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Boudon - Racionalidad en Weber

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Text of Boudon - Racionalidad en Weber

LA RATIONALIT DU RELIGIEUX SELON MAX WEBERRaymond Boudon P.U.F. | L'Anne sociologique2001/1 - Vol. 51 pages 9 50

ISSN 0066-2399

Article disponible en ligne l'adresse:

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-l-annee-sociologique-2001-1-page-9.htm

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Boudon Raymond, La rationalit du religieux selon Max Weber , L'Anne sociologique, 2001/1 Vol. 51, p. 9-50. DOI : 10.3917/anso.011.0008Document tlcharg depuis www.cairn.info - - - 186.18.134.237 - 08/08/2012 03h19. P.U.F.

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LA RATIONALIT DU RELIGIEUX SELON MAX WEBERRaymond BOUDON

ABSTRACT . One of the most striking features of Webers writings on religion is the frequency with which he uses the word rationality. This derives from the metatheory grounding in his mind the interpretative method. This metatheory asserts that the meaning to an individual of his beliefs should be seen as the main cause explaining why he endorses them. Webers religion sociology owes its strength to this theoretical framework. His rational conception of religious beliefs does not imply that these beliefs derive from deliberation. They are rather transmitted to the social subject in the course of his socialisation. But they are accepted only if they are perceived by the subject as grounded. These principles inspire Webers pages on magical beliefs, on animism, on the great religions, on the diffusion of monotheism, on theodicy or the world disenchantment. He shows that religious thinking cares on coherence, tends to verify and falsify religious dogmas by confronting them with observable facts. He develops a complex version of evolutionism, explaining the cases of irreversibility registered by the history of religions, but avoiding any fatalism. He rejects any depth psychology and any causalist psychology in his sociology of religion, the common rational psychology being the only one that can be easily made compatible with the notion of Verstehende Soziologie, i.e. of interpretative sociology . Weber analyses the evolution of religious ideas supposing that they follow the same mechanisms as the evolution of ideas in other domains, as law, economics or science. LAnne sociologique, 2001, 51, n 1, p. 9 50

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RSUM. Lun des traits les plus frappants des crits de Weber sur la religion, cest la frquence avec laquelle il emploie le mot rationalit. Cela rsulte de son adhsion la mtathorie fondant la mthode comprhensive. Elle pose que le sens pour un individu de ses croyances doit tre interprt comme en tant la cause principale. La sociologie de la religion de Weber doit sa force ce cadre thorique. Sa conception rationnelle des croyances religieuses nimplique pas que les croyances soient le produit du raisonnement. Mais, si elles sont transmises par la socialisation, elles doivent apparatre au sujet comme fondes pour tre acceptes. Ces principes inspirent les pages de Weber sur la magie, lanimisme, les grandes religions, la diffusion du monothisme, la thodice ou le dsenchantement du monde. Il y montre que la pense religieuse est soucieuse de cohrence, attentive la vrification et la falsification du dogme par le rel. Il y dveloppe un volutionnisme complexe, expliquant les irrversibilits dont tmoigne lhistoire des religions, mais vitant tout fatalisme. Il carte toute psychologie des profondeurs et toute psychologie causaliste, la psychologie rationnelle tant la seule compatible avec la notion de comprhension . Il analyse lvolution des ides religieuses en supposant quelle obit aux mmes mcanismes que lvolution des ides juridiques, conomiques ou scientifiques.

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Raymond Boudon

1. Delige, 1993 ; Baechler, 1988. 2. Boudon, 1999 : jai prsent dans cet article une interprtation des Formes qui sappuie sur le refus insistant de Durkheim de traiter les croyances religieuses comme des illusions, sur son hypothse de la continuit entre science et religion, sur son ide que les thories religieuses sont des reprsentations du monde auxquelles le croyant souscrit parce quelles font sens pour lui dans le contexte qui est le sien. Elle propose de voir dans le sens du sacr une notion trs proche de ce que nous appelons nous-mmes le sens des valeurs. Si on linterprte de manire littrale, la formule aussi clbre que malheureuse de Durkheim, selon laquelle l homo religiosus adorerait la socit sans le savoir apparat comme incompatible avec ces postulats de base qui animent lensemble des analyses des Formes lmentaires : cette expression veut simplement dire que lindividu est sensible des valeurs dont il voit bien quelles ne sont pas son fait, mais le produit de processus dinteraction complexes, linstar de la science ou de la langue, quil ressent leur gard un sentiment de respect, et quil est affect lorsquelles lui paraissent violes.

