissmine dans unemultitude douvrages que lon peut considrer, pour ses partisans, comme les pierres dunmme difice et que je vais rsumer grossirement, sous la forme simplette qui sest aujourdhuiimpose : il y eut lorigine une sorte de noyau originel qui explosa (le big-bang), formant un

    La Chronique des Belles Lettres 1

    LA BIBLE. (Torah, Nevihim et Ketouvim). Bibliophane.

    Traduction de S. Cahen et introduction de M.-A.Ouaknin.

    LXXXIV-1280 p. Reli toile.1994. 55,64 e

    HsiodeThogonie. - Les Travaux et les Jours. - Le Bouclier.

    CUF, srie grecqueTexte tabli et traduit par P.Mazon.

    XXX-242 p. Index.(1928) 16e tirage 2002. 24 e

    31 mars 2006

    Chaque vendredi, Michel Desgranges, Prsident des ditions Les Belles Lettres, vous proposeune libre promenade autour de livres dhier et aujourdhui. Cette Chronique est diffuse hebdomadairement par courrier lectronique.Pour les amis des Belles Lettres qui nutilisent pas cette technologie, nous avons souhait leurproposer ces textes sous forme imprime, et regroups mensuellement.

    D E S B E L L E S L E T T R E S

    LA CHRONIQUE6

  • univers en expansion (?), lun des dbris de cette explosion fut notre terre sur laquelle se trouvade leau, cette eau tait une sorte de soupe originelle o apparut la vie, cette vie se dveloppaselon les lois de lvolution qui nous expliquent la diversit des espces, volution culminant aveclHomme.

    Cette thorie a le mrite de prendre en compte un certain nombre de faits (encore que jai-merais que quelquun me montrt le point fixe par rapport auquel lunivers est en expansion), ellediffre fondamentalement de ce que nous nommons lois physiques (mme si elle en utilise cer-taines, ce qui nest pas la mme chose) en ce sens tout bte quelle ne peut pas tre vrifie parlexprience elle nest quune construction historique qui, au lieu de sappuyer sur des textesou des monuments prservs, repose sur des observations actuelles pour dire un pass que nousne pouvons reproduire.

    Elle est ainsi fabrique sur le modle du roman dnigme classique dans lequel le dtectiverecueille un certain nombre dindices qui vont lui permettre, en les ordonnant selon des rapportsde causalit, de dvoiler ce qui sest effectivement pass et tait auparavant inconnu ; je note quedes auteurs comme Pierre Vry ou John Dickson Carr fournissent, dans leurs meilleurs romans,plusieurs solutions successives et sexcluant mutuellement de la mme nigme, prenant tou-tes en compte les mmes indices et galement satisfaisantes pour la raison.

    Moins dous que Vry ou J. D. Carr, nos savants contemporains se contentent dune tho-rie unique, dont le cur est le darwinisme ( lvolution des espces, conue comme un mouve-ment en direction dune fin le connu correspondra une volution de la matire qui explosevers le connu), malheureusement, ce darwinisme est trs loign de luvre de Charles Darwin(1809-1882), authentique savant humble et prudent entre lexpdition du Beagle (1831-1836),temps des premires observations et interrogations, et la publication de son uvre fondamen-tale, en 1859, que je prfre citer sous son titre exact : On the Origin of Species by Means ofNatural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life, plus de vingt ansscoulrent, vingt ans de recherches, rflexions, remises en cause, tudes de phnomnes etencore est-ce sous la pression dun vnement extrieur que Darwin se dcida publier la syn-thse de son mticuleux labeur.

    Louvrage de Charles Lenay Darwin expose avec la plus grande clart la pense authentique deDarwin, lextraordinaire rvolution quelle entrana dans notre perception de la Vie, les boulever-sements qui sensuivirent dans tous les domaines, philosophiques ou politiques, dpassant trs vitela seule biologie (mais que seraient une philosophie ou une politique ignorant la nature du vivant ?et que sont une philosophie ou une politique qui se trompent sur cette nature ?), les multiplesdrives idologiques abrites sous ltiquette de darwinisme mention particulire au darwi-nisme social , son intgration, plus ou moins lgitime, dans lactuelle gntique : CharlesLenay nous dit avec une extrme honntet ce quest le darwinisme, et ce que lon en a fait.

    Et nous rappelle que le mot aujourdhui tant vnr dvolution ne figure quune seule foisdans Lorigine des espces

    Charles Darwin nous propose une explication convaincante de la slection naturelle parmi lesespces telle que nous pouvons aujourdhui lobserver mais il ne nous dit rien de lorigine de lavie et encore moins du monde lui-mme se disait thiste et sest bien gard de saventurer surce terrain , et donc ne rpond en rien, malgr ce qui est enseign htivement aux enfants descoles en confondant hypothses, thories et spculations, aux questions que se pose lHommesongeur voqu au dbut de cette chronique.

    Je suis hlas ! de ces irrductibles qui, malgr tous les efforts de la doctrine officielle etuniverselle, et malgr leurs propres efforts pour sy conformer, ne croient ni au Progrs, ni laScience .

    Cette audacieuse profession de foi donne le ton de lessai brillant et provocant de BernardDeforge, professeur dUniversit et Directeur du Centre de Recherches sur lAntiquit et les Mythes,essai intitul sans dtours Le commencement est un dieu Le Proche-Orient, Hsiode et les mythes.

    Bernard Deforge nest pas un farfelu mystique mais un savant (soit : un homme qui com-mence par sinformer) qui sappuie sur la raison pour analyser, tudier, comparer les croyancesdes hommes, quelles sexpriment par la tragdie, lpope, les rituels pour les civilisations anti-ques, ou la pense scientifique pour nos contemporains, celle-ci parfois mle de philosophie

    Prenant Hsiode pour guide, le compltant par dautres uvres classiques et le confrontant des rcits dautres civilisations (sumrienne, gyptienne, indienne etc.), dans un voyage fasci-nant dans la diversit et lunit de la pense humaine, Bernard Deforge dgage les quatre grandsschmas cosmogoniques qui rvlent la cration du monde ; il dnonce lerreur communeconsistant opposer muthos et logos (mythe, ou faux , contre raison, ou vrai ) et proclamela modernit du mythe, qui peut aujourdhui se vtir doripeaux rationalistes ; jajouterai pour mapart que jamais le mythe ne sest donn pour tel, et que cest seulement dans quelques siclesque nos connaissances scientifiques contemporaines si assures seront, pour tout ou partie, tu-dies sous le nom de mythe

    LA BHAGAVAD-GT Classiques en Poche [69]Traduction du sanskrit,introduction et notes

    par E. Snart.XVIII-80 p. 2