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Lun des traits les plus frappants des crits de Weber sur la religion, cest la frquence avec laquelle il emploie le mot rationalit et ses drivs Rationalisierung, Durchrationalisierung, etc.). Cela rsulte de ce que lexplication sociologique des phnomnes religieux et particulirement des croyances religieuses relve pour lui, comme lexplication de tout phnomne social, de la mthode comprhensive. Selon le postulat fondamental de la mtathorie fondant la mthode comprhensive, la cause des croyances dun individu concide avec le sens quelles ont pour lui. Pour le sociologue, expliquer que telle catgorie de personnes adhre telle croyance, cest en dautres termes, selon Weber, montrer que ces croyances font sens pour les personnes en question. Les crits de Weber en matire de sociologie des religions gardent tout leur intrt en raison de ce cadre mthodologique et thorique dans lequel ils sinscrivent. Comme ceux de Durkheim, linformation sur laquelle ils reposent a vieilli. Les spcialistes et les thoriciens de la socit indienne sont critiques lgard de ce que Weber crit sur les castes indiennes et particulirement sur les Intouchables 1. Les manuscrits de la mer Morte apportent des prcisions que Weber ne pouvait connatre sur le judasme antique et le christianisme primitif. Ses crits sont, en outre, pour la plupart posthumes. On na pas dassurance quils nous soient bien parvenus dans un tat que Weber aurait considr comme dfinitif. En revanche, la porte de la leon de mthode et de thorie (ces deux dimensions de lactivit scientifique entretenant entre elles un troit rapport de rciprocit) quils nous donnent est intacte. Cest donc surtout cette leon quil est utile aujourdhui de mettre en vidence, dans le cas des crits de sociologie de la religion de Weber, comme dans celui des Formes lmentaires de Durkheim (1979)2. Tel sera mon propos dans les remarques qui suivent.

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La rationalit du religieux selon Max Weber

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Les deux grands types de thories du religieux Si Weber applique de manire particulirement consciente et systmatique la mtathorie de la comprhension lanalyse des croyances religieuses, il nest pas le seul le faire. Si lon accepte de jeter un regard distanci sur les manires dont les croyances religieuses sont expliques par les sciences humaines, on discerne deux grandes catgories de thories. Les unes, qui peuvent tre dites discontinuistes, font des croyances religieuses un continent part de la pense humaine. Elles proposent de les expliquer en postulant que le croyant est soumis des lois de la pense distinctes de celles qui rgissent la pense scientifique. La mentalit primitive de LvyBruhl (1938, 1949, 1960, 1963), la pense sauvage de LviStrauss (1962), et aujourdhui la pense magique de Shweder (1977), ou encore l anthropologie cognitive de dAndrade (1995) sinscrivent dans ce cadre. Shweder (1991) abandonne la notion de pense magique quil avait utilise antrieurement, mais sous ltiquette du cognitivisme , il dveloppe une thorie discontinuiste de la pense, les diverses cultures tant supposes utiliser des schmas de pense spcifiques. La mentalit primitive et la pense sauvage sont des concepts sans doute distincts, mais qui ont en commun de postuler lexistence de formes de pense collective scartant des rgles de la pense ordinaire de lhomme moderne. Selon Horton (1973, 1993), ce type de concepts tmoigne surtout de lattitude, condescendante au dbut du sicle, dfrente depuis le milieu du sicle, qui prvaut gnralement parmi les anthropologues lgard des socits non occidentales et sp

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